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Crépuscule d'acier

Charles STROSS

Titre original : Singularity Sky, 2003

Cycle : Crépuscule d'acier vol.

Traduction de Xavier SPINAT
Illustration de MANCHU

MNÉMOS, coll. Icares SF
Dépôt légal : janvier 2006
422 pages, catégorie / prix : 22,5 €
ISBN : 2-915159-55-6   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Au XXVe siècle, la galaxie est surveillée par l'Eschaton, une mystérieuse puissance invisible. Un jour, le Festival, une civilisation qui s'est intégralement transférée dans des programmes et qui se nourrit d'informations, fait tomber sur la très rétrograde Nouvelle République une pluie de téléphones. Il n'en faut pas plus pour déclencher une révolution. Un plan désespéré est mis en œuvre : utiliser le voyage supra-luminique pour remonter le temps et attaquer l'ennemi par surprise, au risque de braver l'interdit de l'Eschaton et de provoquer l'anéantissement de cette partie de la galaxie...
     Mais le Sire Vanek, le vaisseau de guerre de la Nouvelle République, embarque à son bord deux espions : Rachel Mansour, inspecteur de l'ONU mandatée pour contrôler le conflit, et Martin Springfield, en mission spéciale pour le compte d'un étrange employeur...

     Une petite voix commença à parler : « Bonjour, tu veux bien nous distraire ? » Le Festival venait d'arriver en Nouvelle République.

     Finaliste au Hugo 2004, Crépuscule d'acier propose une vision décalée et résolument moderne du space opera où l'humour le dispute au suspense.
     Né en Angleterre en 1964, Charles Stross est également l'auteur du Bureau des atrocités, et « trace aujourd'hui la voie dans laquelle s'engouffrera demain toute la science-fiction. » (Gardner Dozois, Asimov's Science Fiction)
 
    Critiques    
     Au milieu du XXIe siècle survint la Singularité, « manifestation d'une intelligence grandement surhumaine » (p.165). L'Eschaton, intelligence non-divine émanant du futur et dépassant l'entendement humain, avait décidé d'empêcher toute violation de la causalité dans son propre passé, notamment tout voyage temporel qui pourrait mettre en péril son existence. Pour de mystérieuses raisons, neuf milliards d'êtres humains — soit neuf-dixièmes de la population — disparurent d'un coup de la Terre, instantanément transférés par des trous dimensionnels sur d'autres planètes, répartis « sur la base d'affinités ethniques, ou sociales, ou psychologiques. » (p.45)
     Ainsi, sur Planète Rochard, « la Nouvelle République avait récupéré un mélange de conservateurs anti-techno et de royalistes d'Europe de l'Est » (p.45), imposant une société ultra-conservatrice à l'image de « l'Europe telle qu'elle aurait pu être pendant le XXe siècle si la physique et la chimie s'étaient arrêtés en 1890. » (p.46)
     La Nouvelle République — d'ambiance très steampunk, comme en témoigne la couverture — refuse notamment d'utiliser les cornucopiae, « des machines à nanoassembleurs autoréplicants capables de fabriquer n'importe quel bien matériel » (p.46)
     Mais voilà que le Festival survole la planète et lâche sur elle une pluie de téléphones portables. Si l'on utilise ces téléphones, une voix demande qu'on lui raconte une histoire, en échange de laquelle elle exauce n'importe quel voeu, même apparemment farfelu. Le Festival est un « réseau d'information auto-réplicant » (p.366), un « ennemi » aux motivations incompréhensibles pour les militaires bornés de la Nouvelle République. Ceux-ci décident d'envoyer le vaisseau spatial Sire Vanek au combat, même s'il faut pour cela remonter le temps, au risque de provoquer la colère de l'Eschaton...

     Mélangeant allègrement aventures spatiales, politique, hard science et humour, Crépuscule d'acier est un savoureux exemple de Nouveau Space Opera — NSO pour les intimes.
     Malgré son apparente fantaisie, le lecteur sera séduit par la rigueur et la cohérence de l'univers mis en place. De plus, bien que fort divertissante, l'aventure est au service d'un véritable propos, en phase avec l'actualité. En effet, la peinture du conservatisme outré de la Nouvelle République mène à une évidente critique de l'Amérique moderne. Par exemple, Stross écrit sur le terrorisme : « nous pouvons vivre avec un pourcentage assez bas de ce genre d'incidents bien plus facilement que nous ne pourrions vivre avec une surveillance totale et une censure totale de tout le monde en permanence. » (p.368) Pour lui, un gouvernement sécuritaire est comparable à « un parent qui ne laisse jamais ses enfants grandir. » (p.372) Flot d'informations incontrôlable et libérateur, le Festival ne s'apparente-t-il pas lui-même à l'Internet ?

     Une suite est annoncée, mais ce premier épisode peut se lire tout à fait indépendamment. Une lecture vivement conseillée, quoique relativement complexe du fait d'une révélation très progressive des clefs de l'intrigue et d'une fantaisie capable de déstabiliser certains lecteurs. Crépuscule d'acier attirera avant tout les amateurs de science-fiction qui apprécient de se voir plongés à corps perdus dans des univers foisonnants et inhabituels, en particulier dans des space operas débridés comme ceux de Iain M. Banks ou de Roland C. Wagner. Pour ces lecteurs-là, satisfaction garantie !


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 5/3/2006 nooSFere


     2006 sera-t-elle l'année Mozart Charles Stross ? Possible. En tout cas, après le remarqué Bureau des atrocités (cf. critique in Bifrost n°37) fin 2004, voici que la collection « Ailleurs et Demain » récidive ces jours-ci avec Une Affaire de famille, le premier opus de la série des « Princes marchands ». Quant aux éditions Mnémos, elles nous livrent ce Crépuscule d'acier (Singularity sky en VO, personnellement, je préfère), texte assez ancien de l'auteur, premier tome d'un diptyque complété par Iron Sunrise et finaliste du prix Hugo, comme à peu près tout ce qu'écrit Stross. L'auteur S-F dont tout le monde parle en Anglo-Saxonnie est-il sur le point de conquérir la France ? A voir. Reste que tout amateur exclusif de steampunk, si tant est qu'il y en ait, se jettera à coup sûr sur ce livre du fait de la couverture de Manchu. Et gageons qu'il risque d'être vite déçu : ici, c'est de space opera hard science post-singularité dont il est question. Aussi peut-on légitimement s'interroger sur la pertinence d'une telle couverture, un choix étonnant et décalé là où un bon vieux vaisseau des familles, sur fond d'étoiles, se serait révélé nettement plus « cœur de cible ». Bref... Passons sur cette erreur d'emballage toute relative et penchons-nous d'un peu plus près sur le contenu.

     Lorsque le Festival, civilisation interstellaire constituée d'entités diverses et virtuelles, se place en orbite autour de Planète Rochard, c'est le début de la fin pour les habitants de ce monde appartenant à la Nouvelle République. En effet, dans ce pseudo-empire galactique, la technologie est officiellement bannie, histoire de mieux contrôler les masses. C'est donc une société de type victorien (d'où la couverture) qui va se confronter à une singularité économique : tout ce qui leur était interdit leur est désormais accessible, tous leurs souhaits sont désormais réalisables par le Festival, en échange d'informations. Imaginez que nous fassions un bon technologique de 500 ans en quelques heures : on voit d'ici le bordel ! De fait, une situation insurrectionnelle s'installe aussi sec sur Planète Rochard, ce que ne peuvent tolérer les dirigeants de la Nouvelle République. Ces derniers orchestrent donc une expédition militaire, l'idée étant de se rendre sur place plus vite que la lumière (si si !) afin d'arriver avant le Festival. Tout cela est bel et bon, à ceci près qu'une telle entreprise viole la loi de causalité, ce qui énerve sévère l'Eschaton, une entité omnisciente prétendument issue du futur à même de détruire un système entier d'un simple coup de supernova. Rachel Mansour, agent spécial de l'ONU, et Martin Springfield, ingénieur en astro-navigation, en contact avec un mystérieux employeur, vont se retrouver embarqués dans cette histoire tordue qui pourrait bien leur coûter la vie et, au passage, celle d'un paquet de systèmes solaires.

     Batailles spatiales, militaires obtus (jusqu'à la caricature), entité quasi-divine, rien ne manque à ce space op'. Stross joue des clichés avec humour et, c'est une habitude, mêle les genres avec brio. Tout semble irréprochable dans ses explications scientifiques, explications qu'on ne se risquera pas ici à détailler, parce qu'il faudrait déjà les comprendre... Professeur Lehoucq, à l'aide ! Si cet aspect ardu rebutera plus d'un lecteur (à commencer par moi), Crépuscule d'acier reste un bouquin qui n'oublie pas de réfléchir (sur les aspects scientifiques, économiques, sociaux...), une bonne histoire sans autre prétention que de divertir. Un livre à lire, en somme, en attendant qu'un éditeur se penche sur le dernier roman en date de l'auteur, Accelerando, dont la lecture en anglais laisse toutefois plus que dubitatif : a-t-on affaire au premier chef-d'œuvre S-F du siècle nouveau, ou à un gros machin enflé, mode et prétentieux ? Pour ma part, j'aurais tendance à pencher vers la première hypothèse, mais on attendra sa parution sous nos latitudes pour confirmation.

     Enfin, on conclura sur une pensée émue pour tous ces arbres sacrifiés sur l'autel de la tyrannie du gros livre : une dizaine de doubles pages vierges pour séparer les chapitres du roman, ça fait tout de même beaucoup...

Pascal GODBILLON
Première parution : 1/5/2006 dans Bifrost 42
Mise en ligne le : 4/8/2007


     Dans Crépuscule d'acier, il y a des extraterrestres hippies, des héros braves spirituels et sans carie, des militaires obtus, bellicistes, arriérés et méchants comme une rage de dents, des batailles navales comme dans Star Trek, et des pluies de téléphones. Crépuscule d'acier est le second roman traduit en français de Charles Stross, après le déroutant Bureau des atrocités. Comme tout auteur qui veut se faire un nom dans la SF, il tente ici un pari délicat : renouveler, ou dépasser, les codes du space opera, genre emblématique s'il en est.

     Crépuscule d'acier s'apparente presque à un exercice d'écriture sur le thème de la création d'un monde. À cet égard, il contient deux mots-clés qui fonctionnent comme des lignes de force autour desquelles le récit se structure, se déploie. L'Eschaton d'abord. C'est la figure qui permet à Stross d'aborder dans le roman deux questions insolubles et fascinantes : l'approche du voyage dans le temps via le dépassement de la vitesse de la lumière ; la rencontre entre l'humanité et une intelligence qui la dépasse et lui est incompréhensible. L'Eschaton est une entité cosmique autant qu'une force fictionnelle, puisqu'il/elle agit comme le garde-fou du récit, fixant des limites à l'auteur et des contraintes à ses personnages. Résultat et prémices du roman : l'Eschaton a (de manière très arbitraire) dispersé l'humanité aux quatre coins de l'univers et semble désormais vouloir empêcher quiconque de violer la règle de causalité. Le voyage dans le temps est donc techniquement possible, mais strictement interdit, sous peine de représailles expéditives. Pour ces homo sapiens sous surveillance étroite, la Terre est devenue une sorte de soviet achevé, anarchiste politiquement et fédéré par l'ONU. La technologie y est proprement miraculeuse, puisque les machines (comme Moïse ou Jésus) peuvent multiplier les pains et changer l'eau en vin, en bref tout fabriquer à partir de rien. Tout est accessible gratuitement à tout le monde ; d'où l'absence d'économie de marché. Stross ne s'étend pas là-dessus, l'essentiel du roman met en scène une autre branche de l'humanité issue de la diaspora forcée du début : la nouvelle République. La nouvelle République est un état pluri-planétaire, modèle de totalitarisme et de technophobie. Une sorte d'empire austro-hongrois de l'espace gouverné par une poignée de militaires bas du front et un tantinet réac'. Les hommes sont priés de marcher comme on leur dit, les femmes de rester à leur place, et les moutons sont partout bien gardés, surtout dans le monde de Rochard, petit avant-poste colonial de l'empire. Et c'est là qu'intervient le Festival, notre deuxième mot-clé.

     Le Festival : l'agent du chaos, le trublion, le trickster. Le Festival est une mystérieuse entité informatique et avide d'informations, qui échange tout désir de la population de Rochard contre une bonne histoire. N'importe qui peut demander n'importe quoi, l'immortalité ou la richesse est à portée de voix. Bien sûr, l'irruption de l'abondance et de la gratuité dans une société capitaliste basée sur la hiérarchie apparaît non seulement comme une hérésie, mais surtout signe son effondrement. Les pauvres obtiennent du fric, les révolutionnaires des armes, la société entière est chamboulée, l'écosystème bouleversé. Bref, pour les autorités centrales de la nouvelle République, il est temps de réagir : c'est-à-dire de tirer à vue sur cette chose trop différente pour être amicale. On envoie donc la flotte ; mais afin d'augmenter les chances de victoire, on décide de jouer sur la relativité et de programmer une série de sauts qui feront arriver ladite flotte en orbite autour de Rochard en même temps que le Festival (surprise !). Un jeu dangereux qui risque d'attirer les foudres de l'Eschaton... Dès lors, on verse dans la « space-opérette » tendance hard science. L'action se déroule principalement à bord des différents vaisseaux de la nouvelle République en route vers le monde de Rochard : on s'y observe, on s'y espionne, on y tombe amoureux, on y mesure la stupidité abyssale des militaires et on s'amuse du désastre à venir ; tandis que sur Rochard les révolutionnaires sont peu à peu dépassés par leur révolution...

     À ce point-là, le voyage semble interminable, même si les tenants et aboutissants sont captivants. Au final, point de grandes révélations métaphysiques, mais quelques catastrophes prévisibles, des clichés à la pelle, beaucoup d'humour (pince-sans-rire ou potache), de nonsense, et une bonne dose d'autodérision assez salutaire. Crépuscule d'acier pêche sans doute par sa trop grande linéarité et par une traduction quelque peu relâchée (parfois à la limite du crotobaltislavon, c'est pour dire), mais dans l'ensemble, impossible de bouder son plaisir de lecture, voire un certain amusement, à mesure que s'enchaînent les scènes de pur cynisme ou de pur délire, les pitreries surréalistes. En proposant une vision distanciée et résolument cocasse du space opera, Charles Stross se range aux côtés des Banks, McLeod, Vinge et autres M. John Harrison : parmi les valeurs sûres.

Sam LERMITE
Première parution : 1/4/2006 dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 8/2/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2009)


     Si le premier roman écrit par Charles Stross conserve à l'occasion de sa reprise en poche son titre français de Crépuscule d'acier — bien éloigné du Singularity Sky originel, mais annonçant plus directement sa « suite » Aube d'acier — , il n'en a pas moins subi au passage un relookage révélateur : la saynète steampunk du volume paru chez Mnémos en 2006 a laissé la place à un bon vieux vaisseau spatial des familles, toujours signé Manchu. C'est à croire que Pascal Godbillon, chroniquant le roman dans le Bifrost 42, a été entendu ; ou alors, peut-être est-ce une question de mode... Mais on reconnaîtra que, ce que la couverture a perdu en originalité, elle l'a gagné en franchise.

     En effet, de prime abord, Crépuscule d'acier a tout du gros space op' qui tache. Mais il faut y ajouter une louche de Singularité, une cuillerée de hard science, une pincée de steampunk (malgré tout), et un zeste d'utopie. Et, surtout, beaucoup d'humour : de manière très britannique, Crépuscule d'acier est avant tout une bonne grosse blague, jouant avec les codes propres au genre.

     La Singularité, ici, a essentiellement pris la forme d'une I.A. démiurgique du nom d'Eschaton. Au cours du XXIe siècle, l'Eschaton a du jour au lendemain fait disparaître les neuf-dixièmes de la population terrestre, les répartissant ensuite à travers toute la galaxie. Et l'I.A. a immédiatement décrété un commandement divin : les humains sont libres de faire bien des choses — et leur technologie post-Singularité leur permet de satisfaire bon nombre de leurs désirs — , mais sous aucun prétexte ils ne doivent provoquer une rupture de la causalité. Plus brutal que les Danelliens de Poul Anderson dans son cycle de « La Patrouille du temps », l'Eschaton punit toute infraction à cette loi fondamentale garante de son existence par l'éradication pure et simple des contrevenants, à coups de pluies de météorites et autres joyeusetés apocalyptiques.

     Un sort qui pourrait bientôt concerner la Nouvelle République et les systèmes voisins, Terre incluse. En effet, Planète Rochard : une colonie de la Nouvelle République, accueille un jour le Festival, une mystérieuse société itinérante qui la bombarde d'une pluie de téléphones portables, et se propose de satisfaire à toutes les demandes en échange de « divertissement ». Or, la Nouvelle République est une autocratie farouchement réactionnaire et anti-technologique d'allure et de mœurs « victoriennes » (même si le vocabulaire, les noms, etc., évoquent plus encore la Russie tsariste, notamment) ; les quelques révolutionnaires exilés sur Planète Rochard saisissent bien vite l'offre alléchante du Festival, et il en résulte une singularité à l'échelle de la planète, qui fait un bond technologique de plusieurs siècles en l'espace de quelques heures, avec les conséquences désastreuses que l'on imagine.

     Pour les autorités de la Nouvelle République, il ne saurait faire de doute que le Festival est un agresseur, et qu'une démonstration de force s'impose. Ce qui est déjà faire preuve d'un aveuglement tout ce qu'il y a de militaire... Mais il y a pire : la stratégie élaborée par l'état-major de la Nouvelle République, en jouant des subtilités spatio-temporelles du voyage « faster than light », pourrait bien provoquer une rupture de la causalité, et susciter la colère de l'Eschaton. Cela, la diplomate et espionne terrienne Rachel Mansour ne saurait l'admettre ; assistée de son compatriote, l'ingénieur Martin Springfield, qui a lui aussi bien des choses à cacher, elle va donc tenter l'impossible pour dissuader les militaires obtus, rétrogrades et inconscients de commettre l'irréparable ...

     L'action, très enlevée, se déroule essentiellement à bord des vaisseaux spatiaux archaïques de la Nouvelle République, avec quelques détours par Planète Rochard, où la Révolution échappe vite à ses promoteurs. Dans tous les cas, c'est l'occasion pour Charles Stross de s'amuser avec les clichés du space opera militariste (jusqu'à la caricature : les militaires du roman sont tous des crétins finis, l'amiral Kurtz étant même présenté sous les traits d'un grabataire sénile persuadé d'être enceint...) et de donner libre cours à son imagination en multipliant trouvailles farfelues, gags invraisemblables et références jubilatoires (avec une prédilection pour le Docteur Folamour de Stanley Kubrick, auquel il emprunte largement son prétexte de thriller sombrant dans la farce caustique). Ainsi, si Crépuscule d'acier peut être lu au premier degré comme un honnête divertissement correspondant à la proverbiale « bonne série B », c'est pourtant avant tout une bouffonnerie irrévérencieuse et astucieuse qui ne se révèle qu'au travers d'une réjouissante lecture au second degré.

     Mais pour être drôle, Crépuscule d'acier n'est pas idiot pour autant. Si les divagations hard science pourront laisser perplexe, passant largement au-dessus du lecteur moyen sans convaincre les critiques plus qualifiés, on reconnaîtra en effet que le thème ultra-classique de l'impossibilité de la communication y est assez joliment traité, de même que celui de la Singularité. Sous la grosse blague, on décèle régulièrement des aspects plus profonds, parfois graves. Le roman ne rattrape pas toujours tous ses boulons, et certains lieux communs peuvent être ennuyeux à la longue (je ne pense pas tant ici à la trame, on ne peut plus linéaire et accumulant les révélations qui n'en sont pas, qu'aux nombreuses séquences saturées de jargon militaro-hiérarchico-technoïde très Star Trek ou Battlestar Galactica, certes indispensables, et parfois amusantes, mais d'un hermétisme vite lassant) ; mais globalement le bilan est très positif et Crépuscule d'acier, sans être un chef-d'œuvre, constitue bien une lecture agréable et palpitante. Pour ma part, c'est avec plaisir que je retrouverai la charismatique Rachel Mansour pour de nouvelles aventures improbables dans Aube d'acier.

Bertrand BONNET
Première parution : 1/1/2009
dans Bifrost 53
Mise en ligne le : 5/11/2010


 

 
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