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La Cité des saints et des fous

Jeff VANDERMEER

Titre original : City of Saints and Madmen, 2001
Fantasy  - Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de Néjib BELHADJ KACEM
CALMANN-LÉVY, coll. Interstices n° (2), dépôt légal : août 2006
544 pages, catégorie / prix : 25 €, ISBN : 2-7021-3709-1

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Il était une fois, sur les bords du fleuve Moss, une cité fantastique du nom d'Ambregris qui entretenait une troublante ressemblance avec le monde que vous pensez connaître.
     Bâtie avec le sang de ses premiers habitants, et marquée pour des siècles par les répercussions de cette lutte, Ambregris est devenue une métropole d'une cruelle beauté — refuge pour les peintres et les voleurs, les compositeurs et les meurtriers...
     Vous y croiserez des Saints Vivants, des écrivains fous, de médiocres artistes se transformant soudain en génies, des calmars géants intelligents, ou encore d'étranges créatures furtives qui ressemblent à des champignons et détiennent les clés de nombreux secrets.
     Vous y trouverez aussi, au fil de ce livre-univers rabelaisien, grotesque, tragique et parfois déchirant, l'un des plus beaux portraits de ville de la littérature contemporaine.

     Né en 1968, Jeff VanderMeer a grandi dans les îles Fidji et passé six mois à parcourir le monde avant de retourner vivre aux États-Unis, où il en entamé une triple carrière d'écrivain, pour laquelle il puise son inspiration dans ses multiples voyages, d'éditeur-anthologiste (avec la série Leviathan) et de critique littéraire pour des supports tels que The Washington Post ou Publisher's Weekly. Jeff VanderMeer vit aujourd'hui à Tallahassee, Floride, avec sa femme Ann.

« Voilà une œuvre de fiction à ranger aux côtés de Calvino et de Borges. »
The Guardian.


    Prix obtenus    
Cafard Cosmique, [sans catégorie], 2007
 
    Critiques    
     [Note préliminaire : cette critique dévoile peu de choses sur l'histoire, mais davantage sur la structure de ce livre, qui participe beaucoup du plaisir de sa lecture. Toute personne souhaitant garder la surprise est vivement encouragée à lire cette chronique après avoir lu l'ouvrage.]
     Le personnage principal de La cité des saints et des fous n'est pas Dradin, ce prêtre maudit qui tombe amoureux d'une femme aperçue à une fenêtre. Ni Martin Lac, le peintre tourmenté au succès énorme. Ni même Manzikert, le fondateur de la ville d'Ambregris. Non, le véritable héros de ce livre est bel et bien la cité elle-même, cette Ambregris. Bah, me direz-vous, ce n'est pas la première fois qu'un auteur fait d'une localité le protagoniste essentiel de son histoire. Certes, mais rares sont ceux qui ont poussé le principe aussi loin que Jeff VanderMeer. A vrai dire, il n'y a sans doute même personne qui l'ait poussé aussi loin. Car, plutôt que de situer un roman ou des nouvelles dans sa ville imaginaire, l'auteur procède par petites touches de différentes sortes. Cela commence par trois nouvelles, celles de Dradin, Martin Lac et Manzikert, donc. Des nouvelles classiques, plutôt réussies, qui nous font connaître la cité, sa fameuse fête du Calmar d'eau douce, ses habitants bizarroïdes — les champigniens, les vrais autochtones — et ses lieux favoris (le boulevard Albumuth, sur lequel se situe la librairie Borges). Mais la quatrième nouvelle sème le trouble : il s'agit d'un texte de fiction très étrange, dans lequel X, un écrivain, dit avoir inventé Ambregris de toutes pièces, confond réalité et fiction, et est interné. X, on s'en doute, est un alter ego de VanderMeer, mais l'auteur brouille les pistes en faisant de cette auto-fiction quelque chose d'inracontable, un jeu de miroirs dans lequel il est impossible de distinguer le réel et l'inventé. Il est vrai que la liste d'ouvrages « du même auteur » en début de volume aurait dû nous mettre la puce à l'oreille : y sont cités des livres, que bien évidement VanderMeer n'a pas écrits. A moins qu'il ne s'agisse d'ouvrages de X ? Mais cela ne fait que commencer.
     Car le docteur qui s'est occupé de X a récupéré auprès de celui-ci tout un tas de papier : des nouvelles annotées, un guide sur le Calmar royal avec une bibliographie (très) exhaustive, une série de chiffres codés, un glossaire d'Ambregris... Tous ces papiers sont reproduits avec moult illustrations et enluminures. Bref, un puzzle qui se reconstitue peu à peu sous nos yeux, et crée un monde imaginaire crédible et particulièrement fouillé. Un boulot de fou furieux, indescriptible ; cette chronique ne donnera qu'une faible idée du côté barjot du livre, que l'on rapprochera du livre de Mark Z. Danielewski, La maison des feuilles, pour son côté déstructuré. Mais là où La maison des feuilles, bien qu'intéressant, devenait au bout d'un moment assez illisible, VanderMeer n'oublie pas le côté ludique, et tout cela se lit relativement bien, d'autant plus que l'humour omniprésent facilite la digestion. Même si, au cours des annexes particulièrement roboratives et parfois redondantes, il n'est pas impossible que vous vous preniez à bailler. On conseillera donc aux lecteurs de ne pas chercher à lire tout d'un coup, mais de prendre son temps, de picorer à droite et à gauche dans ce livre, et d'y revenir de temps à autres. Il s'agit sans doute là des meilleures conditions pour apprécier ce pavé.
     Un dernier mot sur la traduction : ce livre est donc l'oeuvre d'un fou furieux ; il faut également apposer ce qualificatif sur les épaules du traducteur, Gilles Goullet, qui a hérité d'un travail colossal, et s'en sort avec virtuosité. Son travail est impressionnant, et concourt à faire de La cité des saints et des fous un des meilleurs ouvrages publiés en 2006. Jeff VanderMeer devra faire très fort, avec son prochain roman, pour ne pas décevoir après ce sommet. En attendant, gageons que ce gros pavé gorgé de Calmars fera couler beaucoup d'encre.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 4/1/2007
nooSFere



[Chronique commune aux trois premiers titres de la collection « Interstices ».
Les passages détaillant les deux autres titres ne sont pas reproduits ici.]


     Louable initiative des éditions Calmann-Lévy de lancer en cette rentrée littéraire 2006 une nouvelle collection entièrement dédiée aux désormais célèbres transfictions, si bien décrites par Francis Berthelot. Pilotée par Sébastien Guillot (qui dirige également une collection de fantasy chez le même éditeur), « Interstices » a le mérite d'afficher clairement la couleur : des textes parfaitement intégrés à la très large famille des littératures de l'imaginaire, mais précisément vendus au rayon mainstream. Les fans de S-F y trouveront évidemment leur compte et un lectorat tout neuf pourra par là même s'initier à un type de littérature qui, en s'émancipant des schémas narratifs traditionnels, s'impose d'emblée comme un courant cohérent, novateur et enthousiasmant. Trois ouvrages ont donc débarqué chez les libraires ces jours-ci : l'inconnu Sean Stewart et son Oiseau moqueur décidément très convaincant, le cultissime Koshun Takami et son célèbre roman Battle Royale (best-seller au Japon, et dont on a tiré le film éponyme), sans oublier le très attendu Jeff VanderMeer avec la non moins attendue Cité des saints et des fous. Couvertures sobres et décalées (à des années-lumière des horreurs criardes si courantes en S-F « standard »), textes évidemment inclassables (c'est la marque de fabrique de la collection), le pari est risqué, certes, mais revigorant et rassurant. A l'heure où les éditions FMR et Panama allient leur force pour rééditer la célébrissime « Bibliothèque de Babel » (cf. notre « focus » dans le Bifrost n°43) chapeautée à l'époque par Borges, « Interstices » vient occuper un espace éditorial que peinait à combler « Lot 49 » (dirigée par Claro, dont on a pu apprécier le travail de traducteur sur un roman aussi difficile que La Maison des feuilles de Danielewski), jusqu'ici seule sur le terrain de la littérature « bizarre », en tout cas en tant que collection.

     Après lecture, force est de constater que la collection réussit son pari et démarre d'entrée de jeu en frappant très fort : deux textes exceptionnels (Stewart et VanderMeer) et un moyen (Takami), mais dont le positionnement et la lisibilité lui assurent en principe un grand succès public, consolidant au passage « Interstices » en la rendant (on lui souhaite de tout coeur !) immédiatement rentable. Reste à espérer que la collection continuera sur le même registre, mais les quelques noms qui filtrent peuvent nous rassurer : Christopher Moore, par exemple, pour n'en citer qu'un.

     [...]

     Décollage enfin, avec l'exceptionnelle Cité des saints et des fous de Jeff VanderMeer. Magnifique construction littéraire qui convoque les fantômes de Borges et de Joyce, sans oublier les ombres de Kafka, Gray, Lovecraft ou encore Danielewski. Avec cet improbable mélange de styles, de partis pris littéraires, de délires comiques ou de nouvelles très sérieuses, VanderMeer réussit l'impensable : rendre son puzzle passionnant et crédible, drôle et inquiétant, profond et léger, intelligent et jamais gratuit. Du compte rendu médical qui reprend le thème classique de l'écrivain perdu dans sa création (« L'Etrange cas de X ») à l'essai scientifique cryptozoologiste sur le Calmar royal (« Le Calmar », à hurler) en passant par le texte d'horreur pur (« La Cage »), VanderMeer jongle avec une adresse stupéfiante et brosse peu à peu le portrait clinique d'une ville imaginaire, Ambregris, colonisée par des pêcheurs, habitée par des autochtones en forme de champignon et dont l'Histoire sert de fil conducteur à ce livre décidément hors norme. Prenant au piège les codes les plus traditionnels de la fantasy, l'auteur pousse la crédibilité à tel point qu'il finit par la tordre et rendre son texte aussi cinglé qu'incroyable. On se régale des illustrations qui abondent, du ton docte ou malade (mention spéciale au traducteur, Gilles Goulet, qui mérite un formidable coup de chapeau), des trouvailles épatantes (l'historien qui travaille sur la ville et qui méprise ses collègues avec des notes en bas de page assassines) et tout un chaos étonnamment organisé... De quoi donner envie de lire l'intégrale de VanderMeer au plus vite, à commencer par Veniss Underground dont on se prend à espérer une traduction prochaine.

     Avec ces trois titres, « Interstices » sort donc joyeusement des sentiers battus et s'aventure sur un terrain évidemment miné, mais passionnant. Une aventure éditoriale que l'on espère longue et qui donnera peut-être quelques idées aux concurrents. Au final, c'est le lecteur qui gagne, et c'est pas si courant...

Patrick IMBERT
Première parution : 1/10/2006
dans Bifrost 44
Mise en ligne le : 13/3/2008


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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