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49302

Nathalie LE GENDRE

Science Fiction  - Illustration de Gilles FRANCESCANO & Thierry FRANCESCANO
MANGO Jeunesse, coll. Autres Mondes n° 37, dépôt légal : février 2006
216 pages, catégorie / prix : 9 €, ISBN : 2-7404-2076-5
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Elora reste dans voix. Installée dans le grenier de sa grand-mère, elle tient entre ses mains tremblantes un manuscrit d'où s'échappent des coupures de journaux sur lesquelles le nom de son grand-oncle apparaît. Un titre achève de la glacer d'effroi : « Loïk Gwilherm condamné aux travaux forçés sur la station-bagne XV de la planète Syringa ». Quel mystère cache sa famille ? Quelle sombre histoire a bien pu envoyer son grand-oncle dans un bagne spatial ? Une seule solution pour le savoir : lire la pile de feuilles jaunies qui repose sur ses genoux, ce manuscrit écrit par Maelwenn, sa grand-mère, en mémoire de son frère Loïk, et au titre énigmatique « 49302 »...

 
    Critiques    
     Si certains romans commencent précautionneusement par la mention que « toute ressemblance avec une personne ayant existé serait pure coïncidence », ce n'est clairement pas le cas de 49 302 ! Pour ce bouleversant roman, Nathalie Le Gendre s'est inspirée de l'histoire véridique de Guillaume Seznec, innocent condamné aux travaux forcés dans la première moitié du XXe siècle. Elle imagine qu'une mésaventure semblable arrive à Loïk Gwilhern, un lointain descendant de Guillaume Seznec. Accusé du meurtre de son meilleur ami, Loïk, à l'issue d'un procès marqué par le mensonge du témoin principal, est déporté au bagne, sur une station orbitale gravitant autour de la planète Syringa. Là, les prisonniers, soumis à un régime de travail inhumain sous les ordres d'un homme cruel et malhonnête, sont maltraités, affamés, humiliés, roués de coups, et utilisés comme des esclaves que l'on jette après l'emploi. Pourtant, Loïk survivra et apprendra beaucoup sur la mystérieuse Syringa.

     Ce roman, postfacé par Denis Seznec, à l'heure du procès en réhabilitation de son grand-père Guillaume Seznec, matricule 49 302, ne se lit pas comme une simple fiction. Il est impossible d'oublier que ce drame s'est réellement produit, que des hommes se sont déjà comportés ainsi, et que cela peut recommencer si nous n'y prenons garde. Mais n'allez pas croire que 49 302 est un livre démonstratif ou ennuyeux. C'est un roman d'aventures passionnant, qui se lit d'une traite et donne envie, tout à la fois, de se plonger dans les autres œuvres de Nathalie Le Gendre et d'en savoir plus sur « l'affaire Seznec ». Et pourquoi pas, de s'informer sur les conditions de détention actuelles et de militer pour un peu plus de justice en ce monde.
     Un roman qui se dévore et qui fait réfléchir. C'est considérable.


Lucie CHENU
Première parution : 10/3/2006
nooSFere


     En fouillant dans les affaires de sa grand-mère, Elora tombe sur un texte au titre mystérieux : « 49 302 ». Titre chiffré qui n'est autre, en fait, que le numéro matricule de Loïk Gwilherm, son ancêtre, accusé à tort d'avoir tué son meilleur ami et condamné à purger sa peine sur la station-bagne XV de la planète Syringa. Au fil des pages, Elora découvre le calvaire mais aussi la lutte de cet homme contre l'injustice et la malveillance...

     Il est incontestable que l'affaire Seznec est une erreur judiciaire du siècle dernier qui restera dans les mémoires. C'est aussi l'exemple d'un combat pour la réhabilitation de la vérité et de l'honneur d'un homme. Et avec l'affaire d'Outreau, autant dire que l'écho est plus que brûlant. Où est la vérité ? Où situer les limites de la justice ? Où placer la frontière entre justice et injustice, si tant est qu'il y en ait une ?

     D'une part, Nathalie Le Gendre décrit avec force et dureté l'emprisonnement de Loïk, sans nous épargner les humiliations, le goût du sang, des excréments et de la déshumanisation des bagnards. Elle appuie sur la tête de son lecteur, lui enfonce le nez dans la fange, le fait trembler de froid, de peur, bref, n'y va pas avec le dos de la cuillère. Mais l'auteur ne s'arrête pas à ce qui aurait pu rester un roman presque écœurant de réalisme. Nathalie Le Gendre s'attaque aussi à la bêtise humaine, qui donne toute sa mesure dans la rencontre entre Loïk et les habitants de Syringa. Rencontre qui, finalement, permet à l'auteur de transmettre un message d'espérance.

     Certes, on pourrait critiquer le fait qu'elle recourre à un principe un tantinet simplet en opposant l'humanité à un peuple en accord parfait avec la nature environnante, ne cherchant rien d'autre que la vie en harmonie et volontiers pétri de bons sentiments. Mais après tout, n'est-ce pas là le paradis rêvé par beaucoup ? Enfin davantage de paix, avec soi-même et les autres ? C'est en tout cas un moyen indiscutable de révéler la face obscure de l'Homme, de l'inspecter, la triturer et la cracher à la figure du lecteur pour le mettre face au problème. Et réfléchir.

     Reste un roman de science-fiction qui s'impose comme un vibrant hommage à Guillaume Seznec, mais aussi un livre de réflexion sur l'humain, écrit avec rythme, finesse et brutalité. Un savant mélange pour ne jamais oublier les vrais combats.

Michaël ESPINOSA
Première parution : 1/5/2006
dans Bifrost 42
Mise en ligne le : 4/8/2007


     Dénoncer l'injustice

     Eprise de vie et de liberté, Nathalie Le Gendre a trouvé le média qui lui convient pour dire ses colères : les romans SF pour la jeunesse.
     Sa quatrième œuvre du genre, le numéro 37 de la collection Autres Mondes des éditions Mango, porte un titre significatif : 49302. Le matricule de bagnard de Guillaume Seznec, innocent ayant passé 24 ans dans l'enfer de Guyane, suite à une machination.
     Nathalie Le Gendre imagine qu'un de ses descendants revit le même drame en 2123. Le bagne est devenu spatial, en orbite autour d'une planète toxique, que les prisonniers sont contraints de fouler pour en extraire une drogue euphorisante.
     Mais sur la planète Syringa vivent des êtres intelligents, les Nûa¨. Dotés d'empathie, ces êtres entrent en communication avec Loïk et parviendront, indirectement, à réparer cette erreur judiciaire et à faire cesser l'injustice.
     Réflexion sur le bagne, les erreurs judiciaires, la cruauté humaine, le goût du pouvoir, l'inhumanité, 49302 est tout cela à la fois. Ce récit, bien construit par une talentueuse romancière, ajoute un élément fort à une collection intelligente et indispensable.

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 25/4/2006
24 heures
Mise en ligne le : 19/12/2008


     L'affaire Seznec, ça vous dit quelque chose ? Plus d'un siècle après Jean Valjean, Guillaume Seznec fut condamné au bagne pour un peu plus qu'un vol de pain — le meurtre d'un industriel, dont le corps ne fut jamais retrouvé. Seznec était la dernière personne à l'avoir vu vivant. Autant dire le coupable idéal... Pourtant, ses vingt années de travaux forcés à l'île du Diable sont aujourd'hui considérées comme une terrible erreur judiciaire. Guillaume, qui ne cessa jamais de clamer son innocence, fut gracié en 1947, mais jamais réhabilité. Il mourut en 1953 dans d'étranges circonstances, renversé par une camionnette dont le conducteur prit la fuite... Après de nombreuses tentatives avortées, son petit-fils Denis obtient enfin en 2005 la réouverture du dossier.

     49 302, le nouveau roman de Nathalie Le Gendre (dont le titre reprend le numéro de matricule de Seznec), transpose assez fidèlement ces événements au XXIIe siècle. Loïk Gwilherm, descendant de Guillaume Seznec, est arrêté pour le meurtre de son ami Gaëc. Innocent, il est pourtant condamné aux travaux forcés sur la station-bagne XV de la planète Syringa. Là-bas, il connaîtra la souffrance, la promiscuité, la solitude, les brimades et l'humiliation, mais aussi l'amitié d'une jeune « Nùa¨inu », créature humanoïde et velue...

     Les précédents livres de Nathalie Le Gendre souffraient déjà d'excès de naïveté, de didactisme, bref, de moraline, pour reprendre le mot fameux de F. Nietzsche. En d'autres termes, ils étaient déjà sérieusement handicapés par leur mièvrerie bien-pensante (ce que faisait néanmoins oublier, parfois, quelque élan plus viscéral — Automates par exemple, qui trahissait avantageusement l'amour de l'auteur pour les grosses cylindrées). Mais dans 49 302, en dépit de la touchante postface de Denis Seznec, Nathalie Le Gendre enfonce tellement le clou que nous passons tous à travers la planche...

     Commençons. 49 302 souffre d'abord d'importants problèmes de cohésion interne, comme ce boîtier de traduction automatique, qui d'une part permet à Loïk de bavarder quasi instantanément avec des extraterrestres sans aucun élément de référence, et qui, d'autre part, peine à traduire le mot « homme » dans la langue des Nùa¨inu — alors qu'il sait parfaitement traduire « mâle » ou « femelle » du Nùa¨inu au français... Par ailleurs, après avoir tondu les bagnards, après les avoir immatriculés et humiliés d'abjecte façon, les gardiens de la station-bagne autorisent les prisonniers à détenir et à utiliser leur « mémoplatIn », autrement dit leur ordinateur portable... Notons au passage que ces éléments SF ne sont que décorum ou prétextes à délivrer un message (l'injustice, la folie destructrice des hommes contre la nature...).

     Mais ce ne sont là que détails. Attardons-nous plutôt sur la question, à mon sens plus sérieuse, de l'incohérence littéraire du roman. Les épreuves subies par Loïk dans la station-bagne, de même que les petites combines du camp, rappellent fortement la description que fait Primo Levi de la vie entre les murs du Lager d'Auschwitz, dans Si c'est un homme... à cette différence essentielle (hormis le fait, bien entendu, que l'un est un témoignage quand l'autre est une fiction) que dans 49 302 Nathalie Le Gendre écarte toute distance et se jette à corps perdu dans la dénonciation de l'injustice et de la déportation. Chez Primo Levi, pudeur et distance permettaient au texte de ne jamais se départir de son irréductible humanité. Ici, les types psychologiques et l'emphase mélodramatique, souvent ridicules (« NOOONNN ! TAT¨OUIE ! [...] Nooooon... non... oh non... »), relèvent d'un sentimentalisme outrancier qui laisse bien plus de place à la vindicte populaire qu'à la réflexion.

     Ciel ! Jeunes lecteurs, si l'enfer de la détention et les conditions de vie des prisonniers vous intéressent, plongez-vous plutôt dans les bouleversantes Lettres de l'intérieur de John Marsden (L'école des loisirs, Médium, 2000), qui évitent habilement tous les écueils sur lesquels Nathalie Le Gendre s'est échouée. Et si vous en avez la force, plongez-vous ensuite dans les Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski, puis dans L'Île de Sakhaline d'Anton Tchekhov, où, écrit Varlam Chalamov (in Récits de la Kolyma), « la turpitude abrutissante et corruptrice des lieux de détention détruit, et ne peut pas ne pas détruire, tout ce qu'il y a de pur, de bon et d'humain ». Leur vision des repris de justice n'est pas moins romantique que celle de Nathalie Le Gendre, mais il y a là infiniment plus de littérature et de pensée que dans la poussive plaidoirie de 49 302. « Où rampe la raison, l'honnêteté périt », dit le poète...

Olivier NOËL
Première parution : 1/4/2006
dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 4/2/2009


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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