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BORG ou l'Agonie d'un monstre

Alain DARTEVELLE



Illustration de Paulette DUMONT

SOLIDARITUDE
Dépôt légal : septembre 1983

192 pages, catégorie / prix : 63 F
ISBN : 2-86778-001-2   
Genre : Fantastique 



    Quatrième de couverture    
     « ... En ce début de nuit, Borg a réintégré son univers halluciné, où les temps révolus, l’imaginaire et lui vivent de plain-pied. Il est fou de fictions et n’a jamais voulu écrire. Pour calmer ses fringales de littérature, il se réfugie dans la rédaction conforme, travail d’artisan plutôt que d’artiste, des règlements ministériels et des textes de lois, des discours de Gracia. Il n’invente pas des existences nouvelles, mais les plans qu’il mature dans sa chambre secrète, c’est au réel qu’il les applique. Et ses mots manipulent des êtres bien vivants. Comme il plaisante parfois, sa vie est un roman. Il pourrait n’être, de par son physique incroyable et les ramifications insoupçonnées de son rôle social, qu’un personnage de conte fantastique, mais alors Assump — tion aussi, et tous ses habitants, devraient basculer dans l’imaginaire... »
     Borg ou l'Agonie d'un monstre, portrait de l’homme-oiseau dans son pays de fantaisie, du dieu caché qui agite encore, l’œil mi-clos, sa collection de présidents. Description d’une épopée médiocre et qui se meurt, la traversée méticuleuse des apparences du pouvoir.

     Alain DARTEVELLE :
     — Né à Mons (Belgique), le 28 février 1951.
     — Licencié en Journalisme et Communications sociales (Université libre de Bruxelles).
     — Activités épisodiques de critique (science-fiction), et de scénariste (bandes dessinées).
     — Prépare un doctorat en Communications sociales sur le thème des médias, par comparaison de leur évolution dans la réalité aux visions qu’en donne la littérature de S-F.
     — Des récits en instance de parution. « L’agonie d’un monstre » est son premier roman.
 
    Critiques    
 
     On est de plus en plus nourri, pour une part majeure de ce qui compte en littérature « essentielle », d'auteurs et d'œuvres latino-américains. (Bruno Lecigne en a longuement parlé, à plusieurs reprises, dans ses Chroniques des terres brûlées.) Entre ces romanciers parfois sans sol (songeons à Cortazar) ou parfois enracinés au plus profond de leur village quand bien même ils atteignent à l'universel (Macondo ! Macondo !), et quelques rares auteurs de SF surtout britanniques depuis la disparition de Dick, gisent sans doute l'écriture et la thématique les plus novatrices de ces dernières années.
     C'est dire si les écrivains conscients d'un nécessaire renouvellement de leur outil peuvent loucher vers l'imaginaire hispanisant qui court du Mexique de Fuentes à l'Argentine de Sabato. C'est dire également combien est grand le danger de se fourvoyer dans la reduplication pure et simple de modèles trop estimés. L'apparition d'un nouveau romancier (belge et francophone) qui choisit d'emblée de se situer dans cette mouvance suscite donc autant de crainte que d'espoir — d'autant que son réfèrent ne peut venir qu'indirectement des réalités de ce continent tout à la fois proche et lointain.
     Borg ou l'agonie d'un monstre n'est pas un roman réaliste, tel que l'Amérique Latine meurtrie en a fait naître, comme Terre d'asile de Pierre Mertens. Il s'agit bel et bien chez Alain Dartevelle d'une absorption de tout un univers mythique et de sa re-création imaginaire avec une force verbale étonnante. Dartevelle ne singe pas ses modèles, pas plus qu'il ne se livre à un commentaire devenu (hélas !) banal sur un réel sociopolitique trop connu, même si celui-ci ne pouvait d'évidence être complètement absent.
     L'Amérique Latine ici imaginaire n'en devient que plus évidente, et la réussite manifeste. Le texte produit un écart tangible et dès lors signifiant dans nos perceptions, par une vision déformée et pourtant vraie de l'environnement géographique et même de la langue. Assumption, ville-clé du roman, n'existe sur aucune carte mais paraît de toute cité sud-américaine dans son mélange de culture espagnole et de mythes indigènes. De même, le lexique de Borg... subit de belles distorsions : on n'y parle guère l'espagnol, même éloigné du castillan comme l'argentin actuel, mais plutôt une langue de l'esprit — qui dresse l'image d'un univers intérieur, porteur de quelques obsessions majeurs — de celles qui créent le choc et la nécessité littéraires. Au centre, le Pouvoir. Le Pouvoir en tant que fable bouffonne, vernis écaillé d'une solitude des plus définitives. Borg, l'homme-oiseau, banalisation du dieu-condor aztèque (ce trait d'intelligence narrative : ramasser le mythe et n'en retenir que le quotidien banalisé, donner à voir un être résolument autre par le canal de son intimité ordinaire et non de sa différence fantastique, décrire son agonie, enfin, avec une minutie quasi vétérinaire), Borg donc croit manipuler son dictateur fantoche, Padre Gracia. Mais Borg ne peut manipuler le destin. Et toutes ses manipulations, le plaisir pris à créer l'Histoire, la description des prisonnières du Figlio Dio qu'il ne possède qu'en des tortures méticuleuses, tout n'est que leurre. Et le réel devient spectacle à son tour manipulé, tel est le sens du personnage de Hans Funck Brentano, spécialiste des média qui montre au peuple une réalité magnétoscopée. Le Pouvoir n'existe pas vraiment, nous dit Borg, sauf à remplir des prisons (plane l'ombre de Sade), « ces lieux où le pouvoir est réellement tangible » selon Dartevelle : la torture n'est plus un jeu sadique dès lors, mais la seule préhension du dictateur sur des faits et des êtres.
     Un tel récit ne peut que mal finir : la Mort est au rendez-vous depuis l'ouverture, qui nous montre Borg soumis à la variole aviaire. Mais un démiurge ne peut mourir seul : le monde créé doit le suivre dans le néant, et un véritable holocauste accompagnera la fin de l'homme-oiseau, rendant au néant tous ceux qu'il a contribué à faire exister. La démiurgie de Borg mime-t-elle la démiurgie de l'écrivain, ou serait-ce l'inverse ? Le descriptif minutieux de ce livre (qui situe bien Dartevelle à la croisée des chemins, entre le roman latino-américain et d'autres « nouvelles » traditions) ne devait-il pas, inévitablement, se clore sur le néant ? Tant de faits et d'êtres soigneusement décrits n'ont pourtant aucune existence réelle — et l'holocauste final métaphorise en quelque sorte la clôture de l'exercice de lecture. Voici le livre deux fois terminé — et en prime, dans ce récit qui joue avec l'idée de Pouvoir, une belle réflexion sur le rôle de l'écrivain. On reparlera en tout cas d'Alain Dartevelle.

Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/3/1984 dans Fiction 349
Mise en ligne le : 22/12/2008


 

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