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Les Clameurs

Alain DAMASIO

Science Fiction  - Cycle : La Zone du dehors  vol.

CYLIBRIS, coll. Science-Fiction, dépôt légal : septembre 1999
272 pages, catégorie / prix : 89 FF, ISBN : 2-84358-030-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
Une société où les individus sont satisfaits d'être en bonne santé et en sécurité, de vivre de loisirs virtuels sans danger, de plaisirs chimiques, alimentés par le Terminorama qui prodigue informations et propagande, où les gens se rencontrent dans des centres institués à cet effet, et consomment guidés par la publicité et les "incitateurs", évalués chaque année selon des critères très précis et classés par un gouvernement qui connaît tout et décide pour chacun.
     Pas un gouvernement totalitaire, pouvoir concentré dans les mains de quelques dirigeants, non, un consensus total où chacun juge chacun, où tout le monde est d'accord avec tout le monde, où l'on est heureux d'être un petit soi-même, défini par des paramètres quantitatifs...
     Aujourd'hui ? Non, demain, dans 100 ans, sur un satellite de Saturne, une métropole climatisée, Cerclon, construite pour les colonies terriennes fuyant la terre, univers parfait, pacifié, satisfait et fier de lui-même...
     Et sur Cerclon, la norme est plus puissante que la force, le contrôle, plus étendu, plus complet et plus insidieux que ne le soupçonnaient les terroristes de La Volte...
 
    Critiques    
« 2084 = 1984 »
     Le slogan est clair : Big Brother n'est pas loin, même si dans Cerclon il a su se faire discret... Contrôles et auto-contrôles insidieux sont permanents, et l'homme, devenu peut-être un peu moins humain, n'a plus de nom qu'une suite imprononçable de lettres désignant son rang social.
     Cette société étouffante engendre naturellement une rebellion - la Volte - qui fait de l'anarchie son modèle idéal. L'action du roman commence lorsque le mouvement se durcit, se coupe des éléments modérés - la Molte - et opte pour une action dure, terroriste. La Volte veut "enseigner" au peuple, au besoin par des leçons qui auront le goût du sang...

     La politique est un thème difficile, car souvent passionnel. Evitant le didactisme, Damasio a heureusement conçu son roman comme un livre d'anticipation et d'action, au style incisif et juste. Débutant par une balade poétique dans la Zone du dehors, le long d'une "rivière de pierre", ce premier tome se poursuit par une passionnante description du fonctionnement de la Volte et de la montée de la violence, et s'achèvera par des scènes d'affrontements moins intéressantes mais inévitables.
     Les clameurs est donc un grand roman de politique-fiction, une version moderne et percutante du Révolte sur la Lune de Heinlein, une oeuvre qui échappe à la dualité simpliste qui gâte bon nombre de récits trop militants pour être crédibles. L'analyse des contradictions internes à tout mouvement politique violent est fine et lucide, car l'auteur les met en évidence par des situations concrètes, en évitant toute démonstration pesante.

     C'est ainsi que le lecteur est partagé entre des sentiments contraires. Si beaucoup des arguments soulevés par les "voltés" sont justes - contre le contrôle totalitaire mais aussi contre la démocratie -, et si les personnages nous sont présentés comme des hommes simples, sympathiques et honnêtes, nous sommes peu à peu alarmés par leur fanatisme croissant.
     L'anarchie devient paradoxalement une attitude réactionnaire : tout progrès est condamnable, car source potentielle d'une aliénation plus grande, tout fout le camp... Cette conviction entraîne parfois une vision faussée et exagérée : par exemple, l'augmentation de l'espérance de vie n'est plus attribuée au progrès médical mais au fait que l'on vit "à moindre régime"... Seul l'aspect négatif de toute technologie leur apparaît : les technogreffes, les médias et les réseaux informatiques sont condamnés, en oubliant qu'il peut aussi s'agir d'instruments de liberté...
     Les éternelles questions demeurent  : même si la lutte des "voltés" lutte paraît juste sur plusieurs points, n'est-il pas effrayant de voir une minorité suffisamment exaltée pour tenter d'imposer son point de vue à la majorité qui semble s'accomoder de la situation ? Et que feront les révoltés de leur liberté, s'ils l'obtiennent, ne se retrouveront-ils pas rapidement avec "les mains sales" ?
     Nous n'aurons pas de réponse à ces interrogations, du moins dans ce premier tome, et, s'il est évident que l'auteur est conscient des limites de cet élan libertaire, il est difficile de savoir s'il est en parfait accord avec ses personnages...

     Outre l'intérêt du propos, l'écriture de Damasio est très agréable. Inventif, l'auteur joue avec les mots et parsème son récit de mots-valises : "intellectueurs", "Défordre", pouvoirs "carcéviscéraux"... De plus, il multiplie les points de vue, toujours à la première personne, ce qui permet de mieux apprécier le vécu de chacun des protagonistes, leurs amitiés, mais aussi leurs divergences ou désaccords éventuels. La théorie n'est perçue qu'à travers l'homme, ce qui donne au roman un accent de sincérité et de véracité d'autant plus attachant.


 
Base mise à jour le 16 avril 2017.
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