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Le Territoire humain

Michel JEURY



Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5188
Dépôt légal : mai 1985
288 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-266-01445-5   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     La lionne de velours Dona Rejren, fille d'un quatre-noms, est partie pour la migration de printemps avec un pauvre étudiant, Hab. Mêlée aux pèlerins, chassée par le policier Mansa, elle rencontre l'homme-marionnette, les malikokos et les croix-rouées. Elle échappe de justesse à l'inondation du campus-éponge. Elle s'enfuit alors jusqu'au territoire le plus mystérieux du monde, le Timindia.
     Le procurateur Jonas Claude l'y rejoint pour l'échange de sang, tandis que l'observateur Das Rodal devient fou en essayant de percer le secret des Timindiens et que le conspirateur trois-noms Jaël Denak franchit la barrière de démence.
     Jonas Claude est-il menacé par ses ennemis jusque sous le dôme de l'Africa Star ? Dona le suivra-t-elle dans son voyage vers le futur ?
     Sur la Terre entière règne, implacable, le Grand État II.

     Michel Jeury se consacre à la science-fiction depuis de très nombreuses années. Sous le pseudonyme d'Albert Higon, il a obtenu en 1960 le prix Jules-Verne. Parmi ses œuvres plus récentes, qui ont profondément renouvelé la science-fiction française, et qui ne sont pas sans rappeler l'univers de Philip K. Dick, il faut citer le Temps incertain, les Enfants de Mord, les Singes du temps, parus dans cette collection.


    Prix obtenus    
Rosny aîné, roman, 1980
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1979)


 
     UN GRAND LIVRE

     Ce livre est admirable. Avec Jeury, on tient un auteur français capable de rivaliser avec les grands visionnaires de la SF, jusqu'ici des anglo-saxons : américains comme Herbert ou anglais comme Brunner. Territoire Humain renvoie en effet à Dune (construction d'une planète) et à Tous à Zanzibar par l'anticipation sociologique. Ce livre ne participe pas de la fresque des univers chronolytiques. Il s'agit ici d'un futur plausible, situé dans un siècle et demi : 3e mouture du Grand Etat planétaire, avec ses administrateurs, ses groupes financiers rivaux, après une révolution « néo libérale ». Dans les textes d'auteurs plus anciens, on présentait une fresque plus ou moins motivée par un rapport historique (Fondation) et on peignait à grands traits un arrière-fond sociologique avec quelques traces de pittoresque. Là-dessus, on faisait se dérouler un friselis d'aventures du genre gendarmes et voleurs, ou bien l'histoire de Robin des Bois, ou du Zorro du coin, à moins que ce ne soit Le petit Tailleur. Des fins prévisibles : restauration d'un ordre libéral, ou instauration d'une démocratie. Ici nous n'avons rien de manichéen, de simpliste. Les personnages se débattent, si haut placés soient-ils : ils ne se placent ni en-dehors ni au-dessus du système. Ils essaient de trouver assez de jeu dans les mécanismes où ils sont pour pouvoir mettre en piste leur désir propre. C'est le cas de Rodai, du directeur de l'AIRE et même du procurateur : au bout, trois échecs — un mort, un fou, une mise hors-jeu. Même chose chez Dona, Hal ou Mansa. Le monde de GEIII est celui des « programmeurs ». Les gouvernements (ou les firmes, les banques, qui en réalité ont en main le pouvoir) ont appris à jongler avec l'histoire, la géographie, les climats, l'atome, la génétique, la folie et le veste. Ils sont capables de tout : tout est possible. Mais ne nous emballons pas ! La logique inhérente au système économique militaire n'a pas changé depuis nos jours : s'il s'agit d'une société « permissive » et d'un « welfare state » (en apparence) ; quelques aperçus nous laissent entrevoir qu'il s'agit en fait d'un « totalitarisme à visage humain » — une société libérale diantrement avancée ! Une machine à manipuler, à persuader et, en dernier ressort, à éliminer. Mais on ne sait jamais où est le pouvoir, ce qu'il veut, ce qui l'anime : on subodore des luttes de clans, de banques, des OPA, des fusions, des coalitions — comme chez les dieux de l'Olympe. Cette absence de centre, de lois, de modèles, ces-processus qu'on infère d'informations vagues et lacunaires, tout cela construit sur un univers à la fois familier, plausible et doué d'une altérité poétique d'autant plus grande que l'un des enjeux apparents des groupes porte sur l'éponge Van Norden, une production curieuse qui engendre l'esthétique des Campus, les mystérieux tumulus et va peut-être coloniser le Timindia. Au centre de cet hypersystème mondial, et comme une cicatrice des guerres antérieures, il existe un pays ( ?) dont on ignore tout et qu'on idéalise. Le peu qu'on en connaît en fait un lieu de régression à des formes archaïques de contact humain (échanges de sang, morts rituelles, nouvelles races, magie retrouvée...). Mais ce ne sont que des « ont dit » et de plus il est question de « normaliser » toutes ces différences, de recouvrir d'éponge tout ce nouveau tissu sociable. Tout ceci, nous ne l'apprenons que par bribes, par les personnages qui, comme le Procurateur, tentent des « coups », ou par la fuite de Dona. Un univers grouillant de pistes, où la signification se noie, mais où peut-être le sens de notre futur se cache. Un modèle d'Univers répugnant et fascinant : ni utopique, ni contre-utopique, une « variante » étonnante des avenirs déjà présentés en SF. Un récit prenant, sans fausse psychologie de salon, sans sociologie assénée à grandes pelletées : par les mots de tous les jours (et de ces jours à venir, d'où le glossaire final !), un monde qui ressemble peut-être au nôtre et que jusqu'ici nous avions du mal à voir. Un très beau livre. A mon avis, l'un des deux meilleurs de Jeury.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/7/1979
dans Fiction 303
Mise en ligne le : 11/11/2009


 

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