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Les Passeurs de millénaires

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Ellen HERZFELD & Gérard KLEIN & Dominique MARTEL

Cycle : La Grande anthologie de la science-fiction française  vol. 6


Illustration de MANCHU
LIVRE DE POCHE, coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7265
Dépôt légal : mars 2005
544 pages, catégorie / prix : 7,50 €
ISBN : 2-253-10981-9   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Ce volume de La Grande Anthologie de la science-fiction française réunit quatorze nouvelles remarquables publiées de 1996 à 2000. Elles sont signées par les maîtres du genre : Jean-Pierre Andrevon, Philippe Curval, Jean-Claude Dunyach, Serge Lehman, Roland Wagner et Claude Ecken, et par des nouveaux venus talentueux dont Olivier Paquet et Ugo Bellagamba.

     Ce volume contient également une préface, une présentation de chaque texte, un dictionnaire des auteurs et un index de toutes les nouvelles publiées dans les six tomes de La Grande Anthologie de la science-fiction française. Ces recueils offrent le meilleur d’un demi-siècle de littérature de science-fiction, de 1950 à l’an 2000.


    Sommaire    
1 - Ellen HERZFELD & Gérard KLEIN & Dominique MARTEL, Préface, pages 7 à 12, Préface (lire ce texte en ligne)
2 - Jean-Pierre ANDREVON, Chapo, pages 13 à 37
3 - Jean-Jacques NGUYEN, L'Ultime réalité, pages 38 à 61
4 - Vittorio FRIGERIO, Bis, pages 62 à 89
5 - Sylvie DENIS & Francis VALÉRY, Hôtels, pages 90 à 105
6 - Jean-Jacques GIRARDOT, L'Éternité, moins la vie, pages 106 à 128
7 - Jean-Claude DUNYACH, La Stratégie du requin, pages 129 à 157
8 - Olivier PAQUET, La Première œuvre, pages 158 à 190
9 - Philippe CURVAL, Canards du doute, pages 191 à 219
10 - Matthieu WALRAET, Le Prix du pardon, pages 220 à 229
11 - Alain LE BUSSY, Craqueur, pages 230 à 258
12 - Roland C. WAGNER, Ce qui n'est pas nommé, pages 259 à 289
13 - Claude ECKEN, La Fin du big bang, pages 290 à 358
14 - Ugo BELLAGAMBA, L'Apopis républicain, pages 359 à 435
15 - Serge LEHMAN, Nulle part à Liverion, pages 436 à 510
16 - ANONYME, Dictionnaire des auteurs, pages 511 à 523, Dictionnaire d'auteurs
17 - QUARANTE-DEUX, Index de la Grande Anthologie de la science-fiction, pages 526 à 543, Index

    Prix obtenus    
Le Craqueur : Septième Continent, [sans catégorie], 1996
La Fin du big bang : Rosny aîné, nouvelle / Short story, 2001
Nulle part à Liverion : Ozone, nouvelle de Science-Fiction francophone, 1997
 
    Critiques    
     Lire une préface de Gérard Klein (et je ne doute pas que celle de ce volume, non signée, ne doive beaucoup à sa plume), c'est toujours admirer à l'œuvre une intelligence critique — aiguisée, acérée, tranchante. Voici par exemple résumée en trois lignes toute la problématique de la S-F française et de sa perception par le public, lecteurs de Bifrost exceptés, bien sûr : « La science-fiction française est en général plus intellectuelle, plus conceptuelle, plus littéraire, que ses sœurs britannique ou américaine. Il y aurait chez les auteurs français comme une difficulté à se représenter l'avenir et une très grande diversité et subtilité dans les façons d'éviter sa rencontre. » On ne saurait mieux dire, et je n'en veux pour preuve que la vogue, un peu lassante désormais, du steampunk — ou comment, même avec talent, même avec passion, faire trop souvent du réchauffé avec du vieux...

     Que trouve-t-on donc dans ce déjà sixième volume de « la Grande Anthologie de la science-fiction française » ? Eh bien, un beau mélange d'habitués de la série et de nouveaux venus, de jeunes et de moins jeunes, et une qualité textuelle assez constante, malgré quelques nuances. (Des goûts et des couleurs, hein ? On connaît la chanson.) Voyons cela dans l'ordre.

     Andrevon donne avec « CHAPO » un texte andrevonien, ce qui ne surprendra personne, une farce noire, noire comme le(s) cafard(s). « L'Ultime réalité », de Jean-Jacques N'Guyen, marie théorie quantique et abysses lovecraftiens, jolie gageure tenue avec aplomb. Vittorio Frigerio, qui, s'il n'est pas un pseudonyme, est un auteur suisse publié au Canada, donne avec « Bis » un texte sur la manipulation du passé/de la mémoire, écrit un peu à la charrue, mais que son originalité et son ambition rachètent plutôt. « Hôtels », de Sylvie Denis et Francis Valéry, joue sur le registre, un peu convenu désormais, du languissant à la Ballard ; je suspecte ces deux zigotos de s'être beaucoup amusés à calibrer leur nouvelle pour Alain Dorémieux, auquel ils l'ont vendue, et ce dernier de l'avoir acceptée sans être dupe, mais, là, c'est le style qui emporte le morceau. Jean-Jacques Girardot, dans « L'Éternité, moins la vie », livre un texte bâti sur une idée-force, à l'anglo-saxonne, ici la possibilité de reconnaître le statut d'être vivant à une intelligence virtuelle, et il s'en tire avec les honneurs, malgré une pirouette finale plutôt abrupte. « La Stratégie du requin », de Jean-Claude Dunyach, poursuit dans un registre voisin, mais s'embourbe un peu dans une narration verbeuse, que rachète toutefois une dernière phrase simple et idéale.

     Il y a dans « La Première œuvre », d'Olivier Paquet, une cassure de la narration qui me dérange, et la thématique de l'art me paraît un peu trop prégnante dans la S-F française, mais... comment le dire sans passer pour un cuistre ?... il y a là, aussi, une volonté de bien faire qui n'est pas si répandue parmi les jeunes auteurs. Philippe Curval, lui, fait bien, et très bien, depuis longtemps, et « Canards du doute », variation sur un thème bradburyen (les mots remèdes aux maux), ne dépare en rien sa riche bibliographie. On retrouve un nouvel auteur, Matthieu Walraet, avec « Le Prix du pardon » ; j'admets volontiers qu'une certaine surdose de cléricalisme, ces temps-ci, me pousse à une coupable... indulgence envers cette vignette plus amusante que marquante. « Craqueur », d'Alain Le Bussy, est un texte classique, simakien, disons, ce qui n'est pas un défaut ; narration solide, ouvrage d'artisan doué. (D'ailleurs, il faudrait à notre S-F plus d'artisans et moins d'artistes. Si, si.)

     Le recueil s'achève sur un bouquet final de quatre longs récits qui sont, dans des registres divers, parmi les plus beaux qu'ait produits le domaine dans notre langue, des textes qui seraient tout à fait à leur place sur une liste de prix Hugo ou Nebula. Tout d'abord, « Ce qui n'est pas nommé », de Roland C. Wagner, appartient à sa veine exotique, qu'illustrent par ailleurs ses deux space opéras chez l'Atalante ; c'est aussi une réflexion lancinante sur le prix et la valeur du savoir, et peut-être bien la nouvelle de l'auteur la plus aboutie. « La Fin du big bang », de Claude Ecken, ravit par sa déclinaison fascinante et subtile du thème pourtant fort rebattu des univers parallèles. Ugo Bellagamba use des codes du steampunk dans « L'Apopis républicain » afin de mettre en scène avec une grande maestria pour un écrivain alors encore très vert un futur alternatif au goût doux-amer d'illusions brisées. Et « Nulle part à Liverion » de Serge Lehman réussit à se trouver en phase d'une part avec l'actualité européenne la plus récente et, d'autre part, avec le sommaire de ce numéro, puisqu'on pourrait résumer ce vrai chef-d'œuvre par deux formules chères à Michel Jeury — ceux qui ne voient pas lesquelles n'auront qu'à nous poser la question.

     En fin de compte, voilà un panorama varié, dont la richesse laisse un peu rêveur quand on considère que la sélection se limite (en trichant un peu) à cinq années de production. S'il y a encore des esprits chagrins pour dénigrer la S-F d'expression française après avoir lu cette anthologie... qu'ils crèvent.

Pierre-Paul DURASTANTI (lui écrire)
Première parution : 1/7/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 11/8/2006


     Après quatre volumes qui révisaient d'un coup la période 1950-1984, le département francophone de la Grande Anthologie de la Science Fiction s'est installé dans le découpage chronologique, prenant à terme le risque d'être tenu pour un baromètre du genre. D'autant plus que ce sont des livres bien faits (dictionnaire des auteurs, index, présentation des textes) et qu'on se procure aisément. Autant l'avouer, je céderai aussi à la tentation, tout au moins pour comparer ce volume, consacré à la période 1995-2000, avec son prédécesseur, Les Horizons divergents (1996), qui couvrait 1985-1995. Avec les erreurs de méthodologie que cela suppose : Roland Wagner, par exemple, apparaît ici avec un texte dont la première version date de 1985 (en 1996, les mêmes anthologistes s'excusaient de ne pas avoir pu sélectionner l'auteur ! Pouvoir étonnant des versions révisées).

     Première constatation : la renaissance de supports professionnels pour les nouvelles de SF en français (revues, anthologies-manifestes, recueils et anthologies périodiques chez de nouveaux éditeurs) a bel et bien accompagné un regain de vitalité du genre sur les côtes européennes. Six des seize récits des Horizons... provenaient du Québec ; la proportion descend à un sur quinze dans Les Passeurs... Sans que la qualité en souffre. Au contraire — deuxième constatation — , nombre de textes relèvent avec talent le défi des univers virtuels (et des personnalités artificielles), armant ainsi de technologie un vieux tropisme de la SF française. L'influence d'auteurs comme Greg Egan s'est faite sentir. Ses vulgarisateurs en France (via la regrettée revue CyberDreams), Sylvie Denis et Francis Valéry, sont paradoxalement représentés par un texte très ballardien, tandis que le très eganien L'Amour au temps du silicium, de Jean-Jacques Nguyen, n'est pas repris ici (un texte à mon goût moins frappant du même auteur ayant eu la faveur des anthologistes) ; mais l'autre Jean-Jacques, Girardot, rattrape le quota avec L'Éternité, moins la vie. Et Jean-Claude Dunyach offre une plongée inoubliable dans l'univers informatique avec sa Stratégie du Requin. Enfin Olivier Paquet, avec Première œuvre (dont ce fut, effectivement, la première nouvelle publiée), donne un portrait des doutes existentiels d'une intelligence artificielle conçue pour la création artistique. Manière de revisiter, bien entendu, le cœur mystérieux de l'acte créateur.

     Quelques auteurs confirmés donnent des textes en dessous, ou humoristiquement à côté, de ce qu'on aurait pu attendre. Mais parlons plutôt du feu d'artifice de fin de volume : La fin du Big Bang, de Claude Ecce, C'est Claude Ecken, une virée étourdissante dans les univers parallèles que seul l'amour stabilisera ; et deux textes d'auteurs relativement jeunes qui témoignent du discret mais bienvenu retour du politique dans la SF française au cours des années 90 : L'Apopis Républicain, d'Ugo Bellagamba, et Nulle part à Liverion, de Serge Lehman. Parce que « l'art du réel » est consubstantiel à ce que la meilleure SF doit aussi être : un effet de réel appliqué aux fantasmes.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/2005 dans Galaxies 37
Mise en ligne le : 22/1/2009


 

 
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