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Les Romans de Philip K. Dick

Kim Stanley ROBINSON

Titre original : The Novels of Philip K. Dick, 1984
Première parution : Ann Arbor, Michigan, États-Unis : UMI Research Press (Studies in Speculative Fiction #9), 1984

Traduction de Laurent QUEYSSI
Illustration de Sébastien HAYEZ

LES MOUTONS ÉLECTRIQUES (Lyon, France), coll. Études et Essais n° (1)
Dépôt légal : juin 2005, Achevé d'imprimer : juin 2005
256 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 2-915793-05-0
Format : 13,0 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
Géant et classique incontournable de la littérature américaine en général et de la science-fiction en particulier, dont les œuvres sont constamment rééditées et régulièrement adaptées pour le cinéma, voici Philip K. Dick passé au crible d'une étude aussi détaillée qu'accessible, passionnante et pertinente, dont l'auteur n'est autre qu'un grand écrivain contemporain du genre.
 
Philip K. Dick a écrit presque quarante romans de science-fiction, dont certains comptent parmi les meilleurs de ce genre. Cela pourrait suffire à faire de lui un des auteurs essentiels de notre époque et le rendre digne de notre étude. Mais il retient aussi notre attention d'une autre manière : la science-fiction devient de plus en plus importante pour notre culture. Cette place croissante n'est pas seulement due aux évolutions de la culture elle-même, mais aussi à des transformations inhérentes au genre. Les romans de Dick ont toujours été à la pointe de ces changements, défiant des conventions que l'on croyait centrales à la définition de la science-fiction.

    Sommaire    
1 - Patrice DUVIC, Préface, pages 5 à 9, Préface
2 - Laurent QUEYSSI, Un artisan de génie : Personnages et structures narratives chez Philip K. Dick, pages 229 à 250, Article
3 - (non mentionné), Index, pages 251 à 255, Index
 
    Critiques    
     Les Romans de Philip K. Dick (1984) de Kim S. Robinson est l'adaptation d'une thèse sur l'œuvre romanesque d'un des auteurs les plus fascinant de la S-F. Robinson propose dans son essai d'étudier le processus d'écriture — le style, la construction, le contenu du texte — de Dick et d'en dégager la valeur intrinsèque. Ainsi, Robinson reste proche du texte dickien — tout en l'insérant et en l'extirpant du cadre historique — et évite les dérives interprétatives d'ordre biographique, qui travestissent trop souvent la réalité du texte chez Dick. Aucun parti pris de la part de l'auteur, il ne s'agit pas de défendre corps et âme l'œuvre entière de Dick — Robinson sépare clairement l'auteur et le mythe. L'étude se focalise sur une approche analytique du texte par le texte, transcendant ainsi celui-ci par divers biais — tant littéraires qu'historiques. Cette méthode permet de passer en revue tous les romans de Dick, de sorte que même les faibles — soit au niveau de la construction, soit de la narration — sont eux-mêmes capables d'apporter du sens au corpus général dickien. Robinson montre que dans son ensemble, chaque roman — même le plus insignifiant ou le plus inabouti — rend plus compréhensible la valeur du tout.

     La construction de cette étude est claire et précise : suivant la progression chronologique de la composition des romans, elle se scinde en chapitres qui mettent en relief différents aspects de l'œuvre de Dick sous l'éclairage de groupes de romans. Les premiers chapitres décrivent brièvement les étapes initiales de l'écriture chez Dick, tentant de s'immiscer dans la littérature réaliste avec un insuccès constant. Essais de la part de ce dernier qui auront une grande influence sur sa production S-F ; montrant par là même que les outils narratifs issus de la fin du XIXe siècle — les effets de réel — sont bien présents dans la littérature de genre. Robinson expose ensuite les consensus du milieu de la S-F américaine — avec ses lieux communs, ses règles implicites — et les méthodes d'un Dick composant ses romans systématiquement a contrario.

     En passant en revue les différents thèmes de la S-F, Robinson démontre que Dick, parmi les premiers, a délibérément exploité plusieurs éléments — parfois contradictoires — du genre au sein d'un même texte ; la réussite de ce dernier dépendant de l'habileté de l'écrivain à fusionner ceux-là. L'élément le plus intéressant — à notre sens — exposé par Robinson sur les romans de Dick, est « le dérèglement de la réalité » saillant dans Ubik (1969) ou Le Maître du haut château (1962). Optique fondatrice de la S-F moderne, sorte de doute sur la réalité à l'intérieur d'une fiction transfuge, que Robinson explique par le débordement du monde personnel (de Dick ou de ses personnages) — autrement dit le koinos — sur la réalité commune — le kosmos. Deux notions fondamentales dans l'œuvre de Dick, qui apportent un regain de sens à son corpus littéraire. L'étude serrée de « La Trilogie divine », quant à elle, mérite le détour, tant elle apporte de nouvelles pistes de lecture.

     Une étude accessible et importante pour ceux qui désireraient lire des textes, connus ou moins connus, avec un second regard. A souligner l'effort des Moutons électriques de mettre à disposition du public des livres critiques qui s'intéressent à l'analyse littéraire du genre — en évitant les confrontations naïves sur la valeur du genre par rapport à la littérature générale et l'enfermement dans le no man's land du domaine — , objet assez rare en francophonie. Les Romans de Philip K. Dick saura livrer des indices et des éclairages pertinents, autant pour les chercheurs, les néophytes — qui seront fascinés par la profondeur de l'œuvre — ou les lecteurs avertis — qui y trouveront de nouvelles raisons de relire ces textes.

Frédéric JACCAUD
Première parution : 1/10/2005 dans Bifrost 40
Mise en ligne le : 12/11/2006


     Les études sur Philip K. Dick ne manquent pas. Elles portent le plus souvent sur ses thèmes et sa réflexion sur la réalité, tout en accordant une large place à sa vie tourmentée. Mais il est rare de voir ce géant de la science-fiction abordé sous l'angle de l'écriture, dont on a souvent dit qu'elle se situait à un degré zéro. Kim Stanley Robinson n'est évidemment pas de cet avis. Son essai est une passionnante analyse des stratégies narratives de Dick, traitée par époques, et portant sur les seuls romans, les nouvelles étant considérées comme leurs brouillons. On pourrait discuter ce point qui n'est vrai qu'en partie et regretter qu'en raison de cette spécificité même les textes courts ne soient pas mis en perspective — ils le sont partiellement, quand le récit est agrandi à la dimension d'un roman. Ce postulat ne remet cependant pas en cause cette analyse, brillante sur le plan des idées, mais plate sur le plan de l'écriture. Il faut savoir qu'il s'agit d'une thèse soutenue en 1982 et que Robinson se pliait aux contraintes du style universitaire. Robinson n'avait pas trente ans quand il y travaillait et n'était l'auteur que de quelques nouvelles. C'est aussi pour cette raison qu'un roman échappe à l'analyse, Radio Libre Albemuth, publié à titre posthume.

     L'essentiel du propos est de montrer comment Dick a tenté de concilier, à travers son œuvre, le roman réaliste et celui de science-fiction, extrêmement codifié aux États-Unis. L'auteur déçu de romans réalistes (probablement refusés en raison des nombreuses « bizarreries » qu'ils contiennent) se tourne vers la science-fiction, qu'il considère comme un genre mineur, pour mettre en scène sa critique sociale. Il découvre en même temps les vertus métaphoriques et satiriques des décalages et distorsions à l'œuvre dans la SF et n'a de cesse de casser ces stéréotypes, en premier lieu le fameux principe de logique et de plausibilité imposé par Campbell. Les motifs disparates qu'il invoque dans ses récits nuisent parfois à l'intrigue de base, et introduisent parfois de l'incohérence. Les personnages et les relations qui les lient sont généralement les mêmes d'un roman à l'autre, et ont les mêmes fonctions : ce n'est que dans la seconde partie de son œuvre que Dick abandonnera ces prototypes structurels qui permettaient d'explorer un univers.

     Kim Robinson est le premier à considérer l'aspect bancal de certains romans, les erreurs de structure et de logique interne, dont se rend responsable un auteur pressé par les contingences matérielles, mais il montre aussi combien ces désordres participent au processus de destruction de codes narratifs figés et finissent par trouver un équilibre dans la dernière partie de son œuvre — La Trilogie divine constitue à cet égard un sommet, la dystopie qu'il a toujours mis en œuvre étant ici clairement illustrée avec un roman réaliste et deux romans SF présentant deux points de vue opposés.

     L'ouvrage nécessite, bien sûr, de connaître tout ou partie des romans de Dick. Mais cette lecture inédite, qui, pour une fois, ne met pas la nature du réel au centre de l'œuvre, incite fort heureusement à la relecture de cet artisan de génie, comme le qualifie Laurent Queyssi dans son article en postface qui reprend et développe quelques autres aspects des structures narratives de Dick.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2005 dans Galaxies 38
Mise en ligne le : 31/1/2009


 
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