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En terre étrangère

Robert A. HEINLEIN

Titre original : Stranger in a Strange Land, 1961
Première parution : New-York, USA : G. P. Putnam's Sons, 1er juin 1961

Traduction de Frank STRASCHITZ

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (1ère série, 1977-1981) n° 7041
Dépôt légal : 2ème trimestre 1979
672 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-253-02186-5   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Son nom : Valentin Michaël Smith. Ses signes particuliers : né sur Mars, elevé par les Martiens, seul survivant d'une expédition interstellaire. Son problème majeur : essayer de vivre sur la Terre. Accessoirement : essayer de comprendre la nature humaine, la mentalité des hommes, leur goût obscur pour la destruction, le chaos et le malheur.
     En Terre étrangère : un des chefs-d'oeuvre incontestables de la science-fiction contemporaine.
    

    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1962

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
Jean Gattegno : Que sais-je ? (liste parue en 1983)
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Science-fiction (liste parue en 2002)

 
    Critiques    
     La lecture d'En terre étrangère m'a irrésistiblement remis en mémoire un article de Philip K. Dick (La bombe atomique sera-t-elle jamais mise au point, et si oui, qu'adviendra-t-il de Robert Heinlein ? 1), où l'auteur d'Ubik exprimait notamment son exaspération vis-à-vis de certains aspects réactionnaires et sexistes de la prose de Heinlein. Recontextualisons la chose : Robert A. Heinlein était alors la superstar américaine de la science-fiction (quatre Hugo du meilleur roman en douze ans, record inégalé, dont un, en 1962, pour En terre étrangère). Il fut même, selon Isaac Asimov (qui, en libéral convaincu, ne l'en égratigna pas moins dans son autobiographie 2), celui qui ouvrit au genre la voie de la respectabilité.
     Bien que je n'aie lu qu'une fraction infime de son œuvre, j'aime énormément Robert Heinlein, parce qu'il est l'auteur de l'un des plus beaux romans de science-fiction qu'il m'ait été donné de lire, Une porte sur l'été, un opus pour le moins dénué de toute trace de réaction. Comment Dick et Asimov pouvaient-il s'entendre pour critiquer cet auteur, qui selon eux était le parangon du conservateur obtus, alors qu'il avait tout pour moi de l'aède romantique ? Puis j'ai eu vent de certaines de ses prises de position, lu certains autres de ses textes, et j'ai aisément compris où Dick et Asimov voulaient en venir. Néanmoins, Heinlein restait toujours dans mon cœur le créateur de Petronius-le-sage, et j'escomptais fermement d'En terre étrangère le même genre de frisson que m'avait procuré Une porte sur l'été. Sans doute parce j'avais lu et relu que ce livre était l'un des bréviaires des hippies du summer of love, sur la côte Ouest des Etats-Unis, et qu'une bande d'idéalistes chevelus n'aurait certainement pas porté aux nues un livre réactionnaire ou militariste. Ensuite parce que le roman faillit être adapté à l'écran (par le cinéaste John Schlesinger, en 1973) avec David Bowie dans le rôle principal 3.
     En terre étrangère nous raconte l'histoire de Valentin Michaël Smith, un enfant né lors d'une mission terrienne sur Mars, et unique survivant de celle-ci. Recueilli par les Martiens, il est élevé selon les coutumes de la planète rouge, et y acquiert des talents qui font de lui un être surhumain selon les critères terriens (capable de télépathie, de télékinésie, d'apnée prolongée, de désincarnation, et j'en passe). Vingt-cinq ans plus tard, il est découvert par une nouvelle expédition terrienne et ramené sur sa planète d'origine, dont il n'a en fait jamais foulé le sol. Gardé au secret par les autorités (des suites d'un imbroglio juridique, Smith est tout à la fois, d'après les lois terriennes, légataire d'une fortune considérable et propriétaire légitime de la planète Mars), il est finalement soustrait à l'influence pernicieuse du gouvernement par Ben, un journaliste d'investigation idéaliste, assisté de Jill, une séduisante infirmière. Après quelques péripéties, ce petit monde trouve refuge chez un universitaire exubérant, Jubal Harshaw, chez qui ils vont parfaire l'éducation terrienne de Mike Smith, qui se montrera un élève particulièrement diligent et avide d'apprendre. Ce sera aussi pour les terriens l'occasion de découvrir la curieuse philosophie martienne, qui semble entièrement reposer sur le concept de “gnoquer” les faits, les gens ou les idées. Nous suivrons ainsi le singulier parcours de Smith, de son apprentissage jusqu'à la liberté, et verrons qu'il n'est décidément pas facile d'être un étranger dans une étrange contrée...
     En terre étrangère est un roman long et assez dense, qui suit pas à pas la destinée de son protagoniste, découpée en cinq parties de longueurs inégales (Son origine impure, Son absurde héritage, Son éducation excentrique, Sa scandaleuse carrière, et Son heureuse destinée). C'est dans les trois premières parties (corps initial du récit, puisque les deux suivantes seront écrites postérieurement) qu'il faut chercher l'intérêt majeur du roman, c'est à dire la confrontation entre les mœurs martiennes et terriennes et l'acculturation progressive de Smith, qui oscille sans cesse entre l'inné et l'acquis (sa quête du rire, notamment, est l'une des touches les plus subtiles du récit). Il est facile de comprendre pourquoi ce roman a pu plaire aux hippies californiens : Mike Smith est dépeint comme un être profondément bon, pacifiste et naïf (il échappe assez largement à une caricature paternaliste de “grand enfant”, car Heinlein cherche à stigmatiser le cynisme, l'iniquité et le fanatisme de la société terrienne future), prônant un rapprochement entre les êtres qui ne demande qu'à verser dans l'amour libre. Smith est un personnage des plus attachants, une appréciation qui peut s'étendre au bout du compte à l'intrigue tout entière car elle tourne entièrement autour de son protagoniste.
     Mais si ce roman est une rampe de bois lustré qu'on lâche difficilement une fois saisie, on a souvent la désagréable surprise de récolter des échardes dans les paumes lorsqu'on lit au détour d'un dialogue que “lorsqu'une femme se fait violer, c'est neuf fois sur dix de sa faute” (dans la bouche d'une jeune femme, par-dessus le marché). On en vient à se demander, comme Dick à son heure, si les femmes sont forcément pour Heinlein des êtres qui ne trouveront leur honorabilité que dans le mariage, et dont l'unique vocation serait d'être appelées “ma petite dame” par des quinquagénaires plus ou moins libidineux. C'est dommage. C'est dommage car il en résulte un curieux et inutile salmigondis d'humanisme et de réaction, qui me fait refermer le livre avec dans l'esprit un écho dissonant, faussé. A-t-on affaire à une nuque rase quelconque qui s'affublerait d'une perruque et de clochettes pour jouer au Frisco freak ? A titre personnel, je serais bien en peine de percer à jour les motivations personnelles de Robert Heinlein lorsqu'il écrivit ce roman. Entendons-nous bien : En terre étrangère est un classique, et on ne reviendra pas là-dessus. J'en retiens avant tout le plaisir que l'histoire m'a apporté, ce qui est déjà beaucoup. Pour le reste, je continue de chercher dans le bunker qu'est l'œuvre d'Heinlein une autre porte sur l'été...

Notes :

1. Will the atomic bomb ever be perfected, and, if so, what becomes of Robert Heinlein ? (1966), repris en français dans le recueil L'œil de la Sibylle (disponible actuellement chez Folio SF).
2. Moi, Asimov (I, Asimov, 1991, disponible actuellement chez Folio SF).
3. Bowie venant de se débarrasser à grand bruit de sa défroque de martien (Ziggy Stardust), on comprend aisément qu'il n'ait finalement pas souhaité en revêtir une autre dans la foulée. Il le fera cependant trois ans plus tard avec L'Homme qui venait d'ailleurs (de Nicholas Roeg), adaptation du roman de Walter Tevis, L'Homme tombé du ciel, présentant d'énormes points communs avec En terre étrangère.


Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 14/5/2003 nooSFere


 
     FEU D'ARTIFICE EN POCHE (III)

     Bien peu heinleinien, au premier abord, si l'on en reste aux stéréotypes dont on use en parlant de cet auteur en qui l'on voit un raciste (6e colonne) ou/et un militariste à tout crins (Etoiles, garde à vous !). En terre étrangère fait partie de ce que son premier analyste/critique, Panshin, nomme sa « troisième période » . Elle n'est pas uniforme ; on y trouve à la foi cet ouvrage, et le déjà cité Etoiles, garde à vous ! tous deux avec des Hugo en prime.
     Ouvrage composé sur trois pistes : un roman d'aventure, la fondation d'une religion nouvelle, une satire des idéaux de la culture occidentale. But de l'auteur ? « Examiner tous les axiomes essentiels de notre culture, les scruter, faire germer le doute à propos de leur pertinence ». Possible. En tout cas, un livre ambigu, d'autant qu'on ne sait plus très bien qui fait la satire de quoi ; mais le ressort « aventure » entre alors en action, et vogue la lecture. Ambiguïté qui lui a valu une notoriété dépassant les lecteurs de SF. Comme le « boskonisme » de Vonnegut (Berceau du Chat), la religion prêchée ( ? ?) ici a nourri quelques millions de fantasmes, dans la contre-culture des années 60-70. Qu'en reste-t-il à la relecture ? D'abord, malgré le pavé, ça reste lisible. Ensuite, on peut y voir une sombre et humoristique prémonition : le retour des fanatismes religieux appuyé sur la publicité des mass média, toujours à la recherche du produit miracle pour se vendre. Mais ce retour des ayatollahs, des popes, des évêques, des papes montre qu'Heinlein partageait avec son époque une illusion : que le « retour de la religion » serait gai, joyeux ; que la religion de l'avenir serait libératrice !
     A (re)lire, en alternance avec A. Watts et ses joyeuses cosmologies, Ginsberg, Rubin etc., en se souvenant des anciens airs de Zappa, des Jefferson Airplane, des Dylan de bonne cuvée.
 

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/9/1979 dans Fiction 304
Mise en ligne le : 23/10/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain - Classiques (1999)


     Élevé par des Martiens, Valentin Michaël Smith, riche héritier de pionniers de l'exploration spatiale, est un jeune homme étranger à la culture terrienne. Face aux militaires et aux politiques, un groupe (le riche et cynique avocat-écrivain-scénariste Jubal, l'infirmière Jill, le journaliste Ben) entreprend de le défendre et de l'initier à la pensée terrienne. Les trois premières parties nous montrent un humain aux pensées extraterrestres extrêmement touchant car perdu dans notre monde cruel et manipulateur.
     Dans les deux parties suivantes, écrites postérieurement à la première version, Michaël finit par voler de ses propres ailes  : à l'époque où fleurissent les sectes et se répand la publicité (occasions pour l'auteur de commentaires sarcastiques), il fonde sa propre religion. Basée sur les principes de la philosophie martienne, elle permet d'acquérir la connaissance et le contrôle de soi, la compréhension des choses, ce qui se traduit par l'obtention de pouvoirs tels que la télépathie, la disparition physiques des indésirables, la lévitation des objets ou la faculté de s'enrichir facilement.
     Critique de la société capitaliste et de ses excès, visionnaire d'une société en quête de vérité qui prône une sexualité libre et partagée par tous, ce roman est devenu la bible des hippies et a obtenu le prix Hugo en 1962, après Double étoile en 56 et Étoiles, garde à vous (le controversé Starship Troopers) en 59.
     En France, la fascination pour En Terre étrangère (traduit seulement neuf ans plus tard) s'explique surtout par les qualités de conteur hors pair de Heinlein. Sinon, on est tour à tour enchanté, irrité, scandalisé par les idées généreuses, machistes, réactionnaires de l'auteur. Jubal est probablement le personnage qui exprime le mieux les positions de Heinlein, dont le cynisme masque le radicalisme de la pensée.
     Malgré tout, cet esprit libre a des accents humanistes dans ses professions de foi. La religion de l'homme de Mars ne fait que rendre à l'homme ce qui lui appartient  : en affirmant que chaque être est Dieu, il le rend responsable de son destin. Impossible, malgré les restrictions d'usage, de ne pas apprécier ce livre  : le lecteur qui aura gnoqué cela comprendra qu'il est en présence d'une réédition sinon capitale, du moins incontournable.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999
dans Galaxies 15
Mise en ligne le : 17/5/2001




 
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