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La Cité du gouffre

Alastair REYNOLDS

Titre original : Chasm City, 2001
Première parution : Gollancz, 2001
Cycle : Les Inhibiteurs  vol. 2 

Traduction de Dominique HAAS
Illustration de Alain BRION

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5849
Dépôt légal : septembre 2005, Achevé d'imprimer : 24 août 2005
Roman, 960 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 2-266-14758-7
Format : 10,8 x 17,8 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Sur Sky's Edge, Tanner Mirabel est un tueur d'élite. Soldat puis garde du corps à la solde d'un trafiquant d'armes, il traque Argent Reivich, le post-mortel qui a assassiné son employeur et, surtout, la femme de ce dernier... Une traque qui le conduit jusqu'à Chasm City, la Cité du Gouffre rongée par un fléau mortel. Tanner est très vite pris au piège dans un jeu machiavélique : les habitants de Chasm City maîtrisent une technologie très particulière qui leur permet de changer d'apparence... Les choses se compliquent encore quand Tanner découvre qu'il a contracté un virus qui le condamne à revivre des événements vieux de centaines d'années, lorsque la Flottille terrienne a entrepris la colonisation de la galaxie.
 
     Après L'Espace de la révélation, voici un roman époustouflant où l'on retrouve l'univers incroyable créé par Alastair Reynolds, l'un des plus brillants auteurs de science-fiction actuels.
Critiques
     Ce deuxième volet de la saga des Inhibiteurs nous conduit à Chasm City, la Cité du Gouffre, capitale de la planète Yellowstone que l'on avait entrevue dans L'Espace de la révélation. Contrairement à ce qui se passe dans bien des cycles de SF, les héros du premier roman s'effacent ici devant de nouveaux personnages. Le premier d'entre eux est Tanner Mirabel. Ancien soldat d'élite, garde du corps, sur la planète Sky's Edge, du trafiquant d'armes Cahuella, il a assisté, impuissant à l'assassinat de ce dernier et de son épouse Gitta, au charme de laquelle il n'était pas insensible. Il décide de les venger et se lance à la poursuite du tueur, Argent Reivich. Ce dernier s'avère retors, intelligent et prêt à tout. Il sabote, par exemple, l'ascenseur spatial que Tanner a emprunté en apprenant que Cahuella voulait fuir vers une autre planète. Tanner se réveille dans une sorte d'hôpital de l'espace, en orbite autour de Yellowstone. Cahuella se serait réfugié dans Chasm City. La poursuite reprend dans cette étrange cité. Mais dans l'accident, Tanner est devenu en partie amnésique.

     L'Espace de la révélation avait marqué de nombreux esprits et nous sommes nombreux à tenir ce roman pour une des œuvres majeures de la science-fiction contemporaine. La Cité du gouffre n'atteint pas les mêmes sommets épique et métaphysique et semble en demi-teinte par rapport au premier opus... et aux suivants. Le roman n'en est pas moins supérieur à la production ordinaire de SF. Le premier intérêt réside dans la description approfondie et intrigante d'une cité décadente, en proie à une maladie, la pourriture fondante, qui s'en prend autant aux immeubles vertigineux qu'à la santé mentale des habitants. L'autre intérêt, de plus en plus sensible à mesure que l'on s'enfonce dans le roman, tient au personnage central. Il n'est pas question de révéler ici les coups de théâtre que l'auteur ménage à ses lecteurs. Disons simplement que le thème de l'identité est au cœur de l'ouvrage ; à mesure que Tanner Mirabel retrouve sa mémoire, ce qui se traduit par d'astucieux retours en arrière, il nous apparaît — et apparaît à ses propres yeux — sous un jour nouveau qui change toute la perspective du roman. Un thème qui séduira les nombreux inconditionnels de Philip K. Dick.

Gilbert MILLET (site web)
Première parution : 1/4/2006 dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 6/2/2009

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2003)

     Deuxième livre d'Alastair Reynolds après L'espace de la révélation, La cité du gouffre poursuit le cycle entamé dans ce premier tome. Les deux romans peuvent se lire indépendamment — ce dont on saura gré à l'auteur, tant les cycles pullulent de nos jours — même si on gagnera à lire la série dans l'ordre de parution.
     L'histoire tourne ici autour d'un spécialiste de la protection rapprochée, Tanner Mirabel (quel nom !). Cahuella, son patron était marchand d'armes, et c'est avec sa marchandise qu'a été tuée la famille d'Argent Reivich. Celui-ci s'est vengé en se débarrassant de Cahuella, et Mirabel met un point d'honneur à rendre la monnaie de sa pièce à Reivich. Il le poursuit donc inlassablement, et sa recherche le mène au coeur de l'univers imaginé par Reynolds, dans la ville de Chasm City, la Cité du Gouffre, où le reste du roman va se dérouler. Et tandis que Tanner sent sa cible se rapproche, il est atteint par le virus de Haussmann. En conséquence, il est la proie de visions fulgurantes de la vie de Sky Haussmann, un homme parti de la Terre à bord de gigantesques vaisseaux-nefs afin de coloniser une planète, monde d'où a démarré la quête de Mirabel.
     Tanner Mirabel retrouvera-t-il celui qui a assassiné son employeur ? Que veulent dire les flashs qui viennent hanter son esprit ? Quelle est la nature de la connexion qui s'établit, à travers les ans, entre Haussmann et Mirabel ? Et quels secrets recèle Chasm City ? Telles sont les questions auxquelles va tenter de répondre Alastair Reynolds dans ce volume.
     On ne change pas une formule qui gagne, donc La cité du gouffre se pose en frère jumeau de L'espace de la révélation. Énorme livre bourré d'aventures (sans doute encore plus que dans le premier tome) et de mystères (d'une autre nature que dans L'espace), de personnages forts et attachants, extrêmement complexes, qui évoluent dans un décor impressionnant. Ici, c'est bien sûr la cité du titre, qui est un personnage à part entière, et que l'on découvre dans ses moindres recoins. L'auteur réussit au passage le tour de force de ne pas ennuyer le lecteur alors que les cinq cents dernières pages se déroulent dans Chasm City, immense il est vrai — et heureusement ! Les petits défauts du volume précédent, et notamment la fin confuse, ont été corrigés, même si le livre, contrairement à ce que l'on croît pendant longtemps, n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.
     Bref, Alastair Reynolds nous livre ici un roman plus maîtrisé que L'espace de la révélation, faussement simple, et qui vous tiendra en haleine sans coup férir. Une totale réussite en matière de roman d'aventures.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/12/2003
nooSFere


Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2004)

     Annoncé comme le deuxième volet d'une trilogie, ce volume est en réalité presque indépendant du premier, L'espace de la révélation, paru en août 2002 dans la même collection. Seuls sont repris quelques éléments dont l'existence antérieure n'apporte pas grand-chose.
     Si les ingrédients de ce roman ne sont pas nouveaux, leur accumulation finit cependant par captiver le lecteur : voyage interstellaire, chasse à l'homme, mercenaires d'élite, cité vertigineuse, drogues inouïes, extraterrestres étonnants, trahison diabolique, tortures horribles, cryogénisation, immortalité, chasse à l'animal extraordinaire, nanotechnologies, maladie infernale, armes en tout genre, biotechnologies, religion, amour, rien ne manque, et A. Reynolds nous transporte dans un monde effarant où personnages et objets se mettent au service d'un scénario brillant. En cela, il s'oppose totalement aux auteurs qui créent un monde en faisant simplement naître une atmosphère particulière, comme J.G. Ballard dans La forêt de cristal, par exemple.

     Tanner Mirabel, mercenaire particulièrement redoutable, est le personnage central. Il est hanté par son passé et, victime d'un virus, rêve d'épisodes vécus par un héros légendaire. Le texte est bâti sur le schéma des intrigues convergentes : le passé de Tanner, son présent et ses rêves forment trois récits indépendants qui se rejoignent au terme du roman et dont l'alternance s'accélère jusqu'à atteindre un paroxysme dans les cent dernières pages. Inutile de préciser l'efficacité de cette technique pour tenir le lecteur en haleine.
     Au présent, T. poursuit Argent Reivich pour le tuer. Nous apprenons peu à peu qui est Reivich et pourquoi T. veut l'assassiner. Reivich fuit vers La cité du gouffre, sur une lointaine planète. Mais la ville vit une période de récession liée à La Pourriture Fondante, une maladie qui touche les implants dont les humains et les bâtiments sont truffés à cette époque...
     Dans le passé, T. est au service de Cahuella, un trafiquant de la planète Sky's Edge qui commerce avec les Ultras, dotés d'une technologie plus avancée. Il vit à la ferme aux serpents, un mystérieux repaire perdu dans la jungle. Son commerce alimente la guerre qui fait rage depuis des lunes...
     Dans ses rêves, T. voit Sky Haussman, passager d'un vaisseau spatial colonisateur parti à une époque reculée. L'aéronef fait partie d'un convoi. Au fil des générations, une rivalité entre officiers s'est développée... et de mystérieuses légendes sont nées, comme celle du bâtiment fantôme qui suivrait le convoi à une demi-seconde lumière de distance...

     On pourrait craindre que la multitude de sujets abordés n'égare le lecteur, mais il n'en est rien. Chaque thème est suffisamment soigné et bénéficie au moins d'un détail original qui capte l'attention, à défaut de renouveler le genre. Cela veut dire que tout est travaillé, à plusieurs niveaux ! D'où la jubilation du lecteur car les techniques narratives les plus conventionnelles débouchent en fait sur un lot impressionnant de surprises...
     Les rapports humains eux aussi se nouent dans une multitude de situations pour le moins inhabituelles. Un tel foisonnement ne va pas sans inconvénients : certains personnages secondaires sont peu approfondis, leurs agissements sont dès lors mal justifiés et l'histoire y perd en crédibilité...

     Le dernier mot de Tanner : « La vie est ce qu'on en fait » est, de sa part, un bien tendre euphémisme si l'on considère les tumultueuses six cents et quelques pages de ce roman ! Reynolds nous a bien diverti, concluant avec brio une intrigue complexe et parvenant à glisser une petite leçon sur la vie à la dernière minute. Bravo ! A quand le dernier volet de cette trilogie d'aventure ?

Antoine ESCUDIER (lui écrire)
Première parution : 2/5/2004
nooSFere


Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2004)

     [Critique réalisée d'après l'édition originale de l'ouvrage]
     Tanner Mirabel est responsable de la sécurité d'un homme important. Foin des euphémismes. Tanner Mirabel est un tueur, au service du trafiquant Cahuella. Ou plutôt, il l'était. Cahuella est mort désormais, et Tanner n'a plus qu'un but : pourchasser et assassiner Argent Reivich, le responsable de la mort de Cahuella, et surtout de celle de Gitta, sa compagne. Avec d'autant plus de hargne que Tanner était amoureux de la femme du patron.

     Jusque-là, rien qui ne pourrait relever du roman noir, ou d'un film de Tarantino. Mais nous sommes sur Sky's Edge, planète colonisée quelques siècles auparavant par des arches stellaires, arrivées de la Terre au terme d'un voyage de plusieurs générations. Et quand Reivich s'échappe vers un système voisin, c'est l'occasion de l'inimaginable destruction d'un ascenseur orbital. Tanner va suivre sa proie, et l'essentiel de l'action se passera sur Chasm City, capitale autrefois incroyablement prospère de Yellowstone, aujourd'hui défigurée par la Peste. L'épidémie a rendu folles les nanomachines qui étaient la clé aussi bien de l'architecture que de la santé publique de la cité. Désormais, les riches vivent réfugiés dans les étages supérieurs du Dais, tandis que les pauvres pataugent au niveau du sol, dans la Mouise. Quand ils ne sont pas victimes de parties de chasses sadiques. Tour à tour chasseur et gibier, Tanner ne perd jamais ses étonnants talents de combattant, et de séducteur.

     Si le livre en restait là, il ne se détacherait guère, aussi distrayant qu'il soit. Reynolds a beau faire un clin d'œil discret à Iain M. Banks, il est loin de l'égaler en virtuosité narrative ou en profondeur morale. Un élément plus intéressant corse le cocktail : les flash-backs qui entrecoupent le récit. En avançant, le livre acquiert trois protagonistes plutôt qu'un ; à Tanner s'ajoutent Sky Haussman, figure de l'histoire de la Flottille des colons avant son arrivée sur Sky's Edge, et Cahuella lui-même, pendant les événements à l'origine de la course-poursuite. J'ai froid dans le dos : chacun des trois est aussi cruel et amoral que les autres. Amoral ? Pas totalement. Le Mal a ses règles et introduit ses doutes. Sur l'identité même de Tanner, qui prend place dans la grande tradition des héros amnésiques de la S-F.

     Des failles dans les certitudes qui redonnent de l'intérêt à un livre bien mené, spectaculaire, mais qui s'attarde sans doute trop sur sa partie purement « roman noir » (à moins que vous ne pensiez qu'un livre doive passer trois cents pages pour vous mettre dans le bain avant d'entamer le vif du sujet).

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/4/2004
dans Bifrost 34
Mise en ligne le : 9/5/2005


Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2004)

     Tanner Mirabel, un ancien soldat, est devenu l'homme de main d'un trafiquant d'armes. Au moment où nous faisons sa connaissance sur la planète Sky's Edge, il est lancé à la poursuite d'Argent Reivich, un aristocrate qui serait responsable de la mort de la femme de son patron.

     Sky's Edge doit son nom à l'un de ses fondateurs, Sky Haussmann. Haussmann était le commandant du Santiago, un vaisseau spatial faisant partie de la flotte de colonisation partie de la Terre plusieurs siècles auparavant avec, à son bord, des centaines d'êtres humains maintenus en vie par cryogénie. Il mena le Santiago à bon port le premier, au prix de sacrifices qui en firent un héros pour les uns et un criminel contre l'humanité pour les autres, au point de finir crucifié et de lancer une religion.

     Durant la poursuite, le sabotage d'un ascenseur spatial blesse gravement Tanner qui se réveille, la mémoire incertaine, plusieurs dizaines d'années plus tard chez les Mendiants de Glace, un ordre religieux qui recueille les voyageurs spatiaux en détresse. Il finit par rejoindre Yellowstone, une planète du système d'Epsilon Eridani, et sa capitale Chasm City (la « Cité du Gouffre » du titre). Mais toutes ces années passées dans le coma lui ont fait perdre contact avec l'actualité et la cité où il débarque n'a plus rien à voir avec la brillante capitale de son souvenir. Chasm City a été victime de la Pourriture Fondante, une peste qui s'attaque aux nanomachines abondamment utilisées par ses habitants. La ville qu'il découvre est en ruine et tente de panser ses plaies ; elle s'est aussi divisée entre le Dais, refuge des aristocrates (et de Reivich), et la Mouise, où le peuple subit de plein fouet les effets de la Pourriture Fondante.

     Tanner entend bien retrouver Reivich dans le Dais, même si des décennies se sont écoulées depuis le début de la poursuite. Mais un phénomène étrange et inquiétant vient déranger ses plans : il se prend à rêver régulièrement de Sky Haussman, revoyant des épisodes entiers de sa vie, a priori inconnus jusqu'alors. Qui est vraiment Tanner ? Sa quête de vengeance se transforme alors en quête d'identité.

     L'univers décrit par Reynolds est celui de L'Espace de la révélation, son premier roman traduit en France : des galaxies conquises par l'humanité, qui s'est éloignée de ses origines par l'utilisation massive de nanomachines, des créatures extraterrestres merveilleuses, incroyables et terrifiantes. Nous sommes dans un space opera à grand spectacle. L'imagination de l'auteur semble vouloir perpétuellement se dépasser : adeptes de Haussmann qui recrutent de nouveaux coreligionnaires grâce à un virus qui provoque la foi ; Pourriture Fondante — cette peste aux effets immédiats — dont les résultats les plus spectaculaires sont des bâtiments ou des humains réarrangés en des sculptures que ne renierait pas un Serge Brussolo en grande forme. Reynolds s'en donne à cœur joie et le lecteur en est le premier bénéficiaire. D'autant que ce style très visuel ne lui fait pas oublier l'intrigue qui vous tiendra en haleine jusqu'au dernier chapitre, dans la plus pure tradition des meilleurs thrillers.

     La Cité du Gouffre pose des questions universelles. Sur la mémoire : suffit-il de s'accaparer les souvenirs d'un autre pour devenir cet individu ? Qu'est-ce qui fonde la personnalité d'un être humain ? C'est aussi le récit d'une rédemption ou du moins d'une tentative : combien de temps faut-il à une bonne action pour faire oublier un acte abominable ? Est-ce seulement possible ? Au lecteur de donner ses propres réponses, au prix peut-être de sa tranquillité d'esprit.

     En deux romans, L'auteur s'est affirmé comme l'un des chefs de file du NSO (New Space Opera). La Cité du Gouffre est une excellente façon d'entrer dans son univers. Dépêchez-vous : Reynolds a déjà écrit deux autres romans qui ne demandent qu'à être traduits.

Benoît DOMIS (lui écrire)
Première parution : 1/3/2004
dans Galaxies 32
Mise en ligne le : 11/12/2008

Prix obtenus


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Dans la nooSFere : 77322 livres, 88349 photos de couvertures, 73226 quatrièmes.
8570 critiques, 42061 intervenant·e·s, 1604 photographies, 3748 adaptations.
 
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