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Défricheurs d'imaginaire. Une anthologie historique de science-fiction suisse romande

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Jean-François THOMAS



Illustration de François ROUILLER

Bernard CAMPICHE , coll. camPoche
Dépôt légal : mars 2009
530 pages, catégorie / prix : 14.60 €
ISBN : 978-2-88241-231-7   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     La science-fiction suisse ? Jamais entendu parler !
     Et pourtant, depuis longtemps, la littérature suisse romande s'est livrée au jeu des fictions spéculatives. Comme ailleurs, des auteurs curieux ou perspicaces se sont posé des questions sur l'avenir, les rapports de la science et de la société, les dangers technologiques, les dérives totalitaires, la vie sur d'autres planètes, la réalité virtuelle ou les délires temporels. Auteurs célèbres, réputés ou oubliés ont exprimé leurs craintes, leurs angoisses ou leurs espoirs par le biais de romans ou de nouvelles.
     Composé par Jean-François Thomas, ce recueil est la première anthologie historique de la science-fiction suisse romande. De 1884 à 2004, elle donne à lire des récits qui appartiennent tous au domaine de la « conjecture romanesque rationnelle ».
     Avec des textes de Léon Bopp, Bernard Comment, Marie-Claire Dewarrat, Michel Epuy, Roger Farney, Gabrielle Faure, Jean-Villard Gilles, Rolf Kesselring, Claude Luezior-Dessibourg, Sylvie Neeman Romascano, Georges Panchard, Wildy Petoud, Jacques-Michel Pittier, Odette Renaud-Vernet, Edouard Rod, Noëlle Roger, Albert Roulier et François Rouiller.

JEAN-FRANçOIS THOMAS
Directeur de publication

    Sommaire    
1 - Jean-François THOMAS, Préface, pages 7 à 25, Préface
2 - Édouard ROD, L'Autopsie du Docteur Z***, pages 27 à 56
3 - Michel EPUY, Anthéa ou l'étrange planète, pages 57 à 105
4 - Roger FARNEY, Les Anekphantes, pages 107 à 186
5 - Albert ROULIER, La Grande découverte du savant Isobard, pages 187 à 194
6 - Léon BOPP, Une fable, pages 195 à 208
7 - Noëlle ROGER, Les Secrets de Monsieur Merlin, pages 209 à 237
8 - Jean Villard GILLES, 4 chansons, pages 239 à 254
9 - Gabrielle FAURE, Homo Ludens, pages 255 à 257
10 - Odette RENAUD-VERNET, Ce jour-là, pages 259 à 271
11 - Jacques-Michel PITTIER, Ego Lane, pages 273 à 277
12 - Wildy PETOUD, La Maison de l'araignée, pages 279 à 293
13 - Rolf KESSELRING, Martien vole, pages 295 à 320
14 - Marie-Claire DEWARRAT, Le Trou, pages 321 à 336
15 - Bernard COMMENT, Château d'eau, pages 337 à 359
16 - Claude LUEZIOR, Granules, pages 361 à 384
17 - Sylvie NEEMAN ROMASCANO, Mais aussi un cadenas, des menottes, une bille et un désir, pages 385 à 392
18 - François ROUILLER, Délocalisation, pages 393 à 443
19 - Georges PANCHARD, Comme une fumée, pages 445 à 489
20 - Jean-François THOMAS, Les Auteurs, pages 491 à 525, Dictionnaire d'auteurs
 
    Critiques    
     À l'heure où la SF française tente de s'ouvrir de nouvelles perspectives avec Retour sur l'horizon, la SF suisse se souvient de son passé. Le sous-titre de cette anthologie ne laisse en effet guère place au doute : « une anthologie historique de science-fiction suisse romande ». Historique étant à prendre avec un double sens : il s'agit en effet d'un volume présentant l'histoire de la SF suisse romande depuis le premier texte que l'anthologiste, Jean-François Thomas, situe en 1746, jusqu'à nos jours ; mais il s'agit aussi de la première anthologie à être ainsi constituée, et non seulement d'inédits, comme les trois qui l'ont précédée.
     Car oui, cela peut surprendre, mais la SF suisse romande représente un corpus assez limité : 4 anthologies, donc, mais un volume d'environ 200 livres au total, ce qui, convenons-en, fait peu. Mais cela suffit pour en extraire des chefs-d'œuvre, des textes importants, et des auteurs majeurs. C'est ce à quoi s'attelle Jean-François Thomas dans sa très convaincante préface : brosser un tableau aussi complet que possible des auteurs, des œuvres, des thématiques et des spécificités de la SF suisse romande. Thomas ayant conclu en 1985 ses études de Lettres par un mémoire sur le sujet, son avis fait autorité. Complet, son panorama se complète en fin d'ouvrage d'un dictionnaire des auteurs retenus particulièrement fouillé. Rien que pour ça, Défricheurs d'imaginaire vaut l'achat.
     Mais venons-en aux textes : 18 auteurs, pour 17 nouvelles et 4 chansons (de Jean Villard dit Gilles) qui s'étendent de 1884 à 2004. Avec quelques noms connus (Rouiller, Panchard, Petoud, Kesselring), et beaucoup d'inconnus.
     Le début de l'anthologie se compose d'histoires au charme suranné : l'autopsie d'un mort dont le cerveau survit une dizaine de jours au décès physique (Édouard Rod), une visite à une planète étrange (Michel Epuy, pour un magnifique texte déjà sélectionné par Serge Lehman pour Chasseurs de Chimères), ou les effets pervers d'une bonne prévision météo sur la population (Albert Roulier). Mais c'est le récit de Roger Farney, « Les Anekphantes » qui surprend : la description très fouillée et très réussie d'une espèce résolument autre... pour une nouvelle écrite en 1918 ! Et comme le sujet d'étude de cet extra-terrestre se trouve être l'Homme, cela se double d'une réflexion passionnante sur la nature humaine. Ébouriffant.
     Viennent ensuite les deux écrivains majeurs de la SF suisse : Léon Bopp, auteur du monumental Liaisons du monde (1938-1944) avec une fable sur la course aux armements, et Noëlle Roger, qui publia essentiellement entre les deux guerres, dont le personnage découvre la télévision et les ondes longue distance.
     Après que Gabrielle Faure nous ait présenté un futur pas drôle du tout où le rire est obligatoire, Odette Renaud-Vincent nous fait vivre une fin du monde suisse, sans effet spéciaux. L’humour prend ainsi ses aises, ce que confirme le conte de la création – revisité façon texte à chute de Fredric Brown – de Jacques-Michel Pittier. L’hommage à l’auteur américain est encore plus apparent dans la nouvelle de Rolf Kesselring, où un Martien minuscule tente de venir en aide à un voleur pour mieux l’envoyer en prison. Mais le mieux, en matière d’humour, est à venir avec « Château d’eau » de Bernard Comment, où la Suisse, source de 4 fleuves européens importants, décide par mesure de rétorsion de couper l’écoulement de ceux-ci... de telle sorte que le niveau d’eau monte peu à peu jusqu’à inonder le pays ! L’humour, délicate qualité suisse, imprègne ainsi régulièrement la SF de ce pays et donc le présent ouvrage.
     Ailleurs, on aura pu relire avec plaisir Wildy Petoud, auteure exigeante, styliste accomplie, comme le prouve ce texte déjanté, son premier publié, mais qui a malheureusement eu une carrière assez météorique et a depuis complètement disparu. La nouvelle de Marie-Claire Dewarrat sur une population enterrée qui revient à la surface contient ce qu'il faut de moments poignants pour faire oublier qu'on a déjà lu ce type d'histoire mille fois. Enfin, les quatre derniers textes nous permettent de passer au XXIème siècle : Claude Luezior-Dessibourg, avec son récit de pilules qui révolutionnent la société, et Sylvie Neeman-Romascano qui nous gratifie d'un long poème en prose en forme de lettre. François Rouiller confronte un journaliste cynique à la recherche du scoop à une famille marquée par une tragédie liée aux dons de télékinésie de la fille et Georges Panchard réussit le mélange entre L'homme invisible de H.G. Wells et Dead Zone de Stephen King.
     Au final, mission accomplie (avec les félicitations du jury) pour Jean-François Thomas : son anthologie dresse un bilan flatteur de la SF suisse, en nous donnant à lire quelques très grands textes, et en levant le voile sur ce continent quasi-inconnu qu'était jusqu'à présent la SF suisse romande.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 18/10/2009 nooSFere


     Existe-t-il une science-fiction suisse ? On concèdera bien volontiers que depuis la création de la Maison d'Ailleurs, musée unique en son genre, la Suisse est devenue une terre de science-fiction. Mais s'il fallait à la plupart d'entre nous citer cinq écrivains helvètes ayant contribué de manière notable à la S-F francophone, nous serions sans doute passablement embêtés. L'anthologie de Jean-François Thomas vient à point nommé pour combler cette lacune en proposant un survol chronologique du genre s'étendant sur plus d'un siècle, de 1884 à 2004.

     Les premiers textes figurant au sommaire de Défricheurs d'imaginaire sont sans doute les plus intéressants, et pas nécessairement pour leur rareté. On retrouve d'ailleurs parmi eux « Anthéa ou l'étrange planète » de Michel Epuy (1918), nouvelle précédemment exhumée par Serge Lehman pour son passionnant Chasseurs de chimères (éditions Omnibus) consacré à l'anticipation scientifique française d'avant-guerre. Il s'agit de l'exploration extrêmement vivante d'une planète amenée à proximité de la Terre dans le sillage d'une comète.

     Du coup, la palme de la (re)découverte la plus intéressante de l'anthologie revient à « Les Anekphantes » de Roger Farney, court roman de 1931 décrivant une forme de vie microscopique, sortes de cellules intelligentes organisées au sein d'une société symbiotique. Après avoir étudié en détail le mode de vie de ces créatures, l'auteur adopte leur point de vue pour observer notre propre monde, radicalement différent, dont il va indirectement souligner les insuffisances et les incohérences. Même si l'écriture de Farney est un poil trop ampoulée pour être attrayante, « Les Anekphantes » n'en constitue pas moins une lecture étonnante et originale, qui mérite d'être découverte.

     Texte le plus ancien du recueil, « L'Autopsie du Docteur Z*** » d'Edouard Rod (1884) ne s'appuie sur un élément pseudo-scientifique (l'idée que le cerveau cesse progressivement de fonctionner après le décès de son propriétaire) que pour justifier le fait que le narrateur de ce récit soit mort. L'adoption d'un tel point de vue permet à l'écrivain de signer une belle nouvelle, mélancolique et apaisée, mais qui aurait tout aussi bien pu se passer de son alibi science-fictif.

     Les textes plus récents sont soit anecdotiques, soit mauvais. « La Grande découverte du savant Isobard » d'Albert Roulier (1938) imagine sur un ton ironique les conséquences inattendues qu'entraînerait la possibilité de prévisions météorologiques infaillibles ; « Les Secrets de Monsieur Merlin » de Noëlle Roger (1949) est une histoire d'amour mièvre au cours de laquelle l'auteur décrit le fonctionnement d'un appareil de télévision révolutionnaire ; quant à « Une Fable » de Léon Bopp (1940), il s'agit d'un conte à vocation humoristique, versant assez vite dans l'hystérique, et d'une lecture particulièrement pénible à force de triturations lexicales sans queue ni tête.

     On pourrait à priori s'étonner qu'à l'exception de quelques chansons signées Jean Villard, Jean-François Thomas n'ait retenu aucun texte entre 1949 et 1979. En réalité, il s'agit d'une période d'hibernation pour la science-fiction suisse, comme tend à le montrer le peu d'œuvres parues alors, en particulier dans les années 50 et 60 (l'anthologiste en recense moins d'une dizaine). Trente ans de quasi-silence d'autant plus étonnant que, de ce côté-ci de la frontière, il s'agit au contraire d'une époque cruciale, fondatrice. Rien n'explique que les écrivains suisses se soient à ce point désintéressés du sujet pendant aussi longtemps.

     Les années 80-90 sont nettement plus fournies, mais le plus souvent il s'agit de nouvelles parues en dehors des revues et collections spécialisées, écrites par des auteurs de littérature générale optant volontiers pour une science-fiction allégorique qui leur permet de dénoncer tel ou tel travers de notre société. On y trouve quelques textes réussis, comme « Ce Jour-là » d'Odette Renaud-Vernet, une fin du monde tout en douceur, ou « Château d'Eau » de Bernard Comment, comédie absurde dans laquelle la Suisse construit un mur à ses frontières pour empêcher ses fleuves d'irriguer les pays voisins et finit noyée. Les autres ont le défaut rédhibitoire de vouloir réinventer la roue et manient divers poncifs du genre sans même en avoir conscience.

     Parmi les noms plus familiers des lecteurs de S-F, on retrouve avec plaisir Wildy Petoud par le biais de « La Maison de l'Araignée », sa première nouvelle, retenue à l'époque (1986) par Philippe Curval pour son anthologie Superfuturs (Denoël « PdF »). Relire ce texte ne peut que nous faire regretter sa disparition du paysage éditorial depuis plus de dix ans maintenant. Rolf Kesselring, dont on se souvient surtout pour son travail d'éditeur qui offrit un support à la S-F politique française de la fin des années 70, figure lui aussi au sommaire avec « Martien vole », une nouvelle évoquant fortement le Martiens go home de Fredric Brown, sans parvenir à se hisser au même niveau de drôlerie hélas.

     L'anthologie s'achève sur deux textes parus en 2004, signées respectivement François Rouiller et Georges Panchard. Le premier, « Délocalisation », développe une idée de science-fiction tout à fait intéressante (une expérience scientifique a bouleversé les lois de la physique et indirectement amené à la naissance de mutants) mais souffre d'une écriture pataude, en particulier dans la description de ses personnages. « Comme une fumée » en revanche est maîtrisé de bout en bout, décrivant la vie d'un personnage doté d'un talent unique qu'il gâchera de façon lamentable. Panchard est sans conteste l'auteur suisse le plus doué à l'heure actuelle, dommage qu'il soit si rare.

     Défricheurs d'imaginaire, de par sa nature même, est une anthologie très inégale, mais atteint son but en embrassant une vaste période et une grande variété de styles. Le travail de Jean-François Thomas mérite d'être salué, autant pour sa sélection que pour le paratexte qui encadre ces nouvelles. Son histoire de la science-fiction suisse qui constitue la préface de ce livre est fort complète et permet de resituer les œuvres choisies dans leur contexte tout en élargissant son sujet d'étude aux romans. Sa présentation des auteurs est sans doute exagérément laudative, mais on choisira d'y voir la marque de son enthousiasme, qualité indispensable pour mener à bien un tel projet. Mission accomplie.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/1/2010 dans Bifrost 57
Mise en ligne le : 7/7/2011


 

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