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La Forteresse de coton

Philippe CURVAL



Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 280
Dépôt légal : 4ème trimestre 1979, Achevé d'imprimer : 25 octobre 1979
Roman, 192 pages, catégorie / prix : 1
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Imaginaire



    Quatrième de couverture    
     Quand Julien Cholle se perd un jour dans la lagune, nageant à la poursuite de Sarah, sait-il réellement qu'il se nomme aussi Blaise Canehan, géologue, revenu d'une bizarre mission en Turquie ? Pourtant, des liens mystérieux semblent établis depuis longtemps entre Sarah et lui, une sorte d'envoûtement érotique qui les entraîne vers un ailleurs insoupçonné. Et tous les personnages de La Forteresse de coton paraissent contaminés par ce mal. Venise aussi dont le paysage se distord à travers leur regard.
     La lente montée de l'exaspération érotique de Blaise Canehan est évoquée ici sous les dehors d'une enquête métaphysique à travers l'inconscient, jusqu'au terme de l'énigme, le moment où la personnalité éclate sous la pression des forces qu'elle a déchaînées. Il est des livres qui résistent à toute tentative de classification, ayant pour seule énergie cinétique une barbarie fondamentale, comme des bubons sur le corps de la littérature. La Forteresse de coton est de ceux-là.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
    Critiques    
     Est-ce une localité à nulle autre pareille et que l'auteur décrit avec une sourde passion ? Est-ce un style élégant issu des remugles du XIXe siècle ciselant patiemment des lambeaux de cauchemars ? Est-ce plutôt la lente désagrégation d'un corps ou d'un esprit obsédé par l'amour qui rendent la Forteresse de coton si attachante à investir, si extatique parfois qu'on se surprend à relire des phrases, si perfide que l'on se trouve, en fin de compte, vouloir aimer charnellement Sarah ?
     Il est certain que Philippe Curval a réalisé avec ce roman une oeuvre inquiète et effrénée qui laisse sourdre l'insolite de la précision même des détails réalistes et d'une sorte de désespoir à fixer des moments de vie, à la façon d'un peintre s'évertuant à immortaliser une brume fugitive ou une aurore.
     Le cinéphile ne manquera pas de rapprocher quelques séquences d'oeuvres comme Vacances à Venise, mais il ne pourra pas non plus ne pas s'inquiéter parfois de la façon dont un Ne vous retournez pas paraît s'être « inspiré » de cette Forteresse. C'est en tous cas à un beau voyage dans la cité des doges que Philippe Curval convie son lecteur par bandes arrachées au contexte passionnel, à moins que ce ne soit l'inverse. Jusqu'au dénouement aussi inattendu que prévisible par la logique des attractions lentement mises en place.
     Et tant pis si le milieu social est un reflet de sociétés alambiquées où il n'est pas besoin de travailler pour vivre. L'esthétisme, le décor, la folie peut-être, interdisaient tout autres préoccupations qu'oniriques. Un peu comme dans ces romans libertins où il ne pouvait y avoir de place pour autre chose que les jeux dangereux d'amours exacerbées.

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/11/1979 Alerte 5
Mise en ligne le : 15/3/2002

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GALLIMARD, Folio SF (2006)


     La Venise qu'a choisi Philippe Curval pour faire se rencontrer Biaise et Sarah, a quelque chose du jardin d'Eden, perdu depuis la nuit des temps. Dans ce dédale entre terre, ciel et mer, un chaos primordial peuplé de reflets et de mensonges attend de redonner naissance à une nouvelle humanité. Une nouvelle alliance, dans un nouveau paradis terrestre dont nul ne chassera le couple élu, prisonnier volontaire d'un éternel présent. Cette œuvre réclame son lot de magie, de rituels et de sacrifices. Une lente alchimie où la matière des souvenirs est triturée jusqu'à l'épuisement, avant d'être livrée à la cuisson du soleil vénitien et au lavage des eaux lagunaires. Une purification où les ivresses sont menées jusqu'au dégoût.

     Cette purgation du réel, Biaise Canehan (Canaan, la terre promise ?) l'accepte comme on accepte de traverser le désert pour une terre promise, une chair promise, vers cette inaccessible Sarah qu'il aime (Sara, la femme d'Abraham, considérée comme la mère du peuple d'Israël ?). Pour quitter quel enfer ? Celui qu'il tente de dissimuler avec une fausse identité, sous le nom de Julien Cholle (Le Shéol, l'enfer ?).

     Mais, à l'instar de Moïse, Biaise ne verra pas le pays rêvé, cette singulière réalité obtenue au cœur de l'athanor de son imaginaire, ce pur objet mythique, insaisissable, qui s'échappe au moment même où il vient au monde.

     À l'origine, Dieu créa le ciel et la terre puis sépara les eaux. Dans l'espace et le temps, au cœur du tohu-bohu, émergea une pure réalité, le jardin d'Eden. La bible dit ensuite que Dieu prit plaisir à contempler sa création... La lecture de La forteresse de coton m'oblige à penser que cela ne dura qu'un instant très court et que Dieu comprit alors que cette réalité lui demeurerait inaccessible jusqu'à la fin des temps.

Jonas LENN
Première parution : 1/4/2006
dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 9/2/2009




 
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