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Vue en coupe d'une ville malade

Serge BRUSSOLO


Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 300
Dépôt légal : 2ème trimestre 1980
Première édition
Recueil de nouvelles, 224 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Villes malades où des ordinateurs s'affrontent en combats souterrains à coups de munitions humaines. H.L.M. de cauchemar dont les locataires nus et armés de rasoirs semblent condamnés à un curieux bail d'éternité. Géographies mystérieuses aux itinéraires menaçants, qui abandonnent le lecteur à la porte des cités-bûchers sorties tout droit d'un rêve de pyromane, à l'orée de pays où les mutilations scientifiques ouvrent à l'homme d'étranges perspectives sur son propre corps. C'est à un trajet baroque et cruel que vous convie ce recueil, où vous entendrez l'une des voix les plus originales de la jeune S.-F. française.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Vue en coupe d'une ville malade, pages 11 à 55, nouvelle
2 - La Mouche et l'araignée, pages 56 à 71, nouvelle
3 - La Sixième colonne, pages 72 à 78, nouvelle
4 - Comme un miroir mort, pages 79 à 118, nouvelle
5 - Soleil de soufre, pages 119 à 129, nouvelle
6 - De l'érèbe et de la nuit, pages 130 à 147, nouvelle
7 - Memorial in vivo, pages 148 à 169, nouvelle
8 - Off, pages 170 à 203, nouvelle
9 - Anamorphose ou les liens du sang, pages 204 à 219, nouvelle
Critiques
 
     Ah !... comme j'aimerais tout simplement être à la hauteur de Brussolo pour parler de ce recueil de nouvelles, moi qui, de plus (et je l'ai déjà dit quelque part), ne suis pas fanatique du genre en tant qu'auteur comme en tant que lecteur. Sauf à de rares exceptions près. Et en voici une de taille. Une exception qui, si elle repousse plus profondément mes velléités d'auteur dans les sombres remises où s'entassent les projets pour « plus tard », fait grimper avec une force inversement proportionnelle mon plaisir de lecteur. Comme je voudrais pouvoir vous convertir au brussoloïsme, là, d'un seul coup d'un seul, sans avoir à utiliser les qualificatifs habituels, tels que « formidable », « super », « fantastique », « remarquable », qui passent à la rigueur dans le langage parlé d'une conversation entre potes, mais pâlissent lamentablement à l'écriture pour cause de galvaudage à toutes les sauces.
     Comme je voudrais, je ne sais pas, vous faire partager télépathiquement, viscéralement, mon bonheur. J'en fais trop ? Mais alors, si l'enthousiasme s'embarrasse de pudeurs et de crissements de freins, que reste-t-il ?
     J'ai découvert un auteur. Un raconteur. Comme je les aime pour leur force d'évocation, leurs sens de l'image, leur fignolage dans la construction, leur pouvoir créatif et cette magie des mots alignés aux mots qui vous emporte, vous saoule, vous chavire l'esprit et vous cogne aux boyaux. Je ne dirai pas « talent », je ne sais pas véritablement ce que signifie ce mot en profondeur. Je parlerai d'émission sur une longueur d'ondes qui pour moi actuellement, pourrait bien en effacer beaucoup d'autres. J'ajouterai encore ceci : non seulement Brussolo écrit comme on respire, en pleine santé, mais il met cette respiration au service d'idées, d'un « discours romanesque » d'une originalité infernale, stupéfiante. Il vous raconte sur ce ton qui est sien la peur, la folie, la tendresse, la solitude, l'angoisse, les petits détails émaillés de la joie, l'amour, bêtement la vie, en somme. Vue en coupe d'une ville malade : folie de l'homme via l'emballement des ordinateurs prévisionnistes. La mouche et l'araignée : autre univers de folie et d'aliénation purement science-fictionnesque, avec une chute qui vous tombe au creux du ventre comme une pierre ; sur ce thème que je me garderai de dévoiler, n'importe quel surdoué ordinaire aurait fait une bonne nouvelle : ici, c'est du grand art pur. La sixième colonne : errance hallucinée d'un Kafka de demain. Comme un miroir mort : le baroque, l'éblouissement, le feu d'artifice, Druillet peignant soudain avec une machine à écrire. Et encore pour Soleil de soufre. Et cette extraordinaire fascination pour le sommeil, l'inconscience appelée, riche en manipulations terrifiantes qui nous poussent à survivre, à poursuivre, dans ... de l'érèbe et de la nuit Et cette nouvelle promenade cauchemardesque dans le monde trafiqué de Mémorial in vivo. Et la terrible idée de la contrainte par le silence de Off. Et l'odeur du chef-œuvre d'Anamorphose ou les liens du sang.
     Brussolo se définit lui-même comme un marginal professionnel. Il a fichtrement raison : cela signifie également « écrivain ». Ça ne court pas généralement les rues, ni même les livres — tout le monde a son opinion là-dessus. La mienne, c'est qu'il vient d'en naître un, au n° 300 de « Présence du Futur », et qu'il ne se contente pas de vagir, comme n'importe quel banal nouveau-né : il hurle. C'est impossible qu'on ne l'entende pas. A moins de nous trouver tous dans le monde de Off.
     Quant à sa première naissance, c'était en 1951. Ce qui vous donnera une idée de la chance que nous ayons, pour l'avenir.

Pierre PELOT (site web)
Première parution : 1/7/1980 dans Fiction 310
Mise en ligne le : 29/3/2009

Prix obtenus


Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

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