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Étoiles vives 7

REVUE


Cycle : Revues - Étoiles vives  vol.


Illustration de Philippe CAZA

BÉLIAL' , coll. Etoiles vives (revue) n° 7
Dépôt légal : 2ème semestre 1999
160 pages, catégorie / prix : 10
ISBN : 2-84344-028-9   
Genre : Imaginaire

N° spécial Greg Egan. Co-édité par "Orion Éditions et Communication".



    Quatrième de couverture    
     Le 12 janvier 2018, le visage du Monde a changé. Les différents courants de pensée — philosophiques, politiques, religieux — se sont matérialisés en attracteurs, des zones qui tentent de vous piéger comme le ferait un trou noir et menacent à jamais votre libre arbitre...

     La téléportation, c'est le pied ! Vous n'êtes qu'une information, vous voyagez instantanément et à l'arrivée l'information redevient tissus et mémoire. Cependant... la copie est-elle à 100% fidèle à l'original ? Et surtout, que deviennent les corps rendus inutiles ?

     Au début, ce n'est qu'une simple opération chirurgicale pour sauver un enfant victime d'une tumeur au cerveau ; mais voilà que l'expérience prend des allures de cauchemar quand des milliers de personnes se réveillent dans la tête dun jeune patient. Ah, que de raisons d'être heureux !

     Le message est parvenu sur Terre : il existe quelque part, sur une planète océane, une civilisation intelligente. Et si ce message était destiné aux dauphines plutôt qu'aux humains ?

     Greg Egan, né en 1961, n’a eu besoin que de dix ans, quarante nouvelles et cinq romans, pour faire exploser les thématiques de la science-fiction. Ce précurseur venu du pays des kangourous est notamment l’auteur de La Cité des permutants. Mais (comme tant d’autres) c’est dans le domaine de la nouvelle qu’il impose la pleine et entière puissance de son talent. Au sommaire de ce numéro deux récits de cet auteur et une longue étude de Philippe Boulier pour comprendre pourquoi la science-fiction n’est plus la même depuis l’arrivée de Greg Egan.
     Michael Rheyss, Laurent Queyssi et À l’image des dinosaures de James Patrick Kelly (prix Hugo 1996), complètent cette sélection.
     Les auteurs d’aujourd’hui et de demain animent Étoiles Vives !
     L’anthologie 100 % rêve et dépaysement.

    Sommaire    
1 - André-François RUAUD, Avant-propos, pages 5 à 6, Éditorial
2 - Greg EGAN, Orbites instables dans la sphère des illusions (Unstable Orbits in the Space of Lies), pages 9 à 26, trad. Francis LUSTMAN
3 - Greg EGAN, Des raisons d'être heureux (Reasons to Be Cheerful), pages 29 à 65, trad. Francis LUSTMAN
4 - Philippe BOULIER, Greg Egan, la fin des certitudes, pages 67 à 80, Article
5 - Alain SPRAUEL, Bibliographie de Greg Egan, pages 81 à 87, Bibliographie
6 - Laurent QUEYSSI, Sense of wonder, pages 91 à 97
7 - Michael RHEYSS, Les Joueurs d'écume, pages 101 à 134
8 - James Patrick KELLY, A l'image des dinosaures (Think like a dinosaur), pages 137 à 157, trad. Patrick MERCADAL
9 - Philippe BOULIER, Aperçu des petites entreprises bienheureuses, pages 158 à 159, Article

    Prix obtenus    
A l'image des dinosaures : Asimov's (prix des lecteurs), novelette, 1996, Hugo, novelette, 1996, Science Fiction Chronicle, novelette, 1996
 
    Critiques    
     Ce numéro est un spécial Greg Egan, ce qui veut dire que son achat est indispensable pour les amateurs de S-F rien que pour les deux nouvelles de notre australien préféré (dont les textes, même en anglais, ne sont pas toujours faciles à traquer). Plus une bibliographie, et une étude de Philippe Boulier, laborieuse au début dans son énumération thématique, mais lumineuse dans sa conclusion sur les orientations philosophiques d'Egan.

     L'être humain se compose de matière et d'esprit, et nous ne pouvons nous empêcher de considérer que notre software est irréductible à notre hardware. Mystiques et philosophes glosent depuis des siècles sur le sujet, et les scientifiques n'en défrichent que les frontières. Même si les progrès faits depuis quelques années permettent à Egan d'extrapoler des situations où le libre arbitre doit plier devant le fonctionnement matériel du cerveau. « Des raisons d'espérer » est un texte récent (1997), dans lequel le sentiment de bonheur — et donc la capacité même à vivre — du protagoniste dépend entièrement de la chimie de son cerveau. « Orbites instables dans la sphère des illusions » est plus ancien, et moins précis dans ses références scientifiques : il postule que les diverses croyances humaines s'établissent subitement avec une force hypnotique sur de micro-territoires (quartiers de ville), et contrôlent à la fois mouvement et opinions de leurs habitants. Le texte emprunte son langage à la théorie mathématique des systèmes dynamiques, et pose le même genre de questions sur le libre-arbitre que le premier roman d'Egan, Quarantine. Egan voit tout cela sans affolement, avec un certain fatalisme : il faut apprendre le fonctionnement du cerveau humain, et abandonner certaines illusions sur notre liberté de pensée.

     Les textes français du numéro peuvent se comparer à ces moellons qui remplissaient les murs des cathédrales, cachés par un parement en pierre de taille. Leur présence est nécessaire, car sinon comment faire place aux jeunes, mais ils ont du mal à soutenir la comparaison avec leurs compagnons d'anthologie traduits de l'anglais, fruits d'une sélection impitoyable. Disons que Laurent Queyssi a son humour pour lui, même si son texte est bien maladroit et que son éditeur aurait dû lui dire deux mots sur la concordance des temps, voir le paragraphe pages 92-93 qui saute de façon délirante de l'imparfait au passé simple et retour) ; et que Michael Rheyss, dont l'intrigue est plus construite si plus convenue, m'a ennuyé par son mysticisme à semelles de plomb.

     Enfin, l'anthologie a le mérite de se conclure par un texte excellent d'un auteur doué et trop peu publié en français, James Patrick Kelly, « À l'image des dinosaures ». L'idée n'est pas bien nouvelle — quand on fait une copie parfaite d'un humain, un des deux exemplaires doit disparaître — mais ce dilemme moral est traité avec finesse et émotion, et même avec un surprenant humour noir. Sans aucun doute le texte le mieux écrit et le plus frappant du lot.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/2/2000 dans Bifrost 17
Mise en ligne le : 21/9/2003


     C'est avec un peu de retard que l'anthologie bi-annuelle Étoiles Vives, 7ème opus, a atterri dans ma boite aux lettres. Retard aisément pardonné, car le dossier est consacré à l'auteur australien Greg Egan, adulé par les uns pour ses nouvelles de hard science souvent « cérébrales » et flirtant avec la métaphysique, dénigré par les autres... pour les mêmes raisons.

     La première nouvelle d'Egan est Orbites instables dans la sphère des illusions. Par un phénomène curieux et inexpliqué, des zones se sont transformées en « attracteurs » : toute personne passant à proximité tombe en effet sous sa coupe, embrassant dès lors l'idéologie dominante de cet attracteur — humanisme scientifique, judaïsme libéral, hédonisme anti-intellectuel... Seules quelques individus sont suffisamment insensibles à ces influences pour y échapper, à condition de marcher aux frontières de ces zones, prix à payer pour cette liberté. Mais ces personnes sont-elles vraiment libres, ou bien la frontière est-elle également un attracteur ? Ne croire à aucune idéologie, n'est-ce pas en soi une idéologie ?

     Dans Des raisons pour être heureux, Egan continue de semer le doute dans l'esprit du lecteur. Atteint d'une leucémie, un enfant de douze ans voit son cerveau saturé d'une endorphine qui le rend imperturbablement heureux. Un traitement le guérit de sa leucémie, mais il se retrouve dès lors incapable d'éprouver le moindre plaisir ou désir. Il mène alors une vie de zombie durant dix-huit ans, jusqu'à ce qu'il accepte de subir un nouveau traitement : remplacer la zone détruite de son cerveau par un réseau artificiel de neurones. Le narrateur se retrouve guéri, mais parce que ce réseau modélise les connexions neuronales d'un échantillon de quatre mille personnes, il tombe dans l'excès inverse : il aime tout, indifféremment. Mieux encore : grâce à la technologie qui l'a guéri, il peut décider de ce qu'il aime, et à quel degré. Mais un tel bonheur a-t-il vraiment un sens ? Par exemple, que signifie aimer une personne quand on peut décider d'en tomber amoureux ?

     Comme dans En apprenant à être moi, un autre chef-d'œuvre de Greg Egan paru dans l'anthologie Century XXI, Des raisons pour être heureux nous rappelle avec une cruelle acuité que, tout évolués, conscients et libres que nous puissions (croyons ?) être, notre conscience et notre libre arbitre dépendent de notre cerveau : nous avons un cerveau — nous sommes un cerveau ? — et le fait que la science nous permette d'imaginer manipuler ce cerveau remet en cause et relativise bien des certitudes. Le titre de l'excellent article de Philippe Boulier, Greg Egan, la fin des certitudes, résume d'ailleurs à merveille les thèmes et l'habileté des nouvelles de Greg Egan, telles les deux petits bijoux de ce numéro, originaux, ambitieux et vertigineux, qui a eux seuls en justifient l'achat.

     Dans Sense of wonder de Laurent Queyssi, un homme remonte le temps pour rencontrer le musicien décédé qu'il idolâtre... et change le court de l'histoire. Ce court récit guère original se veut une nouvelle à chute, mais la dite chute m'ayant laissé totalement de marbre, Sense of wonder s'avère à mon sens un ratage.

     Les joueurs d'écume de Michael Rheyss est plus ambitieux : la Terre a reçu un message d'une planète entièrement couverte par un océan. Après l'humiliant échec de la première mission, ce sont des dauphins à l'intelligence améliorée qui sont envoyés pour établir le premier contact avec ces êtres aquatiques. Le narrateur est l'un de ces dauphins, et c'est là que blesse le premier bât : je trouve trop humaine la voix du narrateur pour vraiment croire à ces dauphins améliorés. Si j'ajoute le manque de consistance de la civilisation extraterrestre qui nous est décrite, et surtout la naïveté de la « morale » (en gros, les humains sont bien bêtes et bien prétentieux de se croire le centre de l'univers), on comprendra que je n'ai pas été du tout accroché par cette nouvelle.

     Heureusement, James Patrick Kelly clôt l'anthologie avec À l'image des dinosaures, une nouvelle que je qualifierais d' « eganienne » si mon rédacteur en chef vénéré veut bien m'autoriser cette barbarité. Des extraterrestres évolués offrent à l'homme les étoiles grâce à leur maîtrise du voyage instantané : le voyageur est intégralement dupliqué, atome par atome, reconstitué sur son lieu de destination, puis l'original est détruit. Une bien belle technologie, mais qui pose un épineux problème éthique lorsque par accident le transfert est réussi mais que l'original n'est pas détruit, et qu'il faut impérativement assassiner ce dernier pour rétablir l'équilibre de l'Univers...

     Avec trois superbes nouvelles qui donnent à la SF spéculative et métaphysique ses lettres de noblesse, voilà un numéro d'Étoiles Vives qui mérite vraiment d'être lu. À moins que... Et si en fait je vivais dans un attracteur qui me fait écrire ceci ? ? ? Argh ! Je ne sais plus ! ! !

Philippe HEURTEL
Première parution : 1/7/2001 Dragon & Microchips 19
Mise en ligne le : 21/10/2003


 
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