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La Zone du dehors

Alain DAMASIO


Cycle : La Zone du dehors (omnibus)



La VOLTE  n° (9)
Dépôt légal : février 2007
496 pages, catégorie / prix : 26 €
ISBN : 978-2-9522217-9-5   
Genre : Science-Fiction

Site officiel du roman : http://www.lavolte.net/lazonedudehors/. Édition révisée, enrichie d'un DVD de Ludovic Duprez et Erwan Castex.



    Quatrième de couverture    
2084.
Owell est loin désormais.
Le totalitarisme a pris les traits bonhommes
de la social-démocratie. Souriez, vous êtes gérés !
Le citoyen ne s'opprime plus : il se fabrique. À la pâte à norme,
au confort, au consensus. Copie qu'on forme, tout simplement.

Au cœur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous :
la Volte. Le Dehors est leur pays, subvertir leur seule arme. Emmenés par
Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne
bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution — et même au-delà, jusqu'à
construire cette vie de partage, rouge, que personne ne pourra plus leur délaver.

Premier roman, aujourd'hui réécrit, de l'auteur de la Horde du Contrevent (Grand Prix
de l'Imaginaire 2006), la Zone du dehors est un livre de combat contre nos sociétés
de contrôle. Vous pouvez toujours baisser la tête et les paupières. Et reposer
ce pavé. Ce n'est que de la science-fiction. La demande sécuritaire,
les manipulations soft, la gestion de nos corps, le temps de cerveau
disponible, les citoyens traçables, géolocalisés par leur portable,
ce ne sont pas nos enjeux, ici, chaque jour. Ce n'est pas ce que
nous vivons. Aucun intérêt. D'ailleurs, il n'y a pas
de caméras dans nos villes.

     Prolongeant le livre, Ludovic Duprez
     et Erwan Castex ont ajouté un DVD qui
     met en images le chaos des zones où leur
     cerveau bivouaque depuis plus d'un an.
     Nourris au kebab et au manga, accélérés dans une
     cave cubique, les électrons libres de Sycomore Films
     frôlent ici les parois d'un tokamak graphique
     qui fusionne 3D déjetée, comédiens réels et images
     de synthèse. Avec une certitude :
     si Dieu n'a pas d'yeux, eux ont un regard...

    Prix obtenus    
 
    Critiques    
     Avant d'être Alain Damasio-La-Horde-du-Contrevent, Alain Damasio était Alain Damasio tout court, auteur d'un premier roman réussi/raté publié chez Cylibris dont deux ou trois sites web innommables avaient un jour parlé. Aujourd'hui (justement) célèbre pour le carton public et critique de La Horde..., Damasio nous offre l'utile réédition (revue et augmentée d'un CD) de La Zone du dehors, œuvre fondatrice s'il en est. La boucle est d'ailleurs bouclée, le groupuscule terroriste anarchisant dont il est question ici s'appelant justement La Volte. Ah, tiens, comme l'éditeur ? Oui, voilà, comme l'éditeur, maintenant vous savez tout...

     Contribution damasienne à George Orwell, dont l'ombre immense ne cesse de hanter les pages tour à tour nietzschéennes, deleuziennes, foucaultiennes ou situationnistes de ce roman dystopique aussi foutraque que passionnant, l'histoire de La Volte est une charge nécessaire contre la social-démocratie molle qui intègre, comprend, tolère et flique pour notre plus grand bien. Pas besoin de s'envoyer l'intégrale de Noam Chomsky pour savoir que là où la dictature s'appuie sur la répression pour durer, la démocratie se contente de l'assentiment général et de l'autocensure permanente (la fabrique du consentement, comme qui dirait). De fait, La Zone du dehors renoue avec le roman politique, genre encore plus inavouable que la S-F, et dont on peine à trouver en France quelques augustes représentants. C'est désormais chose faite, d'autant que le lifting du roman (belle couverture, beau CD et belle réécriture — les premières pages, notamment) le hisse au même niveau que La Horde du contrevent. Dès lors, Alain Damasio peut enfin officier en tant qu'agitateur public ultra référencé avec l'humour et la chaleur qu'on lui connaît.

     D'humour (noir) et de chaleur, La Zone du dehors n'en manque d'ailleurs pas, même si le texte louche plus du côté épique, flamboyant, révoltant, déroutant (et parfois illisible) que de l'absurde rigolo. Soit, mais l'histoire ? On y vient.

     Plantée sur un astéroïde en orbite autour de Saturne, une société humaine prospère doucement. Baptisée Cerclon (un rappel assez glaçant au tout aussi glaçant concept de panoptique illustré sur la couverture, entre autres), la ville tient plus de la station spatiale cernée par un environnement hostile que de la terre promise, mais passons. Or, à l'instar de nos propres sociétés occidentales aveuglées par la peur de tout ce qui les menace et dont la majorité des institutions tiennent justement grâce à ce sentiment de terreur généreusement colporté article après article par nos ami(e)s journalistes, le Cerclon s'appuie sur la logique de la destruction. Dehors, tout est si hostile, si irrémédiablement mortel qu'un simple dérèglement risque de mettre un terme à la colonie dans son ensemble et de tuer tous ceux qui y vivent. De fait, qui oserait remettre en cause une société qui, certes, ne manque pas de défauts, mais qui laisse quand même pas mal de libertés, d'autant que sur Terre, par exemple, la situation a carrément dépassé les limites du supportable ? Bref, y a pire ailleurs, soyez heureux ici, surtout que toute tentative de changement débouche sur la mort. T'as qu'à aller voir à Moscou si c'est mieux.

     Et pourtant, la jeunesse est décidément incorrigible (enfin, celle qui ne va pas à la Concorde) et une poignée de déviants décide de foutre un peu le feu de ci de là, parce que quand même, bon. Et nos sales jeunes sont tout sauf stupides, qui plus est. Une vraie honte. Apôtres de la démocratie directe, lucides quant à la désastreuse solitude propre aux révolutionnaires, aussi angoissés qu'enthousiastes quand se pose fatalement la question de la lutte armée, les membres de La Volte résument bien les aspirations d'un monde qui prend soudainement conscience de la vraie nature de l'oppression.

     En l'occurrence, au Cerclon, l'oppression la plus visible (mais la plus acceptée, car la plus raisonnable) reste le système de Clastres, organisation sociale très rigide qui donne sa place à chacun en fonction de ses aptitudes et qui n'oublie personne (un concept aussi sordide que le déclassement est impensable, évidemment, sauf que l'hypocrisie est très humaine et qu'ordre + pouvoir = oppression, c'est comme ça, et même Olivier Girard aurait bien du mal à réfuter pareille assertion). La Zone du dehors ne fait rien d'autre que raconter la révolte libératrice de cinq personnages, perclus de contradictions, hantés de pressions sociales et tous forcément attachants. C'est tout ? Oui, mais c'est déjà beaucoup. Le style inimitable de Damasio élève le récit avec intelligence et brio. Quant à la révolution, le thème est tellement universel qu'on ne peut guère qu'y adhérer. Reste que si ce premier roman est enthousiasmant par bien des aspects, on sent qu'Alain Damasio a voulu en mettre beaucoup, au risque de s'y perdre. Ainsi, la narration souffre du poids théorique et critique qui jalonne le récit page après page. Défaut agaçant qui, certes, enfonce un peu plus le clou argumentaire, mais qui plombe l'intrigue et limite parfois les personnages à des rôles de tribuns révolutionnaires caricaturaux. Ceci étant, La Zone du dehors est aussi un excellent roman et un beau voyage aujourd'hui douloureusement nécessaire. L'occasion de découvrir une autre facette du travail d'orfèvre de Damasio, qui, on l'espère de tout cœur, a sacrément intérêt à nous pondre quelque chose d'autre au plus vite. Au travail, feignant, la France a besoin d'écrivains qui se lèvent tôt.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/7/2007 dans Bifrost 47
Mise en ligne le : 7/11/2008

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition CYLIBRIS, Science-Fiction (2007)


     Sur un satellite indéterminé de Saturne s'étend une ville de sept millions d'habitants, Cerclon, gérée par une démocratie molle et insidieuse — entre 1984 et Le meilleur des mondes — avec ses caméras omniprésentes, ses tours de surveillance, ses contrôles à tous les niveaux, sa hiérarchie sociale (le « Clastre »), son président cynique et sa « police de la pensée » qui instille un flic en chaque citoyen. Face à cette hydre sans visage se dresse un groupe de révolutionnaires, la Volte, menée par le Bosquet — cinq individus qui constituent les cinq héros de l'histoire. Cette Volte tente par tous les moyens — des débats dans les « centres de rencontre » aux sabotages à grande échelle — de secouer cette société putride et d'éveiller la conscience des gens, leur faire secouer leur joug d'aliénés. Pas facile... car, comme il est dit quelque part dans le livre, si une tyrannie pure et dure vous renvoie au centuple dans la gueule les coups que vous lui portez, une démocratie au ventre mou les absorbe sans en souffrir le moins du monde. Aussi les « actions directes » de la Volte deviendront-elles de plus en plus radicales, jusqu'au moment où... Non, je ne vais pas raconter la fin.
     Présenté ainsi, ce roman pourrait faire croire à un pensum sec et froid d'un théoricien de la révolution, qui enroberait son discours austère d'un peu d'exotisme en prenant pour décor un satellite saturnien. Il n'en est rien, pour notre plus grand bonheur. Car Alain Damasio est, non seulement un pur volté (Captp, son héros, c'est lui sans aucun doute), mais en plus un amoureux des gens, de ses gens mais aussi de l'homme en général, qu'il croit fondamentalement bon, ouvert et capable de changement — c'est tout à son honneur. Dans un style flamboyant, charnel et charnu, si emporté qu'il frise parfois l'amphigourique, Damasio proclame son amour de la liberté, de la résistance et de la volte — non pas la révolte qui n'est que réaction et destruction, préambule sans doute nécessaire mais tout à fait insuffisant, mais la volte au sens de volte-face, virevolte, salto, saut périlleux dans l'inconnu exaltant de la création d'une nouvelle société, d'un nouveau monde, de nouvelles valeurs et de nouveaux rapports entre les gens.
     Damasio est un révolutionnaire, un anarchiste sans doute, un joyeux et jouissif pourfendeur des théories sectaires de militants à la vue aussi étroite que ceux qu'ils combattent, et dont il connaît bien les discours et les interminables réunions de fonds de cafés enfumés et noyés dans la bière (il nous en inflige un !). La Zone du dehors est son manifeste en faveur de l'action directe et constructive. Un pur bonheur de lecture, qui fait de surcroît se réveiller et vibrer en nous cette petite fibre de résistance bien étouffée par le consensus mou de notre société sans reliefs, sans éclats, sans couleurs et presque sans vie... Merci, Alain.

Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
dans Site officiel de J.-M. Ligny
Mise en ligne le : 15/2/2007


 

Edition CYLIBRIS, Science-Fiction (2000)


Critique de Les Clameurs (La Zone du dehors, première partie) et de La Volte (Deuxième partie).

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/1/2000
nooSFere




 

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