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Ceux qui sauront

Pierre BORDAGE


Cycle : Jean et Clara vol. 1 


Illustration de Benjamin CARRÉ

FLAMMARION (Paris, France), coll. Ukronie n° (1)
Dépôt légal : octobre 2008
352 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-0812-1169-8   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Jean et Clara devraient bientôt se séparer :
     elle regagnerait Versailles, il retournerait dans la clandestinité.
     — Pourquoi êtes-vous allé à l'école ? demanda-t-elle.
     — Je voulais apprendre.
     — Et qu'avez-vous appris ?
     — L'alphabet, l'écriture, l'arithmétique... comme tout écolier, je suppose.
     — Vous comptiez en faire quoi ?
     Il haussa les épaules.
     — Je ne sais pas au juste. Ceux qui gouvernent savent, alors je pensais que c'était bon de savoir.
     Que ça améliorerait ma vie.

     Et si le passé avait été différent, quel serait notre présent ?
     Un monde scindé en deux.
     Les riches détenant le savoir, les pauvres condamnés à l'ignorance.
     Il y a ceux qui acceptent, s'oublient dans le silence.
     Mais il y a ceux qui se battent pour qu'une société plus juste émerge enfin.

     Ukronie : quand l'Histoire se raconte autrement...
 
    Critiques    
     Quel potache n'a pas rêvé, un jour, de voir l'école supprimée, l'obligation d'assister aux cours disparaître pour pouvoir enfin s'adonner au plaisir de la liberté ? Mais le potache peut-il mesurer l'existence qu'il aurait à mener sans la scolarité obligatoire ?
     L'école et l'enseignement sont les points centraux du présent livre de Pierre bordage, un récit uchronique qui modifie l'histoire et la recombine.

     En 1882, le Parti de l'Ordre, soutenu par les royautés européennes, renverse le gouvernement de Gambetta et installe sur un trône, le roi Philippe VII. C'est la Seconde Restauration. Gambetta, tous les ministres républicains, tous les mécréants qui avaient voulu éliminer l'Église de son rang de puissance publique, sont fusillés. Jules Ferry est exécuté publiquement. Le cours du progrès s'arrête. La situation du peuple revient à celle antérieure à 1789 avec l'injustice, la peur, la misère, l'ignorance, la famine... Les premières lois Ferry sont abrogées et les écoles sont interdites aux enfants du peuple. Le progrès technologique est réservé aux plus fortunés.
     Mais tout régime dictatorial ne peut empêcher l'espoir de survivre et les opprimés de s'organiser dans la clandestinité. Des instituteurs courageux organisent, dans le plus grand secret, des écoles pour les jeunes et adultes, pendant la nuit. Ils transmettent, au risque de leur vie, un savoir de base.
     C'est dans ce cadre que Pierre Bordage nous fait suivre le parcours de ses deux héros, Clara et Jean.
     Clara, quinze ans, vit dans une famille nantie, à Versailles. Son père occupe le poste envié de directeur de la Banque Royale. Elle qui rêve de voyages et de découvrir le monde doit se marier et se plier au choix de ses parents qui veulent conforter leur position sociale.
     Jean à quatorze ans, doit travailler. Il accompagne son père et son oncle, en Normandie, pour la cueillette des pommes en attendant d'aller, comme apprenti, dans les nouvelles mines de charbon, en Lorraine. Après un séjour mouvementé, il revient et reprend la classe nocturne. Mais la police envahit le local, se saisit de l'institutrice et de quatre participants dont Jean. Il est bon pour cinq ans de camp de redressement, dans celui du Jura, réputé être le plus dur du royaume.
     Clara part, pour quelques jours, dans la famille de son futur époux, pour un examen de passage, en quelque sorte. Pendant le voyage, la tempête provoque un accident. Son chauffeur est tué et elle est enlevée par un être rustique.

     Pierre Bordage accumule les péripéties, les difficultés et les contraintes pour ses deux héros : perspective d'une vie de femme au foyer, enlèvement, délivrance avec rencontre de l'être aimé, séparation, bannissement... pour l'une ; emprisonnement, capture, tuerie, guerre des gangs... pour l'autre. Ces parcours qui se sont croisés, pourront-ils à nouveau se rejoindre.

     Dans le cadre uchronique défini plus haut, le romancier place nombre de situations, nombre de faits de société connus, que l'on trouve aujourd'hui éparpillés dans les différents régimes politiques, religieux, économiques de la planète. Il les assemble de façon si cohérente qu'il construit un monde tout à fait crédible. Penser que cette Histoire aurait pu se dérouler est effrayant ! Pour renforcer le côté sombre et oppressant de ce régime, l'auteur dote le royaume d'un climat fait de pluie et de tempêtes. Si « La misère est moins lourde au soleil » comme le chante un monument de la chanson française, dans ce roman, le soleil est absent.
     Il sera beaucoup pardonné à l'auteur de confondre les deux petits massifs montagneux de l'Est de la France : le Jura et les Vosges. Jean est en route pour un camp dans le Jura, qui se « déplace », quelques dizaines de pages après, dans les Vosges. Bah ! Ils sont si proches, vus de loin !

     Pierre bordage s'essaie avec la même réussite à tous les volets de la littérature de l'imaginaire. L'uchronie vient de gagner un nouveau champion. Ceux qui sauront aborde de belle façon, à travers une histoire trépidante, nombre de problèmes cruciaux de notre époque.


Serge PERRAUD
Première parution : 17/10/2008 nooSFere


     Royaume de France, an de grâce 2008. Jean est un jeune fils d'ouvrier. Sa famille survit au gré des emplois précaires et mal payés que dégotte son père. Il a trouvé son premier boulot. Le voilà parti avec son père et son oncle pour aller ramasser des pommes. Jean et les siens représentent la grande majorité de la population, à laquelle toute instruction est strictement interdite sous peine de mort. Les nobles les ont surnommés les cous noirs. Ils sont taillables et corvéables à merci, et n'ont pas d'autre droit que de courber l'échine sans rechigner. La gendarmerie est là qui veille, et elle n'hésite pas à tirer dans la foule pour rétablir l'ordre. Toutes les insurrections populaires ont été impitoyablement matées, et rien ne semble pouvoir ébranler la monarchie et ses gendarmes. Ils ont cependant fort à faire avec ces écoles clandestines, qui veulent éduquer les cous noirs. Une répression impitoyable s'abat systématique sur ces républicains. L'Etat ne saurait en effet tolérer ces nostalgiques d'une révolution régicide et sanguinaire. Mais ils sont toujours là, et essaiment chaque jour un peu plus...

     Clara a elle la chance d'habiter à Versailles, capitale du royaume. Il faut dire que son père est un financier de haut rang, directeur de la Banque royale. Elle est éduquée par un précepteur, et a même accès à l'électricité et Internet. Quoi qu'internet soit un bien grand mot ! Il s'agit plutôt d'une sélection de sites plus hagiographiques les uns que les autres, où tous les propos sont étroitement surveillés. Mais elle a surtout la chance d'être promise à un beau mariage. Un mariage arrangé, bien entendu. Car il ne manquerait plus que les enfants de la noblesse aient le choix de leur conjoint !

     Si la situation intérieure n'est pas terrible, la situation extérieure l'est encore moins. Les Ottomans ont fermé leurs champs de pétrole aux étrangers, et le pétrole devient donc encore plus rare et cher. Les privilégiés qui ont des voitures essaient tant bien que mal de trouver des substituts pour faire rouler leurs berlines. Quant aux autres, ils se déplacent dans des trains tractés par des locomotives à vapeur, ou bien à pied ou en carrioles tirées par des chevaux.

     Le roman est d'une construction aussi simple qu'efficace. D'un chapitre à l'autre, on passe de Jean à Clara, avec un cliffhanger de rigueur à la fin de chaque chapitre. Il va sans dire que nos deux héros vont se rencontrer et sympathiser, ce qui est bien sûr inconcevable, tant les barrières de classes sont énormes. Outre nos deux personnages, on trouve aussi quelques personnages secondaires intéressants, tel le précepteur de Clara.

     Comme l'indique le bref résumé, nous avons la chance de ne pas avoir une sempiternelle uchronie sur la Seconde guerre mondiale. Le point de divergence se situe dans les années 1880, quand la République commença à s'affirmer contre les monarchistes, grâce notamment à Gambetta et Jules Ferry. C'est à cette période qu'Adolphe Thiers a supervisé un coup d'Etat monarchiste. La République a été renversée, Gambetta et Ferry fusillés, la monarchie rétablie et l'Europe à nouveau verrouillée par une nouvelle sainte alliance. L'originalité de la divergence a le grand mérite de mettre en lumière tout le patrimoine que la IIIe République nous a légué : de la laïcité à l'instruction, en passant par les syndicats ou la liberté de s'associer, sans oublier les réformes sociales comme les congés payés ou la semaine de 40 heures.

     Loin donc d'être un simple divertissement, Ceux qui sauront réussit l'exploit d'être à la fois un livre intelligent et divertissant. Un livre engagé également, mais sans lourdeur du propos. Bordage lorgne plutôt du coté des Misérables de Victor Hugo que de Kesselring.

     Je ne saurai conclure sans un coup de chapeau fort mérité à la fin. Aux antipodes de la niaiserie, elle est absolument splendide.

     Dès son premier titre, « Ukronie », collection jeunesse dirigée par Alain Grousset, met la barre très haut. Gageons que si les titres suivants maintiennent la qualité et l'originalité, mais aussi la sincérité et l'engagement, elle deviendra vite la collection de référence pour les ados... et leurs parents.

Olivier PEZIGOT
Première parution : 1/1/2009 dans Bifrost 53
Mise en ligne le : 26/9/2010


 
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