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Villa Vortex

Maurice G. DANTEC


Cycle : Liber Mundi vol.



GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 189
Dépôt légal : septembre 2004
850 pages, catégorie / prix : F12
ISBN : 2-07-031706-4   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     «Maintenant je suis en mode cyborg de combat amplification de lumière par connexion directe avec mon système nerveux central. Methedrine Starship. Artifices de la neurochimie en sautoir, le monde est d'une pureté inhumaine [...] Je sais que quelque chose veut prendre forme en moi, et je peine encore à l'écrire. Je sais que les plages du D-Day renvoient directement à la haute colonne atomique qui par deux fois s'est élevée au-dessus de la planète des singes doués de parole. Je devine que ma vie semble comme au milieu de son évolution, je pressens que quelque chose m'indique le point de destruction initial qui me permettra de mieux voir le monde. »
     Venez, venez si vous l'osez, visiter les quatre mondes de la Villa Vortex...

     Né en 1959 à Grenoble, Maurice G. Dantec se consacre à l'écriture depuis 1990 et vit actuellement au Canada. Après La Sirène rouge, Les Racines du mal et Babylon Babies, Villa Vortex est son quatrième roman paru aux Éditions Gallimard.
 
    Critiques    
     Villa Vortex est un roman noir. Philosophique. Politique. Un roman de science-fiction. Voire : de la hard science qui entrelacerait Kabbale et génétique. Mais une fois n'est pas coutume, intéressons-nous au cas Dantec avant de nous pencher sur les soubassements du roman.

     Maurice G. Dantec effraie en effet le monde de la SF française au point que lors de sa sortie en grand format l'an dernier, Villa Vortex avait été ignoré par une critique spécialisée — y compris Galaxies... — épouvantée par les interventions médiatiques de l'exilé québécois. Il convient néanmoins d'accepter que son œuvre de fiction se sustente avantageusement de ses peurs, de sa paranoïa et de son exécration du bien-pensant. Surtout, concomitamment à l'incohérence de ses pamphlets — subsannités et invectives logorrhéiques dont la véhémence relève plus du syndrome de Tourette que du génie bloyen — se dessine un cheminement littéraire hors du commun. Ainsi que le suggère le « stalker » Juan Asensio, auquel nous devons les bribes d'interprétation qui vont suivre, le sujet de Villa Vortex n'est rien moins que le langage lui-même en tant que rayonnement divin, le roman assumant alors le rôle d'une violente mise en abyme, tentative désespérée — mais de ce désespoir propre à soulever des montagnes — de sauver le Verbe corrompu par la société technicienne moderne.

     L'ennui, et finissons-en une fois pour toutes avec les polémiques qui parasitent tout discours critique sur son oeuvre, est que Dantec, comme nombre de contempteurs de la modernité, juge le monde contemporain selon des présupposés antiques, archaïques, dont la légitimité est d'abord fantasmatique. Autrement dit, cette volonté de sauver le langage (sauver le monde) — de l'arracher des mains profanes des incultes et des vaniteux — est plus un moteur de fiction ou d'accomplissement individuel qu'un authentique — et utopique — idéal philosophique. Faut-il rappeler que dès lors qu'ils investissent les contingences terrestres, les idéaux ainsi subvertis, idéologisés, drossent la société vers les extrêmes ? Et quel incroyable revirement réactionnaire, du post-humanisme enfiévré de Babylon Babies à l'apostasie dont Dantec, gagné à la posture prophétique et techno-phobe du Bernanos de La France contre les robots — il serait certes mieux inspiré de relire L'Antéchrist de Nietzsche, antidote redoutable à ces pieuses vaticinations — , frappe désormais les biotechnologies !

     Mais si vous le permettez, quittons ces brûlants chemins de traverse pour revenir au roman. Le flic Kernal explore les contrées du Mal, sur la piste d'un tueur en série qui remplace certains organes de ses victimes par des composants électroniques, comme pour animer leurs cadavres d'un grotesque simulacre de vie — par cette dérisoire tentative d'accorder la Parole aux morts, il métaphorise la désagrégation du langage évoquée plus haut ; non sans ironie, son absence physique insistante stigmatise l'indigence des écrivains coupables de prostitution du Verbe. Sous l'influence de deux figures tutélaires (Wolfmann et sa bibliothèque de combat, Nitzos et son manuscrit d'outremonde), Kernal est touché par la grâce d'une révélation : notre monde serait écrit, de même que l'écrivain, à son tour, créerait littéralement de nouveaux mondes — ce qui, chez Dantec, lecteur éclairé de Dick comme de Borges, prend la forme d'un univers transcendantal tapi dans l'ombre de notre encodage génétique. Mais de Dick ou de Raymond Abellio (génial auteur des Yeux d'Ezechiel sont ouverts, dont l'influence sur la genèse de Villa Vortex fut décisive), Dantec aurait également dû retenir une certaine épure stylistique, une transparence qui seule lui aurait permis d'amorcer sa quête de pureté (purification ?..) du langage. La faible dernière partie du roman, où Dantec, coupable du péché d'orgueil, oublie de montrer pour se contenter de tout dire, et où Kernal visite un inframonde futuriste pourri par la gangrène bien-pensante, aurait moins perdu à être injectée dans l'univers plus dense et enténébré qui la précède, à être non pas diluée, mais à son tour encodée. Ce résultat imparfait, monstrueux, aussi frustre au regard de son ambition que le pitoyable artifice mis en scène par le serial killer, n'empêche nullement le visionnaire Villa Vortex de s'imposer comme un livre d'exception dont les aberrations mêmes témoignent d'une saine — d'aucuns diraient : prétentieuse — envie d'en découdre avec la médiocrité.

Olivier NOËL
Première parution : 1/12/2004 dans Galaxies 35
Mise en ligne le : 9/1/2009


 

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