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Vermilion Sands

James Graham BALLARD

Titre original : Vermilion Sands, 1971
Première parution : Royaume-Uni : Berkley books, avril 1971

Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5299
Dépôt légal : août 1988, Achevé d'imprimer : août 1988
Recueil de nouvelles, 224 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-266-02248-2
Format : 10,7 x 17,7 cm
Genre : Science-Fiction

Autres éditions
   LIVRE DE POCHE, 1979
Sous le titre Vermilion Sands ou le paysage intérieur
   OPTA, 1975
Sous le titre Vermilion Sands
   TRISTRAM, 2013, 2014

Quatrième de couverture
     Durant tout l'été, les sculpteurs de nuages lancèrent leurs planeurs multicolores au-dessus des tours de corail. Des cumulus glissaient là comme des cygnes, portés par l'air chaud qui s'élevait au dessus des récifs. Prenant appui sur l'air, nos planeurs allaient y découper des hippocampes et des licornes, des portraits de présidents et de vedettes, des lézards et des oiseaux exotiques. Et les gens dans leurs voitures regardaient les nuages sculptés qui dérivaient au-dessus du désert.
     De toutes les oeuvres que nous devions exécuter, les plus étranges étaient celles de Leonora Chanel. Quand elle arriva, nous ignorions tout de cette femme démente et belle. Bientôt ses portraits allaient déverser leur pluie d'orage sur les cadavers des sculpteurs.
 
     Empire du soleil a révélé au grand public l'enfance terrible et la merveilleuse écriture de J.G. Ballard, donnant une actualité nouvelle à ses oeuvres de SF. Pourtant il n'a jamais cessé d'« inventer la réalité ». Où se trouve Vermillion Sands ? « Quelque part entre Miami et la Grande Motte ». On y mène une vie de vacances permanentes où tout est possible, où chacun va jusqu'au bout de ses désirs. Le paradis ? Oui, mais...
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Prima belladonna (Prima Belladonna, 1956) , pages 9 à 26, nouvelle, trad. Laure CASSEAU
2 - Les Mille rêves de Stellavista (The Thousand Dreams of Stellavista, 1962) , pages 27 à 51, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ
3 - Cri d'espoir, cri de fureur (Cry Hope, Cry Fury!, 1967) , pages 52 à 74, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE
4 - Le Sourire de Vénus (Mobile / Venus Smiles, 1957) , pages 75 à 93, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM
5 - Atelier 5, les Etoiles (Studio 5, The Stars, 1961) , pages 94 à 142, nouvelle, trad. Lionel MASSUN
6 - Les Sculpteurs de nuages de corail D (The Cloud-Sculptors of Coral D, 1967) , pages 143 à 164, nouvelle, trad. Yves HERSANT
7 - Dites au revoir au vent (Say Goodbye to the Wind, 1970) , pages 165 à 183, nouvelle, trad. Alain LE BUSSY
8 - Le Jeu des écrans (The Screen Game, 1963) , pages 184 à 216, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX
Critiques
     Publié pour la première fois en 1971 en Angleterre, chez J. Cape, et traduit en 1975 aux éditions Opta, dans la collection « Nébula » (avec une nouvelle de moins, « Les Statues qui chantent », que dans l'édition anglaise), Vermilion Sands est le onzième recueil de Ballard, et peut-être son plus célèbre. Il rassemble des textes publiés durant les années soixante, centrés sur un lieu, une station balnéaire imaginaire qui sert de refuge à une population hétéroclite d'artistes plus ou moins abîmés, de starlettes réfugiées dans l'oubli en compagnie de leurs avocats ou agents, et de toute la faune de marginaux qui les entoure habituellement. C'est, au sens premier, la plage terminale de l'œuvre de Ballard où les individus viennent rassembler les débris de leur existence ou au contraire les éparpiller, dans « la période bénie d'avant la Récession », comme le dit lui-même l'auteur dans sa préface à l'édition originale.

     Chacune des neuf histoires qui composent ce recueil est centrée sur une invention artistique originale : fleurs chantantes, sculptures de nuages, maisons psychosensibles qui s'imprègnent de l'esprit de leurs propriétaires successifs, machines à poésie... Le travail d'invention baroque est constant, mais il constitue rarement le moteur de l'action. Dès le départ, les personnages sont enfermés dans un piège, qu'il soit géographique (personne ne sort de Vermilion Sands, c'est un angle mort du paysage), psychologique (la maison des « Mille rêves de Stellavista ») ou affectif (les héroïnes séductrices, femmes fatales aux noms prédestinés — Leonora Chanel, Lunora Goalen, Jane Ciraclydes — , qui attirent leurs proies dans des toiles d'araignée de poésie ou les précipitent sous les aiguillons des raies des sables). La façon dont le narrateur, systématiquement masculin, réagit au piège pour s'y abandonner ou en sortir varie d'un texte à l'autre ; le tout constitue une cartographie ballardienne de la psyché féminine, moins ouvertement érotique que Crash !, mais tout aussi troublante.

     La station balnéaire Vermilion Sands en tant que telle est un endroit emblématique, où la léthargie est devenue un mode de vie, où chaque histoire tend vers la stase terminale d'un paysage de Dali. C'est un décor mou et reconfigurable, mais qui demeure infiniment résilient — les plages se reconstituent à chaque marée. Plus tard, Ballard parlera de sa vision du monde comme une immense banlieue où l'ennui est la force dominante, et dans ses derniers romans, comme La Face cachée du soleil ou Super-Cannes, les lieux géométriques et bétonnés brisent les élans des humains qui s'y enferment. Dans Vermilion Sands, au contraire, les contraires se juxtaposent avec indifférence, l'architecture des lieux n'est que le reflet des cerveaux qui les hantent. Ballard évoque un futur proche où le travail n'est plus qu'un jeu et le jeu la seule occupation sérieuse, voire obsessionnelle.

     Ce n'est pas seulement l'omniprésence du lieu qui donne son unité au recueil, mais également le style qui est précieux, baroque, naïvement surchargé, avec un travail particulièrement approfondi sur les descriptions symboliques, en écho de l'inconscient des personnages. « Dans l'obscurité, les vagabonds de la plage se tenaient à la ligne des marées, écoutant la musique qui parvenait jusqu'à eux, portée par les vagues thermiques. Ma torche éclairait les bouteilles cassées et les fioles hypodermiques à leurs pieds. Portant leurs bigarrures mortes, ils attendaient dans l'air terne comme des clowns flétris... » (« Dites au revoir au vent »). Même si elles ont été écrites sur une période de dix ans, même si entre temps Ballard a publié les fragments au scalpel qui forment La Foire aux atrocités, il existe une unité de style et de structure dans ce recueil qui n'a pas d'équivalent dans son œuvre.

     Tout Ballard est déjà dans Vermilion Sands — le monde comme banlieue, les mythologies ordinaires à la Barthes réifiées en inventions dérisoires, la sexualité trouble qui s'exprime à travers les objets symboliques du quotidien, comme si les corps demeuraient insuffisants pour exprimer l'ensemble des fonctions fantasmatiques du cerveau. Si un écrivain se définit par les marges et les frontières de son territoire intérieur, la force de Ballard a été de revenir sans cesse explorer ses propres sables mouvants pour en arracher une poignée de chefs-d'œuvre.

Jean-Claude DUNYACH (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/7/2010 dans Bifrost 59
Mise en ligne le : 3/1/2013

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition OPTA, Nebula (1976)

 
     Une seule de ces nouvelles est inédite chez nous, mais leur réunion en un volume s'imposait, pour qu'on ait une idée de ce « paysage intérieur » : car ce Hollywood de demain, c'est, plus qu'un lieu, un état d'âme : richesse, oisiveté, beauté et décadence. Jeux de l'amour et du bas-art/bazar : de l'architecture (maisons psychotropiques) à la musique (orchidées chanteuses), la technique la plus raffinée fait des merveilles, mais aux dépens de l'inspiration (poèmes cuisinés électroniquement dans les « ver — séthisseurs »), et Ballard en parle avec parfois un humour discret, avec le plus souvent un lyrisme froid, parnassien ; des silhouettes féminines passent, attirantes et incompréhensibles, avec un peu de divin et un peu de dément (« Toutes les femmes sont absolument terrifiantes », p. 122). Huit « rêves fabuleux », en ruine, qui inspirent un délicieux malaise, comme les tableaux de Léonor Fini.

George W. BARLOW
Première parution : 1/2/1976
dans Fiction 266
Mise en ligne le : 16/11/2014

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
Denis Guiot & Jean-Pierre Andrevon & George W. Barlow : Le Monde de la science-fiction (liste parue en 1987)
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Denis Guiot, Stéphane Nicot & Alain Laurie : Dictionnaire de la science-fiction (liste parue en 1998)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Science-fiction (liste parue en 2002)

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