Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Station solaire

Andreas ESCHBACH

Titre original : Solarstation, 1996

Traduction de Claire DUVAL
Illustration de Vincent MADRAS

L'ATALANTE, coll. La Dentelle du Cygne n° (15)
Dépôt légal : avril 2000
320 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-84172-129-9   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     2015. La station expérimentale Nippon orbite à quatre cents kilomètres de la Terre. Son rôle : étudier et développer les technologies de captage et de transmission de l'énergie solaire depuis l'espace. Le succès de la mission ouvrira de nouveaux espoirs à un monde qui dévore ses sources d'énergie.
     Alors pourquoi des incidents à bord laissent-ils soupçonner qu'une entreprise de sabotage est à l'oeuvre ?
     Pire est la vérité : avec la découverte d'un premier meurtre débute le compte à rebours d'un plan diabolique dont on ne comprendra que trop tard l'objectif.
     Neuf hommes et femmes en apesanteur dans le huis clos de la station solaire. Un frileur magistral par l'auteur de Des milliards de tapis de cheveux
 
    Critiques    
     Après le magistral Des miliards de tapis de cheveux, incontestable chef d'oeuvre qui a révélé Andreas Eschbach au public français en 1999, nous attendions avec une grande curiosité le deuxième roman de l'auteur : allait-il pouvoir faire aussi bien ?

     Surprise ! Il est impossible d'imaginer un roman plus différent du précédent que ce Station solaire : sa construction est strictement linéaire, une poignée de personnages y évoluent en huis clos, l'intrigue toute simple semble directement sortie d'un James Bond... Il s'agit finalement d'un thriller sur un fond d'anticipation à très court terme, et il serait tout à fait absurde de vouloir trouver un quelconque point de comparaison avec le grandiose et sublime space opera qu'est Des milliards de tapis de cheveux.

     Après avoir admis l'absence complète de parenté entre les deux oeuvres, nous pouvons apprécier Station solaire plus sereinement. Eschbach commence par nous montrer – avec une certaine légèreté et un humour discret – la vie quotidienne d'une station orbitale destinée à recueillir l'énergie solaire. La conquête de l’espace a été abandonnée par les américains et poursuivie par les japonais qui détiennent désormais la maîtrise de cette fabuleuse source d’énergie.
     Peu après, des terroristes débarquent, s’emparent de la station, et exigent une forte rançon pour vider les lieux. Mais l’argent est-il leur seule motivation ? Nous voilà embarqués dans un scénario rapide et à grand spectacle, qui fonctionne exactement comme ceux des films de la série Die Hard avec Bruce Willis.

     Le roman est habile et distrayant, sans autre prétention que de faire passer un agréable moment. Eschbach y révèle ainsi une autre facette de son talent, même s’il s’agit d’une œuvre bien moins ambitieuse et qui sera aussi vite oubliée qu’on aura pris plaisir à la lire.
     Et maintenant ? Que va bien pouvoir nous réserver le troisième roman ?

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/6/2000 nooSFere


     Au début du XXIe siècle, la conquête de l’espace a été abandonnée par les Américains et ce sont les Japonais qui ont repris le flambeau avec des projets ambitieux, mais coûteux. Le plus important se déroule à bord de la station spatiale Nippon qui, en orbite à 400 km au-dessus de la Terre, expérimente un programme de captage de l’énergie solaire. Après des premiers essais concluants, le programme connaît depuis deux mois des problèmes à répétition lors de la transmission de l’énergie vers la Terre. Le commandant de la station soupçonne un sabotage et charge Leonard Carr, le seul occidental à bord, de mener une enquête discrète sur les astronautes qui vivent dans la station. Carr est le responsable de la maintenance et de la sécurité, ce qui lui permet d’y circuler librement.

     La première partie du roman est consacrée à la description de la vie quotidienne des occupants de la station spatiale : l’auteur nous emmène dans tous ses recoins pour nous montrer comment elle fonctionne. On n'ignore plus rien des problèmes pratiques que pose la vie en apesanteur pour des actes aussi banals que de préparer un repas, le consommer, dormir ou satisfaire un besoin naturel. Cette première partie permet de se familiariser avec l’environnement si particulier qui sert de cadre au roman, ainsi qu’avec ses personnages que l’on découvre un par un dans leur travail. Tout cela est réalisé avec une grande économie de moyens, mais avec un pouvoir d’évocation assez étonnant. Le lecteur a ainsi vraiment le sentiment d’être dans l’espace.

     A partir du moment où l’un des astronautes est assassiné, le récit s’emballe soudain et chaque chapitre nous conduit de surprise en surprise jusqu’au dénouement. Le plaisir que l’on prend alors à lire ce thriller spatial vient en grande partie du fait que l’auteur a imaginé une intrigue particulièrement bien ficelée. Les descriptions du début du roman ne sont pas gratuites, car l’auteur en réutilise tous les éléments dans la suite du récit. De même, bien que l’action se déroule à huis clos à bord d’une station spatiale, la situation sur Terre (très différente de celle que nous connaissons même si le roman se déroule dans un futur proche) est extrêmement importante, tant comme moteur de l’intrigue que pour motiver les actions des personnages.

      Station Solaire est avant tout un thriller spatial rempli de rebondissements. Rien de vraiment original a priori donc ; on serait même plutôt en terrain balisé, digne d’un bon gros film Hollywoodien. Mais Station solaire sort du lot grâce au talent de son auteur, qui a su bâtir une intrigue où rien n’est laissé au hasard, et qui surtout possède un talent certain pour créer un univers entier avec une extrême concision. On le savait depuis le chef d’œuvre qu’est Des Milliards de tapis de cheveux ; Andreas Eschbach le confirme avec Station Solaire, même si ce second roman n’est pas aussi original que le premier.

Frédéric BEURG (lui écrire)
Première parution : 12/6/2000 nooSFere


     Jusqu'il y a peu, la traduction de S-F allemande, outre Perry Rhodan, restait un épiphénomène ; pire, une rareté, une curiosité... On parlait alors de S-F exotique et ça n'a pas vraiment changé ; pas encore. C'est néanmoins le second roman d'Andreas Eschbach que l'Atalante nous propose après Des Milliards de tapis de cheveux (cf. critique in Bifrost 16). C'est moins que les huit livres italiens désormais disponibles (chez Payot/Rivages et au Fleuve Noir) mais déjà beaucoup dans le contexte désertique qui prévalait jusqu'alors. Des S-F autres que anglo-saxonne et indigène commencent à exister. D'autant plus qu'Eschbach et d'autres auteurs ou artistes venus d'outre-Rhin ont pu être vu à Utopia et aux Galaxiales ; des nouvelles ont également été traduites dans Utopia 1 et Cosmic Erotica. L'Europe de la S-F commencerait-elle à entrevoir le jour ? Va-t-on vers des conventions européennes dignes de ce nom ?

     Station Solaire est un frileur, comme on dit à l'Atalante pour faire plaisir à Jacques Toubon.

     Il n'existe pas pléthore de romans se passant intégralement en orbite basse dans un futur immédiat. L'une des références les plus proches est l'historique Apollo 13 ; sinon, ce sera Ascenseur pour l'infiniLester Del Rey roman et auteur aujourd'hui bien oubliés, écrit avant même que Gagarine ne fasse quelques petits tours en orbite. Alors que chez Del Rey on s'enthousiasmait à l'idée de ce qui allait pouvoir se faire, chez Eschbach on espère entretenir encore un peu ce qui n'est toujours qu'un rêve. Quarante ans ont passé. L'humanité n'a plus d'avenir.

     2015. Le Japon entretient la station Nippon et a racheté les navettes spatiales américaines. À 400 km au-dessus de la Terre, 9 astronautes-chercheurs expérimentent la transmission au sol d'énergie solaire, captée au moyen d'une immense voile photo-électrique — hybride de panneau photo-électrique et de voile solaire — et transmise grâce à un faisceau de micro-ondes. En effet, le pétrole s'épuise et le nucléaire suivra... Mais la transmission ne fonctionne pas et un sabotage commence à être soupçonné.

     Entre les pirates de l'espace qui veulent utiliser le faisceau de micro-ondes pour cuire tous les habitants de la Mecque et un éco-terroriste qui, soucieux de dissimuler son forfait, permettra à Khalid et ses sbires de perpétrer le leur en rendant le faisceau opérationnel, les autres occupants de la station auront fort à faire pour ne serait-ce que sauver leurs vies.

     Station Solaire est un parfait huis-clos mené à cent à l'heure dans une ambiance étouffante. Du coup, on le dévore plus qu'on ne le lit. De plus, il ne faut que fort peu de pages à Eschbach pour brosser le tableau d'un XXIe siècle qui déchante. L'Islam à feu et à sang. Une Amérique en proie à l'obscurantisme qui s'est désinvestie de l'espace. Quant à la Russie : « dire qu'elle est plongée dans le chaos serait faire injure au chaos », selon la formule choc d'Eschbach lui-même. Reste l'Europe, qui a raté le coche et se trouve en voie de balkanisation. Le pétrole se tarit. Des écho-nihilistes font tout leur possible pour abattre la civilisation et priver l'humanité de ses ultimes chances de salut, telle la station solaire. Eschbach ne s'évertue pas sur les détails ; son évocation du monde a la force incisive de la caricature. Ce n'est pas son propos, c'est son contexte. Son propos, c'est un roman d'action.

     L'intrigue repose certes sur quelques clichés du roman d'espionnage : les « méchants » qui ont malencontreusement pris pour cible le fils du héros, les femmes otages qui sont, au choix, menacées ou exécutées par l'inévitable sbire sadique et psychopathe, le héros qui s'évade et reconquiert la station, la seconde chance accordée au « méchant » par le destin d'accomplir son funeste dessein, les « méchants » qui meurent tous sans que les « bons » l'aient vraiment voulu, la fausse piste qui n'en est pas une... Jusqu'au Katana qui traîne à bord de la station qui n'aurait pu être japonaise sans cela ! Tout y passe. Dans un premier temps, on assiste à la mise en place de la situation assortie de perturbations. Dans un second, c'est l'irruption de la situation de crise qui va crescendo jusqu'à son paroxysme, puis survient le retournement de situation et l'ultime rebondissement. Le thriller type. Classique en diable mais diablement efficace. Station Solaire est aussi radical qu'épuré à l'extrême. Un modèle du genre. On en redemande.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/7/2000 dans Bifrost 19
Mise en ligne le : 3/10/2003


 

 
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.

NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.
Vie privée et cookies