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Les Voix de l'asphalte

Philip K. DICK

Titre original : Voices from the Street, 2007
Première parution : Tor, 2007

Traduction de Nicolas RICHARD
Illustration de Marc BRUCKERT

LE CHERCHE-MIDI (Paris, France), coll. NéO
Dépôt légal : septembre 2007
Roman, 492 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-7491-0969-5
Format : 14,0 x 22,0 cm  
Genre : Hors Genre



    Quatrième de couverture    
     Dans ce roman inédit jusqu'à ce jour et miraculeusement retrouvé, Philip K. Dick, plus visionnaire que jamais, nous livre la radioscopie d'une Amérique urbaine suffocante à travers le portrait mental d'un jeune homme au bord de la crise.
 
     Oakland, Californie. Stuart Hadley a apparemment tout pour être heureux : un bon job, vendeur de télés, une femme amoureuse, une petite vie tranquille. D'où vient alors ce malaise qui ne le quitte pas, cette sensation d'être piégé dans sa propre existence ? L'amour, l'argent, la consommation, le travail : aucune des valeurs prônées par la société américaine ne semble lui fournir la moindre solution.
 
     Reste la tentation des extrêmes... Deux rencontres vont peut-être réanimer sa vie : Théodore Beckheim, leader charismatique de la société des Gardiens de Jésus, et la mystérieuse Marsha Frazier, rédactrice en chef d'un journal cryptofasciste. Mais là encore, les réponses ne sont-elles pas illusoires ?
 
     S'il n'emprunte pas les chemins de la science-fiction, avec ce roman écrit en 1953, Philip K. Dick se montre tout aussi prophétique. La question de l'intolérance politique et religieuse comme remède au malaise social et existentiel, plus d'actualité que jamais, y est posée avec une exceptionnelle acuité. Un livre noir qui réjouira les nombreux lecteurs de Dick et fera découvrir aux autres un romancier essentiel.
 
    Critiques    
     Les Voix de l'asphalte ne relève pas des littératures de l'Imaginaire et ne figure sur nooSFere — au même titre que l'excellent Confessions d'un barjo par exemple — que pour une raison discutable, celle de la stature mythique — méritée — qu'a atteint Philip K. Dick auprès des amateurs de SF.
     Nous n'en dirons donc qu'un mot, pour souligner l'intérêt d'une telle lecture pour tout dickien qui se respecte. L'auteur place en effet les inquiétudes fondamentales de ses héros habituels dans un contexte strictement réaliste, ce qui, sous cet éclairage, prouve à quel point les thèmes récurrents de Dick découlent de notre angoisse existentielle, de notre incompréhension à saisir un sens à la vie, de notre éventuelle sensation de ne pas être à notre place et d'habiter un univers étrange qui n'est pas fait pour nous. En cela, les personnages mainstream de Dick sont proches de ses personnages science-fictifs : ils partagent les mêmes doutes sur la vraisemblance du monde qui les entoure. Ce qui, ici, les conduits naturellement à critiquer sévèrement la société américaine : « Nous méritons le châtiment qui nous pend au nez. [...] Ce pays est diabolique. Nous sommes gros, riches et gonflés de fierté. Nous gâchons, nous dépensons et nous nous fichons du reste du monde. » (p.59) Quant aux réponses qu'ils cherchent auprès de mysticismes religieux ou d'extrémismes politiques, elles explicitent de manière remarquablement lucide les malaises que traversent nos sociétés tout en apportant quelques éléments de réflexion sur le propre parcours de l'auteur.
     Alors, même si vous vous êtes juré de ne plus jamais toucher à un roman de littérature générale, voilà sans doute une bonne occasion de rompre votre serment.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 14/1/2008 nooSFere


     Philip K. Dick a écrit plusieurs ouvrages de littérature générale, principalement dans les années 50. La plupart sont restés inédits jusqu'à sa mort. A partir du milieu des eighties, les éditeurs ont commencé à s'intéresser à tout ce pan méconnu de son œuvre. Mais pour d'obscures raisons, le présent ouvrage n'avait jamais connu les honneurs d'une publication. Les Voix de l'asphalte, inédit de 1953, est d'abord un roman de jeunesse. C'est-à-dire un roman expérimental, initiatique, avec toutes les qualités et les défauts inhérents aux apprentis brillants. N'y cherchez ni précogs ni télépathes ni androïdes. La grosse quincaillerie qui fera une partie de la réputation de l'auteur reste ici en sommeil, au profit d'un strict réalisme d'époque : à plus de cinquante ans de distance, on peut sans problème lire ce texte comme le pur récit historique qu'il est devenu. De fait, les situations, les figures, les caractères renvoient le lecteur à une Amérique disparue, ou qui ne fut jamais.

     Dick dresse le portrait de la vie quotidienne en Californie à l'époque d'Eisenhower, de la chasse aux cocos et des débuts du consumérisme triomphant. De nombreux passages relèvent presque de l'autobiographie. Le livre a été écrit à l'époque où Dick était employé dans un magasin de disques, qui réparait également des téléviseurs. Exactement comme Stuart Hadley, le héros. A travers ce personnage sartrien, en proie à un inexplicable malaise métaphysique, la société américaine toute entière, les ressorts irrationnels de notre modernité sont discutés, passés au scalpel de l'écriture. Dick place au centre de l'être conscient une inquiétude fondamentale : la réalité fluctuante du moi et du monde. Déjà on voit pointer des images, des sensations, des thèmes récurrents. Le grondement des voies express, les hoquets des voitures, le bruit de fond des téléviseurs éventrés. Nous voilà rendu en territoire familier : celui d'une angoisse existentielle née de la banalité des choses, du caractère absurde et arbitraire de la vie biologique, d'une incompréhension généralisée. Hadley est un étranger dans un univers étrange, aux valeurs illusoires, auquel même Theodore Beckheim, leader de secte charismatique et délirant, échouera à donner de la consistance. A la fin, les réponses des mystiques ne valent guère plus que celles des prophètes de la marchandise, par quoi passe désormais la réalisation du bonheur sur Terre.

     Bien que ne relevant pas des littératures de l'Imaginaire, on aura compris que Les Voix de l'asphalte contient en germe tous les éléments que l'auteur développera dans des ouvrages ultérieurs et bien mieux connus. Le contexte, inhabituel et daté, agit pourtant comme un révélateur. Dick y saisit non pas l'horreur mais l'oubli de l'homme face à des machines qui régulent ses moindres gestes et ses pensées, et finalement le dépassent et le dépossèdent. Dans un tel monde, le temps perdu est perdu pour toujours.

Sam LERMITE
Première parution : 1/5/2008 dans Bifrost 50
Mise en ligne le : 24/5/2009


 
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