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La Voie du Cygne

Laurent KLOETZER

Fantasy  - Illustration de Gustave MOREAU
MNÉMOS, coll. Icares n° (3), dépôt légal : septembre 1999
320 pages, catégorie / prix : 16,77 €, ISBN : 2-911618-51-3
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Pour Jeophras Denio, rien n'est impossible ! Tout le monde sait qu'il est le meilleur inventeur de la ville. Si seulement son engin volant arrivait à fonctionner...
     Mais quelle machine, quelle équation pourrait l'aider à conjurer le malheur de sa fille Carline ? Elle a été jetée en prison à la suite d'une réception au palais. Pour elle, c'est la potence, s'il ne parvient pas à l'innocenter du meurtre de Nerio de Lethys.
     Endosser le rôle d'un détective n'est pas une mince affaire, même avec l'aide d'un garçon débrouillard comme Alexis. Mais Jeophras ne pensait pas se faire piéger dans un tel engrenage... Dvern est une cité d'intrigues où les puissants jouent à des jeux dangereux. Lequel d'entre eux convoite le pouvoir ? Qui, à la cour, fomente ce complot ? Une séduisante comtesse, un maître d'armes, le prince en personne ?
     Jeophras ferait bien de se méfier, s'il ne veut pas tomber au fond du labyrinthe. Derrière cette affaire se cache un mystérieux secret, vieux de dix-huit ans... Mais pour le découvrir il vous faudra pratiquer le jeu de l'oie. Suivez donc Jeophras sur la Voie du Cygne...

     Laurent Kloetzer, né en 1975, est aussi l'auteur de Mémoire vagabonde (Prix Julia Verlanger 1998). Située dans une Renaissance imaginaire, cette énigme haletante d'une efficacité redoutable flirte avec les romans d'Umberto Eco et d'Arturo Perez Reverte.


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    Critiques    
     « Le meurtre avait une dimension symbolique, ça ne pouvait pas être un hasard. Politique et symbolique faisaient-elles bon ménage ? » (p. 194)

     En raison de sa complexité et des nombreuses combinaisons auxquelles il se prête, le jeu d'échecs a inspiré de nombreux romans comme Le tableau du maître flamand de Perez Reverte ou La ville est un échiquier de John Brunner. On s'attendait moins à un livre-énigme basé sur le paisible jeu de l'oie, dont la linéarité semble imperturbable et où les « surprises », les embûches, sont connues à l'avance...
     C'est pourtant ce que réussit brillamment Laurent Kloetzer pour qui le jeu de l'oie devient un labyrinthe où « les bifurcations ne sont pas sur le chemin, ce sont les dés qui les imposent. » (p. 285). Il en exploite toute la symbolique : le parcours en spirale devient une représentation de la vie ; le puits évoque une porte sur la vérité ; les retours en arrière autorisés par certaines cases figurent la possibilité de revenir sur son passé...

     Les fils de trois histoires s'entremêlent ainsi pour former une toile admirable et dense, qui emprisonne le lecteur pour sa plus grande délectation. Nous suivons alternativement l'enquête de Jeophras, la partie de jeu meurtrière et l'enfance des protagonistes, où réside sans doute l'origine des événements.
     La trame policière, sobre et d'un grand classicisme, est captivante. La construction en est rigoureuse et sans faille : le mystère s'épaissit au fur et à mesure qu'il se dévoile, jusqu'au dénouement d'une logique implacable.
     Dans ce type de romans, la conclusion peut ne pas être à la hauteur de l'énigme, les révélations paraissant finalement bien plates. Il n'en est rien ici, les enjeux, politiques ou personnels, étant suffisamment importants pour justifier le secret.

     Livre-jeu, livre-énigme, livre-labyrinthe, le roman de Kloetzer ne manque pas d'atouts pour séduire. Mais en plus de la satisfaction que procure l'énigme policière astucieuse, il offre de nombreux autres plaisirs...
     Indépendamment de la forme attrayante, on appréciera en particulier l'épaisseur des personnages : il n'y a pas de gentils ni de méchants, mais de simples êtres humains pris dans le tourbillon des passions, du pouvoir ou des conventions ; des êtres parfois torturés et déchirés par un passé difficile, par des secrets trop lourds...
     Carline, accusée de meurtre, est un bon exemple de cette complexité des caractères : sympathique mais non exempte de défauts, elle est manipulée, mais elle se laisse aller plus ou moins consciemment à cette manipulation, y prenant une part plus active qu'il ne paraît et conservant jusqu'au bout un rôle assez trouble...

     Le seul reproche que l'on pourrait faire est l'utilisation dans les dialogues d'un langage volontiers familier, logique en lui-même mais qui détonne un peu en raison de l'emploi d'un vocabulaire paraissant trop contemporain pour être crédible dans le contexte. Il s'agit toutefois d'un défaut mineur,et d'une occurrence trop rare pour gâter la lecture.

     Kloetzer écrit-il de la fantasy ? Il n'y a ici ni magie ni créature fantastique : juste un royaume imaginaire et la folie des hommes. Pourtant la parenté avec la fantasy est indéniable : on sent l'influence d'un Guy Gavriel Kay, mais aussi celle du steampunk aventurier à la Tim Powers. Situé dans une Renaissance réinventée, marqué par l'humanisme et par des inventions qui rendent hommage à Léonard de Vinci, La voie du cygne est un nouvel exemple de ces oeuvres qui font le lien entre la fantasy et le roman historique, comme Les lions d'Al-Rassan ou La lune et le Roi-soleil.

     En conclusion, La voie du cygne est une très belle réussite, qui mérite de dépasser les frontières du genre et d'être découvert par tout amateur de littérature, qu'elle soit policière ou dite générale.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Après un premier roman, Mémoire vagabonde, salué par tous et couronné en 1998 par le prix Julia Verlanger, Laurent Kloetzer revient avec cette Voie du cygne, fantasy à la mode Renaissance comme il en paraît de plus en plus, mais dont on n'a pas encore réussi à se lasser. Première originalité de cette histoire, celle de s'inspirer du jeu de l'oie, amusement enfantin qui à priori semble peu propice à stimuler l'imagination. Pourtant, quand on voit le résultat auquel Kloetzer est arrivé, on se prend à rêver que, pour son prochain livre, Serge Lehman s'inspire des petits chevaux. Ou Dunyach des sept familles (« C'est ce qu'il a fait pour Étoiles mourantes », me souffle une petite voix perfide. Passons.)
     L'action se situe dans le domaine de Dvern, ville portuaire dirigée par le jeune prince Melki. Jeophras Denio est un universitaire, respecté, si ce n'est sa passion et son acharnement à construire un engin volant, lubie qui n'est pas du goût de tous. Mais ses projets connaissent un sérieux coup d'arrêt lorsqu'il apprend que Carline, sa fille adoptive, a été arrêtée et est fortement soupçonnée du meurtre du prince Nerio, dirigeant d'un domaine voisin en visite à Dvern. Denio va faire tout son possible pour prouver l'innocence de sa fille, aidé en cela par Jaran, le propre frère de Melki, qui le charge de mener l'enquête en son nom.
     La Voie du cygne se présente donc sous la forme d'une enquête policière classique, Denio tentant au fil de ses rencontres de reconstituer les événements qui ont entraîné la mort de Nerio. En parallèle, Kloetzer met en scène d'autres situations, survenues vingt années plus tôt et qui, on s'en doute, joueront un rôle crucial dans la résolution de cette affaire. Soyons clair, ce roman est passionnant de bout en bout. Le récit est d'une fluidité exemplaire, sa construction parfaite. Que manque-t-il pour en faire un chef-d'oeuvre ? Pas grand chose, une petite dose d'inventivité, un soupçon d'excentricité, dont ont su faire preuve récemment, et dans un registre proche, des auteurs comme Hervé Jubert ou David Calvo.
     Alors quoi ? La Voie du cygne n'est pas un chef-d'oeuvre ? Et alors ? Tel quel, c'est un livre tout à fait réjouissant, un authentique plaisir de lecture. On attend la suite avec délectation.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/12/1999
dans Bifrost 16
Mise en ligne le : 6/9/2003


     Lorsque le meilleur inventeur de la ville se transforme en détective privé pour innocenter sa « fille » du meurtre d'un haut dignitaire, cousin du prince, le lecteur ne peut que se réjouir des longues heures de rebondissements et d'intrigues qui l'attendent. Lorsqu'on ajoute à cette sauce, déjà bien liée, le génie de Kloetzer, qui calque sa narration sur une partie de jeu de l'oie, le lecteur ne se sent plus de joie et jubile. Deux bémols à ce qui aurait pu être une des merveilles du bimestre : d'une part, l'intrigue s'essouffle un peu sur les dernières pages et, d'autre part, il est assez difficile de donner de la consistance à cette cité de Dvern qui louche trop vers la renaissance italienne... Pourquoi ne pas avoir pris le parti pris de l'uchronie ou du roman « historique » ? Dommage, mais ne boudons pas notre plaisir pour autant.

Miroslav DRAGAN
Première parution : 1/3/2000
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 20/1/2004


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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