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Fournaise

James Patrick KELLY

Titre original : Burn, 2005

Traduction de Christophe DUCHET & André-François RUAUD
Illustration de Damien VENZI

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 351
Dépôt légal : octobre 2009
208 pages, catégorie / prix : 6,50 €
ISBN : 978-2-07-034653-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     La planète du Pois de Morobe vient de changer de propriétaire. Celui-ci veut y installer une colonie paradisiaque suivant les préceptes d'Henry David Thoreau et revenir à la « simplicité volontaire ». La planète, coupée du reste de la galaxie, est donc rebaptisée Walden. Mais ses occupants précédents, les Pukpuks, ne sont pas prêts à s'adapter à ce nouveau mode de vie. Ils entrent donc en rébellion et se transforment en torches suicides au milieu des forêts nouvellement plantées. Prosper Grégoire Leung, appelé Spur, chargé de combattre le feu, vient juste de réchapper de l'une de ces fournaises. La vie en harmonie avec la nature sera-t-elle de nouveau possible sur Walden ?

     Fournaise, court roman de science-fiction dense et inventif, a été récompensé par le prix Nebula en 2007. James Patrick Kelly est sans conteste un auteur à suivre.

     James Patrick Kelly est né en 1951, aux États-Unis. Auteur de nombreuses nouvelles récompensées par les plus grands prix (Hugo, Locus...), il n'a publié que quatre romans. Regarde le soleil, le deuxième à être traduit en français, paraît en 2009 aux Moutons électriques.

    Prix obtenus    
Nebula, novella / Court roman, 2006
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LES MOUTONS ÉLECTRIQUES, Nouvelles et Romans (2007)


     Parmi les Milles Mondes, la planète Walden fait figure d'exception. L'Etat « Transcendant » de Walden est placée sous « quarantaine culturelle consensuelle » car ses habitants ont volontairement choisi d'y vivre selon la « simplicité » autrefois prônée sur Terre par un certain Henry David Thoreau (1817-1862). On y refuse donc la technologie et l'ouverture vers les autres mondes, tout en favorisant la croissance d'une immense forêt destinée à recouvrir toutes les terres.
     Mais tous les occupants de la planète ne partagent pas ce désir d'Eden et certains n'hésitent pas à s'immoler pour incendier dans le même temps cette forêt envahissante...

     La planète Walden est évidemment une utopie classique, qui pourrait donner lieu à la peinture d'une société basée sur le retour à la nature. Mais curieusement, le roman commence dans un hôpital où l'un des habitants de Walden se fait soigner par un robot-docteur, commandé à distance par un vrai médecin. La « quarantaine » voulue pour Walden ne s'étend pas aux soins médicaux, ce qui constitue d'emblée une sérieuse faille dans une société idéale, loin d'être autonome. On y conduit d'ailleurs des camions, ce qui sous-entend de l'essence et implique bien davantage qu'une simple « simplicité ». L'auteur ne cherche d'ailleurs pas à « construire » son utopie, à en explorer les aspects économiques ou politiques, les problèmes posés par le pouvoir, la délinquance, le handicap... bref, toutes les questions auxquelles doit faire face une vraie société. Sur Walden, on bine son champ, on éteint les incendies et on ne se pose pas trop de questions.
     Si le principal sujet du récit n'est pas l'utopie, peut-être réside-t-il dans cette résistance au système qu'opposent les kamikazes appelés pukpuks. Pas davantage : J. P. Kelly ne nous emmène pas réellement à la rencontre de ces torches humaines. On en croise une, il est vrai, mais il est difficile de se faire une opinion sur ces curieux personnages qui semblent ignorer qu'on peut incendier une forêt sans avoir à s'immoler soi-même. Le choix du suicide aura certes une explication ultime, mais pas extrêmement convaincante.
     Si l'on balaye ce décor, reste alors l'intrigue principale... Spur, le blessé du début, passe au hasard quelques coups de fil dans la galaxie, comme ça, par désoeuvrement et par curiosité. Il tombe sur le « Haut Grégoire, Phosphorescence de Kenning, énergisé par la Tortue de Radiation Eternelle », un gamin excentrique dont la spécialité serait de « faire de la chance ». Quand le Haut Grégoire apprend qu'une sorte de guerre se déroule sur Walden, ni une ni deux, il enfourche son vaisseau spatial et rapplique avec toute sa troupe sur la planète censée demeurer en quarantaine... pour y jouer au base-ball ! S'agit-il d'un space opera délirant ? Pas vraiment, car l'humour demeure discret, cédant plutôt le pas au bizarre, tandis que le Haut-Grégoire sera vite ramené dans ses quartiers.
     Alors ? Simple hommage à Thoreau ? A ce personnage ambigu qui déclare par exemple éprouver « une profonde sympathie pour la guerre, qui imite si bien la démarche et la tenue de l'âme » (p.51) ? On ne sait pas trop quoi en penser.

     Bref, il y a de quoi être perplexe devant ce court roman, cette novella d'un peu plus de 150 pages, qui ne mène nulle part les quelques thèmes abordés ni la poignée de personnages rencontrés. Rien de très « inventif » ni de vraiment « captivant », comme l'annonce pourtant Connie Willis citée sur la quatrième de couverture, rien qui mérite sans doute le Prix Hugo, mais un récit insaisissable, qui parvient en effet à être parfois « touchant ». Prétendre qu'il « n'y a rien de mieux » est hautement grotesque mais on prend un plaisir certain à cette curieuse balade, simple ébauche d'un univers dont aucune piste ne sera vraiment parcourue, à ce récit léger, sympathique, loin d'être inoubliable, mais qui a le mérite de déjouer les attentes du lecteur en évitant d'emprunter des sillons déjà tracés.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 12/2/2007
nooSFere


 

Edition LES MOUTONS ÉLECTRIQUES, Nouvelles et Romans (2007)


     Prosper Grégoire Leung — surnommé Spur — vit sur Walden. Ce monde a été acheté par un riche propriétaire qui a décidé d'y installer l'Etat Transcendant fondé sur la « simplicité volontaire ». Tout colon qui désire s'y rendre doit prôner le retour à la terre et l'abandon de toute technologie superflue (restent quand même de nombreux artefacts technologiques bien pratiques tels que matériel hospitalier ou camions). Toutefois, Walden était précédemment peuplée des seuls Pukpuks, qui admettent mal devoir partager leur planète avec de nouveaux arrivants, surtout quand ceux-ci ont une fâcheuse tendance à étendre peu à peu leur zone d'habitation...

     Ce court roman — cette novella, en fait — est directement inspirée par la vie et les idées du philosophe transcendantaliste américain Henry David Thoreau (1817-1862), auteur notamment de La Désobéissance civile (1849) et fervent défenseur de la condition humaine. Durant deux ans, entre 1845 et 1847, Thoreau s'isole volontairement du monde pour vivre dans une cabane au bord de l'étang de Walden, d'où le nom de la planète dans le roman de Kelly. Ce dernier se livre ici à une transposition de la pensée de Thoreau dans un cadre science-fictif. Spur et les siens s'isolent ainsi délibérément du monde d'en haut, tout en ayant parfaitement conscience de son existence ; Spur ouvrira néanmoins la boîte de Pandore en contactant l'un des citoyens d'en haut, qui décidera de se rendre sur Walden. La confrontation entre les deux civilisations sera riche d'enseignements pour chacun des camps, même si l'indifférence du monde d'en haut envers la destinée de l'Etat Transcendant confortera Spur dans sa volonté de rester sur son monde. Mais, pour Kelly, l'utopie n'est pas toujours possible, car il existe parfois des désirs incompatibles : ainsi, les Pukpuks voient d'un mauvais œil le reboisement de la planète pourtant cher aux nouveaux colons de Walden... Il n'existe pas de bonheur ultime, d'utopie valable pour tous, et la solution est loin d'être unique. Un constat amer.

     Au-delà de son propos, ce livre est tout de même assez étrange. On ne sait pas trop où veut vraiment nous emmener l'auteur, et certains personnages ont des motivations plutôt obscures (ceux d'en haut) ou des réactions bizarres (les amis de Spur acceptent beaucoup trop facilement l'arrivée de ceux d'en haut). De plus, beaucoup de thèmes sont effleurés ; on aurait notamment souhaité connaître plus en détail ces pukpuks, ou les raisons de la présence de si nombreux artefacts technologiques sur une planète censée les réprouver. Cette brièveté de traitement procure le sentiment d'un texte agréable, mais sans véritable relief. A cette époque de gros pavés, Kelly a la bonne idée de nous proposer un texte court ; paradoxalement, il pâtit justement de ce choix, car il n'a pas la possibilité d'approfondir. La transposition de la pensée de Thoreau en S-F était une bonne idée, celle de lui faire prendre la forme d'une novella une moins bonne.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/4/2007
dans Bifrost 46
Mise en ligne le : 4/9/2008




 
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