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La Guerre du Mein

David Anthony DURHAM

Titre original : Acacia : The War with the Mein, 2007
Première parution : Doubleday

Cycle : Acacia vol.

Traduction de Thierry ARSON
Illustration de Didier GRAFFET

Le PRÉ AUX CLERCS (Paris, France), coll. Fantasy n° (35)
Dépôt légal : octobre 2008, Achevé d'imprimer : octobre 2008
688 pages, catégorie / prix : 21 €
ISBN : 978-2-84228-342-1
Format : 15,5 x 24,0 cm  
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Acacia. Une île qui a donné son nom à un empire prospère gouverné par un souverain absolu, Leodan Akaran. Descendant direct du sorcier fondateur de la dynastie, Leodan est un roi idéaliste qui fait régner la paix dans la vaste mosaïque des peuples qui composent l'empire. Veuf, il vit entouré de ses quatre enfants à qui il cache un lourd secret : la domination d'Acacia repose sur des trafics de drogue et d'esclaves dirigés par la toute-puissante Ligue des marchands.
     Tout bascule le jour où le roi est poignardé dans la salle du trône par un envoyé des Meins, un peuple de guerriers implacables exilés dans une lointaine forteresse du Nord.
     Sur son lit de mort, Leodan conçoit un plan pour permettre à ses enfants de s'échapper, livrant ainsi chacun à sa propre destinée. Dispersés aux quatre coins de l'empire, Aliver, Corinn, Mena et Dariel sont animés par un puissant désir de vengeance. Ils vont partir à la reconquête du trône pour recréer un empire acacian à l'image de ce que leur père désirait.
 
     Acacia est le premier volet d'une flamboyante épopée de fantasy épique. Dans la grande tradition des classiques du genre, pour sauver « leur » monde, les héros sont confrontés à un immense défi : concilier idéalisme et action afin de vaincre l'oppresseur.
 
     David Anthony Durham donne un souffle très actuel à l'univers qu'il a créé, un monde cruel où le clivage entre nantis et esclaves semble creusé à tout jamais. Issu d'une famille afro-américaine, il est né en 1969 à New York. Devenu célèbre pour ses romans historiques primés à de nombreuses reprises, David Anthony Durham signe ici un grand roman.
 
     « Des trahisons dans la salle du trône, des princes contraints de se cacher, des ancêtres resurgis de leurs tombeaux, des guerres de succession ? voilà un roman que Shakespeare lui-même aurait aimé avoir écrit. »
James Patrick Kelly, prix Hugo
 
    Critiques    
     Un jour, il faudra qu'on m'explique la fantasy. Sérieusement, je veux dire. Et notamment la question centrale, qui façonne le genre dans son développement actuel : comment les auteurs peuvent-ils écrire autant de cycles, autant de romans, sur un nombre de canevas aussi limité (la quête d'objets mythiques, les luttes pour le pouvoir, l'apprentissage de la vie, les trahisons et actes d'héroïsme... la liste continue mais n'est pas très longue), et réussir encore à produire des livres agréables ? Même en s'épanchant sur des trilogies —  voire bien plus... — constituées de romans de 500 ou 600 pages chacun ? J'avoue que c'est un grand mystère pour moi.
     La guerre du Mein en est le parfait exemple. Livre dense, touffu, de près de 700 pages, il n'est que le premier volume d'une saga, Acacia, narrant l'histoire et les machinations politiques d'un monde imaginaire. Le royaume d'Acacia s'étend sur la majorité de ce monde, et là où ses habitants jouissent d'une vie quasi-idyllique, les autres territoires souffrent. D'où la rébellion qui gronde depuis la province du Mein, de redoutables guerriers venus du froid, qui de plus se sont alliés avec des créatures encore plus féroces. Trame archi-classique de la lutte pour le pouvoir, trahisons en pagaille, actes héroïques, création de légendes... Aucune originalité là-dedans. Les personnages : un roi bon mais pleutre, un prince idéaliste mais fougueux, une princesse garçon manqué, des méchants très méchants mais aussi séduisants, des fourbes, des êtres démoniaques. Là non plus, David Anthony Durham ne fait rien d'autre que de broder sur des figures imposées et maintes fois rencontrées. Seule (petite) originalité : la brume, une drogue omniprésente qui plonge la population dans un bien-être ouaté depuis lequel elle ne se rebelle jamais.
     On le voit, rien de nouveau sous le soleil acacian. Pourtant, cela fonctionne. Pourquoi ? Bien sûr, le talent de l'auteur est là, qui brosse des personnages finalement assez crédibles bien que canoniques. Il sait aussi insuffler ce qu'il faut de rythme aux nombreuses scènes d'actions, et ménage quelques rebondissements imprévus. Mais quand même, il ne parle que de choses vues, revues et archi-revues. Il n'a rien d'exceptionnel, même d'un brin novateur, à nous proposer, pourtant on tourne les pages avec l'envie de connaître la suite. Là réside le Grand Mystère — la magie ? — de la majorité de la production de fantasy actuelle. Ce ne sont pas des romans comme La Guerre du Mein qui font progresser le genre, mais tant qu'ils procureront autant de plaisir, pourquoi le faire évoluer, justement ? Sentiment mitigé, donc, à la fin de la lecture de ce livre : on a l'impression d'avoir perdu son temps, en n'ayant rien appris, mais on l'a perdu avec suffisamment de contentement pour que la pilule passe sans qu'on la trouve difficile à avaler. Sensation bizarre...

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 7/9/2008 nooSFere


     Considéré comme un best-seller dès sa sortie en 2007, Acacia, La guerre du Mein est le premier opus d'une trilogie programmée dont le deuxième devrait paraitre en octobre 2009.
     David Anthony Durham, new yorkais d'origine caribéenne a dérogé aux codes de la fantasy en créant un monde secondaire imaginatif bien que semblable à la sphère moderne contemporaine à l'auteur. Le charme d'Acacia ne résulte pas de l'avalanche traditionnelle d'effets surnaturels mais d'une intrigue posée et réfléchie entrainant le lecteur, de l'ile d'Acacia au cœur des terres arides du Talay, dans les complots tissés au sein de la toile de la trahison.
     En détournant les règles du genre, l'auteur délaisse le mythe de La Naissance du Héros par la création de personnages privés de leur héritage, conscients de leur destinée et aptes à y faire face. Pas d'anti héros portant à bout de bras le sort d'un monde suranné mais quatre personnages aux personnalités fortes et multiples, programmés à reconquérir le trône des Akarans, par le choix hasardeux d'un père protecteur.
     Lors de l'assassinat de leur père Léodan Akaran par Thasren Mein, les quatre héritiers Aliver, Corinn, Mena et Dariel contraints à l'exil seront séparés pour égarer l'ennemi et permettre la renaissance et la transformation d'un empire fondé sur l'esclavage, le commerce de la brume et le mensonge. Tandis que le royaume tombe sous la domination d'Hanish Mein, les quatre descendants vivront des existences hors du commun les métamorphosant et les rapprochant inexorablement de l'affrontement final.
     La narration externe fragmente les points de vues des différents protagonistes Akarans et Meins, inféodés et traitres à la cause de Léodan. La diversité des cultures, la palette des destinées souvent imprévisibles contribuent au succès d'une œuvre captivante toute en nuance et en réflexion.
     L'évolution de la psychologie des personnages dans la durée joue un rôle primordial et pose la question de l'influence du vécu sur le devenir. Des archipels de Vumu aux Flots Gris, des terres du Talay à l'île d'Acacia, autant de lieux de résidence et d'apprentissage pour les quatre enfants aux psychologies variées et combattives. Déracinés, Aliver, Mena et Dariel s'enrichissent de la diversité culturelle octroyée par leur père comme la plus redoutable des armes pour changer la face d'un monde corrompu.
     Hymne à l'égalité et à la diversité, Acacia prône l'union des peuples à travers le personnage emblématique d'Aliver. Légende vivante, il deviendra Le Roi des Neiges capable d'anéantir la férule Mein.
     L'importance du mythe dans le développement de l'inconscient collectif et dans l'édification d'un nouveau système est présenté à travers ce personnage qui de son vivant acceptera le rôle écrasant de héros. Aimé des dieux et des peuples il révèle que le pouvoir des mots demeure plus efficace que celui des armes. La création et l'évolution d'un mythe universel par le verbe, traité dans les récits bibliques, parait être le thème essentiel de cette intrigue utopiste.
     Par la brièveté des chapitres alternant description et conjectures, l'intrigue suit un rythme soutenu mêlé de multiples rebondissements.
     Procédé maintes fois utilisé par des auteurs tels que Robin Hobb et Terry Goodkind, le glissement des rôles redynamise l'intrigue par alternance de fonctions. Le rôle paternel du chancelier Thaddeus remplace la tâche protectrice du défunt roi auprès de Dariel, de Mena et d'Aliver. Ce dernier par son caractère idéaliste prolonge la pensée de son père et entreprend la démarche que celui-ci n'a jamais osé réaliser en ravivant la légende des Akarans, en lui rendant gloire et prestige. Aliver devient symbole d'un pouvoir juste à l'instar de Léodan, neuf ans auparavant. Personnage central de l'intrigue par bien des manières, Mena, rêveuse et guerrière supplantera Aliver tandis que Corinn restée sous le joug d'Hanish se substitue au pouvoir Mein. La mouvance des fonctions crée suspense et dynamisme au sein d'une œuvre vivante et réaliste ainsi que l'utilisation de « double » en la personne d'Aliver et d'Hanish, tous deux prisonniers du passé de leurs ancêtres, contraints de déployer une force surnaturelle et incontrôlable afin d'accroitre leur puissance.
     Si la richesse culturelle des trois exilés équilibre leur évolution, Corinn restée sur l'île d'Acacia par un malheureux coup du sort développe une intelligence de « cours ». Passive, elle demeure le symbole de l'immobilisme et de l'attentisme face à l'énergie vive et guerrière de ses frères et de sa sœur.
     On l'aura compris, l'auteur défend la thèse de la mixité sociale et culturelle pour un développement universel constant et harmonieux.
     Par sa volonté de traiter des thèmes de sociétés contemporains, Durham a érigé son œuvre au rang de fable.
     Bien que cette richesse risque de perdre certains lecteurs et reste un réel frein au processus d'identification, la multitude des protagonistes ravira les fans de Tolkien.
     En négligeant les effets surnaturels et la magie au profit d'une intrigue psychologique alliant cabales et épisodes guerriers, l'auteur donne une nouvelle dimension à une fantasy subtile, élégante et conceptuelle. « La fantasy trollienne » se noie dans le sillage d'une littérature plus recherchée posant les questions essentielles sans effet de style.
     Réel chef d'œuvre, ce livre enchantera les adeptes de Robin Hobb et les chercheurs de rivages inconnus, inexplorés. Ajoutons à cela un style noble et précis sans fioriture et une fin surprenante et imprévisible qui rend la sortie du deuxième tome bien lointaine.

Cécile DULIGAT
Première parution : 22/9/2009 nooSFere


     Force est de constater que, lorsqu'un énième et monstrueux pavé de fantasy nous arrive à la rédaction, porté par un fonctionnaire des Postes éreinté et le dos douloureux, il y a comme un blanc assourdissant du côté des critiques de votre revue préférée (le critique bifrostien est un gros lâche intello qui préfèrera toujours se jeter sur un court bouquin signé J. G. Ballard plutôt que sur l'une des nombreuses briques brageloniennes estampillées fantasy...). Aussi, fasse à l'incurie de mes collaborateurs critiques, quand je me suis retrouvé en tête-à-tête avec La Guerre du Mein et son bon kilo de pages maquettées serrées, il me faut ici confesser que je n'étais pas à la fête...

     Et pourtant...

     « Acacia », trilogie future car en cours de rédaction, née sous la plume de l'écrivain américain David Anthony Durham — totalement inconnu sous nos latitudes — , arrive en France porté par un buzz critique VO très élogieux. Auquel s'ajoutent des bruits de couloir qui prêtent à l'achat des droits en France un montant fort élevé. Ainsi qu'une promotion orchestrée par le Pré aux Clercs extrêmement agressive (une condition sine qua non pour qui souhaite aujourd'hui imposer un auteur de fantasy inconnu dans la noria des productions actuelles), avec de la PLV en veux-tu, en voilà, de la pub presse dans des supports aussi prestigieux que Libération ou Le Point, sans parler d'un prix de vente — 21 euros — , proprement hallucinant. En somme, du très lourd. Qui fleure bon la Big Commercial Fantasy...

     Et pourtant...

     En fantasy, il faut un monde qui fasse cadre. Ici, ce sera Acacia, île minuscule qui a donné son nom à l'immense empire qu'elle domine, empire aux mains d'un monarque absolu, Leodan Akaran. Leodan est un roi qu'on pourrait qualifier d'éclairé, de progressiste, un souverain idéaliste, idéal, même, s'il n'était si faible. C'est surtout un roi mort, en fait, comme nous l'apprend d'emblée la quatrième de couverture (assassinat qui interviendra autour de la 160e page, tout de même...). C'est là l'un des premiers aspects remarquables du bouquin qui, plutôt que nous montrer l'ascension d'un personnage et, à travers lui, l'exposition d'un monde, nous fait vivre, au cours de la première des trois vastes parties constitutives de La Guerre du Mein, la chute d'un empire constitué depuis plus de quatre siècles. Une chute brutale, d'une rapidité foudroyante, fomentée par le Mein du titre de ce premier tome, province du nord de l'empire peuplée d'hommes assoiffés de vengeances tout entier dédiés à la guerre et ses arts — ainsi l'auteur brise-t-il son monde d'emblée, ce qui n'est pas si courant et pose l'ambition narrative de D. A. Durham. Après la mort de Leodan, et conformément à ses volontés, ses quatre enfants (Aliver, Corinn, Dariel et Mena) quittent le palais impérial dans le plus grand secret afin de gagner les quatre coins de l'empire déchu et vivre des destinées fort éloignées de celles auxquelles ils étaient promis. C'est la seconde partie de cette Guerre du Mein, qui s'attachera à nous faire vivre, neuf années après la chute, le destin de ces enfants (devenus adultes) impériaux, tandis que le trône est définitivement tombé aux mains d'Hanish Mein et de ses épouvantables alliés. Le troisième et ultime volet de ce premier tome, évidemment, sera celui de la reconquête...

     Si La Guerre du Mein ne révolutionne pas le genre, ce roman ne s'impose pas moins comme un divertissement poids lourd de premier ordre. D'abord parce que David Anthony Durham, à la différence de la plupart de ses petits camarades du domaine, ne joue jamais la carte du manichéisme. Acacia est un empire. Et comme tout empire, il est totalitaire et tire sa puissance des richesses de ses provinces conquises. Ainsi, le lecteur comprend-t-il très vite que ceux qu'on perçoit au début du livre comme l'ennemi, l'agent du chaos, les hommes du Mein, sont en fait poussés par une aspiration on ne peut plus légitime — l'esprit de liberté, le besoin d'équité justifie leur prétendue barbarie ; l'ennemi, le mauvais, n'est autre qu'un résistant. Dans le même genre d'idée, les quatre enfants impériaux, les vrais héros de ce premier tome, découvriront la vérité sur leur empire, le caractère inhumain de cette implacable machine de pouvoir — et son prix — mise en place par leurs ancêtres. Rien n'est simple chez Durham, pas plus le monde et sa manière de fonctionner que les personnages qui l'habitent. Les personnages, justement, qui sont le second point (très) fort du livre. L'auteur excelle dans leur caractérisation, leur confère une épaisseur, une justesse remarquable et jouissive. C'est en ça que La Guerre du Mein est un livre résolument adulte, cette absence de manichéisme, cette épaisseur, cette justesse tant dans le background que dans les acteurs « physiques » de l'histoire. Cette brutalité, aussi, brutalité toujours au service du romanesque, quitte à sacrifier un personnage majeur en deux lignes... Enfin, l'ultime point fort du livre réside dans la multiplicité des niveaux de lecture qu'il offre. Formidable roman d'aventure, on l'a dit. Mais aussi, de manière habile, critique implicite d'une certaine Amérique, celle de la famille Bush (on précisera au passage que Durham est Noir, un fait presque aussi peu courant en littératures de genre qu'à la Maison Blanche...). Difficile en effet de ne pas voir Acacia comme un décalque fantasmé de l'impérialisme US, géant aux pieds d'argile finalement aux mains d'une puissance financière intangible qui lui échappe totalement et se sert de lui plutôt que l'inverse — la Ligue, dans le roman, force marchande neutre devenue au fil des siècles si puissante qu'elle possède en son nom propre la marine de guerre impériale, force froide, calculatrice, capitaliste en somme, au service de ses seuls intérêts, une entreprise devenue plus puissante que l'état qui l'a vu naître...

     Et votre serviteur de se retrouver, tout surpris, à ressortir de ce roman dans lequel il ne voulait pas rentrer, avec le sentiment d'avoir lu un fort bon livre, peut-être bien, même, quelque chose comme la meilleure fantasy de l'année. Comme quoi...

ORG
Première parution : 1/1/2009 dans Bifrost 53
Mise en ligne le : 26/9/2010


 

Dans la nooSFere : 63505 livres, 60493 photos de couvertures, 58093 quatrièmes.
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