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Les Voitures volantes

Patrick J. GYGER

Science Fiction  - FAVRE, dépôt légal : septembre 2005
192 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : 2-8289-0842-9
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Symbole d'une modernité qui tarde à arriver, la voiture volante apparaît dans l'imaginaire des ingénieurs dès le début du XXe siècle. En 1940, Henry Ford lui-même déclare : « Souvenez-vous de ce que je vais vous dire : une combinaison de l'avion et de l'automobile va voir le jour. Vous pouvez sourire. Mais cela viendra... »
     La science-fiction nourrit elle aussi de tels espoirs. Elle prépare le futur en entretenant nos fantasmes technologiques : ici, celui de pouvoir éviter l'engorgement des heures de pointe en s'élevant au-dessus de la masse pour rentrer tranquillement chez soi...
     Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, les voitures volantes ne sont pas restées des rêves de papier ou de pellicule : plusieurs de ces véhicules ont bel et bien volé ! De l'Airphibian à l'Aerocar, de nombreux engins roulants et volants naissent au fil des années, avant de disparaître faute de moyens, de mise au point ou de séries industrielles. Pourtant, aujourd'hui plus que jamais, des compagnies privées travaillent sur de nouveaux modèles, et même la NASA s'y intéresse.
     Cet ouvrage se propose de raconter l'histoire des voitures volantes, dans la fiction, mais aussi à travers les réalisations concrètes de bricoleurs géniaux et passionnés. Il nous présente ainsi notre monde tel qu'il aurait pu être, et met en lumière le dialogue constant entre les contraintes du réel et les visions d'hommes qui tentaient de façonner un futur grandiose.

 
    Critiques    
     « Car si les voitures volantes ont été abondamment rêvées, elles furent aussi bel et bien construites — et, dans un nombre appréciable de cas, confrontées à l'épreuve du réel avec succès. Elles n'étaient donc pas condamnées au tarmac, à se voir refuser le droit de quitter les pages des romans de science-fiction.
     Dès lors, cette plongée dans un thème qui, au premier abord, peut paraître anecdotique, se veut également révélatrice d'un dialogue évident entre le quotidien et les rêves de ces hommes qui tentaient de façonner un avenir qu'ils voulaient grandiose.
     Les voitures volantes nous questionnent ainsi sur la façon dont l'humanité utilise les technologies à sa disposition, donnent à entrevoir ces moments où la fiction passe ou non à la réalité, où notre monde bascule pour prendre un chemin plutôt qu'un autre — ne laissant derrière lui que des visions de papier ou de pellicule, nous présentant une époque dont le futur n'était pas notre présent. »(p.7)

     Même si ni les voitures ni les avions ne vous passionnent a priori, prenez le temps de regarder ce stupéfiant ouvrage de Patrick Gyger, conservateur de la Maison d'Ailleurs à Yverdon. Vous y découvrirez un univers insoupçonné lié à la voiture volante, une icône en apparence banale pour l'amateur de SF... tant que celui-ci n'aura pas appréhendé sa véritable dimension grâce à la lecture de cet ouvrage.
     Savez-vous que dès 1772 un chanoine s'est précipité du haut d'une tour à bord d'un « cabriolet » pourvu d'ailes ? Et que depuis de multiples prototypes réalistes ou délirants n'ont pas cessé d'être imaginés et parfois réalisés ? Avez-vous une idée du nombre de brevets déposés à ce sujet ? Comprenez-vous l'optimisme de ces années 1920 où nombreux étaient ceux qui, comme Henry Ford, croyaient avec ferveur que chaque homme aurait bientôt son avion personnel, au même titre que sa voiture ? Concevez-vous les trésors d'ingéniosité qu'ont déployé ces inventeurs incroyables pour réaliser des avions modulaires dont les ailes ou le cockpit se détachent afin d'aller faire ses courses au plus proche magasin ? Croirez-vous que l'apparemment très fantaisiste zorglumobile de Zorglub, le célèbre adversaire de Spirou, reproduit fidèlement une Ford volante à décollage vertical de 1958 ? Et qu'aujourd'hui même, un certain Paul Moller tente de convaincre des investisseurs de financer sa Skycar M400, projet initié il y a environ quarante ans, capable actuellement de décoller verticalement jusqu'à douze mètres, mais sans pilote à son bord et retenue par un câble ?

     C'est tout un pan d'Histoire que nous révèle Patrick Gyger, une Histoire un peu folle, en partie réelle et en partie seulement rêvée. Truffé d'anecdotes, de portraits saisissants, d'extraits de romans ou de témoignages, son récit est captivant, plein de rebondissements, d'espoirs et de déceptions, avec bien sûr quelques morts pour la cause. L'iconographie est particulièrement riche : dessins, photographies, extraits de BD ou de films, publicités, plans de brevets, couvertures de pulps ou de livres, cartes postales, maquettes... la voiture volante aura été omniprésente dans l'imagerie du XXe siècle, non seulement dans l'imagination sans limite des illustrateurs de science-fiction mais aussi dans le monde réel.
     Ces « souvenirs d'un futur rêvé » se lisent avec un étonnement sans cesse grandissant, se feuillettent inlassablement pour sourire devant l'Automotoroadooaromonoaeroboatoplane, lire une planche de Zig et Puce au XXIe siècle, parcourir le prospectus détaillé de l'astucieux Aerocar « trois-en-un », redécouvrir des citations de Robida, Dick ou Heinlein, ou encore admirer le design du CarterCopter, un « gyroplane » testé depuis 1998...

     Tout cela illustre certes « une époque dont le futur n'était pas notre présent », mais la voiture volante n'a pas dit son dernier mot et a sans doute encore un bel avenir devant elle, un avenir auquel on peut aujourd'hui rêver avec beaucoup de plaisir devant ce magnifique ouvrage.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/12/2005
nooSFere


     On nous l'avait prédit maintes et maintes fois : en l'an 2000, chacun voyagerait dans des voitures volantes. Hélas, cinq années plus tard, nous ne voyons toujours pas le moindre de ces libres véhicules sillonner nos cieux, tandis que leurs tristes équivalents routiers flambent au bord du trottoir... Que s'est-il donc passé, qu'est-il advenu de cet avenir radieux ? L'auteur du bel ouvrage récemment publié chez l'éditeur suisse Favre se propose de nous présenter « une époque dont le futur n'était pas notre présent » — jolie formule, vraiment, qui, outre qu'elle clôt une introduction superbement rédigée dans un style digne des meilleurs livres d'histoire de l'art, résume, me semble-t-il, assez bien le sentiment de vertige de l'imagination et de doute sur le réel qui s'est bien souvent emparé de moi à la lecture de ces pages.

     Car si elle est née dans la littérature de science-fiction et dans les illustrations qui l'accompagnaient, l'idée d'un appareil volant combinant les avantages de l'automobile à ceux de l'avion a ceci d'étonnant qu'elle est très vite passée dans le domaine du réel. Patrick J. Gyger, actuel conservateur de la Maison d'Ailleurs (le musée de la science-fiction, à Yverdon, en Suisse — une exposition s'est tenue en parallèle de la sortie du livre), se trouvait certainement en idéale situation pour ainsi explorer un concept tenant tout autant du fantasme science-fictif que de la réalisation industrielle (on notera, de plus, que l'écrivain et grand érudit de la S-F, Francis Valéry, est crédité d'une collaboration au dit opus). Et rarement il nous aura été donné à aller et venir avec autant de talent et de pertinence entre l'histoire de l'esthétique, de la littérature, de l'industrie et de la technologie. En fait, je ne vois guère que le catalogue Scènes de la vie future (sur l'architecture européenne et la tentation de l'Amérique de 1893 à 1960), publié par Jean-Louis Cohen chez Flammarion en 1995, a avoir déjà réussi pareil exercice d'érudition.

     Qu'il soit rendu grâce à Gyger et Valéry de nous permettre d'allier des documentations techniques précises aux rêves des images les plus folles, la naïveté des aluminiums fuselés et des lignes futuristes kitsch. Combien d'uchronies pourraient naître de ces pages ? Car s'il y a bien une chose qui m'a particulièrement frappé, c'est l'ironique paradoxe des vices du système capitaliste exposé dans les déboires et échecs même des projets les plus avancés des voitures volantes. Chaque fois, il se trouve des actionnaires avides pour saborder le projet par appât du gain rapide, des industriels pressés d'enterrer une invention pour cause de courte vision, des administrations pour interdire une technologie trop nouvelle pour leurs paperasses... Si nulle aerobile, aucune convair, zéro skycar ne survole nos cités, c'est semble-t-il parce que le libéralisme à l'américaine ne permettait pas un tel saut conceptuel et commercial.

     Trop rares sont les livres qui, dans le domaine des littératures de l'imaginaire, sortent des sentiers battus et rebattus du format roman : il semblerait que nos éditeurs soient frileux, terriblement conservateurs dès qu'il s'agit d'esthétique. C'est aussi pour cela qu'il convient de louer des initiatives tels que les grands romans de chez La Volte ou ce beau livre publié sous l'égide de Favre. L'œil se réjouit, le texte se déroule, la nostalgie monte de ces pages.

André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/1/2006
dans Bifrost 41
Mise en ligne le : 31/3/2007


 
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