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Forteresse

Georges PANCHARD


Cycle : Forteresse vol.


Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (195)
Dépôt légal : février 2005
384 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 2-221-10409-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Adrian Clayborne est le chef de la sécurité de Haviland Corporation, une des plus importantes compagnies de la planète.
     En 2039, Clayborne est informé que l'Union des États bibliques américains a décidé d'assassiner Brian Mannering, le puissant président de Haviland, dans sa forteresse andalouse de Castell One, un des sanctuaires high-tech les mieux protégés du monde.
     Il ignore tout des modalités de l'opération, mais il connaît son nom de code : Ghost.
     Fantôme.
     Lorsqu'il apprend qu'un système offensif indétectable vient d'être dérobé dans un laboratoire suédois, que ce système a été baptisé Fantôme par son concepteur, et qu'un mercenaire allemand qui a déjà travaillé pour l'Union est impliqué dans l'affaire, il fait le rapprochement.
     Mais quelle relation cela peut-il avoir avec le suicide, deux ans plus tôt, d'un modeste peintre d'Oklahoma City, spécialisé dans l'imagerie biblique, et obèse comme quatre-vingt-neuf pour cent de ses compatriotes ?
     Un thriller haletant dans un avenir dur, noir et brillant.
     A lire deux fois.
 
    Critiques    
     En 2039, des rumeurs à propos d'un système d'intrusion indétectable appelé Ghost inquiètent Adrian Clayborne, chargé de la sécurité de Brian Mannering, président de la Haviland Corporation. Car si un tel dispositif — à supposer qu'il existe — tombait aux mains des dirigeants des Etats bibliques américain, il pourrait leur servir à assassiner Mannering au coeur même de sa forteresse surprotégée nommée Castell One...

     Voilà un roman qui suscitait déjà la curiosité avant même sa sortie, car il s'agit du premier livre francophone publié dans la collection « Ailleurs et demain » depuis vingt ans, c'est-à-dire depuis Le Jeu du monde, de Michel Jeury (1985). Quelles qualités ce premier roman d'un auteur suisse quasiment inconnu — hormis quelques nouvelles publiées dans les années 1980 — doit-il réunir pour figurer parmi la prestigieuse collection ?

     Forteresse est avant tout un thriller. Composé de courts chapitres qui alternent les récits de six personnages — plus un septième sur la fin — pris au coeur d'événements situés entre 2028 et 2039, sa narration n'est aucunement chronologique, obligeant le lecteur à prêter une attention toute particulière aux dates mentionnées pour pouvoir reconstituer le fil de l'intrigue. Cette construction éclatée s'avère immédiatement brillante : elle constitue incontestablement le point fort de l'ouvrage, réussissant à ménager le suspense jusqu'au tout dernier chapitre et égarant au passage le lecteur sur de fausses pistes sans jamais, heureusement, le perdre tout à fait. Malgré sa complexité, elle demeure fluide et n'occasionne aucune gêne à la lecture qui, au contraire, offre l'attrait ludique d'un puzzle.
     Une fois reconstituée, l'intrigue se révèle parfaitement cohérente et d'ailleurs assez simple. Il n'est pas question de dévoiler ici ce que le lecteur doit s'amuser à découvrir dans ces fragments soigneusement disposés, mais on peut signaler que les explications finales à propos du « Ghost » sont plutôt minces et qu'il ne faut donc pas s'attendre à voir le thriller céder la place à la hard science.

     L'arrière-plan socio-politique est un autre atout de ce roman, même s'il n'est pas aussi développé qu'on aurait pu le souhaiter. Dans une Amérique peuplée d'obèses, la Californie et l'état indépendant de New York ont fait sécession face à la morale étriquée de la très puritaine Union des Etats bibliques, que gouvernent des hommes prêts à prendre les armes pour défendre leur foi aveugle au-delà de leurs frontières — toute ressemblance avec des événements récents n'est sans doute pas que fortuite. Cela peut sembler caricatural — de même que cette Suède où le pacifisme est si militant que la possession de soldats de plomb est interdite aux enfants — mais Panchard parvient à rendre parfaitement crédible cet avenir tout proche.
     Plus intéressante est la description de la « Correction », ce mode de fonctionnement politique de l'Occident qui, se montrant faible au nom de l'anti-racisme, a permis aux forces islamiques de mener une terrible guerre sur le sol européen. On voit tout ce qu'il y a de politiquement incorrect dans cette prise de position — qui appartient à certains personnages sans qu'on sache vraiment si l'auteur partage les mêmes craintes.

     Le thème principal de Forteresse est sans doute la mémoire — il en faut d'ailleurs au lecteur pour suivre les méandres de cette histoire. Néanmoins ni cette thématique ni l'anticipation sociale ne se montrent en définitive d'une inventivité saisissante : c'est décidément l'impeccable construction narrative qui demeure au final la grande force de ce thriller manipulateur — jusqu'à duper le lecteur — et qui le rend captivant de bout en bout.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 7/4/2005 nooSFere


     Vingt ans après Le Jeu du monde de Michel Jeury paraît, enfin, un roman francophone dans la collection « Ailleurs & Demain ». On attendait donc beaucoup de ce Forteresse qui a su répondre aux exigences de Gérard Klein, après avoir été retenu par les défuntes éditions ISF. Et nos attentes ne sont pas déçues.

     Dans les années 2030, les multinationales se livrent une guerre sans merci. La tête des plus grands patrons est mise à prix. Brian Mannering, président de la Haviland Corporation, est sans conteste l'un des plus menacés : outre ses concurrents, l'Union des Etats Bibliques Américains a juré sa perte. La Haviland a, en effet, transféré son siège social en Europe, afin de dénoncer la doctrine ultra religieuse des ex-USA. Mannering vit donc réfugié dans une forteresse en Espagne, d'où il ne sort qu'en de très rares occasions. Pourtant, les menaces à son encontre se précisent sous la forme d'une opération dont le nom de code est Ghost. Adrian Clayborne, chef de la sécurité de la Haviland, utilise toutes les ressources à sa disposition pour contrer ce mystérieux fantôme. Son enquête ne lui laisse aucun répit, le mène en Suède, en Californie (désormais république indépendante)... Pourtant, il se peut que le danger soit déjà présent dans la forteresse en la personne de Sherylin Leighton, nouvelle maîtresse du président. Parallèlement à cette intrigue principale, on suit de nombreux autres personnages, et il faudra attendre le dénouement pour comprendre ce qui les relie. C'est l'une des forces du roman : sa construction implacable, qui nous fait aller et venir d'un personnage à l'autre, d'une année à l'autre, jusqu'à la révélation finale, d'une évidence trompeuse.

     Forteresse pourrait n'être qu'un thriller haletant (ce qui serait déjà plus qu'honorable). Mais par petites touches, au détour de chaque page, Panchard dresse un portrait de notre futur proche d'autant plus effrayant qu'il est hautement crédible : repli fanatique de la quasi-totalité des USA, guerres de religion en Europe conduisant au massacre des musulmans, batailles économiques dégénérant en règlement de comptes militaires... Certains propos ou pensées des personnages font d'ailleurs froids dans le dos et ne sont surtout pas à prendre au premier degré.

     Georges Panchard nous offre, quelques mois après La Horde du contrevent d'Alain Damasio (critique dans le dernier Bifrost), un autre très bon roman francophone dans le domaine de l'imaginaire. Le premier se démarquait grâce à son écriture éblouissante, le second brille par sa fluidité, les deux ont en commun la description d'un univers parfaitement crédible. Ce qui est plus qu'inquiétant, avec Forteresse, c'est que la société en question sera peut-être la nôtre... pas ailleurs, mais demain.

Pascal GODBILLON
Première parution : 1/4/2005 dans Bifrost 38
Mise en ligne le : 21/9/2006


 
     Les années 2030 : demain, tout proche, et pourtant si étranger. Dix ans auparavant, l'Occident a éradiqué les musulmans au cours d'une guerre féroce combattue sur son propre sol. Les États ont pratiquement perdu tout pouvoir face aux multinationales, qui à s'entourer de forces de sécurité privées sont devenues pareilles à des mafias, menant entre elles une guerre larvée de vengeances multipolaires. Seule nation à tirer son épingle de ce nouveau jeu : l'Union des États Bibliques américains, UABS, théocratie fanatique purgée de New York et de la Californie, peuplée de citoyens obèses nourris au hamburger. On veut en rire — tous les individus au Standard Américain de Morphologie (SAM !) sont obligés de se déplacer dans des youpalas — et pourtant Panchard tire de la situation des effets tragiques : Mitchell est obsédé par la haine de son propre corps difforme (difformité pourtant socialement encouragée).

     Mais le protagoniste principal est Clayborne, chef des gardes du corps de Mannering, président de Haviland Corporation, « une mégacorporation avec des principes ». Ce qui lui vaut des menaces de mort de la part de l'UABS, redoutables s'il n'y avait pas la Forteresse, siège social retranché dans les collines andalouses sous l'œil vigilant de Clayborne. Tout le livre est hanté par le défi posé à ce bouclier par une nouvelle arme mystérieuse. Enquêtes entrecoupées de flash-backs sur un complexe réseau de personnages.

     Forteresse brille par sa construction et les révélations progressives que recèle sa structure éclatée. Une sorte de Reservoir Dogs de SF, avec une bonne dose de sexe et de violence. On regrettera l'irruption anecdotique et superflue des pouvoirs extrasensoriels de ninjas surentraînés dans le tissu d'un livre très réfléchi sur le plan technologique et sociétal. Mais on appréciera le rôle joué par la mémoire, et la répétition, avec des variations au début imperceptibles, de séquences-clés dans la vie de deux protagonistes ; difficile de ne pas penser aux Singes du Temps, de Michel Jeury. La justification de ces scènes récurrentes est toutefois bien différente, et intimement liée à la résolution finale du livre.

     Un livre qui veut éblouir, donc, mais me laisse un goût moral un peu douteux. Dans son monde de violence, seule la paranoïa garantit la survie, et on se moque ouvertement des dernières communautés à pratiquer quelque chose comme une politique altruiste (en Suède). Et si le rôle des méchants est dévolu aux théocraties des deux bords — Américains et Iraniens — , je me demande finalement ce que les autres ont de mieux. Panchard franchit, à mon avis, la ligne qui sépare la réprobation contre un système oppressif du mépris indistinct pour tous les individus qui y sont impliqués quand il écrit des paragraphes comme : « Que voyaient-ils, ces musulmans venus tenter leur chance dans cette autre société, et dont la grande majorité sans doute aurait voulu s'appuyer sur ses structures ? Qu'à chacune de leurs revendications, les pouvoirs publics se couchaient sous prétexte d'ouverture ; qu'à chaque outrance (...) que chaque fois qu'ils élevaient la voix, les Occidentaux capitulaient sur l'autel de l'antiracisme » (p. 141). Certes, ces remarques sont attribuées à Barstow, un personnage traumatisé, mais elles sont loin d'être isolées dans le livre.

     Un ouvrage, donc, qui ne laissera pas indifférent.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/3/2005 dans Galaxies 36
Mise en ligne le : 15/1/2009


 

Dans la nooSFere : 62621 livres, 58864 photos de couvertures, 57111 quatrièmes.
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