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Pour patrie l'espace

Francis CARSAC

Première parution : Paris, France : Gallimard, Le Rayon fantastique n° 104, 4ème trimestre 1962

Illustration de Michel KOCH

EONS , coll. Futurs n° 33
Dépôt légal : 1er trimestre 2006
Réédition
Roman, 254 pages, catégorie / prix : 15,70 €
ISBN : 2-7544-0123-7
Genre : Science-Fiction

Livre électronique paru en février 2005 (parution papier en février 2006). Deux ISBN selon le format : 2-7544-0122-9 pour Adobe Acrobat, 2-7544-0124-5 pour MobiPocket.


Autres éditions
   L'ARBRE VENGEUR, 2020
Sous le titre Pour patrie, l'espace
   HACHETTE / GALLIMARD, 1962
Sous le titre Pour patrie l'espace
   POCKET, 1979

Quatrième de couverture
     Son astronef détruit au cours d'une mission, Tinkar Holroy, de la Garde stellaire, dérive dans l'espace. Il est recueilli par une cité spatiale du Peuple des étoiles, des descendants de transfuges de l'Empire terrestre qui depuis plusieurs générations vivent dans l'espace et n'ont que mépris pour les « planétaires ».
     Tinkar, d'abord lui-même méprisant envers ces gens dont il ne voit que les « faiblesses » de leur régime démocratique, comparé à la fermeté de la dictature qu'il a toujours connue, est cependant déterminé : il veut comprendre le milieu qui l'héberge à présent — ne serait-ce que pour réussir à fuir et mener à bien sa mission initiale.
     S'en mêleront des influences féminines, des quiproquos, des duels, des drames. Ainsi que la lutte contre des agresseurs non humains...
     Une confrontation entre des modes de vie et des mentalités aux antipodes l'une de l'autre.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Genèse, pages 239 à 240, nouvelle
2 - Hachures, pages 241 à 246, nouvelle
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition L'ARBRE VENGEUR, (2021)

    Enlevé à ses parents et élevé dès son plus jeune âge pour intégrer la prestigieuse Garde Stellaire, Tinkar Holroy est un pur produit de l’Empire terrien. Son avenir est tout tracé : il combattra jusqu’à la mort pour sa patrie. Mais le sabotage de son vaisseau va faire dérailler son destin. En perdition au milieu de nulle part, il est recueilli par une cité de l’espace et découvre une civilisation humaine aux antipodes de celle qu’il connaît et dont il ignorait l’existence jusque-là.

    Quatrième roman signé Francis Carsac, paru en 1962 au Rayon Fantastique, Il est assez tentant de considérer Pour patrie l’espace comme son chef-d’œuvre. En premier lieu pour la richesse de l’univers qu’il met en scène. La société que l’on découvre jusque dans ses moindres détails à travers le regard de Tinkar est d’une grande richesse. Égalitaire et libertaire, elle détonne parmi celles habituellement décrites dans la science-fiction – française en particulier – de cette époque et dévoile ses spécificités au fil des dialogues et des descriptions sans que le récit n’en soit jamais alourdi. Il en va de même pour le monde que le héros a laissé derrière lui, dont on découvre la nature profonde par petites touches au fil des pages.

    Pour patrie l’espace est aussi un roman foncièrement pessimiste sur la nature humaine et l’évolution des sociétés. Aussi progressistes soient les habitants des cités de l’espace, ils n’en sont pas moins perclus de préjugés, en particulier vis-à-vis de ceux qu’ils nomment les planétaires – et plus souvent encore les limaces ou les poux de planète. Et l’union de ces deux branches de l’humanité face à un ennemi commun, aussi nécessaire soit-elle pour leur avenir commun, ne semble devoir se réaliser que dans la douleur. Carsac ne se berce pas davantage d’illusions lorsque, après la chute de l’Empire, il fait lui succéder un régime tout aussi violent et corrompu.

    Dernier tour de force de ce roman : raconter cette histoire du point de vue d’un personnage que tout, dans les premières pages du livre, nous rend antipathique. Pour patrie l’espace est la transformation de cet individu borné et son ouverture à un monde où, malgré toutes les potentialités qui lui sont offertes, il n’est pas le bienvenu.

    Plus d’un demi-siècle après sa parution initiale, Pour patrie l’espace reste l’un des plus beaux fleurons de la science-fiction française, l’un des rares à pouvoir défier sur leur propre terrain les meilleures œuvres américaines des deux décennies précédentes. À lire et relire encore.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/1/2021
Bifrost 101
Mise en ligne le : 21/6/2024


Edition L'ARBRE VENGEUR, Science-Fiction / Fantasy (1979)

 
     RETOUR AMONT

     Réédition du N° 104 du Rayon Fantastique (1962). Dans la même collection et de même origine : Ce Monde est nôtre. Un auteur des meilleurs, issu de la première génération des auteurs français de SF, après la IIe Guerre, Carsac n'a jamais caché son admiration pour la SF US de type Heinlein, Clarke (p. 47) ou Anderson ; mais il s'est toujours présenté comme un continuateur de Rosny. Comment ces deux traditions se confortent-elles ? Roman en 3 parties, dont la première est pleinement réussie ; en particulier le ch. 1, variation SF sur la Chute de Satan (Hugo). Le début pose la présence de deux types de civilisation : celle de l'Empire (planétaire) et celle des stelleens (Peuple des Etoiles). A la théocratie planétaire s'oppose la technocratie plus ou moins teintée de libéralisme des Errants. A la même époque, J. Blish publiait les volumes de sa série des Villes Nomades (Denoël), où le parallélisme entre les USA et les marchands sidéraux était clairement affirmé. Les parties suivantes, en apparence, portent sur les difficultés d'adaptation du « planétaire », ses amours et ses rancunes. Elles paraissent moins réussies, malgré de très belles scènes sur une planète sauvage, ou le pathétique final. On pourrait interpréter cette baisse de tension en accusant Carsac d'avoir oublié la sociologie (SF) au profit de la psychologie — et renvoyer à la tarte à la crème des discussions de l'époque : la SF est une littérature d'idées ; elle n'a rien à voir avec la psychologie, etc. J'avancerai une hypothèse différente. Ce roman montre à la fois la fascination pour un modèle de société (industriel/marchand/libéral) et l'impossibilité d'y adhérer, pour un « étranger », car il suppose le renoncement à sa propre culture, tenue à distance par les Stelleens comme inférieure. Une attitude classique dans les périodes de colonisation/décolonisation. Comme dans Ce Monde est nôtre, Carsac s'attache à peindre des conflits centrés autour de l'opposition de deux légitimités, ce qui implique des déchirements dans l'esprit du héros — on voit qu'il y a là plutôt intériorisation de données symboliques/sociales que « de la psychologie ». La difficulté de résoudre ce type de problème justifie l'aspect parfois composite du roman. Toute la SF d'une époque, avec ses contradictions. Un roman à relire.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/6/1979
dans Fiction 302
Mise en ligne le : 13/12/2009

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Jacques Goimard & Claude Aziza : Encyclopédie de poche de la SF (liste parue en 1986)
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)

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