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Lignes de Vie

Graham JOYCE

Titre original : The Facts of Life, 2002
Fantastique  - Traduction de Mélanie FAZI
Illustration de David OGHIA
BRAGELONNE n° (117), dépôt légal : août 2005
358 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 2-915549-36-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Une fresque sur la famille, l'amour, la guerre et ma magie, aux personnages inoubliables, Il y avait longtemps qu'un roman ne m'avait autant charmé »
Isabel Allende

     Coventry, durant la Seconde Guerre mondiale.
     Une famille de sept sœurs aux vies fondées sur l'amour, la tradition, l'angoisse et l'espoir, dominées par la sagesse et l'autorité d'une matriarche aussi indomptable que truculente. Des vies simples et émouvantes auxquelles se mêlent presque imperceptiblement l'étrange et le merveilleux, l'ordinaire et l'extraordinaire.
     Cassie, la plus jeune des sœurs, a eu un petit garçon de père inconnu et n'a pas eu le courage de le céder à des parents adoptifs. C'est une fille fantasque et imprévisible, « la dernière fille au monde à qui laisser la garde d'un enfant » selon sa propre mère. Il est alors décidé que le petit Frank sera élevé par chacune des sœurs, à tour de rôle. Ainsi l'enfant sera-t-il le témoin privilégié de ces vies aux lignes si différentes, dans les drames et les illusions de l'après-guerre.
     Mais Frank est un enfant particulier, doué d'intuitions étonnantes ; comme sa jeune mère, sensible à des signes invisibles ; comme sa grand-mère, parfois visitée par des apparitions lui annonçant l'avenir...
     Et au centre de leur histoire, il y eut la nuit du bombardement de Coventry par la Luftwaffe. La jeune Cassie s'est trouvée au cœur de cette nuit d'horreur hallucinée et y a laissé son secret le plus précieux...

     Graham Joyce est né en 1954 et a grandi dans un village de mineurs près de Coventry (G-B). Il a étudié et enseigné la littérature anglo-saxonne avant de s'exiler sur une île grecque pour écrire son premier roman. Depuis 1991, il a publié dix romans et de nombreuses nouvelles (dont Les nuits de Leningrad, Grand Prix de l'Imaginaire 2003), récompensés par quatre british Fantasy Awards et enfin le World Fantasy pour Lignes de vie. Graham Joyce est reconnu dans la littérature générale comme l'un des grands écrivains anglais contemporains.


    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, prix Jacques Chambon de la traduction, 2007
Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 2007
World Fantasy, roman, 2003
Masterton, prix spécial, 2009
Masterton, roman étranger, 2006
 
    Critiques    
     Parcourir une décennie en compagnie de Martha et ses sept filles. Graham Joyce déroule des « Lignes de vie », au lendemain de la guerre 40-45, avec une subtilité et une humanité émouvantes.
     Graham Joyce est un artiste. Sans fracas, sans médiatisation excessive, il est en train d'élaborer une oeuvre particulière, subtile, superbe et profondément humaine.
     Les maisons d'édition cataloguent le plus souvent Joyce dans des catégories du genre fantasy, horreur, thriller fantastique. Mais l'écrivain britannique ne cède jamais à la tentation du décor, du gothique, du sang, de l'éclaboussement. Sa mise en scène est plus sobre, plus intérieure. Le surnaturel, chez Joyce, est dans la tête, le fantastique naît d'illusions, de créations personnelles. Parfois de vieux pouvoirs enfouis et qui surgissent soudain. Celui de parler avec les morts, d'avoir la prescience de certains événements, de converser avec son père mort depuis si longtemps. Ou, du moins, d'en être persuadé.
     Ce qui intéresse Joyce, ce sont les gens. Qu'il place dans des situations parfois quotidiennes parfois extrêmes et dont il suit les cheminements, les réactions les destins. Avec bonté, avec compréhension, avec amour.
     Et son écriture est comme une petite musique, qui semble si banale à la première écoute, mais qui s'impose lentement et qu'on ne peut en fin de compte ni quitter ni oublier. Graham Joyce ne se plie jamais à la tentation du grand guignol. Si ses scènes sont fortes, c'est parce qu'il les écrit avec un talent extraordinaire. Pas d'effets spéciaux, rien que le plaisir de raconter les choses, la malice de dérouter le lecteur, la délicatesse de tracer des lignes de vie.
     Lignes de vie, c'est le titre du formidable dernier roman du Britannique. L'histoire de Martha, qui règne sur le monde de ses sept filles et de son petit-fils, Frank, le rejeton de Cassie, la cadette. Cassie est imprévisible, elle subit des crises, elle voit des choses, elle parle à son père décédé. On ne peut lui confier l'éducation de son fils, décide Martha : il vivra donc avec chacune des filles. Et il apprendra. La ferme, le spiritisme, l'embaumement, le marxisme. Une éducation mosaïque qui se greffe sur sa sensibilité à l'invisible. Joyce trace les destins de Frank et de ces familles, pendant une décennie, au lendemain de la guerre 40-45, dans les drames et les illusions d'un Coventry encore bouleversé par les bombardements qui l'ont détruit lors d'une nuit d'horreur. C'est fin et pénétrant, passionnant et vrai. Une grande réussite.

     Interview de Mélanie Fazi
     Les livres du Soir — Vous avez traduit le dernier Graham Joyce. Est-ce particulièrement difficile ?
     Mélanie Fazi — C'est un auteur assez intimidant, par le côté à la fois très littéraire et un peu oral de son écriture. Mais c'est stimulant à traduire, jubilatoire par moments.
     — Qu'est-ce qui vous a particulièrement séduit dans ce livre ?
     — La chaleur qui s'en dégage. Le contraste entre la dureté des événements que subissent les personnages (le bombardement de Coventry, notamment) et l'impression de générosité, de solidarité, qui imprègne toutes leurs actions.
     — Comment pouviez-vous traduire cette petite musique que joue Joyce ?
     — En se laissant porter par elle. Quand on traduit des auteurs au style aussi fluide et élégant, il y a un moment où les phrases s'imposent d'elles-mêmes. D'autant que certains passages sont habités par un souffle, un rythme bien particuliers, porteurs d'une grande émotion. C'est ce souffle-là, cette impression de légèreté dans l'écriture, la jubilation de l'auteur qu'on perçoit derrière les phrases, qui guident la traduction.




Jean-Claude VANTROYEN
Première parution : 21/10/2005
Le Soir
Mise en ligne le : 13/11/2005

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2015)


     Les lignes de vie que suit Joyce sont celles de Martha, énergique et subtile matriarche de la classe populaire de Coventry, et de ses sept filles qui, chacune à leur façon, vont chercher à atteindre le bonheur au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans une ville qui se relève du terrible bombardement de 1940. La cadette, un peu naïve, un peu fantasque, est tombée enceinte d’un soldat mort au front et toute la famille se relaye pour l’aider à élever le petit Franck. Celui-ci semble posséder le même don que sa mère et sa grand-mère : il voit les fantômes et il leur parle.

     Au fil de cette chronique qui s’étend de 1946 à 1954, ponctuée de quelques flash-backs situés pendant la guerre, le roman raconte la vie de gens simples et attachants au cœur de l’Angleterre en reconstruction, entre souvenirs du Blitz et aspiration à un avenir meilleur, tant sur le plan matériel que moral.

     Martha est une femme de la génération précédente, forte et pragmatique, elle tire sa sagesse d’un bon sens aux solides racines paysannes, pimentée d’une dose d’humour. Ses filles aspirent à des idées plus modernes : le socialisme, l’embourgeoisement, l’achat d’un poste de télévision...

     À travers le « don » qui permet de communiquer avec les trépassés, Graham Joyce dépeint avec finesse le rapport singulier que les survivants entretiennent avec la mort, mélange d’apaisement et de regrets. Le fantastique s’insinue alors par touches légères, davantage suggéré qu’asséné. Ces événements spirites, le plus souvent accidentels, sont considérés par les principaux intéressés avec le même fatalisme tranquille que l’arrivée de la pluie, les petites querelles familiales ou le passage des saisons.

     Ligne de vie est un beau portrait de l’Angleterre pendant et après la seconde guerre mondiale, à travers des personnages forts et attachants, auquel l’auteur accorde tour à tour ses attentions. On ne peut que penser, à sa lecture, au très grand Mother London de Michael Moorcock, mais si celui-ci rendait hommage à la trépidante ville de Londres, avec son agitation et même sa violence, le livre de Joyce constituerait plutôt son pendant provincial : une vision de la même période, mais apaisée par le rythme placide et la douce lumière de la campagne anglaise.

     Cela n’empêche pas l’auteur de dépeindre des sentiments puissants ni d’écrire des pages fortes. En particulier, on retiendra la magnifique et émouvante description de la destruction de Coventry lors du bombardement de 1940 (ainsi que sa conclusion toute british). L’ensemble du roman est porté par une belle écriture (et une belle traduction), un style à l’apparente simplicité, sans afféterie, mais doté d’une petite musique bien particulière.





Jean-François SEIGNOL
Première parution : 17/5/2015
nooSFere


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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