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Sinedeis

Hervé JUBERT

Cycle : Les Aventures de Pierre Pèlerin  vol.


Illustration de Antoine POULAIN
J'AI LU, coll. Science-Fiction (1992 - 2001, 3ème série - dos violet/blanc) n° 5194

Dépôt légal : mars 1999
224 pages, catégorie / prix : G
ISBN : 2-290-05194-2
Genre : Science Fiction 


Couverture

    Quatrième de couverture    
     Hervé Jubert
     Né en 1970, il poursuit des études en histoire de l'art, travaille à l'École pratique des hautes études et écrit le reste du temps. Son premier roman, Le roi sans visage (La Bibliothèque Noire) a été salué par la critique. Il inaugure avec Sinedeis un cycle de S-F dans un mélange des genres original et prolifique.

     Pierre Pèlerin se souvenait très bien de sa première aventure, alors qu'il n'était qu'un pion à la solde du Vé. Comment ses supérieurs l'avaient envoyé sur Kirke-Tür, la plate-forme cathédrale, pour en ramener l'âme du prophète de l'Ordre vert. Comment cette simple mission de récupération s'était transformée en une course-poursuite vers l'enfer, la belle Sarah Van Horne à sa gauche, des êtres mi-hommes mi-dieux à sa droite.
     Le vieil agent laissa échapper un soupir.
     Aurait-il pu se douter que ses faits et gestes tissaient dans l'ombre de l'intrigant Fabri une trame d'événements dont le Collège des Champions ne se relèveraient pas ? Comment pouvait-il imaginer les ténèbres l'entourant et... l'habitant à la fois ?
     Pèlerin vida son verre d'un trait et ferma les yeux. Les premières images apparurent.
     — Sinedeis, murmura-t-il.
     Il flottait à nouveau dans la sphère à traumas comme un nourrisson dans le ventre de sa mère.

 
    Critiques    
Sur une trame qui a tout pour être sérieuse, Hervé Jubert choisit ici de jouer la carte de la fantaisie débridée, laissant libre cours à son imagination sans trop se soucier de la vraisemblance scientifique. Il ne s'agit donc en rien d'une SF rigoureuse, mais d'un livre ludique et inclassable, issu d'un mélange détonnant de SF, de fantasy et de fantastique, où surgissent en vrac inquisiteurs, shows télévisés, dieux antiques ou personnages de Jules Verne...

     Débutant par une amusante satire de l'église et des médias, qui ne devient jamais vraiment féroce, celle-ci laisse vite la place à un récit où l'action et le jeu ont la part belle... Pierre Pèlerin part ainsi capturer une âme avec un attirail qui semble tout droit sorti de SOS fantômes et ce qu'il va rencontrer est absolument impossible à résumer. Disons simplement que les péripéties ne manquent pas, que les références ne manquent pas et que tout ceci n'est pas loin d'être délirant...

     Rapide et drôle, ce roman, qui n'a pas d'autre prétention que de divertir, est donc fortement rafraîchissant. Il y manque un peu d'ampleur et de souffle, Hervé Jubert ne développant pas pleinement ses idées pourtant astucieuses, mais il s'agit d'un livre qui devrait satisfaire les amateurs de SF humoristique et d'aventures déjantées, comme Roland C. Wagner sait par exemple en écrire.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Le Vé, secte religieuse très puissante, dirige le Collège des Champions dont les missions filmées sous tous les angles deviennent des spectacles où le Bien triomphe du Mal. Pour étendre leur assise, les phalangistes de l'Ordre Vert, religion implantée dans l'extrême Nord européen et affiliée au Vé, a racheté une plate-forme pétrolière à la dérive pour en faire sa cathédrale. L'un des ouvriers décédés, Nicola Adona, sera son prophète. Pour réaliser une action d'éclat, elle demande qu'un héros du Collège des Champions aille récupérer son âme (c'est possible avec l'équipement conçu par le Dr Kurtmann-Veiss).
     L'intrigant cardinal Fratri désigne comme agent Pierre Pèlerin, simple pion dont c'est la première mission, en raison peut-être de la façon peu orthodoxe dont se déroula la séance d'hypnoapprentissage et du caractère ombrageux et indépendant du futur héros. Accompagné par la belle Sarah Van Horne, au service de l'Ordre Vert, Pèlerin réalise rapidement qu'on lui cache bien des choses et que la plate-forme est le théâtre d'affrontements où interviennent des démons du troisième cercle désireux de s'attaquer à l'enfer même et tentant d'y pénétrer par une de ses portes sous-marines. On s'en rend compte, le récit délire sec et passe d'un genre à un autre sans sourciller.
     Cela ressemble à de la gonzo-fiction, où les événements s'enchaînent rapidement pour ne pas laisser au lecteur le temps de réfléchir et de repérer les invraisemblances. Le résultat est peu concluant, mais quelque chose, dans la narration, retient cependant l'attention. On attendra donc, pour se prononcer tout à fait, le deuxième épisode des aventures de Pierre Pèlerin.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/1999 dans Galaxies 13
Mise en ligne le : 15/12/2000


     Le monde du siècle prochain (tel que vécu par Pierre Pèlerin) s'est éloigné du nôtre à grands sauts de bizarreries : l'Eglise catholique romaine, rebaptisée le Vé, s'occupe surtout d'affairisme (soit) et de diffuser dans un urbi et orbi cathodique les aventures de ses « champions », des surhommes qui ont fini par devenir des acteurs. La genèse de ces surhommes, pourtant, relève d'un mélange de technologie et d'invocations d'esprits, dont celui de Saint Thomas d'Aquin (cruelle ironie que ce nouvel emploi du théologien passionné de la raison !). Et la genèse de Pierre Pèlerin, soumis lors de sa re-naissance dans la « sphère à traumas » à l'attaque de son double d'ombre, est suffisamment hors normes pour attirer l'attention du cardinal en disgrâce Fratri, qui voit dans ce champion incontrôlé l'occasion de retrouver un accès aux media, et donc une place dans la hiérarchie.
     Pierre Pèlerin va donc devoir aborder une station de forage pétrolière abandonnée, à la dérive en Mer du Nord depuis des années sous les effets d'un cyclone qui lui semble particulièrement attaché, pour y récupérer l'âme de Nicolas Adona, mystérieux survivant du cataclysme qui avait transformé la station en épave. Dans cette mission (qui est diffusée au fur et à mesure sous forme de feuilleton), il est assistée par l'ingénieur Sarah Van Horne, femme impressionnante dont la principale fonction semble être de le rendre « horny »...
     On le voit, les éléments baroques et irrationnels ne manquent pas, et surtout ils sont introduits sans avertissement préalable, sans que le lecteur puisse, a priori, les replacer dans un contexte. Contrairement à ce qu'annonce la couverture, ou à ce que pourraient faire penser le placement de l'intrigue dans le futur ou les éléments de quincaillerie employés par l'auteur (satellite, station de forage, réseau informatique), l'ouvrage ne relève pas du tout de la science-fiction ; il me semble qu'il lui manque la dimension introspective et morale qui fonde le fantastique, et que par contre il relève de la fantasy, en tant que présentant une intrigue entièrement placée dans un monde surnaturel. Ce qui ne l'empêche pas de faire appel à des éléments de métafiction, chers à la SF expérimentale des années 80... J'avoue avoir été gêné par des incohérences gratuites, comme de faire intervenir un personnage situé sur Saturne en direct dans une conversation téléphonique, alors que rien n'est dit sur des communications plus rapides que la vitesse de la lumière (p. 189). Et, plus généralement, par cette multiplication de deus ex machina (littéralement !) qui ne laissent pas le lecteur spéculer en parallèle avec le livre : il est condamné à se laisser emporter par le flot.
     De fait, Jubert ne manque pas de références, et son prédécesseur le plus clair est le Pierre Stolze de Marilyn Monroe et les Samouraïs du Père Noël. On retrouve chez Jubert la même vaste culture, le goût des images surprenantes, une action caracolante, les conspirations venues de très loin... Avec, toutefois, un livre beaucoup moins écrit, beaucoup plus rapide. Mais pas sans humour discret ; j'avais peu apprécié le cliché sexiste de la page 163 (où Pèlerin gifle une Van Horne devenue « hystérique »), je n'en ai que mieux goûté le retournement symétrique de la situation page 187 ! Plus généralement, Valerio Evangelisti (et avant lui, Jean Ray, auquel un hommage explicite est rendu) avaient déjà pratiqué le mélange des genres dont Jubert se vante — ou son éditeur, en 4e de couverture ; mais, événement notable, la 4e de couverture de ce livre peut et doit être lue avant le roman, lui fournissant un prologue tant apéritif que je soupçonne l'auteur de l'avoir lui-même rédigée.
     Si ce court roman manque de fond (mais ce n'est que le premier volet d'un oeuvre qui n'a sans pas dévoilé ses batteries), il n'est jamais en peine de verve et d'action, et exécuté avec talent. Ceux qui l'accepteront comme tel devraient y prendre un intense plaisir.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/1999 dans Bifrost 14
Mise en ligne le : 25/1/2001


 

 
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