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La Station de l'Agnelle

Jean-Claude DUNYACH

Science Fiction  - Cycle : Dunyach - Nouvelles vol.

Illustration de Gilles FRANCESCANO
L'ATALANTE, coll. La Dentelle du Cygne n° (27), dépôt légal : octobre 2000
128 pages, ISBN : 2-84172-150-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Bientôt mille ans que j'attends l'événement : la Grande Conjonction, l'alignement de toutes les étoiles de la galaxie Dunyach dans un même chapelet de perles rares. Mille ans, c'est long ! Surtout qu'à chaque saison de chaque année d'autres astres éclosent et qu'il faudra aller les moissonner un peu partout dans l'univers ? Cueilleur d'étoiles. Des étoiles qu'on rit à chaudes larmes quand elles décrivent les habitudes migratoires des pères Noëls, des étoiles qui se pleurent en silence aux abords de la station de l'Agnelle, des étoiles à vous glacer les neurones lorsque sonne l'heure des vers. Et en filigrane, dans chacun de leur noyau en fusion, une infinité d'histoires d'amour avec chute. Dans ce premier opus, il y a tout ça, et plus. Il y a Jean-Claude Dunyach, le semeur d'étoiles.
Ayerdhal.


    Sommaire    
1 - La Station de l'Agnelle, pages 9 à 19
2 - Les Parallèles, pages 21 à 28
3 - histoire d'amour avec chute, pages 29 à 46
4 - Le Gardien de l'ange, pages 47 à 54
5 - Fin de l'été indien, pages 55 à 57
6 - ce que savent les morts, pages 59 à 72
7 - Le Jeu des dédicaces, pages 73 à 76
8 - L'Heure des vers, pages 77 à 89
9 - Rapport sur les habitudes migratoires des pères Noëls, pages 91 à 94
10 - Le Jugement des oiseaux, pages 95 à 124

    Prix obtenus    
Ce que savent les morts : Ozone, nouvelle de fantastique francophone, 1997
 
    Critiques    
     “ Nous connaissons les secrets qui permettent de voyager vite et loin, mais nous ne savons pas comprendre ce que nous découvrons au bout du voyage. ” (p.18)

     L'Atalante nous fait un beau cadeau en éditant l'intégrale des nouvelles de Jean-Claude Dunyach parues à ce jour. En effet, ces textes ont été publiés sur des supports si divers qu'il est difficile de les connaître tous, d'autant plus qu'il s'y glisse quelques inédits.

     Il serait vain de rechercher une unité de ton dans ce premier recueil. Les sources d'inspiration de Dunyach sont en effet très variées  : SF ou fantastique, humour ou tragédie, conte poétique ou récit d'horreur, l'auteur aborde tous les sujets et tous les styles. Le lecteur peut ainsi naviguer de la simple légende indienne (La fin de l'été indien) à une vaste intrigue où des enfants mutants parviennent à se réfugier en un lieu imaginaire pour échapper au sort habituel des criminels, l'effacement de leur personnalité (Le jugement des oiseaux).

     Qu'il s'agisse de l'histoire poignante de La station de l'Agnelle, où l'esprit de famille conduit à un sacrifice exceptionnel dans l'histoire de la conquête spatiale, de l'étrange poésie des Parallèles, où la mue d'une créature marine s'accompagne de modifications comportementales, ou encore de la terrifiante Heure des vers, où un enfant persécuté par ses camarades comprend pourquoi la première nuit d'un mort, juste après l'enterrement, est aussi la plus longue, le seul point commun entre tous ces textes – qu'Ayerdhal compare à des étoiles – est l'exceptionnelle qualité de l'écriture. D'une précision redoutable, Dunyach semble ciseler ses récits pour obtenir exactement l'effet voulu, pour susciter l'émotion adéquate, voire pour évoquer une saveur ou une odeur – comme celle de la rose éphémère qui parfume Le jugement des oiseaux.
     Dunyach manie aussi l'humour, tantôt subtil et onirique, comme dans Le jeu des dédicaces, où un auteur réinvente et façonne ses lecteurs avant d'être lui-même piégé par une jeune lectrice, tantôt légèrement décalé, comme dans Histoire d'amour avec chute, ou même parfois énorme, comme dans l'hilarant Rapport sur les habitudes migratoires des pères Noëls, où l'on apprend qu'il faut encourager la protection des ParlaCheminus SantaClaus, espèce ovipare à sang froid et à barbe parfois amovible.
     Ce travail du style est si sensible, que la signification du texte s'efface de temps à autre derrière sa musique, comme dans les énigmatiques Ce que savent les morts et Le gardien de l'ange, deux histoires fantastiques où beaucoup de questions demeurent sans réponse.

     Certains lecteurs qui privilégient les idées pourront sans doute être déçus, car Dunyach ne cherche pas à mettre en avant des postulats originaux ou des hypothèses novatrices. Au contraire, les thèmes sont habituels, mais l'originalité réside ici dans la façon de raconter, car l'auteur écrit d'abord de la littérature avant d'écrire de la SF ou du fantastique. Et il y parvient tellement bien qu'il est difficile de trouver d'autres textes auxquels comparer les siens.

     L'Atalante a choisi de distiller le plaisir en publiant plusieurs petits recueils d'environ 130 pages plutôt qu'un seul gros volume. Cela permettra de savourer à petites gorgées ce grand cru riche en arômes subtils.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 13/10/2000
nooSFere


     (Critique de La Station de l'Agnelle et de Dix jours sans voir la mer)


     Bravo ! Une telle initiative ne peut que réjouir les admirateurs de Jean-Claude Dunyach... et fera les délices de ceux qui ne le connaissent pas encore, ou pas assez. En effet, à moins d'être un collectionneur invétéré, on n'avait jusqu'ici que peu de chances de réunir rapidement les écrits courts de Dunyach, cadre dans lequel notre maître styliste national excelle. Ces deux premiers volumes, comprenant chacun dix nouvelles, aux tons, aux styles et aux thèmes si différents qu'ils donnent un aperçu vertigineux de la variété de la palette de l'auteur, sont de ceux qui se lisent très vite, mais laissent des traces durables. Ajoutons encore que le format de ces deux petits livres (premiers d'une série à venir) les rend de surcroît particulièrement abordables, et qu'enfin les éditions de l'Atalante ont eu le bon goût de gratifier le lecteur des plus belles couvertures vues depuis longtemps dans l'édition de SF (un grand coup de chapeau à Gilles Francescano), et l'on comprendra pourquoi on aurait tort de « critiquer »... Laissant à nos confrères de Ténèbres et d'autres revues spécialisées dans les mêmes sombres contrées les nouvelles qui relèvent de leurs goûts et de leur compétences, on s'arrêtera ici sur quelques-uns des textes de « pure science-fiction », quoi que l'on entende sous ce terme...
     Dans le premier volume, La station de l'Agnelle, la nouvelle qui donne son titre au recueil présente toutes les caractéristiques d'un récit mainstream transposé (avec bonheur) dans un univers de science-fiction. Le thème du sacrifice, annoncé en filigrane dans l'allusion biblique du titre, est traité avec une poignante délicatesse, et l'image figée de la petite Emmelina au milieu de la chaîne humaine morte et salvatrice, ainsi que le regard de Marine, dans son sillage, invitent à méditer, entre autres, sur certaines grandeurs d'âme... ou sur certaines aberrations. La nouvelle a déjà la stature d'un classique de la SF. Poésie visionnaire, dans Fin de l'été indien, et humour ravageur, dans Le jeu des dédicaces et Rapport sur les habitudes migratoires des pères Noël, offrent deux images de Dunyach qui, très éloignées l'une de l'autre, sont d'autant plus révélatrices du talent protéiforme de l'homme de Toulouse. On ne saurait passer sous silence l'étrangeté inclassable d'un texte comme Les parallèles, qui (allez savoir pourquoi !) appartient à ce qui me touche le plus non seulement dans l'oeuvre de Dunyach, mais dans la SF en général. Ici, l'auteur laisse librement jouer le plus puissant et le plus subtil de ses ressorts : la symbolique est suffisamment décalée pour ne pas être lourde, et suffisamment translucide pour permettre bien des niveaux de lecture. Loin de tous repères classiques, dans un temps et un espace indéterminés, Dunyach parle entre autres d'une réalité quotidienne, (trop ?) familière à beaucoup de lecteurs, et il le fait d'une façon si belle et si juste que l'on ne peut s'empêcher d'être touché — à un point que l'on ne vit que rarement.
     Le second volume est encore plus beau à l'extérieur que le premier, et encore plus dense à l'intérieur. Dix jours sans voir la mer n'est pas sans rappeler J.G. Ballard (dont, à la réflexion, on peut se demander s'il n'est pas l'auteur dont Dunyach serait le plus proche), et la puissance évocatrice de ce monde déglingué, à la beauté surprenante, est à ranger aux côtés des quatre apocalypses du maître britannique. Il y a fort à parier qu'après avoir lu ces douze pages, le premier regard du lecteur à l'océan venant lécher une plage déserte sera marqué par les questions que se pose le narrateur après avoir passé « dix jours sans voir la mer »... Plus ancien, Paranamenco voit apparaître pour la première fois sous la plume de l'auteur les AnimauxVilles qu'il revisitera plus tard, notamment avec son compère Ayerdhal dans Étoiles mourantes. La nouvelle, efficace, vaut essentiellement par les qualités de son décor, et annonce les paysages époustouflants qui suivront. Nos traces dans la neige, qui était à mon sens, il y a deux ans, le chef d'oeuvre de l'anthologie Escales sur l'horizon, retrouve ici sa forme originale, pour le plus grand plaisir du lecteur. Ce texte inénarrable, dont la lecture laisse pantois, hantera de nombreux lecteurs pendant des années. Situé à la frontière floue entre l'abominable et le sublime, il donne furieusement envie d'aller arpenter les neiges des Andes à la recherche d'expériences sexuelles aussi inédites que désespérées. Pour se détendre après un tel choc, il n'est pas contre-indiqué de se pencher sur la manière dont les lourdeurs bureaucratiques ont pu causer la disparition des dinosaures (il faudrait transmettre d'urgence le texte de Mémo pour action à toutes les administrations du monde, mais aussi, pour que ce geste puisse caresser l'espoir d'être suivi d'un effet quelconque, au sieur Terry Gilliam). Enfin, les inconditionnels d'Andréas Eschbach qui n'ont pas eu la chance, en 1984 (au moment où l'écrivain allemand produisait ce qui allait devenir le premier chapitre des Milliards de tapis de cheveux), de lire le texte que publiait alors Jean-Claude Dunyach, dans la défunte revue Science-Fiction (Denoël), découvriront avec stupeur, En attendant les porteurs d'enfants, ce qu'il advient de nos descendant(e)s. En effet, sans bien sûr rien savoir l'un de l'autre à l'époque, les deux auteurs se rejoignent de façon frappante, et le parallélisme entre les deux textes saute aux yeux. La conclusion de cette nouvelle magnifique, qui clôt le second recueil, est tellement puissante (et tellement désespérée) que l'on devrait peut-être suggérer à Jean-Claude Dunyach d'en tirer un roman à l'avenir...
     Bref, comme le dit si bien Ayerdhal en quatrième de couverture : « Maître Dunyach manie l'absurde et le chaos dans la logique des mathématiques fractales, et nous l'assène en esthète, avec une délicieuse cruauté »... Bien dit ; vivement le troisième !

Bruno DELLA CHIESA
Première parution : 1/12/2000
dans Galaxies 19
Mise en ligne le : 1/3/2002


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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