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Le Bureau des Atrocités

Charles STROSS

Titre original : The Atrocity Archive, 2001

Cycle : La Laverie vol.

Traduction de Bernard SIGAUD
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (194)
Dépôt légal : octobre 2004
384 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 2-221-09977-X   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     On vous a menti sur toute l'histoire contemporaine. Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont failli l'emporter grâce à leurs sacrifices humains et leurs évocations des puissances ténébreuses qui rôdent derrière la porte d'autres univers. L'informaticien Bob Howard (dont le nom semble inspiré du premier prénom de H. P. Lovecraft) a été engagé de force au Bureau des Atrocités, dit aussi la Laverie Centrale, parce qu'il a eu le malheur d'explorer des archives qui auraient dû être effacées. Et d'y apprendre la thaumaturgie mathématique. En effet, la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques, veille à ce que certains théorèmes qui ouvrent l'accès sur d'autres univers ne soient jamais redécouverts. Elle enquête accessoirement sur tous les phénomènes étranges aux fins de les résorber. Ce qui n'exclut pas la bureaucratie la plus tatillonne. Howard est l'un de ses agents qualifiés action. Précisément, il lui faut aller aux Etats-Unis récupérer un chercheur auquel semblent s'intéresser des terroristes. Une chercheuse plutôt, rousse aussi flamboyante qu'intelligente. Et Howard se retrouve sur la piste de l'Ahnenerbe, le plus mystérieux des organismes nazis, qui aurait survécu un demi-siècle sur un autre monde, dans un autre univers. Grâce peut-être à l'aide d'entités à côté desquelles Cthulhu est un gentil mickey.

     Issu d'un croisement improbable entre James Hadley Chase, Ian Fleming et H.-P. Lovecraft, X-Files et Men in Black, ce roman déplace les frontières entre genres. Et Charles Stross s'y montre désopilant autant que terrifiant.

    Sommaire    
1 - Les Archives de l'atrocité (The Atrocity archive), pages 11 à 254, Roman, trad. Bernard SIGAUD
2 - La Jungle de béton (The Concrete Jungle), pages 257 à 346, trad. Bernard SIGAUD
3 - À l'intérieur de la machine épouvante, pages 347 à 363, Postface, trad. Bernard SIGAUD
4 - (non mentionné), Glossaire des sigles, acronymes et termes particuliers, pages 365 à 368, Introduction

    Prix obtenus    
La Jungle de béton : Hugo, novella / Court roman, 2005
 
    Critiques    
     La S-F n'est pas très riche en livres drôles (on citera pour mémoire les œuvres de Robert Sheckley, Douglas Adams ou R. A. Lafferty) ; le lecteur de S-F n'est donc pas préparé du tout à affronter Le Bureau des atrocités, (double) roman cinglé qui donne en permanence l'impression qu'on est : 1°) dépassé par les évènements ; 2°) rendu plus intelligent ; 3°) pris pour un crétin à QI rampant ; 4°) invité à faire joujou dans la cour des adultes paranormaux, etc. etc.

     Imaginez un service ultra-top-secret (la Laverie) chargé d'enquêter sur — et de s'opposer à — tous les phénomènes paranormaux indésirables, susceptibles par exemple de modifier la nature même de la réalité. Il peut s'agir, entre autres, d'une brigade survivante du IIIe Reich qui a tracé sur la Lune l'effigie de Hitler. Ou d'un groupe mystérieux qui sème des vaches en béton dans le Royaume-Uni...

     Imaginez que notre héros, Bob Howard, spécialiste en informatique et accessoirement en créatures démoniaques, tombe amoureux d'une scientifique rousse et néanmoins américaine qui a commencé à publier une théorie capable de mettre sens dessus dessous notre univers spatio-temporel. Imaginez que les deux colocataires de notre héros, Pinky et le Cerveau, passent pas mal de temps à chercher comment faire une omelette sans casser les œufs (et y arrivent, non ?). Imaginez que certains supérieurs de notre héros s'acharnent à multiplier les formulaires nécessaires à l'obtention de matériel, le départ en mission, la prise d'initiative, le dialogue en privé... (Ne cherchez pas à rayer la mention inutile, il n'y en a pas.)

     Tout ceci n'est que bagatelles...

     Le Bureau des atrocités dépasse le stade de tout ce que vous pouvez imaginer dès la page deux, voire dès le paragraphe deux. Si vous désespériez de jamais voir un écrivain tenir compte à la fois de Jimi Hendrix et de Lovecraft, de Schwarzenegger, du 11 septembre, de Borges, de Saddam Hussein, et de tout ce qui constitue notre lamentable quotidien, réjouissez-vous : Charles Stross comble un vide immense et nous expédie dans un futur terriblement lointain et très, très proche, avec une feinte et hilarante désinvolture qui marque les grands livres et les auteurs remarquables...

Emmanuel JOUANNE
Première parution : 1/1/2005 dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 6/6/2006


     L'auteur britannique Charles Stross vient de faire son entrée sur scène en France avec ce volume, composé d'un court roman, Les archives de l'atrocité, complété d'une nouvelle, La jungle du béton. Depuis toujours, magie et mathématique ont entretenu des rapports étroits (voir la numérologie, la Cabale, etc.). Stross va encore plus loin en supposant que des travaux restés secrets des grands mathématiciens du XXe siècle tels que David Hilbert et surtout Alan Turing avaient donné une base systématique, voire scientifique, à ces liens. Certaines computations créeraient en effet des résonances dans la structure platonique qui sous-tend le Cosmos et seraient captées par des entités puissantes peuplant d'autres univers. Et qui nous écoutent attentivement... Grâce à d'habiles manipulations, on peut les inciter à créer des portails entre leur monde et le nôtre pour transmettre de l'information et parfois même, des objets physiques. Le hic, c'est que ces entités ont tendance à être envahissantes et avides d'énergie vitale. En d'autres termes, les pires cauchemars de Lovecraft et consorts seraient tout à faits fondés...

     Heureusement, les autorités veillent... Après la Deuxième Guerre mondiale et les expériences macabres menées par les nazis, les grandes puissances se sont mises d'accord pour conserver le monopole des recherches en ce domaine, au même titre que les armements nucléaires, chimiques et biologiques. Des services secrets, plus secrets encore que les CIA, KGB, MI6 et autres DGSE, sont chargés d'empêcher toute tentative d'acquérir le savoir donnant accès aux autres univers et aux forces occultes.

     Bob Howard, informaticien trop curieux qui a un jour ouvert des fichiers sensibles, travaille depuis comme thaumaturge mathématique pour l'agence britannique (dite « Laverie Centrale ») qui s'occupe de ces affaires. Après avoir moisi quelques années derrière un bureau, où son esprit rebelle le met dans le collimateur de ses supérieurs hiérarchiques, Howard se voit enfin promu au service actif. Sa première mission le mène en Californie pour récupérer Mo O'Brien, scientifique aussi belle que brillante dont les recherches ont éveillé l'intérêt d'un groupuscule terroriste du Moyen-Orient qui essaie de l'enlever. Howard réussit à la sauver, mais après une attaque perpétrée à Londres par une créature née d'une « excursion de la réalité », il faut absolument parvenir à débusquer l'ennemi. Howard et Mo s'envolent pour Amsterdam, en espérant trouver quelque réponses au sous-sol du Rijksmuseum, là où sont entreposées les archives de l'Ahnenerbe, branche la plus sinistre des SS. Il se pourrait que l'une des choses terrifiantes engendrées dans les labos des camps de concentration prépare son retour...

     Les lecteurs avertis auront fait le rapprochement avec Les Puissances invisibles de Tim Powers, qui combine lui aussi récit d'espionnage et fantastique d'inspiration lovecraftienne. Mais, alors que Powers rend hommage à John Le Carré avec ses espions gentlemen sortis d'Oxford ou de Cambridge, Stross puise plutôt dans la culture cyberpunk, avec un héros de notre temps, au fait des découvertes scientifiques de pointe et qui s'exprime très naturellement dans l'argot informatique contemporain, déchiffrable malgré tout pour les non-initiés grâce au glossaire fourni en fin de livre et à l'admirable traduction de Bernard Sigaud. On peut également relever une forte influence des romans de Len Deighton (explicitement revendiquée par Stross dans sa postface), dont les espions sont exposés non seulement aux menaces extérieures mais aussi aux tracasseries administratives d'une bureaucratie tatillonne et aux coups de Jarnac de la politique interne de leurs propres services. Ce qui donne lieu ici à des situations assez loufoques, où Cthulhu rencontre Kafka (ou plutôt Dilbert). Tous ceux qui jurent que leur chef de service est doté de tentacules y trouveront sans doute leur bonheur. Ces facettes techniques ou humoristiques apportent richesse et profondeur à une intrigue haletante, ponctuée de petites touches qui glacent le sang, le tout baignant dans un climat de paranoïa aiguë atteignant son apogée dans la nouvelle qui clôt ce recueil.

     Ce n'est là qu'une introduction à l'œuvre de Charles Stross, étoile montante de la SF anglo-saxonne qui publie romans et nouvelles à une allure très soutenue, avec notamment Singularity Sky (en lice pour le prix Hugo cette année) et sa suite, Iron Sunrise, savoureux mélange de hard science et de space opera, ainsi que The Family Trade, début d'une trilogie de fantasy. Un auteur à suivre, de très près...

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/12/2004 dans Galaxies 35
Mise en ligne le : 7/1/2009


 

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