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Pixel Juice

Jeff NOON

Titre original : Pixel Juice, 1998
Traduction de Marie SURGERS
Illustration de Corinne BILLON
La VOLTE n° (13), dépôt légal : octobre 2008
320 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 978-2-917157-01-5

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Voici cinquante histoires étranges, frappantes, dérangeantes ou carrément bizarres nées dans les zones troubles de la médiasphère et aux marges de la « dance culture ».
     Contes de fées urbains, modes d'emploi de machines disparues, grands huits ivres de mots, rappels de produit, pubs pour des objets improbables, et dub remix conceptuels ; Jeff Noon explore les pouvoirs musicaux du langage pour créer de la magie en prose.

     Jeff Noon est né en 1957 à Manchester. Musicien, peintre et dramaturge, il s'attaque aux cinq sens, en une écriture inspirée par les collages et les mixes musicaux. D'Irvine Welsh à William Gibson, cet auteur culte en Angleterre s'aventure aussi bien dans les territoires de l'imaginaire que dans les expériences surréalistes, un genre de Lewis Carroll moderne sous substances hallucinogène.

 
    Critiques    
[Critique commune à NymphoRmation et Pixel Juice]
     Après Pollen et Vurt (cf. nos critiques dans les Bifrost 7, 11 et 43), c'est avec une passion qui confine à l'abnégation que la Volte poursuit son exploration d'un des auteurs britanniques les plus originaux et intéressants qui soit. Et tout comme l'éditeur l'avait fait en mai dernier avec Jacques Barbéri (cf. notre focus in Bifrost 51), ce n'est pas un, mais deux livres signés Jeff Noon qui sortent ce mois-ci. Un roman tout d'abord — NymphoRmation — , et une étonnante collection de nouvelles rassemblées sous le titre astucieux de Pixel Juice.

     [...] 1

     On pouvait dès lors se demander comment un tel univers était transposable sur un format plus court. Pixel Juice nous apporte une réponse des plus satisfaisante.

     Sous ce titre détonnant se cache un recueil de nouvelles brillamment composé. Non seulement on y retrouve la cohérence de l'univers de Noon, mais on y voit s'en dessiner la genèse. Comme une expérience de chimie qui précipiterait un composé complexe, pour ne laisser que les dépôts des matières élémentaires le constituant. L'absurde tout d'abord, comme dans « Absolu », l'une des nouvelles d'ouverture, avec cette quête de perfection qu'un des protagonistes va chercher au fond d'une bouteille de soda ; ou dans « Spécimens », et ces mystérieuses cages qui viennent entraver la circulation d'une ligne de tramway du centre de Manchester. Un absurde qui va parfois se nicher dans un sordide drolatique. C'est le cas de « Mini Mac », récit à la première personne d'un enfant de dix ans qui se retrouve à la tête d'un réseau de prostitution.

     A ce non-sens so british, s'ajoute cette poésie de l'étrange, qui baigne littéralement une nouvelle comme « Pour ouvrir le coffre de la nuit », où Noon décrit un étrange rituel de suicide par les mots qui met en péril la jeunesse mondiale. Un fantastique qui lorgne aussi parfois vers le classicisme. Rien d'étonnant de la part d'un auteur qui a fait ses premières armes avec une adaptation cyberpunk du Jardin des supplices du français Octave Mirbeau. C'est sans doute ce qui explique l'atmosphère très XIXe de « La Machine à charisme », qui n'aurait — presque — pas déparé sous la plume d'un Villiers de l'Isle Adam.

     Puis enfin, pour que l'alchimie soit complète, rajoutons cette anticipation parfois glaçante, comme dans « Mister Pixel », avec sa jeunesse en déshérence qui fait sombrement écho aux problèmes de la société anglaise d'aujourd'hui, et à la réponse sécuritaire qu'elle y oppose. Etrange impression aussi que celle laissée par la lecture d' « Homo Karaoké », où Noon met en scène des duels à mort de disc-jockeys. Et toujours, toujours cette ouverture vers un merveilleux dégradé, déglingué, qui entaille le quotidien pour se glisser dans notre imaginaire, et y faire vibrer quelques notes discordantes. Car Noon aime décontenancer. Il n'est pas un écrivain du Beau. Plutôt un esthète du profane qu'il reforge à sa convenance. Comme s'il préférait y voir des choses que nous n'y voyons pas.

     Recycleur inspiré, écrivain rare, il signe avec Pixel Juice un petit bijou insolite, où s'inscrivent en filigrane les angoisses de notre époque. Noon hume l'air du temps. Cet air empeste l'ordure, la charogne et la sénescence, mais lui préfère ne sentir que la fragrance surie de la fleur qui a eu la persévérance incongrue d'éclore ici et maintenant. C'est sans doute cette même persévérance qui pousse la Volte à publier un auteur aussi délicieusement déroutant. Et lorsqu'on demande à Mathias Echenay, son éditeur, les raisons de son acharnement, il répond avec un sourire en coin : « Parce qu'il me semble évident que cet auteur doit exister chez nous. » Comme il a raison !

Notes :

1. La partie de cette recension qui porte sur NymphoRmation n'est pas reproduite ici. [note de nooSFere]


Éric HOLSTEIN
Première parution : 1/10/2008
dans Bifrost 52
Mise en ligne le : 25/9/2010


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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