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La Volte

Alain DAMASIO

Science Fiction  - Cycle : La Zone du dehors  vol. 2

CYLIBRIS, coll. Science-Fiction, dépôt légal : octobre 1999
256 pages, catégorie / prix : 89 FF, ISBN : 2-84358-031-5
Couverture

    Quatrième de couverture    
Souvenez-vous...

     2084. Les normes ont succédé aux codes, le contrôle aux contraintes disciplinaires, le flicage démocratique de tous par tous à la police d'état. Sur un satellite de Saturne, une métropole climatisée, Cerclon, construite pour les colonies terriennes fuyant la terre, abrite une société pacifiée, modèle envié du système solaire. On n'empêche rien : on prévient ; on désarme ; on sécurise...
     Mais au coeur de ce monde, la Volte résiste. A sa tête, cinq hommes - Brihx, Obffs, Slift, Captp, Kamio : le Bosquet.
     Petit à petit, la pression policière va subtilement s'accentuer. Capt découvre qu'il est sur écoute vidéo et l'étau se resserre sur le Bosquet, qui raréfie ses réunions, tout en préparant deux coups d'éclat : l'électrification du lac pour la Fête du Clastre, en réponse à la biodémission de la majorité des cercloniens face aux technogreffes, et l'assaut de la tour de télévision pour une éclipse unique en son genre : le soleil médiatique occulté. Si « l'intellectrocution » est un succès spectaculaire, l'assaut échoue. Capt est capturé et mené sous escorte à l'intérieur du cube gouvernemental, où il devra répondre de ses actes devant P, Ministre de la Police...
 
    Critiques    
« L'ironie de l'histoire, monsieur Capt, veut que ce soit paradoxalement la lutte acharnée de gens comme vous, de révoltés épris de justice et de libertés, qui ait poussé les gouvernements à se remettre en cause, à affiner et à perfectionner sans cesse leur stratégie pour finalement édifier la plus fantastique machinerie de pouvoir jamais mise en œuvre : le contrôle. » (p.30)

     C'est au cours d'une confrontation au sommet avec P, que Capt va appréhender, au début de ce second tome, toute la subtilité du « contrôle » qu'il combattait jusque là sans réellement le connaître.
     Comme dans la première partie — Les clameurs —, Damasio explore à fond et sans concession chaque piste soulevée dans son analyse des engrenages politiques, si complexes que l'on demeure hésitant : doit-on se laisser séduire par la révolte, ou s'interroge sur son bien-fondé ? « Accepter l'idée que ces gens soient libres et heureux, ici, n'est-ce pas reconnaître que la Volte ne sert à rien ? » (p.177)

     Pourtant l'auteur se livre davantage… Alors que dans le volume précédent, il semblait ne pas vouloir prendre parti, en montrant notamment la violence — le terrorisme — à laquelle tout mouvement rebelle peut conduire, sa sympathie pour les révoltés ne fait ici plus de doute. Toutefois, il demeure heureusement lucide et évite toute idée trop simpliste ou trop militante. La réflexion est menée de manière rigoureuse, ne négligeant aucun argument, même contradictoire.

     Damasio ajoute à ce fond déjà passionnant, un style étonnant. Il continue à jouer avec les mots (voir la critique des Clameurs) et avec la forme narrative, mais aussi avec la typographie, notamment dans un surprenant chapitre intitulé « Change l'ordre du monde plutôt que tes désirs » où des bouffées de symboles typographiques viennent bouleverser et bousculer le cours du récit… Il faut dire que « tes désirs sont désordres » ! (p.165)

     De plus, les dialogues, par leur intelligence et leur vivacité, valent n'importe quelle scène d'action, car le discours n'est jamais purement didactique ou théorique. Au contraire, le rythme est rapide, le suspense habilement ménagé, et bien que le sujet central — la politique — puisse paraître rébarbatif, le roman se lit donc comme un véritable thriller.

     Courageusement et intelligemment, Damasio va jusqu'au bout de son sujet et évite la solution de facilité d'une issue improbable faite d'une victoire expéditive de La Volte. Celle-ci évolue et se prolonge, et aboutit à la difficile création d'une société anarchiste — non, de plusieurs sociétés anarchistes, car l'anarchie est par définition plurielle et protéiforme —, avec des résultats mitigés… Quelques succès, divers échecs, et bien sûr des conflits d'intérêts… mais par-dessus tout un bouillonnement permanent.

     Même la courte postface est intéressante, car le cri du cœur de l'auteur s'y fait plus vibrant, et éclaire le roman d'un jour nouveau… Au-delà de la pure réflexion politique, et du refus d'un « contrôle » insidieux, la Volte reflète aussi l'inquiétude d'un trentenaire qui se sent mollir, qui se sent chercher ses pantoufles, et qui probablement commence à prendre conscience de sa propre mortalité… La lutte est nécessaire pour se sentir vivant, elle permet le refus de la résignation et de la « maturité », le refus du destin absurde de l'homme…

     La Zone du dehors se révèle donc comme l'un des romans de politique-fiction les plus aboutis jusqu'à ce jour, constamment surprenant et passionnant. Un livre brillant qui amène plus d'une fois le lecteur à s'interroger et à se remettre en cause, avec assez de subtilité pour qu'il puisse l'apprécier quelles que soient ses propres convictions.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


 
Base mise à jour le 18 juin 2017.
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