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La Vieille Anglaise et le continent

Jeanne-A DEBATS

Science Fiction  - Illustration de Christophe SIVET
GRIFFE D'ENCRE, coll. Novella n° (6), dépôt légal : mai 2008
84 pages, catégorie / prix : 8 €, ISBN : 978-2-917718-00-1
Autres éditions
   in La Vieille Anglaise et le continent et autres récits, GALLIMARD, 2012
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Certaines personnes sont si profondément attachées à la Vie sous toutes ses formes, tous ses aspects, qu’elles consacrent leur existence à sa préservation, quitte à sacrifier celle des autres...

     Ann Kelvin, elle, lui consacrera sa mort.


    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 2009
Julia Verlanger, [sans catégorie], 2008
Rosny aîné, nouvelle / Short story, 2009
Lundi, nouvelle / Short story, 2008
 
    Critiques    
     Les éditions Griffe d'Encre ont commencé à publier en avril 2007. Depuis, une douzaine de titres ont vu le jour, anthologies, recueils, roman, mais aussi et surtout novellas, la collection la plus fournie de ce jeune éditeur, qui préfère jouer la carte de la découverte à celle des auteurs (re)connus (ont ainsi été conviés Alain le Bussy, Nathalie Dau et Karim Berrouka). C'est du reste dans cette collection de novellas qu'est publié La Vieille Anglaise et le continent, de Jeanna-A Debats.
     SevenSeas Shepherds (littéralement : les bergers des sept mers) est une organisation dont le but est de surveiller les océans, pour y mesurer le développement de la faune et déceler toute éventuelle catastrophe écologique. Elle fait appel à Ann Kelvin, militante vert qui vit ses derniers jours, pour lui proposer un pari fou : implanter son esprit dans le corps d'une baleine, afin d'avoir un reportage « de première main » sur ce qui se trame dans l'immensité océane.
     Le récit se compose de deux trames séparées : la première narre la rencontre d'Ann et du représentant de SevenSeas, qui tente de la convaincre ; la seconde s'attache à suivre l'itinéraire d'Ann-baleine au sein du monde aquatique. Ceci permet une exposition progressive d'une part des motivations d'Ann et de SevenSeas pour entreprendre l'expérience, et d'autre part des nouvelles sensations éprouvées par Ann avec son nouveau corps. Jusqu'à ce que l'expérience trouve sa justification dans une dernière partie de récit particulièrement éprouvante qui vire au thriller maritime. Au centre de ce texte, la personnalité inoubliable d'Ann Kelvin, vieille dame sur terre, nouveau né dans l'eau, qui redécouvre beaucoup d'émotions qu'elle avait visiblement abandonné tout espoir de revivre sous sa forme humaine. Et, bien sûr, ce qui sous-tend cette nouvelle, c'est l'engagement écologique de l'auteur, qui aborde différents problèmes : la défense et la préservation de l'environnement justifie-t-elle tout acte de vandalisme, voire de terrorisme ? Et les motivations des mécènes et gouvernements engagés dans la lutte écologique sont-elles si claires et évidentes que ça ? Bref, de nombreuses questions sont soulevées par Jeanne-A Debats, mais sans que cela nuise à la fluidité de cette novella, qui se lit d'une traite.
     La Vieille Anglaise et le Continent se révèle donc être un texte splendide, tour à tour poétique et engagé, évocateur mais aussi douloureusement actuel. Une bien belle réussite de Jeanne-A Debats et des éditions Griffe d'Encre.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 20/9/2008
nooSFere


     Lady Ann Kelvin, vieille biologiste atrabilaire ayant largement sacrifié sa vie personnelle à ses précieuses recherches et à l'action politique radicale, est sur le point de mourir. En ce proche futur, si le cancer n'a toujours pas été vaincu, la transmnèse offre un sursis à l'esprit humain, à grand renfort de clones écervelés. Mais la technique est encore mal maîtrisée et la durée de vie de la personnalité implantée reste soumise à nombre d'aléas. Lassée, Ann refuse d'y avoir recours. Pourtant, lorsque son ami, son ex-étudiant, son ex-amant, Marc Sénac, vient la trouver en lui proposant la plus improbable des transmnèses, elle en mesure rapidement toute la pertinence.

     C'est, en effet, dans le corps massif d'un cachalot mâle de près de quarante tonnes qu'elle pourra « consacrer sa mort » à lutter contre la chasse aux cétacés, avec des moyens certes contestables, mais dont elle goûte la brutale efficacité. Préserver la biodiversité sous-marine de l'intérieur ressemble au dernier baroud d'honneur dont la vieille anglaise avait besoin pour s'en aller en paix. Toutefois, Ann-Cachalot n'a peut-être pas pleinement mesuré ce qu'elle allait découvrir par 600 mètres de fond : la sensualité retrouvée, la rencontre avec le majestueux et pourtant facétieux 2x2x2, la splendeur d'un nouveau monde, toute cela pourrait bien lui faire oublier sa mission et son humanité première. En surface, Marc Sénac, quant à lui, est aux prises avec les vicissitudes d'un programme hasardeux qui, pour être largement fondé sur le mécénat, n'est pas à l'abri des dérapages...

     De loin en loin, il arrive de découvrir le texte d'un auteur français qui, sans être parfait, semble avoir capturé dans les rets de sa narration la quintessence de la science-fiction. Un texte remarquable qui défie les meilleures œuvres anglo-saxonnes. Comme tous les autres, bien sûr, ce texte doit aussi être jugé sur l'ensemble de ses éléments : l'émerveillement qu'il suscite, la pertinence scientifique et la portée philosophique de son propos, la force et la crédibilité de ses personnages, la vivacité de ses dialogues, la bonne tenue de son intrigue, etc. Sur tous ces points, considérés séparément, La Vieille Anglaise et le continent de Jeanne-A Debats n'est pas, il faut l'avouer, particulièrement brillant, même s'il s'avère très efficace par son classicisme. La découverte du « continent cétacé » constitue l'un des plus beaux passages du récit et prouve la maîtrise qu'a l'auteur du sense of wonder — justifiant à lui seul la lecture de l'ensemble. Le propos politique, lui, est assez ambigu pour échapper à tout écologisme béat et contraindre le lecteur à réévaluer ses enthousiasmes premiers, à la manière de certains textes de Serge Lehman. Les personnages sont campés avec une grâce décalée qui les rend attachants, quand bien même Ann n'est-elle que l'avatar délibéré, sinon le plagiat assumé, de la célèbre roboticienne d'Asimov. L'accélération finale du récit, si elle peut passer pour de la précipitation, semble davantage offrir, en réalité, le moyen à l'auteur de prendre du recul par rapport à son contexte et recentrer son récit sur son véritable propos.

     Mais la réussite de La Vieille Anglaise et le continent tient surtout dans la cohésion entre tous les éléments susévoqués, cet équilibre qui leur permet d'aller de concert, comme les petits rouages d'une pièce d'horlogerie. Dès les premières lignes, le lecteur pressent qu'il n'oubliera pas de sitôt cette délicieuse sensation de submersion dans un univers qui, pour être résolument imaginaire, n'en est pas moins des plus pertinents sur le réel. Il nous parle de ce que nous sommes, de ce qu'est notre présent, et de ce que sera, vraisemblablement, notre futur. Il nous parle de l'humanité en affectant de s'en détacher. Ce qui fait la différence, avec le tout-venant de la production S-F en France, ce n'est ni le style, ni le talent, ni la source d'inspiration de l'auteur. Ce qui fait la différence, c'est la posture. L'angle d'attaque, ou l'implication, diraient certains.

     Le texte de Jeanne-A Debats relève, à mes yeux, de la hard SF la plus traditionnelle : il puise son souffle créatif dans la démarche scientifique, et il n'y a rien d'étonnant à ce que son auteur avoue son admiration pour Robert A. Heinlein ou David Brin. De tels textes orthodoxes sont devenus rares aujourd'hui et, neuf fois sur dix, ce sont aussi des novellas. La Vieille Dame et le continent, bien qu'il ait été publié comme un roman et qu'il se lise aussi vite qu'une nouvelle, fait partie des novellas françaises les plus remarquables que j'aie pu lire ces quinze dernières années. Il rejoint, malgré des défauts réels, mais aisément surmontables, certains titres de Thomas Day, de Sylvie Denis, de Jean-Claude Dunyach, de Claude Ecken et de Sylvie Lainé, au rang des pépites que la veine S-F permet encore de mettre au jour. Jeanne-A est un auteur à suivre, car elle a compris l'essentiel — le reste n'est, après tout, que transpiration.

Ugo BELLAGAMBA
Première parution : 1/10/2008
dans Bifrost 52
Mise en ligne le : 24/9/2010


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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