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    Fiche livre    

Roi du matin, reine du jour

Ian McDONALD

Titre original : King of Morning, Queen of Day, 1991
Fantasy  - Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Michel KOCH
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (104), dépôt légal : janvier 2009
504 pages, catégorie / prix : 25 €, ISBN : 978-2-207-25981-8

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacColl, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d’autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu’il imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où.

     Creusant la même veine, âpre et magique, que La Forêt des Mythagos de Robert Holdstock, Roi du matin, reine du jour nous convie à un incroyable voyage dans l’histoire et la mythologie irlandaises.

     Né en Angleterre, mais ayant presque toujours vécu en Irlande, Ian McDonald est un des auteurs les plus en vue de ces dix dernières années. Ses deux derniers romans, d’une énorme ambition thématique et stylistique, ont été finalistes du prestigieux prix Hugo.


    Sommaire    

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 2010
Philip K. Dick, roman, 1992
Imaginales, roman étranger, 2009
 
    Critiques    
     Cela faisait bien longtemps qu'on n'avait pas eu de nouvelles de Ian McDonald. Après des débuts assez fracassants (Desolation Road, en Ailleurs & Demain, en 1989, puis le recueil État de rêve, l'année suivante), il avait été à nouveau publié en 1996 avec Nécroville, chez J'ai Lu. Depuis, plus rien. Du moins, en volume, puisqu'on avait eu droit entre-temps à quelques nouvelles, dont « Tendeléo », dans l'anthologie Faux Rêveur parue chez Bragelonne en 2002. C'est dire si la publication de Roi du matin, reine du jour, roman de plus couronné par le prix Philip K. Dick, est un événement, même s'il faut préciser qu'il s'agit là d'un livre paru en anglais en 1991.
     Mais de quoi parle au juste ce roman ? De l'irruption dans la réalité de créatures issues des croyances collectives, et de la lutte que vont mener plusieurs femmes contre cette intrusion. On retrouve ici une thématique proche de Robert Holdstock, celles des archétypes, même si on reste chez Ian McDonald davantage du côté réel de la frontière que chez l'auteur de La Forêt des Mythagos. Le livre est construit en trois parties, chacune d'entre elles retraçant la confrontation d'une femme avec les mythes. La première, c'est la jeune Emily Desmond, qui au début du XXème siècle, dans sa propriété de Craigdarragh, voit brusquement apparaître le Petit Peuple ; elle s'enivre de leur compagnie, sans se douter que cette fréquentation peut s'avérer dangereuse. Passé un début qui fait irrémédiablement penser à « la petite fille qui photographiait des fées », et nous entraînait sur le chemin pas très folichon de la féerie, le roman acquiert une noirceur qui le rend plus dense et carrément dramatique. Le deuxième personnage féminin est Jessica Caldwell, la fille d'Emily, qui à la veille de la seconde guerre mondiale essaie d'échapper à sa morne existence ; en guise de rébellion vis à vis de ses parents, elle s'entiche d'un combattant de l'IRA. Elle finira par apprendre ses origines, et sera amenée à tenter de renvoyer les mythes chez eux. Il s'agit à mon sens de la partie la plus intéressante du roman, car elle prend à bras le corps l'un des principaux matériaux du roman, à savoir l'esprit irlandais, et le mélange entre histoire irlandaise et irruption des mythes est particulièrement réussi. La troisième femme, enfin, est Enye McColl, qui à la fin du XXème siècle exerce un boulot de publicitaire le jour, mais défend le monde la nuit, katana en main, luttant contre des monstres toujours plus méchants. Dans une ambiance très manga, les mythes sont désormais susceptibles de s'incarner là où ils le souhaitent, et le combat d'Enye en est d'autant plus éprouvant. Sera-t-elle en mesure de les contrer ?
     A noter que pour adapter la forme au fond, l'auteur utilise une technique d'écriture différente pour chaque partie : mélange d'extraits de journal intime, de correspondance épistolaire et autres extraits de journaux pour la première ; narration à voix multiples pour la deuxième ; nombreux flashbacks dans la troisième.
     Au terme de ce triptyque (à ce propos, ne ratez pas l'épilogue), McDonald a abordé les croyances irlandaises dans toute leur évolution, du Petit Peuple de Féérie des débuts à une mythologie consumériste de fin de XXème siècle teintée d'influences extérieures, en passant par la figure consacrée de l'Irlandais comme peuple résistant. Et cette transformation est étroitement intriquée à celle de la société irlandaise. L'auteur nous livre ainsi ici une sorte d'histoire romancée de son pays (bien qu'il soit né en Angleterre, il a essentiellement vécu en Irlande), où les mythes, plus qu'ailleurs, ont une tangibilité certaine. On le sent inspiré par la thématique qu'il a choisie, ce qui confère au roman un souffle indéniable ; cette force tient aussi à la construction tripartite, dont chacun des éléments répond aux précédents, et tisse une trame toujours plus dense.
     Ça faisait des années qu'aucun livre de Ian McDonald n'avait plus paru en France ; avec Roi du matin, reine du jour, on comprend ce qu'on a raté. Heureusement pour nous, il ne faudra pas attendre longtemps avant de voir paraître le suivant, River of Gods, roman nettement plus récent puisque datant de 2004, et annoncé pour 2010 dans la même collection Lunes d'Encre.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 17/1/2009
nooSFere


     Ce roman, tardivement traduit, est une preuve par trois.
     Trois jeunes filles irlandaises. Trois descendantes ayant le pouvoir de voir et d’agir sur des archétypes d’un inconscient collectif forcément irlandais. Trois histoires successives sur ces femmes qui sont un reflet de la vie en Irlande au XXème siècle.

     Au début du siècle, Emily Desmond, entre pensionnat bien pensant et propriété familiale, fantasme sa vie plutôt que de la vivre. Entre un père qui dilapide la fortune familiale dans des recherches scientifiques hasardeuses, et une mère poétesse, tous deux absents de sa vie, elle choisit la fuite vers les mythes, et ne rêve que de rejoindre la horde sauvage qui parcourt les bois de Bridestone, situés sous sa fenêtre.
     A l’aube de la deuxième guerre mondiale, Jessica « bloody » Caldwell, au passé flou, utilise sa mythomanie et son ironie mordante pour se forger une carapace face à ses parents et ses amies. Mais comment réagir quand ses inventions se matérialisent pour de bon ? Et qui sont ces deux mystérieux clochards buveurs de thés fins ? A quoi servent leurs colifichets métalliques de bric et de broc ? Et qui est l’Adversaire qui lui en veut ?
     Enye McColl fille des années 80, publicitaire un jour et coursier à vélo le lendemain se transforme la nuit en héroïne de manga et affûte ses katanas pour suivre la voie du sabre (le Kendo) contre des ectoplasmes fantasmagoriques qu’elle est seule à discerner, tant ils sont bien camouflés sous les traits de personnes réelles.

     Ces trois destins permettent à l’auteur de nous montrer son Irlande d’hier et d’aujourd’hui à travers ses mythes, mais également l’influence des choix de chacun, entre fuite, acceptation et combat.
     Dans la même veine que La Forêt des Mythagos auquel la quatrième de couverture fait explicitement référence, le voyage est à l’intérieur de soi plus qu’à l’extérieur.
     Toutefois, là où Holdstock réussit à transformer l’essai de manière magistrale, Roi du matin, reine du jour souffre de longueurs et de répétitions, liées pour beaucoup aux choix narratifs. La troisième histoire principalement souffre du mécanisme. Enye semble bien lente pour comprendre ce qui l’entoure quand le lecteur a déjà reçu toutes les clés pour déchiffrer l’univers lors des deux parties précédentes.
     Je regrette également que les personnages centraux soient un peu caricaturaux alors qu’il est si rare d’avoir des personnages féminins qui soient les héros.

     Malgré ces légères faiblesses, la lecture est un beau voyage entre Irlande mythologique et moderne, qui donne envie de découvrir d’autres œuvres du même auteur.


Amélie FERRANDO
Première parution : 8/4/2010
nooSFere


     Il aura donc fallu attendre treize ans pour qu'arrive en France un « nouveau » Ian McDonald. Nouveauté toute relative, puisqu'il s'agit du troisième roman, paru en 1991, de l'auteur du très remarqué Desolation Road (le Livre de Poche). Très remarqué mais vite oublié par les éditeurs : en dehors du recueil Etat de rêve en 90 (le Livre de Poche) et de Nécroville en 96 (J'ai Lu), les lecteurs français n'ont pu se mettre sous la dent que... quatre nouvelles en près de vingt ans.

     Autant dire que c'est avec une certaine impatience qu'on s'attaque à ce Roi du matin, reine du jour. On y découvre, au fil de trois parties radicalement différentes, mais chacune se nourrissant de la précédente, les histoires de trois jeunes femmes entretenant un rapport particulier avec la riche matière mythologique irlandaise.

     La première d'entre elles, Emily, va avoir quinze ans en cette année 1913. Délaissée par son astronome de père — un père persuadé que la comète qu'il observe est en réalité un véhicule interstellaire, et qui imagine un moyen de communiquer avec ses occupants — , l'adolescente croit voir se matérialiser faunes, fées et autres représentants du Petit Peuple aux abords de la forêt qui jouxte le domaine familial. La fascination tourne vite à l'obsession, et le destin d'Emily aura de profondes répercutions sur ceux de Jessica, jeune Dublinoise mythomane des années 30 en quête d'identité, et d'Enye, qui, à la fin du XXe, siècle arpente chaque nuit ou presque la capitale irlandaise pour combattre, katana en main, des créatures de cauchemar qu'elle seule semble percevoir...

     Roi du matin, reine du jour se présente comme un voyage à travers le XXe siècle irlandais, et Ian McDonald ne ménage pas ses efforts pour plonger son lecteur au cœur de l'époque de chacune de ses héroïnes, conjuguant sens du détail historique et réelle aisance stylistique. La première partie relève ainsi du roman épistolaire et se réfère explicitement au Crépuscule celtique de Yeats et à « l'affaire des fées de Cottingley », la seconde dépeint le Dublin des années 30 et l'Ulysse de Joyce dans un style « courant de conscience » très maîtrisé, enfin la partie contemporaine s'avère résolument moderne, dans sa construction comme dans son traitement, qui flirte avec le cyberpunk.

     Par son argument fantastique, Roi du matin, reine du jour a vite fait d'évoquer (comme ne manque pas de le souligner la quatrième de couverture) La Forêt des mythagos de Robert Holdstock. Mais là où ce dernier, pour fascinant que soit son propos, donnait une vision aride d'un inconscient collectif quasi immuable, enraciné dans la violence des temps primordiaux, McDonald en offre une conception dynamique : ici les mythes et archétypes les plus anciens, constamment recyclés et adaptés, changeant de visages à chaque génération, peuvent faire irruption dans la réalité — et ne s'en privent d'ailleurs pas...

     Ainsi, au-delà de l'aspect historique, McDonald s'applique surtout à dépeindre les liens étroits qui, en Irlande peut-être plus qu'ailleurs, unissent une nation à ses mythes. L'intervention de Yeats dans la première partie est significative : par son intérêt pour les racines mythologiques de son pays et par son engagement nationaliste, le personnage symbolise à lui seul l'identité irlandaise du début du siècle dernier. Mais à mesure que l'Irlande entre dans la modernité, les légendes ancestrales se modèlent sur les peurs et les espoirs de chaque génération : Emily, Jessica et Enye reflètent chacune un aspect du visage de l'Irlande, fascinée par ses mythes, absorbée par sa lutte, ouverte au monde.

     Ian McDonald a pour son pays le même regard que le Dr. Rooke, le psychologue qui traverse le siècle sur les traces d'Emily, a pour ses patientes. Et derrière sa vision de l'Irlande se dessine celle d'une civilisation occidentale qui, à trop s'identifier aux mythes du passé, se contente désormais de remixer son héritage sans parvenir tout à fait à y intégrer sa modernité, à se créer ses propres mythes. « N'avons-nous pas perdu d'une manière ou d'une autre la capacité d'engendrer de nouveaux mythes adaptés à une société technologique ? se demande Rooke. Pourquoi nous tournons-nous vers ces guerriers d'une époque où tout était plus simple, quand le noir était noir et le blanc aussi blanc qu'un drap lavé avec une lessive bio ? »

     Il y a bien des façons d'aborder ce Roi du matin, reine du jour : roman historique, psychologique ou fantastique, les différents niveaux de lecture se répondent, s'enrichissent et s'éclairent. Ian McDonald livre là une œuvre exigeante, dense et originale, une trilogie de fantasy en un tome, résolument à contre courant d'un paysage éditorial majoritairement acquis aux cycles interminables qui font feu de tout bois pour ressasser ad nauseam les poncifs éculés du genre... De quoi (re)découvrir un écrivain talentueux trop longtemps ignoré en France, en attendant les traductions annoncées, chez Denoël et Bragelonne, de River of Gods et Brasyl.

     Il était temps.

Olivier LEGENDRE
Première parution : 1/4/2009
dans Bifrost 54
Mise en ligne le : 4/11/2010

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2012)


 
     L'Irlande, ses mythes, sa magie, ses mystères. Trois générations : 1913, 1930, fin des années 80. Trois destins de femmes, Emily Desmond, Jessica Caldwell et Enye MacColl, unies par un terrible secret. Le roman débute avec la novella « Craigdarragh » et le destin de la jeune Emily Desmond. Pour cette entrée en matière, Ian McDonald a fait le choix de la forme épistolaire. La nouvelle est fragmentée par les points de vue des différents protagonistes, au travers de lettres, coupures de presse, extraits de journaux intimes... Début du XXe siècle, le Dr Edward Garret Desmond, astro-nome, croit découvrir dans le passage de la comète Bell des extraterrestres en provenance d'Altaïr. Malgré l'opposition de la haute société scientifique qui le ridiculise, et porté par sa croyance d'avoir fait la plus grande découverte de tous les temps, Desmond va tout mettre en œuvre pour communiquer avec le vaisseau, au point de dilapider la fortune familiale. Sa femme, Caroline, riche héritière et maîtresse de maison, ne vit que pour ses poèmes. Sa fille, Emily, jeune adolescente en pleine puberté, délaissée par ses parents, se détache peu à peu de la réalité au contact du petit peuple, de la Chasse sauvage, des léprechauns, des fées grégaires et autres créatures. Mythe ? Réalité ? Fantasme ? Une narration de l'isolement et de la perdition. La destinée d'Emily est au cœur du roman. On retrouve ici une référence à l'affaire des fées de Cottingley et aux articles de Sir Arthur Conan Doyle dans sa veine spiritualiste. La deuxième nouvelle, « Le Front des mythes », relate l'histoire de Jessica, jeune mythomane dublinoise pleine d'ironie. Elle est la fille cachée d'Emily. En quête d'identité, entourée de son père adoptif, de son psychanalyste et de deux mystérieux compères buveurs de thé, nous la suivrons à la recherche de ses origines, entre Dublin et les terres de Craigdarragh. Enfin, le dernier texte, « Shekinah », est plus proche de l'esprit manga. Nous plongeons dans le Dublin de la fin des années 80, aux côtés de Enye MacColl. Publicitaire le jour, elle s'arme de ses katanas la nuit et se shoote à coup de « doses de réalité » pour combattre les incarnations de créatures mythiques qu'elle est la seule à voir. Son combat devra passer par l'apprentissage de la voie divine pour aboutir. Il y a une forme d'espièglerie et de jubilation dans l'écriture de McDonald tant il construit, déconstruit et reconstruit les genres qu'il aborde. Le fantastique, la fantasy, la SF/manga. Une écriture tout en rupture. Un exercice de style plein de maîtrise pour une œuvre de jeunesse mais aussi une analyse critique des mondes imaginaires décrits par ses prédécesseurs à l'approche plus classique. D'aucuns trouveront la manœuvre un peu arrogante, narcissique et futile, d'autres se délecteront de cette prétention affichée avec beaucoup d'habileté et de savoir-faire, déjà. Car oui, avec cette œuvre, Ian McDonald a pris sa place. Mais bien plus encore que cette méta-écriture, il y a avant tout une histoire riche, une œuvre exigeante, une intrigue fine et complexe, des personnages troublants et puissants qui marquent votre imaginaire. C'est aussi un hommage poignant et objectif à l'Irlande, à son histoire, à sa construction. Le fruit d'une confrontation sublimée entre mythe et réalité. Comme une sorte d'Irish crossroads. Ian McDonald est un conteur exceptionnel et nous livre ici un livre rare et indispensable à tout fan qui se respecte. Fin de la propagande !

Hervé LE ROUX
Première parution : 1/10/2012
dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 23/7/2017


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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