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Forêts secrètes

Francis BERTHELOT



Illustration de Stéphane POINSOT

BÉLIAL'  n° (26)
Dépôt légal : juin 2004
240 pages, catégorie / prix : 13 €
ISBN : 2-84344-056-4   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Prix Masterton 2004

     II y a ce serpent monstrueux qui, la nuit, visite les enfants et les terrorise. Il y a la solitude marine de Mérélune, le meurtre et ses atours de travesti. Il y a Alice et ses impertinences, Peter Paon et sa fidèle Crochette, nés d'une coquille d'imprimerie et qui mettront le monde à feu et à sang. Il y a les démons et merveilles, la cruelle poésie de Berthelot, son univers hors du temps au cœur de ses forêts secrètes.
     « Berthelot en magicien des marges, convoquant le viol, le crime, la souffrance, les amours déçues ou déchues, mortelles ou perverties, l'errance ou la folie, le chaos des cœurs et des âmes, l'hésitation sexuelle, la transgression punie par une mutation des corps, l'art associé à la déviance, l'intolérance face à toute différence, comme autant de thèmes qui tissent toute son œuvre, cette œuvre que portent des héros maintenus en permanence sur le fil dangereux de l'équilibriste, entre leur attirance pour l'obscure ivresse de la chute et le désir d'un envol vers une rédemption solaire. »
     Joëlle Wintrebert.

     Francis Berthelot est né à Paris en 1946.
     Polytechnicien, docteur en biologie moléculaire, chercheur au CNRS dans les domaines de la théorie littéraire, il a obtenu le Grand Prix de l'Imaginaire à quatre reprises et, fait unique, dans quatre catégories différentes — dont celle du meilleur roman pour Rivage des intouchables, chez Gallimard « Folio SF ».

    Sommaire    
1 - Joëlle WINTREBERT, Hors limites, pages 11 à 17, Préface
2 - Le Serpent à collerette, pages 19 à 78
3 - Mérélune, pages 81 à 95
4 - La Nouvelle Alice (ou les bonheurs de l'impertinence), pages 97 à 117
5 - Peinture de nuit, pages 119 à 129
6 - La Gantière et l'équarrisseur, pages 132 à 146
7 - Rire de verre, pages 149 à 166
8 - Peter Paon et la Fée Crochette, pages 169 à 186
9 - Le Cœur à trois temps, pages 185 à 236

    Prix obtenus    
Masterton, nouvelle / Short story, 2005
Masterton, prix spécial, 2009
 
    Critiques    
     « N'en doutez pas, Francis est un magicien » affirme en introduction Joëlle Wintrebert. Et, en effet, si ses formules semblent faites de mots tout à fait normaux, comme on pourrait en trouver sous la plume de n'importe quel écrivain, un secret agencement leur permet de faire jaillir des émotions subtiles et inoubliables. Curieusement, ses phrases en apparence toutes simples, sans effets de style trop voyants, sans vocables rares ni prétentieux, ont une limpidité, une évidence qui leur confèrent une sorte de scintillement ou de pulsation. Elles brillent et virevoltent sous le regard du lecteur, comme animées d'une vie propre, puis se glissent en douceur vers le creux de l'oreille pour susurrer à mi-voix un conte faussement naïf, délicatement pervers, tristement drôle ou malicieusement tragique...

     C'est donc un véritable bonheur que de retrouver ainsi réunies ces huit nouvelles que l'on serait tenté de rattacher à la Fantasy, tant la présence du merveilleux y est forte, mais que l'auteur lui-même préférerait sans doute qualifier de « transfiction » ou de « fiction transgressive ».
     Evidemment, pour qui a suivi les dernières parutions de l'auteur, Forêts secrètes paraîtra pauvre en inédit. Cinq sur huit de ces nouvelles ont paru entre 2001 et 2004, dont le fameux Serpent à collerette, Prix Masterton 2004, publié initialement chez Dreampress.com et dont on pourra consulter une critique complète sous ce titre. Un serpent qui se déploie à lui seul sur plus d'un quart du recueil, ce qui pourra faire grogner ceux qui ont acheté la première version du texte et qui devront se résigner à l'avoir en double.

     On ne reviendra pas sur l'irrésistible Peter Paon et la fée Crochette, nouvelle parue dans la très belle anthologie de Richard Comballot, Les Ombres de Peter Pan, ni sur les autres textes déjà rencontrés ailleurs. Contentons-nous de signaler les trois inédits...
     Tout d'abord La Nouvelle Alice ou les bonheurs de l'impertinence, où la petite Alice — oui, celle du Pays des Merveilles — se rend en visite chez son oncle Donatien-Alphonse marquis de S. ! Euh... est-il besoin d'en dire plus ?
     Ensuite Rire de verre, où un acteur de théâtre raté, devenu un serial killer tueur de femme, monte en définitive sur les planches, soudain travesti pour un bien curieux final.
     Enfin Le Cœur à trois temps, où l'auteur revient sur un thème qui lui est cher, celui de la différence, avec des personnages dont les cœurs sont présumés ne pas battre tout à fait normalement. Cette caractéristique inacceptable par une société qui n'en discerne pas la beauté les entraîne bien sûr dans une sarabande mortelle.

     Ainsi, la métaphore n'est évidemment jamais très cachée au cœur de ces Forêts secrètes et elle apporte son intelligence à des contes qui n'ont rien d'enfantins, à des histoires originales qui appartiennent si évidemment à l'univers intime de l'auteur qu'il est difficile d'en trouver des équivalents ailleurs. A moins de s'intéresser exclusivement à l'aspect scientifique des littératures de l'Imaginaire, il est impossible de demeurer indifférent à la magie de ce poète transgressif — qu'en d'autres temps, nous aurions sans doute dû conduire au bûcher.
     Pour terminer, je conseille de relire la conclusion de Joëlle Wintrebert, reproduite sur la quatrième de couverture et donc ci-dessus : j'adhère complètement à ses propos, mais elle le dit tellement mieux que je ne le pourrais...

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 6/9/2004 nooSFere


     Qualifié par quelques personnes mal intentionnées de « Miracle sur pattes », Francis Berthelot est un auteur trop rare pour passer à côté. La publication d'un recueil de nouvelles au Bélial' relevant définitivement de l'événement, le lecteur curieux peut se précipiter sans risque, tant les huit nouvelles qui composent le livre sont de celles qui réconcilient avec l'existence. Poétiques, délirantes, tragiques ou violentes, les nouvelles de Berthelot sont le fruit d'un travail d'orfèvre, d'un ciseleur de mots dont la qualité littéraire et le très haut niveau laissent pantois.

     S'il est évidemment hors de propos de résumer ici les nouvelles de Forêts secrètes, il est néanmoins utile de s'attarder sur « Le Serpent à collerette », superbe texte d'une violence sourde, consacré à l'horreur de la reconstruction familiale et aux viols (figurés ou non) qu'elle engendre. La nouvelle gratte là où ça fait mal, mais tout en retenue, pudeur et compassion.

     Plus loin, changement radical de style avec « La Nouvelle Alice », délirante et improbable rencontre entre une impertinente Alice (de retour de l'autre côté du miroir) et du vieillissant (mais encore très libidineux) Marquis de Sade. Absurde, légère et drôle, « La Nouvelle Alice » fait oublier la tristesse tragique de « Mérélune », autre tour de force qui nous rappelle que l'Océan est un grand mangeur de vie et que les fantasmes sont parfois douloureux.

     Pour enfants, pour adultes, pour tout le monde, Forêts secrètes fait partie de ces recueils à classer au rayon des chefs-d'œuvre. Tout simplement. Achetez-le avant qu'on l'interdise.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/10/2004 dans Bifrost 36
Mise en ligne le : 25/11/2005


     Composé de huit textes, dont trois inédits, Forêts Secrètes, le nouveau recueil de Francis Berthelot, sorti aux éditions du Bélial, offre des facettes variées de son auteur. Berthelot, qu'on a pu connaître provocateur, sait se faire humble et pudique, comme dans Le Serpent à Collerette, précédemment sorti chez Dreampress.com et qui avait reçu le prix Masterton 2004. Dans cette novella, bâtie comme un conte de fées, la famille d'un pêcheur se voit plongée dans la tristesse après la disparition de Renaud en mer. Quand, trois ans plus tard, Annelore rencontre Raoul de Jais, montreur de serpent, elle pense pouvoir refaire sa vie avec lui et ses deux enfants. Hélas, sa fille, Prunelle, ne tarde pas à voir apparaître chaque nuit le serpent qui la terrorise. Il faudra beaucoup de courage aux enfants pour vaincre le monstre, avec l'aide de deux objets magiques que leur avait offerts leur père. Métaphore à peine voilée des abus subis par les enfants, l'auteur se sert du conte tant pour les mettre en garde que pour leur donner courage dans l'adversité, et conseiller l'entourage. À noter que Le Serpent à Collerette, initialement conçu pour les enfants, a été réécrit pour un lectorat adulte.
     Mérélune, qui vient ensuite, se passe aussi au bord de la mer. Un pêcheur, encore un, qui vit isolé des autres, sans femme, rêve tous les soirs que la Dame des eaux lui envoie une compagne. Cette nouvelle triste et douce, sur le thème de la beauté et du désir, se lit comme un poème. La nouvelle Alice ou les bonheurs de l'impertinence qui lui fait suite est d'un tout autre ton. Imaginez Alice, celle de Lewis Carroll, lassée d'être envoyée par un « vieil Anglais excentrique » vivre des aventures « en dépit du bon sens ». La jeune fille, en séjour chez son oncle, marquis de S., décide d'explorer la bibliothèque. Elle découvre de curieux ouvrages écrits par son parent dans lesquels deux sœurs, Justine et Juliette découvrent de bien curieuses manières les joies de l'amour. Alice se fera un plaisir d'explorer ces contrées-là. Un texte malicieux qui pourra donner envie de relire ou découvrir Lewis Carroll, ou bien le divin marquis ! De l'humour encore, mais teinté d'angoisse pour Peter Paon et la fée Crochette. Un imprimeur maladroit crée, à cause de coquilles mal-venues, deux êtres non-conformes aux originaux. Rien de bien grave, mis à part le fait que leurs conflits incessants se reflèteront dans le monde des hommes. À travers ces deux textes, parodies de deux contes modernes, se trouvent les thèmes du voyage dans le livre et de l'arrivée dans notre monde d'un personnage de fiction. Deux thèmes parallèles et complémentaires qui, sans en avoir l'air, donnent à Francis Berthelot l'occasion de revenir sur l'importance de la parole dans la fiction, thème sur lequel il a écrit plusieurs essais (Parole et dialogue dans le roman, Nathan, Fac., 2001 ; Du Rêve au roman, EUD, U21, 2003).
     Le peintre aussi est un démiurge, comme le montre Peinture de nuit, alors que le personnage de Rire de Verre, acteur, voudrait l'être. Mais à manipuler le destin des autres il arrive des choses étranges. Ces deux nouvelles, ainsi que La Gantière et l'équarrisseur, permettent à l'auteur d'explorer le fantastique sous différentes facettes.
     Le recueil se clôt par Le Cœur à trois temps, une autre novella, inédite, celle-là, qui vient en contrepoint au Serpent à Collerette. Là encore, un père absent — mais celui-là est parti, volontairement — mais au lieu d'un couple frère-sœur, uni malgré les disputes, un enfant seul, rejeté par ses camarades, battu, même. Petit à petit, il découvrira qu'il n'est pas comme les autres, que son cœur ne bat pas à la même cadence, et que ceux de sa sorte sont pourchassés et condamnés. Une quête de l'identité menée en musique — le secret de Jean-Courlis est révélé lorsqu'il entend une certaine danse, et il joue du luth (alors que Raoul de Jais est un joueur de vielle) — car décidément, tous les Arts inspirent Francis Berthelot, et Forêts Secrètes en est le reflet. À noter, puisqu'il est question d'Art, les illustrations de Stéphane Poinsot qui a su rendre parfaitement les métaphores de l'auteur.


Lucie CHENU
Première parution : 1/11/2004 dans Faeries 16
Mise en ligne le : 27/11/2005


     Qui saurait encore, comme à la veillée, nous faire rêver par la magie de contes ? Il y a belle lurette que les conteurs sont partis rejoindre leurs créatures dans le bric-à-brac des mémoires du passé. Pourtant, de temps en temps, un Lewis Carroll, un C.S. Lewis, un Collodi nous permettent de retrouver, l'espace d'une nouvelle, l'enfance, le temps de la lecture. D'autres comme Francis Berthelot appliquent consciemment ou non les règles de La grammaire de l'imagination de Rodari, mais pour des jeux textuels pervers. Et alors on se retrouve avec ces contes à la limite du parodique par endroits, dans les forêts secrètes des contes d'autrefois, mais avec des itinéraires déviants. Ici Alice se perd dans les ouvrages de son oncle le marquis de S. Elle en retire assez de substance pour se vouloir bigame d'un seul coup (si l'on peut dire !) sous les yeux admiratifs de notre Alphonse Donatien. Peter Pan et la fée Clochette, eux, se retrouvent, par la grâce d'une coquille d'imprimerie, en concurrence avec Peter Paon et la fée Crochette : mais tout s'arrange dans la perspective osée de l'échangisme, après que nous avons saisi le pourquoi de toutes les guerres du XXe siècle. Ce recueil reprend aussi la novella du Serpent à collerette publiée chez Dreampress (Prix Masterton 2004), qui est un conte dont on saisit les éléments archaïques mais dont le traitement et les images brutales n'ont plus rien de parodique. Reste mon préféré, Le cœur à trois temps où l'on pressent une implication personnelle de l'auteur plus subtile qu'ailleurs, dans cette histoire d'un joueur de luth pas tout à fait comme les autres.

     Outre le plaisir des jeux auxquels se livre Francis Berthelot, et que l'on partage, on peut être frappé par la qualité de clarté de l'écriture malgré sa coloration un peu trop « médiévale » par moments. On la prendrait au premier abord pour une écriture blanche, alors qu'elle se nourrit d'images à la fois fortes, nouvelles et discrètes. Ajoutons un élément, que fait remarquer Joëlle Wintrebert qui préface le recueil : « ce sont, comme tous les contes, des histoires de leurres, de chantage, de violences, de tortures, que les happy end présents par moments ne dissimulent pas vraiment. »

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/9/2004 dans Galaxies 34
Mise en ligne le : 5/1/2009


 
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