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Science-fiction 2006

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Tom CLEGG & Peter CROWTHER & Jean-Claude DUNYACH


Science Fiction  - Illustration de Stephan MARTINIÈRE
BRAGELONNE, coll. Science-fiction n° (3), dépôt légal : janvier 2006
320 pages, catégorie / prix : 17 €, ISBN : 2-915549-57-5
Couverture

    Quatrième de couverture    
     La science-fiction est de retour !
     APRèS quelques années de manque, elle ravit de nouveau le public, colonise sans honte la littérature générale et tourne derechef son regard vers les étoiles lointaines. Mais le genre se métamorphose aussi, avec l'avènement d'un « Nouveau Space Opera » plus sophistiqué et plus décoiffant que jamais.
     C'est donc le moment de lancer une collection SF pour ces romans qui nous font rêver, et d'accompagner le tout par un florilège en forme de hors-d'œuvre : voici le premier numéro d'une revue apériodique consacrée à la science-fiction. On y lira des nouvelles dues aux auteurs publiés par Bragelonne, présents et futurs, ainsi que d'autres histoires qui vont vous enthousiasmer. Plus des entretiens, des articles et des coups de cœur, au gré de l'envie.
     Science-Fiction, c'est juste une façon de se mettre en orbite, avant le grand voyage vers les étoiles...

     Ce premier numéro rassemble des nouvelles de Peter F. Hamilton, James Lovegrove, Elizabeth Moon, Robert Reed, Patrick O'Leary, Karen Traviss, Ken MacLeod, Laurent McAllister, Paul J. McAuley et Peter Crowther ; des entretiens avec Harry Harrison et lain M. Banks, un article de Jean-Claude Dunyach.


    Sommaire    
1 - Peter CROWTHER, Small is beautiful (Small is beautiful), pages 7 à 12, Préface
2 - Stéphane MARSAN, Je sais pas vous, mais moi je lirais bien un peu de SF, pages 13 à 17, Introduction
3 - Peter F. HAMILTON, Je rêvais d'étoiles (Starlight Dreamer), pages 19 à 38, trad. Nenad SAVIC
4 - James LOVEGROVE, Continuum (Speedstream), pages 41 à 69, trad. Nenad SAVIC
5 - Elizabeth MOON, La Réjuv générique de Milo Ardry (The Generic Rejuvenation of Milo Ardry), pages 71 à 83, trad. Mélanie FAZI
6 - Tom CLEGG & David OGHIA, L'Intelligence active : entretien avec Harry HARRISON, pages 85 à 88, Entretien
7 - Robert REED, Les Rémoras (The Remoras), pages 91 à 128, trad. Pascal HUOT
8 - Patrick O'LEARY, Moi, après le caillou (The Me After the Rock), pages 131 à 145, trad. Colette CARRIÈRE
9 - Karen TRAVISS, Morceau par morceau (A Slice at a Time), pages 147 à 159, trad. Lionel DAVOUST
10 - Ken MacLEOD, Le Front pour l'humanité (The Human Front), pages 161 à 223, trad. Olivier DEBERNARD
11 - Tom CLEGG, Un budget "effets spéciaux" illimités : entretien avec Iain M. BANKS, pages 225 à 230, Entretien
12 - Jean-Claude DUNYACH, Du Space Opera au Nouveau Space Opera : la métamorphose d'un genre, pages 231 à 238, Article
13 - Laurent McALLISTER, Un homme seul, avant la conjonction, pages 241 à 258
14 - Paul J. McAULEY, Les Jardins de Saturne (The Gardens of Saturn), pages 261 à 299, trad. Karim CHERGUI
15 - Peter CROWTHER, Chants d'adieu (Songs of Leaving), pages 301 à 319, trad. Clotilde LANDAIS

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    Critiques    
     « La science-fiction est de retour ! » clament les éditions Bragelonne, après avoir largement rempli les rayonnages des librairies par une abondante fantasy de qualité inégale. Cette déclaration enflammée accompagne la création chez cet éditeur d'une collection SF, sous la direction de Jean-Claude Dunyach. Anthologie ou premier numéro d'une « revue apériodique », Science-Fiction 2006 permet ainsi de découvrir en avant-première les auteurs prévus au catalogue. On s'y intéressera d'autant plus que l'anthologie Faux rêveur, concoctée par le même Peter Crowther — ici en collaboration avec Tom Clegg et Dunyach — et déjà publiée chez Bragelonne en 2002, demeure à ce jour l'une des anthologies les plus impressionnantes du XXIe siècle.

     Science-Fiction 2006 s'ouvre sur une sympathique préface de Peter Crowther, proclamant son amour de la littérature en général et des nouvelles en particulier. Stéphane Marsan explicite ensuite le projet éditorial SF des éditions Bragelonne. La partie non-fiction se complète plus tard par deux interviews anecdotiques de Harry Harrison et Iain M. Banks et surtout par un bel article de Jean-Claude Dunyach qui dresse un panorama clair et didactique du NSO —  Nouveau Space Opera pour les initiés.

     Nouvelle idéale pour inaugurer cette transition éditoriale, Je rêvais d'étoiles de Peter Hamilton montre des blousons noirs sur une Terre future réhabilitée canardant sans scrupules de petites fées et des elfes...
     Continuum confirme le talent très original de James Lovegrove, dont l'inclassable Days fût l'un des romans les plus stimulants de 2005. Cet étonnant hommage à Jules Verne suit le parcours d'un « Fogg », richissime excentrique lancé dans une course infernale autour du monde, l'accélération obtenue permettant de transformer progressivement la réalité.
     Récit léger et sympathique, La Réjuv génétique de Milo Ardry d'Elizabeth Moon, expose les effets secondaires parfois inattendus — mais pas forcément nuisibles — des cures de jouvence.
     Réédition dans une nouvelle traduction d'un texte publié dans Le Monde en 1999, Les Rémoras annonce la parution du premier roman d'un nouveau cycle de Robert Reed, intitulé Le Grand vaisseau et mettant en scène une arche stellaire aussi vaste que Jupiter.
     Moi, après le caillou, de Patrick O'Leary est un texte mineur mais amusant, sur la propagation d'une curieuse épidémie extraterrestre.
     Avec Morceau par morceau, Karen Traviss donne un bel exemple de SF ethnologique, s'interrogeant sur la possibilité — ou l'impossibilité — de rester neutre face à des rites sociaux radicalement différents et « choquants » pour notre sensibilité humaine.
     Sur plus de soixante pages Le Front de l'humanité de Ken MacLeod constitue une riche et formidable uchronie, dont il est préférable de ne rien révéler, fort justement récompensée par le prix Sidewise en 2002.
     Seul auteur francophone de cette revue, Laurent McAllister compte double puisqu'il s'agit du pseudonyme commun des canadiens Yves Meynard et Jean-Louis Trudel. Leur Un homme seul, avant la conjonction illustre les états d'âmes d'un soldat en fuite de manière intéressante.
     La nouvelle de Paul J. McAuley s'inscrit dans le même cadre que celle publiée dans Faux rêveur (L'Histoire en marche). J'avais déjà trouvé cette dernière assez pesante et confuse et n'ai pas davantage adhéré à ces Jardins de Saturne. Un avis qu'on pourra sans doute ne pas partager.
     En guise de conclusion, l'anthologiste Peter Crowther nous offre ses Chants d'adieu, fin du monde sereine à la Nouvelle-Orléans qui, bien que publiée en 2000, a acquis depuis une résonance particulière suite au passage de l'ouragan qui a dévasté la Floride.

     Au final, et avec une mention spéciale pour les nouvelles de Lovegrove et de MacLeod, l'ensemble des textes proposés par nos trois anthologistes s'avère d'un excellent niveau. Les amateurs de SF y trouveront amplement leur compte et saliveront d'avance en découvrant ça et là les annonces de parutions — par exemple L'Algébriste de Ian M. Banks à l'automne 2006... Miam !


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 22/2/2006
nooSFere


     Après Fantasy, voilà la revue de science-fiction des éditions Bragelonne, Science-fiction 2006 : superbe couverture de Stéphane Martinière, belle mise en pages (ce qui nous change chez cet éditeur), prix de vente imbattable, en cette période où les livres sont si chers, et sommaire alléchant.

     Tout commence avec un petit texte sympathique, ode à la forme courte, due à l'éditeur et auteur anglais Peter Crowther. Puis les choses se corsent sévèrement avec l'édito de Stéphane Marsan, une introduction bragelonnocentriste et partisane dont certains passages m'ont laissé dubitatif : « ... l'édition, c'est le boulot des éditeurs. Et moi les amis je ne suis pas éditeur de SF. Je n'y connais rien, je n'en connais pas l'histoire, les ressorts, les tendances », page 15 ; d'autant plus dubitatif qu'en lisant entre les lignes une vraie profession de foi apparaît : Bragelonne va sauver l'édition française de science-fiction en publiant des NSO (Nouveaux space opera). La démonstration, initialisée sans brio par Stéphane Marsan (mais on l'excuse, il le dit lui-même, il n'y connaît rien), est finalisée par son nouveau pote avec qui il se marre beaucoup, Jean-Claude Dunyach, via un article publié pages 231-238, plutôt intéressant, mais entièrement au service d'une thèse indéfendable. Il me semble que la science-fiction ne peut être sauvée que si les éditeurs se remettent à en publier, c'est-à-dire à publier des œuvres prospectives, débordantes de créativité, dignes héritières de celles de John Brunner, Brian Aldiss, Christopher Priest, Philip K. Dick et J.G. Ballard (ou de Kurt Steiner, grande période, si je ne devais citer qu'un français). Nombre d'auteurs publient des nouvelles de ce genre : Greg Egan, James Patrick Kelly, Robert Reed, Ted Chiang, Vernor Vinge, Paul Di Filippo, Ian R. MacLeod, entre autres ; les romans se font plus rares mais existent, il y en a même chez Bragelonne : Days de James Lovegrove (critiqué dans Bifrost n°39), Avance Rapide de Michael Marshall Smith (critiqué dans Bifrost n°11). Le space opera (nouveau ou ancien) relève, sauf exception rarissime (Iain M. Banks, John C. Wright, Robert Reed), du western ; le trésor de la Sierra Madre devenant l'artefact de Sigma Draconis. Nous voilà une fois de plus confrontés à des éditeurs (Stéphane Marsan, Jean-Claude Dunyach) qui confondent chiffres de ventes, prix littéraires et créativité (la vitalité d'un genre littéraire ne se mesure pas à l'aune de son chiffre d'affaires, mais à l'aune de sa capacité à se renouveler). Ce n'est pas parce qu'un livre se vend qu'il apporte quoi que ce soit au genre auquel il appartient, Hypérion et les sous-produits Star Wars en sont la preuve la plus flagrante ; ce n'est pas parce qu'un livre a eu le prix Hugo qu'il est excellent — je vise ici Loïs McMaster Bujold — , et, d'ailleurs, pour être tout à fait clair à ce sujet, les auteurs vraiment novateurs de ces quinze dernières années (Greg Egan, Lucius Shepard, l'illisible John C. Wright, Jeffrey Ford, Jeff Noon, Ian R. MacLeod) ne se vendent pas ou peu.

     Maintenant que la profession de foi a été battue en brèche, parlons du sommaire de ce Science-fiction 2006. C'est Peter F. Hamilton qui ouvre la danse avec un texte ni fait ni à faire, « Je rêvais d'étoiles », où il est question d'elfes des bois, d'une Terre dépeuplée de force dirigée par des fascistes écologistes et de gamins qui jouent à la guerre. Les quelques idées formidables que contient le texte ne sauvent en rien un traitement approximatif et un manque d'émotion patent. « Je rêvais d'étoiles », affaibli par ses ellipses ahurissantes tant elles cassent l'ambiance générale, ressemble à un roman mal résumé plus qu'à une nouvelle. Dommage.

     Le lecteur découvre ensuite « Continuum », un texte intriguant de James Lovegrove qui, personnellement, m'a semblé abscons, mal traduit, mais aussi drôlement gonflé, l'auteur ne s'intéressant pas aux planètes étrangères que visite son pseudo-voyageur temporel, préférant parler d'obsession et de deuil.

     A mon grand étonnement, c'est Elizabeth Moon qui livre la première vraie bonne nouvelle de cette anthologie, un texte pas ambitieux pour un sou, mais plein d'humour et franchement bien vu : « La Réjuv générique de Milo Ardry » (tout est dans le titre !). Un petit amuse-gueule comparé aux « Rémoras » de Robert Reed (texte déjà publié dans Le Monde), une novelette incroyablement cruelle, dénuée de toute idée originale, mais blindée d'émotion et de maîtrise. A mon humble avis, jamais vaisseau-génération n'avait été aussi bien décrit.

     Plus loin, Patrick O'Leary nous offre une pochade martienne franchement idiote, franchement marrante, à mille lieues de son beau roman de fantasy gigogne inédit en français, The Gift. Vient ensuite une nouvelle de Karen Traviss évoquant un synopsis de Ursula Le Guin développé par Gérard De Villiers ; ça parle d'extraterrestres et de cannibalisme avec bien moins de talent que Parade nuptiale de Donald Kingsbury, le chef-d'œuvre en la matière ; une chose est sûre, ce n'est pas ce texte (abo)minablement traduit qui va m'inciter à lire le NSO de la même Traviss à paraître chez Bragelonne, La Cité de perle. Vient ensuite le tour du texte le plus long de ce sommaire : « Le Front pour l'humanité » de Ken MacLeod, novella que j'avais lue il y a quatre ans dans le Year's Best Science-fiction, nineteenth annual collection de Gardner Dozois et dont je ne me souvenais plus du tout, et pour cause, car ce mélange d'uchronie brouillonne, d'univers parallèles et de roswelleries ridicules ne fonctionne pas. Il y a de belles idées, une relation intéressante entre un fils guérillero communiste et son père médecin, mais la partie (géo)politique du texte est un fouillis inextricable, à tel point que les enjeux mettent longtemps à se dessiner pour... rien, ou si peu (on est loin du virtuose Land and Freedom de Ken Loach auquel le texte semble sans cesse faire allusion). Tout comme pour le texte de Peter F. Hamilton, j'ai eu l'impression de lire un roman non abouti, transformé en novella.

     Je passerai vite sur l'article de Jean-Claude Dunyach, évoqué plus haut, et l'interview express de Iain M. Banks dont je reproduis pour le plaisir une phrase syncrétique : « Je me souviens avoir eu l'idée qu'il était grand temps pour la gauche de reprendre le terrain moral du space opera, occupé par la vieille garde américaine impérialiste et proto-fasciste », page 227.

     Des trois nouvelles qui concluent la sélection, j'ai particulièrement apprécié les textes de Laurent McAllister (Jean-Louis Trudel et Yves Meynard en collaboration) et de Paul J. McAuley, une aventure spatiale très inventive. Enfin, Science-fiction 2006 se clôt de la façon la plus navrante qui soit avec une nouvelle chrétienne et crétine de Peter Crowther qui m'a absolument gonflé.

     Au final, voilà mon bilan purement subjectif : deux textes formidables (McAuley, Reed), trois bons textes, trois ratages et deux navets (Crowther, Traviss). L'ensemble est moins convaincant que le Fiction n°2 des Moutons électriques (débordant de créativité), mais devrait séduire davantage les amateurs de « vraie » science-fiction. Je doute fort que le Nouveau space opera soit en mesure de redynamiser la science-fiction actuelle (qui me semble agonisante depuis la parution d'Hypérion, belle épitaphe), mais si l'équipe de Bragelonne me prouve le contraire, je serai le premier à faire amende honorable dans un prochain Bifrost.

Thomas DAY
Première parution : 1/5/2006
dans Bifrost 42
Mise en ligne le : 31/7/2007


     Je rêvais d'étoiles, la dure nouvelle de Peter F. Hamilton qui ouvre le recueil est une allégorie parlante : la SF est en lutte contre la fantasy. Ces deux mondes peuvent-ils ou non coexister ?

     Les éditions Bragelonne, spécialisées en fantasy, ont répondu positivement à cette question en consacrant une revue à l'exploration de la galaxie SF dans ce qu'elle a de plus excitant : la nouvelle. Placée sous la responsabilité de notre ami Jean-Claude Dunyach, la première livraison de cette anthologie annuelle s'impose d'emblée comme une lecture indispensable pour qui aime ou veut comprendre la SF contemporaine.

     Science-Fiction 2006 offre aussi quelques articles d'intérêt. Une admirable préface de Peter Crowther m'a permis de rassurer mon épouse : je ne suis pas le seul cinglé à envahir la maison de livres ! Un entretien avec Harry Harrison ; un autre avec Iain M. Banks permettent de mieux cerner l'œuvre de ces auteurs. Enfin un fameux article de Jean-Claude Dunyach sur les nouvelles formes du space opera met bien en lumière les caractéristiques de ce qu'il est convenu de nommer le Nouveau Space Opera (NSO).

     Science-Fiction 2006, résolument tournée vers les auteurs anglo-saxons, est un florilège de nouvelles de NSO qui renoue avec ce qui fait le charme de la littérature que nous aimons : le « Sense of Wonder ».

     Quelle inventivité, par exemple, dans Continuum de James Lovegrove, une folle variation sur le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne. Dans ce monde délirant, le héros est un « Fogg », un voyageur professionnel dont l'idée fixe est de gagner de la Vitesse. Humour et créativité aromatisent cette nouvelle dont le rythme tire sans cesse son lecteur en avant.

     Les Rémoras, de Robert Reed, est un récit assez fascinant, offrant de belles images cosmiques et une descente au fond de l'âme humaine. Premier aperçu en français d'une œuvre de Reed à paraître, construit sur une formidable idée. C'est avec impatience que nous attendons de lire Le Grand Vaisseau...

     Autre réussite : Le Front pour l'Humanité, de Ken MacLeod. Une uchronie parfois ennuyeuse lors de ses développements sociopolitiques, mais suscitant l'intérêt par un mystère lié à l'anti-gravité et à de curieux bombardiers. Un conseil : ne pas se laisser décourager par les passages rabâchant des idées politiques d'un autre temps, car la chute plonge le lecteur dans un vertige cosmique pour le moins inattendu !

     Morceau par morceau, de Karen Traviss, est une nouvelle très forte sur la responsabilité. Jusqu'à quel point pouvons-nous ne pas intervenir sans nous sentir coupables, sans rejeter notre humanité ?

     À côté de ces points forts se placent d'autres nouvelles plus légères et farcies d'humour. La planète Mars peut-elle changer l'orientation sexuelle ? se demande Patrick O'Leary (Moi, après le caillou). Les traitements réjuvénants ne sont pas toujours au point, n'est-ce pas, Elizabeth Moon ? (La Réjuv générique de Milo Andry).

     Néanmoins, certaines nouvelles, en dépit de leurs idées originales, ne parviennent guère à susciter l'émotion. Comme si elles étaient trop intellectuelles, trop éloignées de nos repères. C'est le cas de Un homme seul, avant la Conjonction, de Laurent McAllister et des Jardins de Saturne, de Paul J. Mac Auley.
     Le lecteur n'adhère pas aux histoires qui ne fournissent pas suffisamment d'explications pour comprendre l'étrangeté du monde créé, de son environnement, de ses techniques, informatiques ou autres. Le fossé évolutif est trop grand. Il y a un hiatus entre la forme et le fond. J'avance une hypothèse : la forme du récit narratif, qui fait appel au cerveau gauche, gêne l'assimilation des rêves et des images novatrices, dont le siège se trouve dans le cerveau droit. Pour que l'effet joue, les auteurs qui voyagent très loin dans l'évolution ont intérêt à écrire dans un registre poétique, à l'instar de ce modèle classique que sont les Seigneurs de l'Instrumentalité de Cordwainer Smith.

     Mais plongez sans attendre dans Science-Fiction 2006 et munissez-vous d'un peigne... Car, comme le dit Jean-Claude Dunyach : « attention, ça décoiffe ! ».

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/4/2006
dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 10/2/2009


 
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