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La Nouvelle science-fiction américaine

Gérard CORDESSE

Science Fiction  - AUBIER, coll. Collection U.S.A., dépôt légal : avril 1984
224 pages, catégorie / prix : 89 F, ISBN : 2-7007-0350-2
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Différente, la « nouvelle » science-fiction américaine, celle des vingt dernières années, devenue genre littéraire à part entière ? Assurément. Dans son élaboration même, tout d'abord, avec l'invention du fandom, véritable activité parallèle à la chaîne auteur/éditeur/lecteur — réseau d'échanges au départ établi au sein du courrier des lecteurs dans les magazines spécialisés, puis indépendamment d'eux et très vite devenu un excellent stimulateur pour le monde de la SF ; loin de se satisfaire d'une réception passive et anonyme, les fans entretiennent avec les auteurs et leurs partenaires commerciaux un dialogue critique permanent, le fandom donnant même naissance à de nombreuses publications amateurs, qui servent de terrain de formation pour les jeunes écrivains.
     Différente aussi la forme qui, rompant avec les ficelles classiques et éculées du genre, s'affirme avec l'arrivée d'écrivains révoltés (nouvelle vague), de nouveaux thèmes, de nouvelles écoles. De Bradbury à Harlan Ellison et Ursula Le Guin, Gérard Cordesse nous présente ceux qui ont animé cette évolution spectaculaire, avant de préciser l'originalité de la SF par rapport aux genres ultérieurs et voisins (roman réaliste, fantastique), d'étudier son influence sur les romanciers américains actuels (Burroughs, Nabokov) et de présenter les talents les plus prometteurs de ces dernières années : Delany, Wolfe, Varley, Bishop, Crowley, etc.
     La littérature connaît des moments privilégiés où des genres naissants sont portés par toutes les couches sociales, tous publics confondus : ainsi le théâtre élisabéthain ou le roman anglais du XVIIIe siècle. La SF a aujourd'hui atteint un tel moment d'équilibre, où elle garde la vigueur de la littérature populaire tout en accédant à la complexité. Pour Gérard Cordesse, on ne saurait dire que son âge d'or est derrière elle : il est présent, et à venir.
     Gérard Cordesse, après avoir enseigné à Berkeley, est actuellement professeur à l'université de Toulouse-le-Mirail.


    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, prix spécial, 1985
 
    Critiques    
     Voici un livre nécessaire, et qui vient à son heure, ce qui est rare. Jusqu'ici, la critique de SF n'était reçue par les amateurs que si elle était produite par quelqu'un du sérail, comme G. Klein, Van Herp ou Sadoul, ou si elle était traduite, comme les ouvrages de K. Amis, de L. Stover ou de Suvin. G. Cordesse, tout en n'étant pas étranger à la SF — il a publié des textes de SF en bilingue chez Aubier-Montaigne il y a quelques années, il participe au CERLI — est peu connu chez les amateurs. Eh bien, il va pourtant falloir qu'ils le lisent, pour leur plaisir d'abord, car l'ouvrage est très agréablement, écrit, et pour leur gouverne, car il est extrêmement bien informé, complétant on ne peut mieux l'opuscule de K. Rey et J.-P. Thomas sur la Nouvelle SF américaine, publié par F. Valéry.
     Le livre se compose de 5 chapitres qui ont une unité, une visée et un intérêt propres, et dont l'articulation permet à la fois de dessiner une histoire originale (non anecdotique) de la SF US tout en la situant dans le contexte historique littéraire et global de la culture américaine en évolution depuis les années 30 et jusqu'à aujourd'hui puisque Cordesse rentre d'un long séjour aux USA. Ce n'est donc pas simplement une suite de noms d'auteurs et de textes, c'est une tentative de saisie de la SF dans son contexte. Ce qui ouvre des perspectives nouvelles de saisie sur les recherches formelles et les productions parfois déroutantes des écrivains récents.

     1 — La communication littéraire
     D'emblée, la SF est saisie, comme production originale, sous les aspects qu'y jouent les editors (rédacteurs en chef de revues), les lecteurs, les auteurs et la critique, car la SF propose entre tous ces acteurs des schémas singuliers d'interaction.
     En effet, dans le mainstream, nous avons une seule boucle : l'auteur écrit, l'éditeur publie, un critique éventuellement en parle dans une revue, et le lecteur n'a d'autre choix que d'acheter ou non, il est réduit à une attitude de complète passivité.
     Dans le circuit SF, si l'auteur écrit, si le rédacteur en chef oriente, il existe entre ces deux pôles la présence du fandom, qui n'est pas une foule inerte mais un groupe actif, qui à certaines époques a même rendu inutile la présence d'un personnel critique spécifique. Il y a donc un feedback, un effet de retour, qui renvoie les réactions des lecteurs à la fois vers l'auteur et les rédacteurs en chef, par le biais de lettres de lecteurs, de critiques dans les fanzines et des prix décernés par le fandom, dont le fameux Hugo, lors des conventions mondiales.
     Cette analyse structurelle de la communication dans le monde de la SF complète les quelques aperçus donnés ici dans Bricolage critique. On peut néanmoins se demander si la situation française est identique, si le fandom y est aussi efficace qu'aux USA en termes de « contre pouvoir ». Le problème est en tout cas posé.

     2 — L'évolution jusqu'en 1967
     Après la description du système, un aperçu sur son histoire. On remarquera que, comme dit plus haut, la fonction de critique n'est pas, au début, exercée comme exercice séparé. Il y a les editors qui donnent le la, avec leurs éditoriaux définissant la politique de la revue, et les lecteurs par le courrier et les hit-parades des textes et auteurs du numéro précédent. Si l'on se penche sur les points où la critique porte, on s'aperçoit qu'il s'agit de la validité scientifique des hypothèses, et personne ne s'intéresse à la manière d'écrire. Peu à peu, grâce aux fanzines qui étudient un auteur, un thème, une revue, se constitue une « histoire littéraire », et des rubriques critiques naissent dans les revues, tenues d'abord par des « fanzineux » comme Damon Knight, puis par J. Blish. Ce sont eux qui mettront l'accent sur la cohérence de l'intrigue, sur la plausibilité des personnages, etc. Et en fait ils posent le problème fondamental : doit-on juger la SF sur des critères propres (et lesquels ?) ou sur ceux dont relève toute œuvre littéraire (et lesquels ?) Une discussion qui n'émeut guère les lecteurs d'ailleurs. Avec A. Boucher, qui fut le rédacteur en chef de F and SF, la revue mère de Fiction, la critique de SF trouve place dans les grands journaux et les magazines non spécialisés, il sera relayé par Judith Merril dans ses préfaces aux anthologies de Year's best of SF. Entre temps le marché de la SF avait évolué, échappant à l'emprise des editors : anthologies, revues non spécialisées, livres et donc par là accès aux bibliothèques, et pour finir la révolution des livres de poche. Le public se diversifie, bien qu'il reste fidèle à la revue. Mais il a peut-être d'autres besoins.

     3 — La Nouvelle Vague
     Loin d'être un simple effet de mode, la New Wave apparaît donc, dans cette perspective, comme liée aux bouleversements du marché, à l'élargissement et à l'hétérogénéisation du public. Il faut néanmoins signaler qu'en parlant de NW, on risque la confusion. Cordesse marque bien qu'il y a deux phénomènes distincts. D'une part des recherches formelles nées en Angleterre autour de New Worlds managé par Moorcock, et où seront publiés, outre Ballard, Aldiss, Zoline, Spinrad, des auteurs comme W. Burroughs, et que Judith Merril fera connaître en anthologie aux USA. D'autre part, sur les traces d'Harlan Ellison et de ses Visions dangereuses, des auteurs en révolte contre le conservatisme des revues, et visant à répondre aux goûts nouveaux de ce public naissant, le tout sur fond de guerre du Vietnam, d'engagement politique, de Bob Dylan et de guérilla urbaine plus ou moins fantasmée. Il y a peu de choses en commun entre la NW anglaise, qui se veut expérimentale, surréaliste, qui vise les recherches formelles, le récit éclaté, la métafiction (pensez à La foire aux atrocités de Ballard, à Crash) et la NW américaine qui se veut romantique, antipuritaine, viscérale, autobiographique, et volontiers allégoriquement outrancière. On peut se poser d'ailleurs la question de l'importance de l'impact en France de ces deux veines qui sont arrivées en 1970, et qui ont contribué à donner un sang neuf à la SF moribonde. Andrevon est-il le fils putatif de Ballard ou d'Ellison ? Et Douay ? Et Jeury ? Et Brussolo, plus tard, ou Lecigne ? Cordesse analyse les différents auteurs, avec une grande impartialité, on ne peut que renvoyer au livre.

     4 — La théorie
     C'est le chapitre le plus abstrait, et peut-être le moins convaincant, bien qu'il aborde à sa façon la spécificité de la SF comme nouvelle mythologie.

     5 — Après la Nouvelle Vague
     Cordesse présente le nouveau public de la SF, à l'aide d'analyses de questionnaires remplis lors de conventions, et le compare à ce public idéal (et infantile) à qui Campbell, dans les années 30 pensait s'adresser, c'est assez drôle ! Un public qui suit les nouveaux auteurs (les nominations aux Hugo, sont presque identiques à celles des Nebula qui sont proposés par les auteurs eux-mêmes). Il montre comment la SF subit une double invasion : la critique universitaire d'une part, les cours de Creative Writing d'autre part. On trouve des textes de SF bien écrits, mieux écrits, mais qu'est devenue la spécificité de la SF ? L'inventivité dans le domaine, qui touche aux rapports de la science et de la société dans notre siècle de mutation culturelle ? Ne retombe-t-on pas en fait, par le biais de l'allégorie, du poétique, de la HF, dans les ornières d'un imaginaire ancien à peine badigeonné de neuf par des allusions à la SF ? En contrepartie, certes, il y a le revival de la hard science, mais est-ce une solution ?
     L'analyse des auteurs nuance des inquiétudes et montre comment la créativité SF malgré tout demeure. Peut-être par des marginaux : l'importance des écrivains est montrée, par exemple ; mais aussi celle d'écrivains de tout sexe qui sont des rebelles en soi, comme B. Malzberg ; ou d'autres qui sont des écrivains qu'on ne peut réduire à être ceci ou cela et qui sont eux-mêmes : comme R.R. Martin, M. Bishop, Warson ou Crowley.
     Ce bref et scolaire compte rendu n'entend pas épuiser la richesse de l'ouvrage ; il n'avait pour but que de vous inciter à sa lecture, et à vous faire comme moi regretter qu'une étude semblable n'ait pas été faite pour la SF française.

     Notes :
     J. Sadoul, HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION MODERNE (J'ai Lu).
     J. Van Herp, PANORAMA DE LA SCIENCE-FICTION (Marabout).
     K. Amis, L'UNIVERS DE LA SCIENCE-FICTION (Payot).
     L. Stover, LA SCIENCE-FICTION AMERICAINE (Aubier).
     D. Suvin, POETIQUE DE LA SCIENCE-FICTION (P.U. Lavai).
     P.K. Rey et J.-P. Thomas, LA NOUVELLE SF AMERICAINE (Ailleurs et Autres).



Roger BOZZETTO
Première parution : 1/10/1984
dans Fiction 355
Mise en ligne le : 18/7/2005


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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