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Les Légions immortelles

Scott WESTERFELD

Titre original : The Risen Empire, 2003

Cycle : Succession vol.

Traduction de Guillaume FOURNIER
Illustration de Stephan MARTINIÈRE

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5855
Dépôt légal : mars 2006
416 pages, catégorie / prix : 11
ISBN : 2-266-14865-6   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   POCKET, 2007
   in Succession - L'intégrale, 2012

    Quatrième de couverture    
     L'Empire ressuscité : quatre-vingts mondes sous la domination absolue d'un Empereur immortel. Son ennemi : la secte des Rix, fanatiques cyborgs dont le but est de faire émerger des I.A. toutes-puissantes sur chaque planète qu'ils rencontrent, puis de les vénérer comme leurs dieux. Le secret de l'immortalité détenu par le souverain permet d'accroître les populations et de renforcer ses armées. Ses partisans les plus farouches, les « gris », ont peu d'opposants si ce n'est le parti du sénateur Nara Oxham, qui milite pour que cesse la résurrection des morts.
     Quand la soeur de l'Empereur, l'Impératrice-enfant, est capturée par les Rix, le Père des immortels craint que son secret ne tombe entre les mains ennemies. Le commandant Laurent Zaï, héros de guerre célèbre, est envoyé en mission de sauvetage. s'il échoue, il lui faudra renoncer à l'immortalité et bien plus encore...

     Première partie du space opera Succession, Les Légions immortelles nous entraînent dans un futur lointain où humain et machines luttent pour sauvegarder l'intelligence. Oui, mais laquelle ?
 
    Critiques    
     Quatre ans après la publication de l'excellent L'I.A. et son double chez Flammarion « Imagine » (premier roman traduit en France mais en fait troisième bouquin de l'auteur — cf. critique in Bifrost n°27), voici donc que nous arrive en inédit chez Pocket un nouveau Westerfeld, Les Légions immortelles, premier volet d'un diptyque space op' pour le moins musclé qui nous narre, dans un futur lointain, la guerre qui oppose l'Empire ressuscité, quatre-vingts mondes humains sous la férule d'un empereur vieux de vingt siècles, aux terribles Rix, créatures plus proches de la machine que de l'homme, serviteurs d'I.A. aux pouvoirs quasi divins. Humains contre machines, donc, mais des humains dirigés par une caste d'immortels dont on se demande s'ils sont encore humains, justement...

     Le bouquin s'ouvre sur une hallucinante scène de bataille sur Legis XV, une planète aux marches de l'Empire. Ça dégage dans tous les coins, Westerfeld enchaîne les trouvailles technologiques à la cadence d'une mitrailleuse Thomson, entrecroise différents points de vue, différentes lignes de narrations, on est dedans, et pas pour rire. Accrochez-vous, ça va durer plus de cent pages ! Trop, probablement, car si l'auteur n'oublie pas de poser son univers dans cette gigantesque baston, il assène aussi un jargon technico-scientifique parfois lourdingue et à la longue éreintant. Ce qui n'empêche pas Westerfeld d'embarquer le lecteur dans ce tourbillon brutal, porté qu'il est, le lecteur, par l'impact des scènes décrites et le relief immédiat de persos qui, pour certains, dégageront dans une giclée de sang dix pages plus loin. Bref, une entrée en matière pyrotechnique sur plus d'un quart du bouquin assez sidérante... Si la suite est plus calme, elle n'en reste pas moins fort rythmée et, peu à peu, la structure narrative se dessine. Ainsi suivra-t-on pour l'essentiel trois personnages : Laurent Zaï, héros de guerre humain aux commandes d'une corvette impériale sur le front de Legis XV ; le sénateur Nara Oxham, qui s'oppose à l'empereur et à sa cohorte d'immortels et nouera une idylle avec Zaï le temps de trois flash-back assez touchants ; et enfin Herd, une Rix rescapée qui développera une relation étonnante avec une humaine de Legis XV. Voilà pour la forme.

     Le fond est quant à lui plus fouillé qu'il n'y paraît de prime abord. D'abord parce que les personnages de Westerfeld sont d'une jolie profondeur, moins manichéens qu'on pourrait le croire, en prises à des dilemmes moraux aigus. L'univers du roman est fouillé, le monde humain, s'il fait front à la menace Rix, est le théâtre de luttes politiques réelles avec pour pivot l'affrontement entre les tenants de l'immortalité (les dirigeants, les factions impériales, comprenez les réactionnaires), qui se servent de cette même immortalité comme levier social, et les opposants (les démocrates, en fait), incarnés par le sénateur Oxham, qui refusent l'accession à l'immortalité, considérant cette dernière comme un facteur d'immobilisme mortifère. Face au monde humain, les machines et leurs serviteurs Rix font également état d'une jolie profondeur, des « méchants » réclamant un droit à la vie légitime tout en développant des aspirations qui auront tôt fait de convaincre le lecteur qu'après tout, les « méchants » ne sont peut-être pas ceux qu'on croit...

     Sans atteindre la finesse de L'I.A. et son double (quoiqu'on y retrouve beaucoup des questions soulevées dans ce dernier, quant à la bipolarité I.A./humain, notamment), et pour peu qu'on s'adapte à un jargon « technoïsant » parfois rebutant, Les Légions immortelles, qui n'est autre que la première moitié d'un roman coupé en deux (dès la VO, d'ailleurs), s'impose comme un space opera de facture classique mais de qualité, un excellent morceau de S-F taillé pour divertir, ce qu'il fait avec classe, et même un peu plus que ça. Une bonne pioche, sans aucun doute, et un inédit S-F chez Pocket à moins de 9 euros dont on aurait tort de se priver. Vivement la suite...

ORG
Première parution : 1/5/2006 dans Bifrost 42
Mise en ligne le : 30/7/2007


     On avait découvert Scott Westerfeld à l'occasion de la parution en France d'un formidable roman, L'IA et son double, publié dans la collection Imagine de Flammarion début 2002 et qui avait valu à son traducteur, Pierre-Paul Durastanti, le Grand Prix de l'Imaginaire. Quatre ans plus tard, il nous revient avec ce roman publié par Pocket, qui poursuit sa politique de publication d'inédits de temps à autres. De l'aveu même de l'auteur, il s'agit d'un livre tel qu'il aurait aimé en lire quand il avait quatorze ans, soit un bon gros space opera avec des batailles spatiales dantesques, des actions de terrain en armure afin de sauver des otages. Bref, un roman à la Star Wars. Et le moins que l'on puisse dire est que Westerfeld a injecté un maximum d'ingrédients pour mener à bien sa tâche : on y trouve des vaisseaux surpuissants, des drones de combats, un Empereur et une Impératrice, des luttes d'influence. Ajoutez à cela un découpage très cinématographique fait de très courtes scènes, narrées selon un nombre de points de vue particulièrement élevé, et vous comprendrez que l'univers de Lucas a dû fortement influencer l'auteur.

     Mais celui-ci ne souhaitait pas faire plaisir qu'à un adolescent de quatorze ans, aussi a-t-il voulu conférer un côté réaliste à l'ouvrage. Cela passe tout d'abord par un travail en profondeur sur ses protagonistes, afin de leur donner des personnalités fouillées (notamment par le biais de flash-back). Ensuite, il a tenté de décrire de la manière la plus crédible possible l'état d'avancement des technologies de combat ; cela passe par un vocabulaire technophile des plus présents. Pour ceux qui aiment, cela permet une immersion totale dans cet univers ; d'autres trouveront sans doute que par moments le livre devient un peu trop jargonneux. Quoi qu'il en soit, mission accomplie : on n'a jamais l'impression de se retrouver dans un monde de carton-pâte — contrairement à la deuxième trilogie Star Wars, justement — , mais bien au coeur de l'action, au tournant de l'histoire de l'univers. L'intrigue se déroule en effet quand la race humaine doit faire face à sa plus grande menace, représentée par les rix, lesquelles capturent l'Impératrice. Pour la première fois, l'humanité est confrontée à autre chose qu'une échauffourée, et n'a pas l'assurance de triompher.

     L'Impératrice est la propre soeur de l'Empereur, le premier homme à avoir défié la mort et à en avoir triomphé. Plus que dans la lutte pour la suprématie guerrière, le véritable enjeu est là, dans cette quête millénaire : repousser toujours plus loin les limites du corps humain, afin de devenir immortel. Cette recherche est au coeur des préoccupations de tous : pour les serviteurs de l'Empereur, elle passe par l'apprivoisement de la mort, considérée comme un passage obligatoire ; pour les rix, l'immortalité s'acquiert en associant le mécanique au biologique. Ces interrogations métaphysiques constituent donc le coeur du roman, et occasionnent un certain nombre de polémiques entre les protagonistes, certains ayant décidé de laisser faire la nature et de demeurer mortels. Ces interrogations métaphysiques constituent donc le cœur du roman, et occasionnent un certain nombre de discussions entre les protagonistes, lesquelles renvoient définitivement au placard l'idée qu'on est en présence d'un space opera pour adolescents.

     Même s'il reste moins passionnant que L'IA et son double, Les légions immortelles est donc une réussite de plus à mettre à l'actif de l'auteur, qu'on souhaite donc relire le plus rapidement possible. Ce qui devrait être le cas : ce livre n'est en fait que la première partie d'un roman coupé en deux dans son édition originale pour d'obscures raisons de placement en librairies. L'action s'arrête ainsi en plein milieu, ce qui risque de frustrer nombre de lecteurs. Souhaitons donc que Pocket ne traîne pas trop pour nous proposer la suite de cet excellent space opera.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 12/11/2008


     Les Légions Immortelles s'ouvrent sur une impressionnante opération d'infiltration dans un palais où sont retenus en otages des personnages officiels et la sœur d'un empereur-dieu. L'originalité de la chose réside dans la nature même des preneurs d'otages, la Secte Rix, composée de cyborgs femelles décidées à propager, depuis le palais impérial, un virus destiné à contaminer l'infrastructure informatique de la planète pour « semer la graine » d'une intelligence artificielle au sein de l'Empire, avant de la laisser se développer. Seconde originalité : pour sauver leur Impératrice vénérée en réduisant les risques, les militaires ont opté pour une intrusion discrète via des nano-vaisseaux d'une envergure d'un millimètre, dirigés à distance par des pilotes émérites. Cette longue (mais palpitante) introduction menée tambour battant, rythmée par les différents points de vue des protagonistes 1, nous plonge dans le feu de l'action à une échelle microscopique en multipliant à chaque ligne des inventions hi-tech fascinantes, proches de la hard science mais compréhensibles au profane. Ce procédé astucieux évite d'écraser le lecteur avec une entrée en matière trop indigeste, en privilégiant une approche progressive mêlant explications politiques et scientifiques à l'action pure.

     Nous apprenons ainsi que la fraction d'univers colonisée par les humains, soit quatre-vingt mondes, est sous la coupe d'un empereur immortel 2. Notre Terre n'est plus qu'un lointain souvenir perdu au fin fond du cosmos, et les Rixs sont cantonnées à l'extérieur de nos frontières spatiales jusqu'au jour où elles rappellent leur existence avec une incursion sur le territoire impérial pour y implanter leur intelligence artificielle adorée. Le « héros » de l'aventure est un certain Commandant Zaï, jeune homme promu par l'Empereur en personne après avoir été capturé et torturé par des opposants au régime. Sa notoriété est si grande qu'on lui a confié le sauvetage de l'Impératrice. Les enjeux sont de taille, car un échec impliquerait son suicide pour « faute de sang », et un sérieux coup porté à l'Empire.

     Tout cela nous amène à l'Empereur, dont la première apparition est judicieusement retardée pour accentuer son aura. Véritable figure messianique crainte et respectée, l'Empereur est le créateur de la vie éternelle, devenue un objet de culte et une voie d'élévation spirituelle initiée par un suicide rituel, la mort étant une étape indispensable à l'implantation de modules permettant la résurrection. Cependant, ce « privilège » ne lui est pas réservé, et la plupart de ses sujets embrassent l'immortalité au crépuscule de leur vie. Dans l'Empire, les « vivants » à l'existence éphémère, jouissant des miracles de la technologie pour leur bon plaisir, situés en bas de l'échelle sociale, s'opposent ainsi aux « morts » ayant renoncé aux facilités technologiques pour consacrer leur immortalité à une existence austère. Ces derniers constituent la sphère dirigeante, grâce à la légitimité impliquée par l'âge et l'expérience. Les Rixs, ensuite. Ces fanatiques ont également refusé la mort mais d'une façon différente, en améliorant leur métabolisme pour devenir des machines vivantes louant l'intelligence artificielle plutôt que de l'exploiter, comme le font les humains. Leur philosophie, basée sur la supériorité informatique par rapport à l'imperfection humaine est, elle aussi, largement développée dans cette histoire au background extrêmement fouillé.

     Les Légions Immortelles s'articule donc autour du thème de l'immortalité, mais aussi de l'intelligence artificielle appliquée au quotidien à l'échelle la plus infime, celle des nanotechnologies (soins médicaux instantanés, vêtements auto-adaptifs...). Dans le roman, ces réflexions sur la vie et la mort, ainsi que les rapports liant les humains à la science érigée au statut de religion (autorisant ce que leur ancien Dieu leur refusait : l'immortalité) s'avèrent passionnantes à suivre. La forme se révèle tout aussi audacieuse, à commencer par ce parti-pris consistant à présenter l'histoire du point de vue d'une dictature et de ses « héros » endoctrinés. On a parfois l'impression d'assister à un « dark space opera » (dans cet ordre ou un autre), comme une sorte de Star Wars vu par les yeux de l'Empire, la sénatrice rebelle Nara Oxham faisant office de Princesse Leïa 3. En outre, l'essentiel de l'intrigue concerne cette fameuse prise d'otage aux conséquences fondamentales, relatée suivant un « montage parallèle » entre les actions des différents acteurs. Rappelons enfin l'extrême originalité des trouvailles scientifiques omniprésentes, de la combinaison de combat soignant automatiquement son porteur à la maison « pensante ». En bon narrateur, Westerfeld trouve toujours quelque chose pour relancer l'intérêt du lecteur avec un art consommé du suspens, en se gardant bien d'abattre toute ses cartes, sans hésiter à emprunter parfois des voies surprenantes !

     Dark space opera hi-tech bourré d'action et de stratagèmes politiques doublé d'une réflexion sur l'immortalité, conté du point de vue d'un empire dictatorial, voilà comment résumer (à peu près) ce roman à la richesse étonnante. Et s'il fallait encore un argument pour vous convaincre : le genre est loin d'être ma tasse de thé, j'ai pourtant dévoré Les Légions Immortelles.


Notes :

1. Comprenant ceux de l'Impératrice-enfant, et même de l'intelligence artificielle installée par les Rixs !
2. À la troublante similitude avec celui du jeu tactique Warhammer 40 000.
3. Notons, à ce propos, l'importance de ce personnage opposé à l'Empereur, qui permet d'évacuer tout procès d'intention (une guerre justifiée par une attaque terroriste, un auteur texan fasciné par la technologie militaire... le raccourci serait facile).


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 21/4/2010 nooSFere


 

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