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Moissons futures

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Daniel CONRAD


Science Fiction  - Illustration de Alice KELLEY
LA DÉCOUVERTE, dépôt légal : octobre 2005
294 pages, catégorie / prix : 18,50 €, ISBN : 2-7071-4586-6

Sous-titré "2050 : la SF française se met à table". En plus de l'édition grand public, il y a une édition FESIA (Fédération des Écoles Supérieures d'Ingénieurs en Agriculture) tirée à 4000 exemplaires. La nouvelle "Acheloos" d'Olivier Tacquet est la gagnante d'un concours réservé aux amateurs, organisé à l'occasion de la conception de cette anthologie.
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Daniel Conrad. spécialiste des littératures de l'imaginaire, essayiste, rédacteur en chef, traducteur a conçu de nombreuses anthologies (De minuit à minuit, Douces ou cruelles ?, Territoires de l'angoisse).

     Les auteurs : Jean-Pierre Andrevon, Jacques Barberi, Ugo Bellagamba, Karim Berrouka, Bernard Blanc, Jean-Michel Calvez, Lionel Davoust, Jean-Claude Dunyach, Claude Ecken, Laurent Genefort, Jean-Pierre Hubert, Jean Le Clerc de La Herverie, Jonas Lenn, Serge Ramez, Jean Songe, Olivier Tacquet, Jean-François Thomas et Francis Valéry.

     L'ingénierie agrogénétique fera-t-elle oublier les séquelles du tsunami à l'Asie ? Assisterons-nous à une guerre entre les derniers agriculteurs indépendants et les industriels de l'agroalimentaire ? La fraternité et l'amour de la terre ont-ils un avenir face à la mondialisation ? Le désert sera-t-il cultivé pour nourrir la planète, et à quel prix ? La culture des algues ouvrira-t-elle la porte à un nouvel Éden ? Et si la musique et les chants remplaçaient les engrais chimiques et les pesticides ?
     L'homme devra-t-il choisir entre manger pour vivre et vivre pour manger ? La technologie provoquera-t-elle ou non la fin du monde ? Pourrons-nous inventer une intelligence artificielle capable de produire de la nourriture par psychokinèse ? Pourquoi José Bové, disparu en 2025, réapparaît-il en 2050 pour défendre les OGM ? L'Afrique, partagée entre traditions et progrès, saura-t-elle trouver sa propre voix ? Le dernier pêcheur de Bretagne réussira-t-il sa dernière sortie en mer ? Et si la nature nous réservait les secrets de la jeunesse éternelle ? Élèvera-t-on des araignées géantes sur la lune pour construire des ascenseurs spatiaux ? Ultime et angoissante question : l'apocalypse verte aura-t-elle lieu par la faute des êtres humains ?

     En dix-huit nouvelles, les meilleurs auteurs français de science-fiction — toutes générations confondues — et un outsider rêvent, ici, des futurs probables ou fantasmes. Avec l'aide rigoureuse et indulgente d'enseignants-chercheurs et ingénieurs en agriculture, ces écrivains peignent le monde de demain : sombre, émouvant, caustique, humaniste, ultraréaliste ou déjanté. Une anthologie événement qui réconcilie enfin science et fiction.


    Sommaire    
 
    Critiques    
     De bien pauvres moissons.
     L'agriculture en 2050 ? Un beau thème d'anticipation qui ne fait pas nécessairement de la bonne littérature.
     Quelles seront les « Moissons futures » ? Daniel Conrad a tenté de répondre à cette question en mettant la SF à la table des années 2050. Son anthologie compte dix-sept textes d'auteurs francophones. D'excellentes graines assurément, mais la récolte est triste et inhumaine, trop inhumaine. On dirait que les agrobots de demain ont à ce point coupé, moissonné, mis en bottes qu'ils ont en même temps éradiqué toute présence humaine, toute émotion et toute vie. Jean-Pierre Andrevon va d'ailleurs au bout de ce constat : « Conflits de culture » n'est plus qu'une bataille de plantes, superbement écrite mais, évidemment, débarrassée de l'homme et dépourvue de toute émotion.
     C'est bien cela qui fait défaut aux textes de cette antho. Les personnages de ces nouvelles ne vivent pas vraiment. Ils ne sont que des marionnettes fugitives dans les mains de leurs auteurs, et on n'y croit pas. Ou, du moins, pas suffisamment.
     Bien sûr, il y a le pêcheur dépassé, l'agriculteur bio perdu, les solitaires nostalgiques, et c'est triste de les voir oubliés par le monde de demain. Bien sûr, il y a une fascination pour la technologie, des chants d'oiseaux qui régulent la génétique des plantes, des algues qui dépolluent, des jardins d'ADN, des gigaragnes de la Lune...
     Mais on se croit dans un sérieux traité de futurologie agricole. On se persuade qu'on lit plutôt un numéro spécial de « Sciences et Avenir » qu'un recueil de fictions littéraires. La science-fiction rêve et fantasme le futur, en s'aidant de la science, mais elle le fait dans un domaine qui est la littérature et pas la science. Ici, la fiction littéraire est trop évanescente, trop passagère, trop peu ancrée dans le réel. L'intrigue, l'histoire sont oubliées.
     Un coup de fusil, en plus, en direction de la nouvelle de Bernard Blanc, potache et indigeste, indigne de toute publication, même dans une feuille d'étudiants attardés.
     Deux coups de coeur quand même : « Accident prévisible », de Laurent Genefort. Parce qu'il y a une intrigue, des êtres de chair et une finalité accrochée à notre monde d'aujourd'hui. Et « Aime ton ennemi », de Jean-Claude Dunyach, parce que sa nouvelle est insidieuse et cruelle.


Jean-Claude VANTROYEN
Première parution : 10/11/2005
Le Soir
Mise en ligne le : 13/11/2005


     Que mangerons-nous en 2050 ? Quelle agriculture, quels modes de production de nourritures, auront « gagné », telle est la question que l'on peut se poser en cette période où s'affrontent les tenants d'une agriculture intensive, passant par l'aliment génétiquement modifié, et ceux d'une agriculture « bio », respectueuse de l'environnement. C'est donc la question que Daniel Conrad a posé à la vingtaine d'auteurs de Moissons Futures. Et quand on sait que les éditions La Découverte publient beaucoup d'essais, et que leur public est en grande partie étudiant, ce thème prend tout son sel. Notons aussi qu'à l'anthologie proprement dite, composée de textes d'écrivains professionnels, s'ajoute une nouvelle, Acheloos, d'un auteur amateur, lauréat d'un concours interne aux écoles d'agronomie. Si l'histoire contient des idées intéressantes et originales, le style, inégal en gâche un peu la lecture, mais on espère qu'Olivier Taquet se bonifiera avec le temps.
     Plusieurs nouvelles sont en fait des polars futuristes, comme si un avenir proche — cinquante ans, autant dire demain pour un lecteur de SF — fortement lié aux problèmes actuels — pollution, malnutrition, choix de vie cruciaux pour la planète et ses habitants — ne pouvait être évoqué qu'au travers d'une enquête policière. C'est le cas d'Accident prévisible, de Laurent Genefort, où l'on retrouve son commissaire Chahid Messali enquêtant sur un meurtre ; dans le texte de Jean Songe L'Instinct et la conservation, l'inspecteur Nouflart, des mœurs, supporte mal l'obésité quasi-obligatoire de ses concitoyens ; dans Magiciennes dentelées, de Jean-François Thomas, encore une mort inexpliquée ; quant à Bernard Blanc, il se plait à faire scandale avec son hilarante Huguette sent la chatte, digne des meilleurs San Antonio — mais encore faut-il avoir le sens de la dérision pour l'apprécier à sa juste valeur ; enfin, dans Aime ton ennemi, de Jean-Claude Dunyach, un enquêteur est envoyé pour vérifier ce qu'un laboratoire par trop discret fait de l'argent des contribuables.
     Si les nouvelles d'Ugo Bellagamba, de Jean Le Clerc de la Herverie ou de Jacques Barbéri sont peu convaincantes, car froides et mécanisées, comme l'agriculture qu'elle décrivent, d'autres au contraire sont très prenantes. C'est le cas de Nous avons tant rajeuni, de Jean-Pierre Hubert et Serge Ramez, qui raconte les futurs jardins ouvriers, de Lions et Espadons, de Lionel Davoust, qui s'intéresse — comme il sied à un océanologue — au destin de la pêche.
     A l'inverse, d'autres nouvelles font venir le sourire aux lèvres. Un Temps pour tout, de Francis Valéry, parce qu'elle dit la douceur tranquille de cultiver son lopin de terre, La Ferme enchantée, de Jonas Lenn, parce qu'elle prouve qu'il y a toujours de l'espoir, La démocratie est au bout des radis, de Karim Berrouka, et il s'agira là d'un sourire triste car si le fanatisme d'Abdulaï y est décrit de façon drôle, comme Berrouka sait si bien le faire, il s'agit du cœur d'un homme que l'on a trompé et manipulé, et que ce soit au nom d'un radis ou d'autre chose, c'est toujours un acte grave.
     Et puis il y a la poésie : celle de Jean-Pierre Andrevon dans Conflits de culture, qui nous rappelle que la Terre se passera(it) fort bien de nous, et celle des très émouvants textes de Claude Ecken et Jean-Michel Calvez. Le premier, Les Jardins d'ADN, raconte la Genèse revue et corrigée par la génétique moderne, Liliva et Adamou, autrement dit Lilith-Eva et Adam, aux prises avec le libéralisme. Dans le second, Les îles de la tentation — qui en fait, ouvre le recueil — ,un couple de touristes en vacances à Sumatra, reconstruite après le tsunami du siècle, découvre que l'agronomie peut servir à bien autre chose qu'à produire de la nourriture...
     Et lorsque l'on arrive à la fin de cette anthologie, on s'aperçoit avec surprise du grand nombre de futurs possibles, du choix infini qui nous est offert, maintenant, pour bâtir celui que nous voulons. Et ce n'est pas la moindre des réussites de Daniel Conrad et de ses auteurs que d'avoir su, à la fois, nous mettre en garde et nous donner espoir. Pour que personne n'ait faim, car c'est le grand pari de l'agriculture, et pour que la Terre survive, car c'est là son défi.


Lucie CHENU
Première parution : 21/12/2005
nooSFere


     A l'heure où Mnémos semble avoir définitivement abandonné sa série d'anthologies francophones réunies par Richard Comballot, Daniel Conrad prend le relais chez La Découverte avec un projet S-F alléchant : dix-sept nouvelles par dix-huit auteurs francophones pour réfléchir sur demain. Alors que notre biosphère part en couilles, que les réserves d'énergies fossiles se réduisent comme peau de chagrin, que les OGM font leur apparition dans l'agriculture et l'industrie agroalimentaire et que tout un chacun regarde grandir ses mômes en se demandant s'ils vont seulement pouvoir boire à leur soif dans trente ans, voilà une anthologie qui promettait du croustillant ! Promettait, oui, parce qu'après lecture (éreintante), une seule envie perdure : foutre le bouquin dans une poubelle de papier recyclable.

     Le volume s'ouvre par le récit de Jean-Michel Calvez, un non-sens en soit, cet auteur ( ?) n'étant à ce jour jamais parvenu à produire le moindre texte digne d'intérêt. Et « Les Iles de la tentation » de confirmer avec un truc qui n'a de nouvelle que le nom, sans enjeu, sans véritable personnage, ne racontant rien ou presque. Nous voici donc en page 25. A ce stade, connaissant Bellagamba, on se dit que nous allons vraiment entrer dans le vif du sujet. Las, l'auteur de « Chimères » (in Bifrost n°36, Prix Rosny aîné 2005), livre un récit qui n'est qu'une ébauche de nouvelle bâclée en une après-midi, à peine un synopsis, un truc qui, peut-être, développé, aurait donné quelque chose, mais qui en l'état se résume à un travail expédié ni fait ni à faire et, surtout, impubliable. Et pourtant... Vient le tour de Jean Le Clerc de la Herverie, avec douze pages dont on peine à croire qu'il soit possible de tenir si longtemps avec autant de vacuité. Au secours, Laurent Genefort ! Il nous faut donc attendre la page 50 et le texte de Genefort pour lire enfin la première véritable nouvelle du recueil, un récit pas vraiment passionnant mais qui offre néanmoins une vraie vision prospective et des enjeux politiques. Ouf. Qu'on se rassure, tout le reste sera à l'avenant, un chassé-croisé de textes s'échelonnant entre le nullissime (à ce titre, Bernard Blanc met la barre très haut) et le moyen (Ecken, Dunyach ou Songe), en passant par le médiocre (Lenn). Finalement, même les auteurs les plus chevronnés peinent à convaincre, n'était Jacques Barbéri, qui livre le meilleur récit du volume, dix pages ciselées, inventives, drôles autant qu'émouvantes. Seule réelle réussite d'un opus qui déçoit moins qu'il n'énerve, tant le sujet de départ laissait espérer une anthologie qui ferait date. On oublie, et ça sera facile.

CID VICIOUS
Première parution : 1/1/2006
dans Bifrost 41
Mise en ligne le : 1/4/2007


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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