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Le Printemps russe

Norman SPINRAD

Titre original : Russian Spring, 1991

Traduction de Luc CARISSIMO

DENOËL (Paris, France), coll. Présences n° (6)
Dépôt légal : avril 1992
722 pages, catégorie / prix : 149 FF
ISBN : 2-207-23952-7
Format : 14 x 20,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Tandis que les Etats-Unis s'enfoncent dans la récession, le protectionnisme et la paranoïa, la nouvelle Union soviétique, ressuscitée des cendres de la pérestroika, s'intègre à une Europe en passe de devenir la première puissance mondiale et vers où convergent toutes les énergies.
     C'est en Europe que Jerry Reed, jeune ingénieur déçu par l'orientation exclusivement militaire prise par la NASA, se réfugie pour poursuivre un jour son rêve d'aller dans l'espace ; en Europe que vient travailler Sonia Gagarine, fille du Printemps russe éprise de liberté, en Europe qu'ils tombent éperdument amoureux l'un de l'autre.
     Dès lors leur destinée — et celle de leurs deux enfants, Bon et Franja, déchirés entre la vieille amérique et la Russie triophante — se confond avec les crises de ce début du XXIe siècle...
     Une sorte d'Autant en emporte le vent de la grande Europe en marche, une fresque visionnaire dont l'optimisme lucide redonne des ailes à nos espoirs déchus.

     Norman Spinrad, né à New York en 194à et installé à Paris depuis 1988, s'emploie à faire de la science-fiction la littérature même des grands enjeux contemporains. Auteur de nombreuses nouvelles et d'une quinzaine de romans dont certains ont fait date dans l'histoire du genre, journaliste, critique, essayiste, parolier, il fait feu de tout bois pour nous faire partager ses craintes et ses rêves. Le printemps russe a été salué comme son chef-d'oeuvre par la critique américaine.

    Prix obtenus    
Cosmos 2000, [sans catégorie], 1993
 
    Critiques    
     Personne, AFR 1 dixit, n'a parlé de ce Printemps russe dans YS...

     Parce que c'est un pavé ? On a vu pire que ces 721 pages, plus rébarbatif surtout : Spinrad écrit vite, pour être lu de même. Son traducteur, Luc Carissimo, ne le trahit pas. On glisse de page en page, c'est un toboggan. Tant pis pour les amateurs de préciosités et d'effets linguistiques. Spinrad est « narratif », et pas « littératurant ». Et il narre à coups de hache.

     Parce que c'est un juvenile ? C'en est un, certes. Une saga familiale. Papa américain et maman soviétique, produisant à Paris un garçon qui rêve des USA et une fille qui se sent avant tout russe. De bons sentiments. Des « histoires de vie ». Du roman d'apprentissage. Et des naïvetés aussi, comme dans tout bon roman feuilleton. Mais inutile d'attendre que l'archevêché le recommande. précision du critique à Roland Wagner : « Juvenile, but with oral sex ». Spinrad est spinradien. Normal. Il mêle harlequinade lacrymal et bonne dose de cul rabelaisien. Sur terre et en apesanteur.

     Parce que c'est politique ? Ça l'est. Sans fioriture. Naïvement. À la Douanier Rousseau. Pour un avant-goût, voir La vie continue, dans Les années fléaux (1988, ?Présence du futur?). On a des USA envahis par un reaganisme musclé, au bord de la dictature militaire. Avec l'approbation des braves gens, imprégnés de xénophobie et rendus fous par l'effondrement économique du pays. Prêts à s'enfermer dans une forteresse blindée. Ravis que l'on ait abandonné les rêves kennedyesques de conquête spatiale. Justement haïs du reste du monde, et haïssant le reste du monde. Tristement cons, quoi. Clinton et quelques autres nous en préservent, s'ils en sont capables. S'y ajoute une URSS reconstituée, gorbatchevienne, avec bureaucratie magouilles, opposition dangereuse de nationalismes à la Pamiat, tensions internes, mais dont le bilan, le bilan... (on ne peut tout de même pas écrire que le bilan est globalement positif ! Quoi ? Si ? Bon, allons-y, mais c'est vous qui l'aurez voulu). Bref, sympathique. Ou vivable. Et puis une Europe unie, pas toujours moralement très reluisante, mais assez attractive pour être l'avenir de la planète. Il faut dire que cette Europe, c'est avant tout Paris, que Spinrad a mis ses pas dans ceux de Miller, d'Hemingway, de quelques autres, et que pour lui, manifestement, « Paris est une fête ». Il a peut-être le même fournisseur d'herbes de Provence que notre camarade Red Deff. Voilà le tableau. Évidemment, ça peut paraître simpliste. Ça l'est peut-être. Mais pas plus que le discours politique moyen, de Pasqua à Béré (pour ne pas parler du fou du Puy, ni d'un politicien français d'origine bretonne : ici, on cause SF, pas épouvante). Tant pis si Spinrad, faux cynique, donne dans l'irréalisme angélique. Tant pis si le remplacement d'un président des États-Unis fascisant par un vice-président baba-cool est tout sauf plausible. Tant pis si le style « libéral-chic », ou « radical-choc » et la nostalgie des sixties ont leurs limites. Tant pis s'il se passait déjà des choses peu reluisantes aux USA (comme partout, of course) avant la mort de John F. Kennedy, dont l'auteur fait le point de départ de l'involution de son pays. Tant pis, tant pis et encore tant pis. Entre mirages et gueulantes, Spinrad parle de liberté, d'optimisme, d'espoirs. Ce n'est pas si mal.

     Parce que les temps changent ? Parce que les probabilités pour l'URSS se reconstitue sont des plus minces, parce que Bush n'a pas tout à fait été Reagan, et Clinton ne sera pas tout à fait Bush ? Parce que les événements sont allés plus vite que l'auteur ? Mais on peut toujours lire ce roman comme une uchronie. Avec l'avantage sur d'autres qu'il n'est pas nécessaire de connaître le détail des campagnes napoléoniennes ou du naufrage de l'indicible armada pour suivre, il suffit d'avoir lu les journaux d'un derrière distrait, ou suivi PPDA sur Canal plus, ces dernières années...

     Parce que ça coûte 149FF ? « Ils » ne l'ont pas reçu en service de presse ? Et pour le lecteur payant, le rapport prix/pages reste des plus honnêtes... Ceux qui ne l'ont pas lu ne savent pas ce qu'ils perdent. C'est un bouquin fait pour les nostalgiques de mai 68 et pour ceux d'Heinlein, pour les démocrates-chrétiens européanistes et les amateurs de gauloiseries, pour les fans du rêve américain et ceux de Gorby, pour les lecteurs d'Harlequin et ceux de Miller, pour les cyniques et pour les rêveurs... Si je compte bien sur mes doigts, ça fait pas mal de monde...

     Alors ? Peut-être parce qu'il n'est pas si facile d'attraper ce bouquin, de le ficeler, de le présenter sans dire de conneries. Et ce ne sont pas les lecteurs de la présente recension qui me démentiront...

Notes :

1. Initiales d'André-François Ruaud, rédacteur en chef de Yellow Submarine (YS) [note de nooSFere]


Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/1992 Yellow Submarine 100
Mise en ligne le : 10/3/2004


 

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