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La Malédiction de l'éphémère

Richard CANAL



Illustration de Philippe CAZA

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1992 - 2001, 3ème série - dos violet/blanc) n° 4156
Dépôt légal : mai 1996
256 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-277-24156-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Richard Canal

     // a beaucoup voyagé, notamment en Afrique. En 1988, il reçoit le Grand Prix de la S-F française pour sa nouvelle Étoile. Puis il est récompensé deux années de suite par le prix Rosny-Aîné, en 1994 pour Ombres blanches et en 1995 pour Aube noire qui, après Swap-Swap, complétaient son cycle « africain ».

     Paris Red, Tokyo Gold... Ce pourrait être un jeu sur Internet, un super monopoly virtuel. C'est l'Enfer Z ! Les métropoles bombardées par les extraterrestres ne sont plus que champs de ruines et cratères. Avec un pic, le Gold, zone d'impact des bombes Z ; des quartiers moins irradiés, le Red ; et un no man's land, le Black, antichambre de l'enfer.
     Pourquoi s'acharner à franchir tous ces cercles ? Jack Slinger encaisse à chaque fois des radiations qui le conduisent à la folie. Mais il a là tout un cheptel d'esclaves, artistes en puissance, mutants qui traduisent dans leurs œuvres l'horreur de la condition humaine, la malédiction de l'éphémère...
     S'il n'est pas un vampire culturel, Jack a besoin d'argent. Le système fonctionne bien jusqu'au jour où les damnés de la zone Z déclenchent à leur tour l'apocalypse...
 
    Critiques    
     La réédition du premier roman de Richard Canal, revu et corrigé par l'auteur, mérite d'être saluée. La Malédiction de l'éphémère était en effet paru en 1986 aux éditions La Découverte, peu avant l'arrêt de la collection, et sa diffusion était malheureusement demeurée confidentielle. Or, les premiers livres des écrivains hantés par leurs univers contiennent souvent en germe l'essentiel de l'oeuvre à venir. C'est le cas ici.
     Le thème du livre est classique, ce qui permet à Canal de le traiter avec une talentueuse désinvolture : des extra-terrestres dont nous ne saurons presque rien ont enfermé certaines zones de la Terre derrière des barrières sévèrement gardées. À l'intérieur de ces zones, de dangereuses radiations provoquent des mutations chez les survivants. Quelques rares équipes de Passeurs — un Runner, conducteur de camion blindé, et un Searcher, chercheur de trésors — savent forcer le passage pour se livrer à de mystérieux trafics.
     Dans le même temps, le monde de l'art est envahi d'oeuvres géniales mais d'une noirceur absolue, tandis que les attentats terroristes se multiplient dans les galeries du monde entier...
     Malgré une narration un peu trop éclatée, avec multiplication des points de vue narratifs — les titres de chapitre qui donnaient des indications scéniques ont disparu de cette réédition — La Malédiction de l'éphémère se lit comme un roman d'aventures peuplé de personnages excessifs, à l'écriture et à la mise en scène déjà bien maîtrisées.
     Au-delà d'une description d'un choc des cultures, qui sous-tendra toute la « trilogie africaine  » — Swap-Swap, Ombres blanches, Aube noire — on retrouve dans La Malédiction de l'éphémère presque tous les grands thèmes qui ont fait de Canal l'auteur de SF « romantique  » par excellence : l'art, considéré comme une source infinie de noirceur — un des thèmes fétiches de la SF française des années 80 — , les personnages démesurés dont le drame personnel trouve son écho dans les convulsions du monde, la lutte désespérée contre l'entropie et la décadence.
     Enfin signalons que la superbe couverture de Caza rattache fort justement, par sa thématique, La Malédiction de l'éphémère aux autres oeuvres de Canal publiées chez J'ai lu.

Jean-Claude DUNYACH (lui écrire)
Première parution : 1/9/1996 dans Galaxies 2
Mise en ligne le : 1/12/2001


     Dans un futur post-apocalyptique, où l'humanité n'a plus accès aux œuvres d'art du passé, deux hommes s'escriment à survivre en contribuant à la création d'une nouvelle forme d'art. En parallèle, deux autres hommes s'efforcent de découvrir la mystérieuse provenance de ces œuvres torturées et inquiétantes qui viennent à présent hanter tous les musées de la Terre.

     Avec ce roman à la structure complexe, parfois déconcertante (en particulier le passage de la première à la troisième personne narrative), Richard Canal nous offre un bel ouvrage — preuve concrète que la SF française existe et qu'elle se porte bien.

     A noter qu'il s'agit de son premier roman, que l'auteur a revu et corrigé à l'occasion de cette réédition chez J'ai Lu en 1996.


Alexandre Stéphane GARCIA (lui écrire)
Première parution : 22/6/1996 Icarus
Mise en ligne le : 29/10/2012

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LA DÉCOUVERTE, Fictions (1986)


     Le fidèle de Fiction a pu de nombreuses fois apprécier le talent de Richard Canal, dont La malédiction de l'éphémère, son premier roman, vient de paraître aux éditions La Découverte. On se souviendra en effet de la superbe nouvelle Le passé comme une corde autour de notre cou (n° 355 bis) ou des Risques du métier (n° 348) qui renouvelait subtilement le thème .pourtant maintes fois rebattu de la télépathie. Dès ses premiers textes, Canal s'est imposé comme un jeune écrivain très prometteur, et La malédiction de l'éphémère ne fait que confirmer ce que chacun supputait.
     D'emblée, Canal plante un décor solide et inquiétant, celui d'un monde ravagé par une Troisième Guerre Mondiale provoquée par de mystérieux extra-terrestres, où certaines villes ont été coupées du reste de la planète par la barrière du Red, derrière laquelle foisonnent les mystérieuses radiations Z. Il développe habilement ce décor à travers deux lignes de narration complémentaires. Dans la première, deux personnages — un searcher et un roadrunner — franchissent le Red pour des raisons qui restent longtemps cachées au lecteur, tandis que la seconde est consacrée à un étrange trafic d'œuvres d'art dont la principale caractéristique est la désespérance qui en émane.
     A partir de ces éléments, Canal a écrit un livre court, percutant et intelligent, tout à la fois roman d'aventures et réflexion sur l'art évoquant à mes yeux La Rose, de Charles Harness. Mais, contrairement à ce dernier, il ne s'est pas contenté d'une écriture riche et littéraire. La narration est nerveuse, énergique, efficace. Ce qui permet de penser que Richard .Canal pourrait aussi bien travailler pour le Fleuve Noir — grâce à sa fougue et son sens du récit — que pour d'autres éditeurs moins « populaires ». La malédiction de l'éphémère est en effet un livre achevé, un roman de l'enfermement qui devrait séduire les lecteurs les plus exigeants. Et même — surtout — ceux pour qui la SF française est synonyme de médiocrité.
     Avec La malédiction de l'éphémère, un écrivain est né. Au lecteur de le saluer.

Roland C. WAGNER
Première parution : 1/11/1986
dans Fiction 380
Mise en ligne le : 1/5/2003




 

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