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    Fiche livre    

Le Livre des Ombres

Serge LEHMAN

Fantasy  - Illustration de GESS
Illustrations intérieures de GESS
L'ATALANTE, coll. La Dentelle du Cygne n° (134), dépôt légal : novembre 2005
704 pages, catégorie / prix : 24 €, ISBN : 2-84172-116-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Nous voulons savoir ce qui s'est passé dans le monde d'avant le monde. Qui nous étions là-bas et pourquoi nous sommes devenus ce que nous sommes... ici. »
     Dans le canyon du Pli du Songe, une armée de poètes et de chamans perpétue la mémoire d'un premier cosmos, archaïque et violent, où toute vie était une guerre contre le non-être appelé Avatar.
     L'espace et le temps ont disparu quand ce monde a volé en éclats ; il n'en reste que les histoires. C'est pourquoi les chamans m'ont enseigné l'art sorcier de l'écriture et demandé de noter ce qu'ils voient pendant la transe : pour célébrer, en l'honneur des dieux d'autrefois, la victoire sur l'inexistence.
     Telle est l'origine du Livre des ombres.
ORSON MALAVERNE.


    Sommaire    
1 - Prologos, pages 11 à 34, Prologue
2 - La Maison de l'avatar, pages 35 à 42
3 - Apothéose du Punisseur, pages 43 à 60
4 - Katoptron, pages 61 à 75
5 - Les Singes, pages 77 à 91
6 - L'Inversion de Polyphème, pages 93 à 154
7 - Sur l'échine de la Grande Ourse, pages 155 à 174
8 - Un songe héliotrope, pages 175 à 205
9 - Nulle part à Liverion, pages 207 à 269
10 - Panique sur Darwin Alley, pages 271 à 293
11 - Un clou chasse l'autre, pages 295 à 307
12 - Le Signe du Picte, pages 309 à 322
13 - Le Collier de Thasus, pages 323 à 335
14 - La Perle, pages 337 à 357
15 - Le Temps des Olympiens, pages 359 à 390
16 - Le Jeu du dispatcheur, pages 393 à 409
17 - Le Vide, le silence et l'obscur, pages 415 à 462
18 - La Route du grand dehors, pages 465 à 509
19 - Dans l'abîme, pages 513 à 539
20 - Cinq tuniques blanches, pages 543 à 556
21 - Le Chasseur dans l'escalier, pages 559 à 580
22 - Le Livre des ombres, pages 583 à 609
23 - Les Mularis, pages 613 à 633
24 - L'Hypothèse de Russo, pages 637 à 669
25 - La Sidération, pages 673 à 684
26 - En attendant le gel, pages 687 à 695
27 - Epilogos, pages 697 à 699
28 - Remerciements, pages 701 à 702, Notes

    Prix obtenus    
Le Collier de Thasus : Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 1997
Dans l'abîme : Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 1995, Rosny aîné, nouvelle / Short story, 1995
L'Inversion de Polyphème : Ozone, nouvelle de Science-Fiction francophone, 1998
Nulle part à Liverion : Ozone, nouvelle de Science-Fiction francophone, 1997

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
    Critiques    
     Entreprise périlleuse, toujours, que de rééditer sous forme de recueil des nouvelles parues séparément au cours de la carrière littéraire d'un auteur. Car cela pose deux questions. Tout d'abord, sur quel critère regrouper des textes dont l'écriture, le thème, le style, peuvent refléter des moments différents d'un parcours personnel unique ? Comment regrouper cette diversité, en lui donnant une unité de ton qui fera naître une impression de progrès et non de juxtaposition ? Ensuite, si l'on se rappelle qu'en latin, le verbe legere signifie cueillir autant que lire, comment faire en sorte que ce recueil, cette recollection puisse aussi bien séduire le premier lecteur, qui découvre les textes, que le relecteur, qui les connaît déjà ?

     A ces deux questions, Serge Lehman répond d'une manière originale, en nous proposant un recueil qui relit les textes en les reliant à l'aide d'un paratexte parfois cryptique, déroutant, mais toujours efficace, permettant de voir chaque nouvelle comme une étape d'un authentique parcours initiatique, où se constitue peu à peu comme une cosmogonie mythique.

     Le premier texte dérange par son caractère sibyllin. Le second déroute en rendant le premier presque (presque seulement) compréhensible. Le troisième bouleverse en instillant le doute dans la compréhension première. Le quatrième perturbe en ajoutant de la complexité. Rien, ici, ne permet à la pensée de se figer dans le confort de la saisie immédiate — même les textes les plus transparents en soi prenant la forme d'une énigme par le rapport intertextuel tissé au fil de l'œuvre. Mais toujours, en même temps (et c'est là le génie de l'enchaînement des textes), il fait naître le désir de poursuivre, en donnant une clef, ou l'impression d'une clef, vers l'horizon qui se dérobe.

     Ce recueil ressemble à un croisement entre la Bible et les Seigneurs de l'Instrumentalité. Du second, il a le caractère foisonnant d'un univers qui se livre par bribes, sans jamais s'abaisser à s'expliquer ou à se justifier, sans s'interdire de porter des jugements politiques radicaux. Comme la première, il donne l'impression d'entrecroiser des sources hétérogènes pour accoucher finalement d'une forme de spiritualité complexe, ambiguë. Peut-être, après tout, parce qu'on ne sait toujours pas (on ne saura jamais) si le concept de religion vient de relegere (recueillir, relire) ou de religare (relier). Ce que l'on voit émerger dans ce recueil, c'est bien la religion d'un monde, dont le pourquoi, comme il est d'usage, reste entier à la fin du recueil : révélé, il reste néanmoins un Mystère.

     Il serait dommageable d'aller plus loin dans l'explicitation de la trame, car c'est un parcours qui doit se faire à mesure de la (re)lecture, sans a priori sur les fils qui s'y entrecroisent. On pourra dire, bien entendu, que toutes les nouvelles ne se valent pas, que quelques textes plus faibles côtoient de véritables perles, mais le paratexte parvient à faire de cette hétérogénéité un constituant essentiel de l'œuvre. Un livre à lire ou à relire, donc, que l'on soit déjà amateur de Lehman ou que l'on veuille découvrir ses textes. Un recueil qui nous laisse tout... recueillis.


Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 5/9/2006
nooSFere


     Orson Malaverne habite le Pli du Songe, un lieu de pèlerinage où « une armée de poètes et de chamans perpétue la mémoire d'un premier cosmos, archaïque et violent, où toute vie est en guerre contre un non-être appelé Avatar ». Devenu scribe dans un monde où l'histoire orale prévaut, le voilà arpentant la route des cités et villages pour recueillir les histoires qui constituent Le Livre des ombres, vingt-cinq fragments d'une guerre aux origines plus anciennes que l'extinction des dinosaures sur Terre, vingt-cinq aventures ou vignettes traversées par la menace Hifiss et des personnages (ou entités) aussi fascinants que Conrath, Hal Garner, Charles Merser, Paul Coray, Delfirio dit « Le Picte », Jean-Baptiste Barthélemy de Lesseps...

     Entre 1992, « Sur l'échine de la grande ourse », et 2000, « Le Temps des olympiens », Serge Lehman a publié — en France et en Suisse — une grosse quinzaine de nouvelles inscrites dans une vaste histoire du futur (et accessoirement du passé et présent), une fresque dont il avait posé une partie des bases romanesques par l'entremise de deux autres de ses pseudonymes/incarnations précédentes : Don Hérial (La Guerre des sept minutes) & Karel Dekk (L'Espion de l'étrange — étonnante œuvre de S-F sur la S-F, comme disait il y a quelques années Pascal J. Thomas). Cette histoire du futur mâtinée d'histoire secrète (le tout étant décliné en nouvelles, mais aussi en romans — Wonderland, F.A.U.S.T, Aucune étoile aussi lointaine, L'Ange des profondeurs) a, et je pèse mes mots, marqué à jamais la science-fiction d'expression française (récoltant au passage une kyrielle de prix littéraires, suscitant des vocations, attisant bien des jalousies). Pourquoi un tel engouement ? Tout simplement parce que Serge Lehman s'inscrivait alors, et continue de s'inscrire, dans la grande tradition des bâtisseurs de futur ; emboîtant les pas cosmiques de Michel Demuth (Les Galaxiales), Cordwainer Smith (Les Seigneurs de l'Instrumentalité), Frank Herbert (Dune), Robert Heinlein (Histoire du futur), non sans livrer un corpus bien plus moderne, bien plus en phase avec les lecteurs de Neil Gaiman, Wolverine et Dan Simmons.

     En lisant ces textes au moment précis de leur parution (et non aujourd'hui, cinq à dix ans plus tard ), on ne pouvait se rendre compte que d'une chose : Lehman avait tout lu dans son domaine de prédilection (S-F, comics, thriller, sciences...), connaissait tous les auteurs et penseurs, était capable d'analyser leurs forces et faiblesses et possédait surtout les capacités intellectuelles nécessaires au syncrétisme, du moins en nouvelles et novellae, ses romans étant nettement moins convaincants, presque pathétiques, si on avait le malheur de les comparer à, par exemple, « Nulle part à Liverion ». En un sens (et sur une certaine distance, cent cinquante feuillets maxi) : « il avait tout compris », mêlant héroïsme bigger than life, régionalisme cosmique et sense of wonder dans la même tapisserie, celle d'un futur fascinant et dangereux plongeant nombre de ses racines dans l'histoire secrète du monde humain.

     Après cinq années de silence (au cours desquelles Serge Lehman a commis le scénario du très dispensable Immortel d'Enki Bilal, puis s'est violemment remis en question — réécrit, diront certains), l'Atalante publie un énorme livre, 700 pages !, qui regroupe les meilleurs textes lehmaniens (« Dans l'abîme », « Nulle part à Liverion », « La Sidération », « Le Vide, le silence, l'obscur », « L'Inversion de Polyphème », « Cinq tuniques blanches », « Le Chasseur dans l'escalier »...) et d'autres, dont personnellement je me serais bien passé (« Un songe héliotrope », relecture orbitale et assez absconse du mythe de Faust ; « Sur l'échine de la grande ourse », spin off potache, voire super potache d'Espion de l'étrange ; et « La Route du grand dehors », raté, écrasé par une paternité lacrymatoire). Quant aux deux inédits, las, je n'ai rien de positif à en dire, sauf qu'ils sont « bien écrits », ce qui, déformation professionnelle oblige, ne m'évoque guère qu'un manuscrit « bien présenté ». Si je devais montrer du doigt le problème de ce faux-roman, de ce vrai-fourre-tout, je dirais que l'auteur n'a pas su choisir, n'a pas su construire l'objet, le recentrer autour de la menace Hifiss, autour du Picte ou autour de Hal Garner. Il a choisi de n'élaguer et de ne réécrire que le minimum, ce qui veut dire qu'il n'a (presque) rien choisi ; il a rempli le saladier jusqu'à la gueule et a ligoté son orgie avec une sauce artificielle (l'histoire d'Orson Malaverne) qui, mystique à deux balles, 100% convenue, 200% prétentieuse, n'apporte pas grand-chose à l'ensemble et a surtout tendance à le rendre indigeste (on aurait préféré une bête chronologie en fin d'ouvrage). Si on va plus loin, on pourrait même dire que les deux grandes failles scénaristiques de ce recueil (crispantes, à défaut d'être fatales) sont : petit 1/ le retour de l'Avatar — le Sauron des étoiles, ou Gritche lehmanien — qui plombait grandement Aucune étoile aussi lointaine et plombe, bis repetita, Le Livre des ombres ; petit 2/ la volonté naïve de l'auteur qui voudrait nous faire croire que le département de l'Essonne (196 communes) est en quelque sorte un des centres de l'univers visible et invisible, alors qu'il s'agit surtout du territoire, forcément magique, sur lequel Serge Lehman a passé son enfance.

     La surabondance de thèmes et de menaces (parfois contradictoires, l'Instance, les Hifiss, l'Avatar...) en œuvre ici n'a en fin de compte guère d'importance et peut-être même aucune importance, tant la puissance évocatrice des meilleurs textes de ce recueil a tendance à souffler tous les défauts de l'ensemble, comme pailles au vent.

     Ceux qui connaissent bien les textes de Serge Lehman, suivent l'auteur depuis presque quinze ans (déjà !) et ont lu son recueil La Sidération (chez Encrage), risquent d'être fort déçus, car Le Livre des ombres n'apporte quasiment rien (« Katoptron », « Un clou chasse l'autre ») au corpus. Par contre, ceux qui n'ont lu aucune des nouvelles réunies ici (ah, comme je les envie !), ou juste une ou deux, au détour d'une revue ou anthologie, sur un malentendu, risquent fort de recevoir un coup de poing dans l'estomac et quelques coups de pied dans le cerveau, car aussi mal branlé/pensé soit ce Livre des ombres, sa parution est un événement comparable à celle d'Hypérion à la fin des années 80.

     Ce livre aurait pu être le meilleur de la décennie 1996-2005, mais, fort ankylosé par son ambition grandiloquente qui le rend difforme et touchant, en un sens, il se contente d'être l'incontournable de ce début d'année 2006. Ne cherchez pas, vous ne pouvez pas passer à côté, ou alors c'est que vous lisez Bifrost par erreur...

     « Une bibliothèque qui n'inclurait pas Le Livre des ombres n'est pas digne d'un regard, car elle écarte le seul livre de science-fiction auquel l'humanité sans cesse aborde. » Oscar Wilde, ou son fantôme, qui sait...

Thomas DAY
Première parution : 1/1/2006
dans Bifrost 41
Mise en ligne le : 31/3/2007


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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