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Car je suis légion

Xavier MAUMÉJEAN



Illustration de Guillaume SOREL

MNÉMOS, coll. Icares n° (72)
Dépôt légal : juin 2005

352 pages, catégorie / prix : 19 €
ISBN : 2-915159-44-0   
Genre : Fantasy 



    Quatrième de couverture    
     — 585 av. JC. Sarban est encore un enfant quand il quitte la ferme familiale pour Babylone, et qu'il entre comme novice dans l'Ordre des accusateurs. « Ordre et Stabilité », telle est la devise des juges, qui veillent au respect de la loi dans la cité.

     Quinze ans plus tard, Sarban est devenu un accusateur estimé et redouté. Un jour, les présages annoncent que les dieux sont épuisés et que les hommes doivent verser leur sang : le temps est suspendu, la loi n'a plus cours. Le peuple de Babylone devient fou et le chaos s'installe dans la cité. Crimes, viols, pillages... tout est permis.
     Dans la fureur générale, Sarban remarque un meurtre étrange qui semble avoir été commandité avant la suspension de la loi... Des Jardins Suspendus à la tour de Babel, malgré la haine des hommes et la colère des dieux, l'accusateur décide de mener l'enquête. Pour le pire.

« Je suis le Satan, mais nombreux sont mes noms, car je suis Légion. »
Évangile selon saint Marc

     Dans la lignée du Lion de Macédoine de David Gemmel, suspens et souffle épique sont au rendez-vous dans Car je suis Légion, thriller au temps de Babylone.
     Un roman-péplum, par l'un des meilleurs auteurs de l'imaginaire francophone.
 
    Critiques    
     A Babylone, en -565 av. J.-C., le puissant Ordre des accusateurs a pour charge d'interpréter et d'appliquer le code du très sage Hammurabi, un code qui, gravé dans la pierre, gouverne le pays depuis plus de mille ans. Mais voilà que les temps changent, que les dieux Marduk et Inanna ont besoin de repos et que leur irritable mère Tiamat menace de reprendre le pouvoir. Voilà ce qu'affirment les prêtres, qui décrètent la disparition du temps, l'annulation du passé, du présent et de l'avenir : « Durant cette période de non droit, nous connaîtrons un renversement des valeurs. Il n'y aura plus d'antériorité, plus de respect pour les aînés et les supérieurs. Le fils sera l'égal du père, l'esclave du maître, et la femme sera traitée comme une simple harmatu, une prostituée vulgaire. Nos principes régresseront, jusqu'à se dissoudre dans la licence générale. Nul prix ne sera attaché aux promesses et aux liens, et c'est au contempteur de la justice qu'ira tout le respect. Plus de futur, aucun projet. Le viol tiendra lieu de mariage, le commerce laissera place au pillage. Les fondations de notre société seront sapées car chacun donnera libre cours à son désir. La furie des hommes ne connaîtra aucune limite, jusqu'à ce que les autorités sacerdotales en décident autrement. » (p.68)
     Pendant cette période de folie collective pratiquement imposée par les prêtres, les juges ont ordre de ne pas intervenir. Mais l'accusateur Sarban tombe par hasard sur un meurtre prémédité, c'est-à-dire initié avant la suspension du temps. Il décide alors de mener l'enquête...

     Xavier Mauméjean poursuit son oeuvre faite de fusion des genres et d'exploration de l'Histoire. Après sa remarquable Vénus anatomique, qui vient d'être distinguée par le Prix Rosny Aîné 2005, voilà qu'il publie un roman peut-être encore meilleur, avec ce polar historico-fantastique au temps de Babylone...
     On se gardera bien de dévoiler les ressorts de l'enquête, qui se déroule évidemment à l'ombre de la Tour de Babel, dont Sarban gravira un à un les différents étages et où il devra subir autant d'épreuves. Saluons simplement la remarquable reconstitution historique et mythologique, soulignons l'originalité du décor et l'exotisme d'une société à la fois si proche et si différente de la nôtre, enthousiasmons-nous pour une intrigue captivante, haute en couleurs, contée avec maestria...
     Policier fascinant et insolite, fantasy historique inédite, Car je suis légion est tout bonnement un grand roman.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 24/10/2005 nooSFere


     Car je ne suis pas de la science-fiction
     « Car je suis légion », de Xavier Mauméjean, est un thriller du temps de Nabuchodonosor. Original. Mais on attendait plus fou.
     Vous qui avez déjà lu du Xavier Mauméjean et l'avez apprécié, vous qui achetez des romans édités par Mnémos parce que vous adorez la fantasy et la science-fiction que cet éditeur publie, vous risquez d'être déçu par Car je suis légion. Sous ce titre formidable et alléchant, se cache en effet un roman policier comme plein d'autres qu'on trouve dans la collection « Grands détectives » de 10-18. Pas banal, puisqu'il se passe à Babylone sous Nabuchodonosor en 565 avant notre ère et que l'intrigue est bien menée. Mais...
     Mais ce n'est ni de la SF ni de la fantasy. Et c'est d'autant plus désappointant que cela aurait très bien pu en devenir. Il aurait suffi d'un mouvement de l'auteur : la porte était ouverte à la folie.
     Sarban est accusateur public, enquêteur si vous voulez. Il juge, dans une société que Mauméjean décrit avec érudition et en prenant son temps. Un travail qui va devenir difficile dans cette ville où l'archiprêtre et l'accusateur royal ont décidé que le dieu Mardouk devait se reposer et que donc sa mère, Tiamat le chaos, allait s'imposer un temps, celui du sommeil du dieu. Soudain, il n'y a plus de loi, il n'y a plus de temps.
     Le lecteur de SF s'attend alors à du délire. Il n'y en a guère. Bien sûr, il n'y a plus ni esclave ni maître, ni fils ni père. La violence règne et le sang coule. Mais la folie ne s'abat pas sur le roman. Et Sarban, d'ailleurs, entame une vraie enquête sur un meurtre qui lui semble particulier. En effet, il le sera.

     On ne suspend pas son incrédulité
     Mais pourquoi l'archiprêtre abolit-il soudain le temps et la loi ? Les explications de Mauméjean sont peu abouties, parcellaires, évasives. On n'y croit pas. Pour vibrer avec le texte, le lecteur a besoin de suspendre son incrédulité et d'y adhérer. Ce n'est pas le cas. Comme on ne comprend pas non plus la motivation de ce meurtre et des autres qui suivront, les raisons qui poussent le méchant à faire en sorte que le chaos l'emporte définitivement, que la loi et le temps ne puissent être rétablis.
     Les personnages ? Sympas ou méchants. C'est manichéen. Sarban est d'un bloc. Son ennemi Haraïm aussi. Les autres de même. Guère de subtilité, de questionnement, d'hésitations dans les caractères.
     Reste une enquête. Intéressante. Reste surtout une société que l'on découvre. Une épopée sous Nabuchodonosor, à part dans la Bible, on n'en a jamais lu ! Et Mauméjean nous fait bien sentir ce qu'est ce monde assujetti à ses multiples dieux et à ses innombrables rites quotidiens. Sa documentation l'emporte parfois sur la marche du récit. Le roman a du mal à démarrer, s'installe longuement. Trop. Le lecteur aura certes appris des choses sur la cosmogonie et la vie assyriennes. Mais cela ne ressort pas du roman, n'est-ce pas ?



Jean-Claude VANTROYEN
Première parution : 16/12/2005 Le Soir
Mise en ligne le : 18/12/2005


     Babylone, au sixième siècle avant l'ère chrétienne. Nabuchodonosor règne sur la Terre-Entre-les-Fleuves et en fait respecter les frontières. Dans la capitale, des jardins suspendus à l'Esagil, en passant par les quartiers à l'ombre des remparts, les « accusateurs » font respecter l'ordre dans la cité. Sarban est l'un d'eux, arraché à sa famille à l'âge de neuf ans et destiné à être, à chaque instant, la bouche de la loi. N'importe quel citoyen peut lui réclamer justice ou le défier oralement sur un point de droit. A la fois jurisconsulte et policier, il maîtrise aussi bien le bâton que le Code Hammurabi et contribue à l'intangibilité de la norme. Mais le Grand Prêtre de Marduk est formel : l'éclipse de soleil est le signe que les dieux sont fatigués. Avant d'affronter, dans un éternel recommencement, l'ire de sa mère, Tiamat, Marduk doit se reposer. Durant son sommeil, la loi, tout comme le temps, doivent être suspendus. Nulle justice ne sera plus rendue à Babylone et la fonction des accusateurs devra se limiter à protéger les temples. Dans le chaos qui monte à l'assaut de la « Porte des Dieux », avec la rapidité terrifiante d'une crue, la sagacité de Sarban trouvera pourtant à s'exprimer. L'assassinat d'un notable babylonien, fort différent des exactions quotidiennes dictées par la peur et la folie, le mènera, au terme d'une enquête délicate, à une révélation remettant en cause jusqu'au fondement même de la royauté. Tiamat l'emportera-t-elle définitivement sur Marduk ou la loi conjurera-t-elle, une nouvelle fois, le chaos ? Sarban, avec l'aide des prêtresses d'Innana, qui délivrent des oracles en jouissant, et le concours de Casdim, l'enquêteur Sa'ilu qui peut sonder les âmes des suspects, engagera son titre et sa famille pour conjurer la destruction de Babylone...

     Tout comme l'œuvre d'Alexandre Dumas ne se limite pas aux Trois Mousquetaires, celle de Xavier Mauméjean, feuilletoniste de la S-F s'il en est, n'est pas circonscrite, loin s'en faut, au steampunk échevelé de La Ligue des héros. Après avoir été le chantre d'un dix-neuvième siècle qui n'a pas été, le père de Lord Kraven a su, avec bonheur, diversifier son approche de la matière historique. Dans La Vénus anatomique (tout récent lauréat du Prix Rosny Aîné 2005 catégorie roman ; critiqué dans notre n°36), il a rendu hommage à l'œuvre mécaniste de La Mettrie et revisité conjointement l'illuminisme et les racines prométhéennes de la science-fiction. C'est à Babylone qu'il nous convie, cette fois-ci, choisissant, de toutes les civilisations antiques, la moins aisée à faire revivre. L'Athènes démocratique, la Rome républicaine, ou encore la Thèbes des ramessides, eussent déjà été des défis particulièrement ambitieux. Mais c'est vers les ziggourats tutoyant le ciel et les descendants de Gilgamesh, que Mauméjean tourne son regard. D'emblée, la recherche apparaît diligente et les références sont précises. A tel point qu'on peut même regretter une certaine tendance au didactisme d'exposition, surtout dans les premiers chapitres. Une information inféodée aux dialogues eut été plus pertinente, d'autant que l'auteur en est parfaitement capable, comme le prouve l'apparente simplicité de La Vénus anatomique. Ce petit bémol stylistique n'oblitère pas, toutefois, la réussite narrative. Babylone renaît, sous nos yeux, avec ses rituels, ses quartiers, ses jeux d'ombres et de lumière. Mais c'est surtout aux Babyloniens que Mauméjean s'intéresse, rendant sensible à la fois l'originalité de leur culture et ses dénominateurs communs anthropologiques : l'ambition des hommes, la clairvoyance des femmes, la peur de la mort et l'irrésistible attrait du crime. Sans la crainte de la sanction, sans la coercition étatique, l'instinct animal déchire le voile étique de la citoyenneté et les rapports de force remplacent, presque instantanément, les conventions sociales. Contrairement aux apparences, le sujet du roman n'est pas, toutefois, la nécessité de la Loi, mais bien la vérité de la nature humaine.

     Au tournant du texte, l'ébauche de réflexion juridique cède le pas à la dramatisation de l'intrigue. Malgré une audience finale, où l'Accusateur Sarban fait montre de son art consommé de l'argumentation, Mauméjean renoue rapidement avec l'action pure. Lorgnant du côté des Douze Salopards, l'auteur donne corps, en quelques pages, à un quatuor de « gueules cassées » mémorable. Plus Harry Callaghan que Miss Marple, Sarban entreprend l'éradication du mal à sa source, selon des méthodes éprouvées. Au final, même « la bouche de la loi » se laisse dominer par la vengeance. CQFD. Vous n'êtes pas près d'oublier l'ascension sanglante des sept étages de la grande ziggourat Etemenanki, aussi connue sous le nom de « Tour de Babel », reliant l'En-Bas à l'En-Haut. Sans jamais manquer de ne pas se prendre totalement au sérieux, certains traits d'humour ou clins d'œil comptant parmi les plus jouissifs du genre, Xavier Mauméjean nous fait lire jusqu'au sang. L'œuvre est d'une violence parfois dérangeante, mais, prise dans son ensemble, lumineuse et, d'une certaine manière, enjouée. Un opéra bouffe, en fait. Ce ton tragi-comique, ultra documenté, mais vif comme un Peckinpah, est la marque d'un auteur qui, à l'aube de sa maturité, sait bien que philosopher sans s'amuser revient à pisser dans un violon. Les hommes, qu'ils soient babyloniens ou européens, s'élèvent et retombent. Les dieux ne font pas la différence entre leurs cris de fureur et leurs fous rires. Si même ils les entendent. Un bon Mauméjean.

Ugo BELLAGAMBA
Première parution : 1/10/2005 dans Bifrost 40
Mise en ligne le : 25/11/2006


     On connaissait les romans steampunk de Xavier Mauméjean, on connaissait sa Vénus Anatomique, voici maintenant un exceptionnel polar de fantasy historique. Car je suis légion se situe en 565 avant Jésus Christ à Babylone, au temps de la gloire de Nabuchodonosor. Sarban est un « accusateur », un juge qui veille au respect de la loi. Une fonction qui n'est pas de tout repos, car l'accusateur joue sa vie à chaque nouvelle affaire. L'existence s'écoule paisiblement dans cette société entre le travail, la religion et les exigences de l'état. La description de la vie quotidienne à Babylone est de toute beauté ; on s'y croirait, tant elle est si parfaitement rendue par l'auteur ! Mais un jour, tout change. L'éternel combat du Bien contre le Mal que se livrent les dieux prend un tour nouveau : les autorités religieuses annoncent la fin du temps. Les dieux, fatigués, vont s'endormir quelques jours, laissant le champ libre à Tiamat, la pourvoyeuse de néant. Pendant ce temps, la loi sera abolie. Commence donc le règne du chaos. La loi étant abolie, rien de ce que quiconque fera ne pourra être retenu contre lui. Aussitôt, la folie s'empare de Babylone. Les accusateurs, privés de leur fonction, ne peuvent plus protéger personne, ils n'ont même plus le droit de s'interposer lors d'agressions. Ils sont réquisitionnés pour protéger les voies de communication et les lieux sacrés, que la foule, sous l'influence du chaos, tente de prendre d'assaut. La ville est en état de siège. Or, un meurtre commis sous les yeux de Sarban semble conclure une intrigue d'avant l'abolition de la loi. Étonné, il reçoit l'ordre d'enquêter. C'est là que, dans l'atmosphère délétère d'une fin du monde à Babylone, Sarban commence à remonter la piste d'une bien curieuse affaire qui le mènera des bas-fonds de la cité au sommet de la Tour de Babel.

     Car je suis légion est un roman d'une rare intelligence qui aborde, sur le fond d'une enquête policière, la question de la construction culturelle des notions de loi, de justice et de vérité avec une grande finesse et une grande pertinence, sans jamais tomber dans le piège du manichéisme. À travers le personnage de Sarban et de ses collègues accusateurs, Casdim, Tamîn, Haraïm, Ninumba, Abudisi, Zod, Xavier Mauméjean s'interroge sur le sens même de la vie en société, ses valeurs et ses carences. Le cadre romanesque, exotique à souhait, de la Babylone du VIe siècle avant Jésus-Christ ne donnant que plus de poids à ses interrogations. Servi par une écriture réaliste qui restitue parfaitement l'atmosphère de l'Antiquité — il n'y a qu'à voir le travail sur le langage — Car je suis légion est une grande réussite, un roman à lire absolument. Mais où donc s'arrêtera Xavier Mauméjean ?

Stéphane MANFREDO
Première parution : 1/4/2006 dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 7/2/2009


 

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