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Des métiers d'avenir

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Pierre MARLSON


Science Fiction  - Illustration de Jean-Pierre ANDREVON
PONTE MIRONE, coll. Espaces mondes n° 1, 1er trimestre 1979
272 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : néant
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Lorsque la mer, polluée, lancera à l'assaut des constructions humaines une faune hallucinante... Lorsque des acteurs « claires bêtes inhumaines » comme disait Appolinaire, remplaceront dans nos villages typiques les habitants drogués, gazés, nucléarisés... Lorsque les plastidoms tenteront de jeter aux poubelles de l'histoire les vieux métiers du bâtiment... Lorsque les travailleurs, sur instruction de leur computer individuel, s'échineront sans fin à gravir les échelons d'une échelle qui descend à mesure...
     Lorsque des Diagnostikeurs de délinkos détruiront les enfants à la naissance en vertu de l'obscur diktat d'une machine...
     Que deviendront les hommes, et singulièrement les professionnels de ce monde où, pourtant, il faudra bien continuer à agir en hommes ?
     Réunis par Pierre Marlson, la réponse à ces questions est donnée, ici, par : Christine Renard, Raymond Milési, Francis Valéry, Daniel Walther, Muriel Favarel, Michel Jeury, Martial-Pierre Colson, Jean-Pierre Andrevon, Lionel Evrard, Yves Frémion, Pierre Bameul, Joëlle Wintrebert, Michel Leriche, Michel Dias, Daniel Phi, Jérôme Carival.


    Sommaire    
 
    Critiques    
 
     UN LIVRE TAILLE DANS UNE PIERRE BLANCHE

     A mon humble avis de lecteur, ce livre peut tout simplement être une sorte d'événement. Je le dis tout cru. Un événement dans l'édition, d'une certaine manière, car il est publié par une toute jeune maison d'édition non parisienne qui va, nous l'espérons, tenter de creuser son trou — mais là n'est pas le plus important, car finalement ce genre d'initiative n'est pas la première. Un événement qualitatif, certainement. C'est ce qui compte.
     Les anthologies, principalement dans le domaine de la SF et du fantastique, fleurissent. Nous ne nous en plaindrons pas. Disons qu'elles se ressemblent un peu, et par le choix des thèmes (à grosses charges contestataires en général) et par le niveau moyen de la qualité des textes -je dis moyen, et non mauvais, comprenez-moi bien. Ici, tout cela change. Le thème, déjà, qui mine de rien, comme le souligne le maître d'œuvre dans sa préface, offre une grande liberté aux auteurs rassemblés. Et la qualité des écrits... eh bien c'est nettement au-dessus d'une honnête moyenne, c'est même très au-dessus, et les plus beaux bijoux sont ciselés par des orfèvres inconnus.
     Les auteurs ? Voici : Christine Renard, R. Milési, Francis Valéry, Walther, Favarel, Jeury, Colson, Andrevon, Evrard, Frémion, Bameul, Wintrebert, Leriche, Dias, Phi et Carival. Tous ces gens-là se sont donc penchés sur l'avenir, et sur les métiers que nous risquons (c'est bel et bien un risque) de découvrir si les méchants petits cochons ne nous mangent pas, sur les métiers que nos petits enfants risquent de choisir. Les pauvres. Cela va du médecin clandestin dont le portrait est brossé par Christine Renard, à l'auxiliaire féminine de la police « croquée » par Andrevon, en passant par le directeur d'hôtel très particulier de Jeury-Colson, les acteurs mis en scène par Muriel Pavarel, les musiciens de Valéry. Tout cela est très bon. Tout comme l'ahurissant démarcheur gouvernemental de Daniel Phi, les « nouveaux travailleurs de la mer » de Daniel Walther et les parents d'élèves de Michel Leriche. Oui, tout cela est vraiment très bon, original et tout. Et puis voici Frémion qui nous offre une liste de métiers possibles pour futurs chômeurs — le seul de toute la bande qui ne se contente pas d'exporter dans le futur des professions déjà existantes (moi, quand je serai grand, j'aimerais bien être budrice, tiens !). Et puis voici Joëlle Wintrebert et ses accalmeurs, professionnels du rêve télépathiquement transmis aux masses molles, très joliment, très efficacement écrit. Et puis voici Pierre Bameul qui nous décrit le fonctionnement souterrain de l'Echelle mobile : métier d'avenir et métier de toujours, sans chômage : esclave. Et Raymond Mllesi qui s'est payé le tour de force, supplémentaire d'inventer un langage, une langue phonétique ! Et le coup de chapeau, un chapeau de clown triste, pour un final signé Carival.
     Et puis...
     Et puis dans tout cela, deux véritables joyaux. Je n'exagère nullement. Une première pierre de taille (dans tous les sens du mot) intitulée « L'insurrection », signée Michel Dias. Un long poème, une musique généreuse, une idée folle nostalgique et chargée d'amour pur — une écriture qui ne pourra que s'enrichir encore en s'élaguant ici et là, dans l'avenir, demain. La seconde pierre de taille s'appelle « L'Art du Trait », par Lionel Evrard. Moi, j'appelle ça un chef-d'œuvre, c'est tout. Oui, un de ceux-là que les compagnons-charpentiers pouvaient créer. J'appelle ça un joli coup au cœur du lecteur, un coup de cœur de l'écrivain qui hurle à nos oreilles : et que restera-t-il du travail aimé, demain ? Une belle maçonnerie de mots, un assemblage idéal. Je ne connais pas Evrard, mais ce type-là est charpentier, et si vous ignorez ce que c'est qu'une charpente, il va vous donner l'envie d'en construire — oui, oui, même si, là, vous trouvez ça bête et exagéré, ou dénué singulièrement d'intérêt. Je dis, en plus, que Lionel Evrard réalise ici quelque chose de rare en SF française : la construction d'un tableau humain perceptible et crédible, au futur. Il a écrit avec son ventre autant qu'avec sa tête. Tout comme on dresse une charpente autant avec son intellect qu'avec ses mains. C'est une œuvre intellectuellement de manuel — c'est-à-dire une œuvre complète. Car j'ai la faiblesse de croire les purs intellectuels malheureusement incomplets et handicapés.
     Je dis aussi que cette nouvelle, à elle seule, par son souffle sincère et nouveau, mérite qu'on achète cette anthologie. En attendant d'autres écrits du compagnon Lionel.

Pierre PELOT
Première parution : 1/11/1979
dans Fiction 305
Mise en ligne le : 3/8/2009


 
     EDITE ET REVE

     Une nouvelle collection de SF c'est toujours, à priori, une entreprise digne d'intérêt. Surtout lorsqu'elle nous vient de la province (brisant ainsi le sacro-saint monopole parisien) et entend se consacrer à la science-fiction du terroir... Hum, j'ai déjà lu ça quelque part, et même que c'était tout récent, pas vous ?... Oui mais ici, pas de déception, de mine attristée. Car Ponte Mirone réussit là où échoue Roger Garry ; c'est la vie, un jour tu gagnes, un jour tu perds, un jour c'est blanc et l'autre noir. Sablons le Champagne et buvons à la réussite du premier volume de la collection Espaces Mondes dirigée par Pierre Marlson, couverture métallisée avec un dessin d'Andrevon et à l'intérieur des tas de bonnes choses... dont nous parlerons dans un moment, après avoir présenté les éditions Ponte Mirone.
     Drôle de nom ? Eh oui, c'est l'ancien nom d'un petit village de l'Aude : Pomy. Au fond de ce hameau de douze habitants, une vieille bâtisse du Xe siècle, et au sein de ces vieilles pierres, anachronisme, du matériel d'imprimerie. C'est ça, Ponte Mirone, une petite maison d'édition artisanale animée par le sieur Jacky Goupil, 23 ans, fanéditeur de la première heure, vierge ascendant sagittaire, de type mercurien avec une lune en poisson, amateur de paranormal, de pain complet et de littérature. Ponte Mirone en vieux français veut dire « Le point regard » de la région ; aujourd'hui un point de regard par le biais du livre. Et la volonté, le désir de « faire vivre le papier ».
     Ponte Mirone c'est beaucoup de choses : Opzone bien sûr, sous-titrée « Langage et regard de la SF », revue semi-pro dont la rédaction est assurée par Francis Valéry (Oui, celui d'Ailleurs et Autres). Et puis A Vau l'Eau, la revue qui fait parler les plantes, le ciel, la terre et nos corps, véritable « moniteur du plaisir du vivre bien ». Et encore la collection Ecrits Possibles, petits livres de luxe « grands comme une poche, beaux comme un regard, mignons comme un plaisir », dans lesquels la nouvelle vit sa vie toute seule, comme une grande 1. Et toujours des livres, parus ou à paraître : Sur l'école de Pierre Ziegelmeyer, démolition en règle des images d'Epinal sur la bonne-vieille-école-troisième-république ; La fantastique épopée du Général Machin, textes de l'opéra poétique et antimilitariste écrit en 1970 par le groupe ANGE (excellentes illustrations de Philippe Umbdenstock) ; L'aube écologique de Jean-Claude Czmara ou « l'aurore des technocrates », étude pour prouver la réalité de l'indépendance énergétique du département de l'Aude ; et un très beau et géant portfolio d'Alph Desneuve sur Bilbo le Hobbit Ouf ! J'ai oublié des trucs ? Possible — Le mieux est d'écrire pour se renseigner, et surtout de s'abonner aux publications, pour que vive Ponte Mirone (Ponte Mirone — 11300 POMY).
     Et Les métiers d'avenir ? J'y arrive ! Tout d'abord une évidence, recueil sur lequel viennent s'échouer la plupart des anthologies thématiques (à savoir l'uniformité) est évité, car ici le thème est avant tout lieu, lieu de création et de liberté, pour l'écrivain et pour le lecteur, et pour l'anthologiste Pierre Marlson. Une autre évidence, la très large hospitalité du sommaire qui accueille en son sein auteurs confirmés (Michel Jeury, Christine Renard, Daniel Walther...) auteurs inconnus (Lionel Evrard, Michel Dias...) et autres ayant déjà publié, mais point encore confirmés (Raymond Milési, Daniel Phi...). Une dernière évidence enfin, c'est bon. Inégal bien sûr (les débutants y sont parfois meilleurs que les pros !) mais bon, en tout cas bien meilleur que tous les « collectifs » Kesserling réunis (exception faite pour Planète Socialiste). Citons Les réverbères d'Acier ont desséché ton visage les réverbères acides ont desséché ton image, texte à la fascination certaine de Francis Valéry qui joue avec l'univers jeurien et où l'essentiel est dans les marges du récit, dans le non-dit. Saluons comme il se doit la remarquable nouvelle de Raymond Milési, dans laquelle le co-éditeur de Mouvance se paie le luxe de réinventer une « novlangue » (Diagnostiqueur de Délinkos). Bien sûr Walther, obsédé, obsédant et obsessionnel. Il me plait d'opposer à la violence de Muriel Favarel (« Je sais que c'est horrible, mais seule la violence fera jaillir la vérité » in Les nouveaux Tourtourains), la lucidité, la sérénité d'un Lionel Evrard (« Tuer les flics de la Terre, assassiner le Général Dictateur ne servirait à rien. Ce serait employer leurs propres armes qui se retourneraient contre nous » in L'art du trait — remarquable) et de demander à Francis Valéry (« Nous avons réinventé la violence constructive et l'Utopie Réaliste ») : Comment une violence peut-elle être constructive ? Etonnante anthologie qui dialogue avec elle-même ! Et terminons sur Michel Dias et son Insurrection, Michel Dias jeune élève de Terminale du Lycée d'Aubusson et révélation de l'anthologie qui parle de Licorne et de Tapisseries, Aubusson oblige, ancrant SA SF dans SON quotidien.
     Désormais, la Science-fiction Française passe par Ponte Mirone, vous savez « le point regard » de la SF...

Notes :

1. N° 1 Hyménophage de Pierre Marlson (Cf critique dans Fiction 297).
2. N° 2 Solstice par Jean-Claude Czmara — Utopie régressive centrée sur la vie et la mort du narrateur. Mais certains couplets contre l'avortement et la contraception, contre les mœurs de la décadence sont on ne peut plus suspects ! On fait dans l'écologie de droite, Goupil ?
3. N° 3 Hallo, Jack de Daniel Walther — Déjà sorti, mais pas encore reçu au moment où j'écris ces lignes, nous en parlerons dans le prochain numéro.


Denis GUIOT
Première parution : 1/7/1979
dans Fiction 303
Mise en ligne le : 24/11/2009


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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