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Lilliputia

Xavier MAUMÉJEAN

Imaginaire  - Illustration de Néjib BELHADJ KACEM
CALMANN-LÉVY, coll. Interstices n° (10), dépôt légal : juin 2008
456 pages, catégorie / prix : 18 €, ISBN : 978-2-7021-3942-4
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Bonnes gens, bienvenue à Dreamland !
     Érigé sur l'île de Coney Island au début du XXe siècle, ce parc d'attractions d'un nouveau genre abrite en son sein le plus phénoménal des divertissements : Lilliputia, la Cité des Nains, qui accueille pour votre plus grand bonheur trois cents petites personnes venues du monde entier. Construite sur le modèle du Nuremberg du XVe siècle, mais en réduction, cette exemplaire cité possède un parlement, un théâtre, des bas-fonds et même une compagnie de pompiers qui va jusqu'à déclencher ses propres feux pour divertir les visiteurs du parc !
     Venez écouter l'histoire édifiante d'Elcana, ce courageux jeune homme de petite taille conduit depuis son Europe de l'Est natale jusqu'à Lilliputia. Là, il comprendra bien vite qu'il lui revient de libérer ses semblables de la servitude dans laquelle on les a placés, pour leur « apporter le feu ». Avec l'aide de la monstrueuse parade des Freaks, il mènera la révolte contre son propre Zeus — le mystérieux et richissime démiurge, propriétaire de Dreamland — et conduira Lilliputia jusqu'à l'embrasement final...

     Quand la tragédie grecque rencontre la mythologie américaine naissante, celle du Gangs of New York de Scorsese, pour une magistrale réinvention de la figure de Prométhée, c'est un feu d'artifice(s) littéraire d'une hauteur inversement proportionnelle à celle des protagonistes de Lilliputia qui se déploie sous nos yeux. Gentes dames, joyeux messieurs, bienvenue à Dreamland pour le plus grand des minuscules spectacles !

     Né en 1963, diplômé en philosophie et science des religions, directeur de collections, Xavier Mauméjean est un auteur aux multiples facettes. Prix du roman fantastique du festival de Gérardmer en 2000 pour Les Mémoires de l'Homme-Eléphant, il aime le rock, Hendrix, le roman d'aventures, Nick Drake et Robert Wyatt, J. G. Ballard et Michael Moorcock. Il vit dans le Nord avec sa femme et leur fille.

     Une version de cette histoire a été diffusée sous forme de pièce radiophonique dans l'émission « Mauvais Genres » (France Culture).


    Prix obtenus    
Rosny aîné, roman, 2009
Aslan / Ville de Liévin, roman, 2008
 
    Critiques    
     Avec Lilliputia, Xavier Mauméjean nous donne à lire une certaine version du rêve américain. Mais une version un peu tordue : des nains « parfaits », c'est-à-dire respectant les proportions anatomiques des humains de taille normale, sont plus ou moins kidnappés partout en Europe pour venir grossir les troupes d'un parc d'attraction sur Coney Island. Rêve américain, car certains nains, à l'image d'un couple de serbes sans doute trop naïfs, croient pouvoir s'assurer une vie meilleure que dans leurs contrées d'origine, nettement plus pauvre. Et c'est vrai que l'arrivée à Lilliputia semble leur donner raison : une fois n'est pas coutume, toute la ville a été construite à leur taille, tout est beau et propre — et entretenu. Mais ils doivent vite déchanter : s'ils pénètrent dans un parc d'attractions (l'un des symboles actuels du rêve américain), c'est pour en assurer le rôle de figurants ; s'ils s'accommodent de cet emploi qu'ils connaissaient avant de venir, la première rencontre avec les Grands (les humains de taille normale) est catastrophique, ces derniers s'amusent avec eux, les chahutent, certains nains sont blessés, et les Parfaits s'aperçoivent alors que, si rêve américain il y a, il ne leur est pas réservé. Commence alors la lente descente aux enfers des nains, via les remontrances musclées des milices censées maintenir l'ordre (issues en totalité des anciens gangs de voyous de Coney Island) et de la pression des responsables pour qu'ils affichent une sexualité débridée. Et, pour essayer de les rendre plus heureux mais aussi et surtout pour les rendre accro, de façon à ce qu'ils n'aient plus de réelle autonomie et d'envie de révolte — comme c'était le cas dans le stupéfiant et très anarchiste film de Werner Herzog, Les nains aussi ont commencé petits (1970), dont la distribution est quasi intégralement composée de nains enfermés dans un asile, et qui se révoltent contre l'autorité Grande — on leur administre leur dose quotidienne de cocaïne.
     Au sein de cette population naine, un seul ose dire à peu près ce qu'il pense, c'est Elcana, pompier à Lilliputia, mais pompier « pour rire » : si les flammes sont bien réelles, les incendies sont provoqués volontairement, afin de proposer aux visiteurs une attraction supplémentaire. Elcana va progressivement prendre de l'importance au sein des Parfaits, et y compris vis-à-vis des Grands ; son personnage est calqué sur le mythe de Prométhée, dont Xavier Mauméjean donne ici une lecture toute personnelle. Elcana ira jusqu'à emmener certains de ces compagnons dans les parcs voisins, Lunapark — qui permet de voyager sur la Lune — et Steeple-Chase — où l'on peut rencontrer des freaks tout droit sortis du magnifique film de Tod Browning. Ces deux incursions sont d'ailleurs étonnantes, car l'auteur décide de décrire tout sans distanciation, comme si tout était réel et non imaginaire, de telle sorte qu'on a vraiment l'impression d'atterrir sur la Lune et de croiser de vrais monstres, et quelque chose qui n'est en rien de la SF ou du fantastique en devient par la simple grâce de l'habileté stylistique de l'auteur.
     L'odyssée d'Elcana se nourrit de multiples influences, donc : on a parlé de Prométhée, mais d'autres mythes sont à l'œuvre, comme le personnage de Sebastian Thorne, dont il ne faut jamais prononcer le nom, démiurge mort qui tient tout à la fois des Titans grecs que du « Wicker Man » anglo-saxon, ou le Mythe américain, présent aussi dans toute sa splendeur (le « larger than life » étant symbolisé de fait par la relation des nains aux Grands), des freaks à l'exploration spatiale (la Lunapark), en passant par les gangs de New-York. Ce roman est donc le point focal d'un nombre impressionnant d'inspirations, retranscrites au travers de personnages attachants et d'un style élégant et travaillé. Mauméjean sait manier la langue française et ne s'en prive pas, nous régalant au passage d'effets burlesques (essentiellement dans la première partie, la suite étant plus sombre), de telle sorte que ce livre se lit d'une traite.
     Richesse de la thématique et de la langue, maîtrise de la construction, personnages bien campés : assurément, tout livre sur les petits qu'il soit, Lilliputia est un grand roman, à lire séance tenante.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 21/9/2008
nooSFere


     Deuxième écrivain francophone à intégrer la très recommandable collection « Interstices », Xavier Mauméjean prolonge son travail sur le monstre avec Lilliputia, comédie tragique calquée sur le mythe de Prométhée et peuplée de tout un bestiaire humain particulièrement réjouissant. Si le concept de Dreamland — cité miniature pour nains parfaits et parc d'attractions pour visiteurs obscènes dans le Coney Island du début du siècle — peut surprendre, le lecteur se régalera de la distance amusée avec laquelle Mauméjean déroule tranquillement son histoire, la jalonnant çà et là de références mythologiques bien senties (où le pandémonium grec se lâche franchement), de scènes poétiques et de passages aussi violents que comiques. Bref, Lilliputia ne se laisse pas vraiment enfermer et l'auteur brouille les pistes avec talent. Ça tombe bien, c'est justement pour ça que la collection « Interstices » a vu le jour. Raconté sur le mode bonimenteur, Lilliputia suit le parcours initiatique du nain Elcana, échappé de son Europe de l'Est natale après un moment d'énervement notable (que l'on découvre avec stupeur dans le prologue du roman, prologue exceptionnel par son style et son ampleur, où le fantôme de Bolaño prend le thé avec Garcia Marquez) et kidnappé/enrôlé par une sorte de chasseur de têtes. Destination les Etats-Unis, plus particulièrement Coney Island, tout près du Luna Park et des ruines du Steeple Chase, où l'attend la ville de Lilliputia, nouvelle attraction voulue par le Dieu Sebastian (fils de Titan, donc, dont le père a la fâcheuse manie de dévorer ses enfants) et véritable ville miniature où tout est à l'échelle. Des tavernes aux pensions de famille en passant par les camions de pompier. Très vite intégré à la caserne de pompiers, justement, Elcana éteint des incendies programmés, fait des rencontres fortuites (Lilliputia est aussi une triste histoire d'amour), apprend à danser et assume peu à peu son statut de (petit) Prométhée avec le succès que l'on sait et le mal au foie qui s'en suit. Dans cette fresque dramatique aux accents de comédie grotesque (mais jamais absurde), Xavier Mauméjean sème quelques passages d'anthologie (histoire du hot-dog et périple lunaire d'une beauté saisissante) et s'autorise quelques réflexions distanciées sur la vie, le monde et les catastrophes corollaires. Cocaïne et trahisons rythment le récit et l'ancrent dans une sorte de fausse linéarité, où les personnages se troublent à mesure qu'on les découvre. Car ici, personne n'est tout noir, et encore moins tout blanc. Même Elcana, simple citoyen propulsé au statut de héros par un Mauméjean ricanant et démiurge, ne sort pas indemne de l'exercice (moralement s'entend). Il y gagne d'ailleurs une profondeur inquiétante qui tire le livre vers le haut. Sous ses allures de farce et de comédie de foire, Lilliputia est surtout un roman d'une étonnante beauté, étonnante car étrange, cruelle et dérisoire. Le style très second degré fait mouche à tous les coups et l'intelligence narrative fait le reste. On se fait avoir par Lilliputia, on paye son ticket d'entrée et on pénètre dans l'antre de la femme à deux têtes et de l'homme-lombric en tremblant. Et on a raison de trembler, parce qu'ici, c'est pour de vrai.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/10/2008
dans Bifrost 52
Mise en ligne le : 24/9/2010


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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