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Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde

Steven HALL

Titre original : The Raw Shark Texts, 2007
Imaginaire  - Traduction de Pierre GUGLIELMINA
Robert LAFFONT, coll. Pavillons, dépôt légal : avril 2009
448 pages, catégorie / prix : 21 €, ISBN : 978-2-221-10854-3

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Eric, Commençons par le commencement : reste calme. Si tu lis ceci, je ne suis plus de ce monde. Prends le téléphone et compose le 1. Dis à la femme qui te répondra que tu es Eric Sanderson. La femme est le docteur Randle. Elle comprendra ce qui s'est passé et elle sera en mesure de te recevoir immédiatement. Prends les clefs de la jeep jaune et roule jusque chez elle. [...] Le docteur Randle pourra répondre à toutes tes questions. Il est important que tu ailles la voir tout de suite. [...] Les clefs de la maison sont suspendues à un clou sur la rampe au pied de l'escalier. Ne les oublie pas. Avec regrets et espoir aussi, le premier Eric Sanderson. »

     Un matin, Eric Sanderson se réveille amnésique. Grâce à une série de lettres, d'indices et de textes codés qu'il s'était adressés à lui-même, il reconstitue son passé, et découvre qu'un requin, qui vit dans les eaux troubles de la pensée, le traque pour dévorer ses souvenirs... Il plonge soudain dans un monde parallèle inquiétant, où l'attend un amour imprévu, échappé du temps. Un jeu de piste brillant qui nous révèle la fragilité de la réalité, et le rêve éternel de l'amour.

     « L'un des événements littéraires de l'année. »
The Herald
     « Un roman qui ne ressemble à rien de ce que vous avez déjà lu. »
The Independant
     « Quand Les Dents de la mer rencontre Alice au pays des merveilles. Un mélange de terreur, d'étrangeté et de géographie irréelle. »
Times Literary Supplement

 
    Critiques    
     « Ensuite, essaie de visualiser tous les courants d'interaction humaine, de communication. Tous ces courants de connexion qui coulent vers et entre les gens, à travers les textes, les images, le langage parlé et les commentaires télévisés, les courants qui passent à travers les souvenirs partagés, les brèves rencontres, les événements observés, les passés et les futurs effleurés, les causes et les effets. Essaie de voir ce gigantesque réseau de lacs et de courants, de voir la proportion et la fascinante complexité de tout cela. Cet environnement d'une richesse inouïe. Ce paradis navigable formé de toutes les informations et de toutes les identités, de toutes les sociétés et de tous les individus. » (p.62)

     Depuis la mort de sa compage, Clio Aames, Eric Sanderson se réveille amnésique pour la onzième fois consécutive ! Mais cette fois, son moi précédent lui a préparé un jeu complexe de courriers, de messages codés et de tâches à accomplir. Avec pour objectif de se protéger contre un ludovicien, ce grand requin « conceptuel » qui l'a pris en chasse dans les flots de l'intellect et dont les attaques dévorent sa mémoire.
     D'abord abattu, Eric applique peu à peu les étranges consignes laissées par le précédent occupant de son corps. Pour brouiller sa piste et échapper au redoutable prédateur, il s'entoure de dictaphones jacassant sans cesse ou de livres dressant un rempart d'idées, il récite des mantras ou endosse une fausse personnalité. Bref, aux yeux du psychiatre, il se comporte comme un parfait paranoïaque dépressif en pleine fugue psychotrope.
     Mais Eric passe à l'offensive et se lance sur les traces du mystérieux « Comité d'exploration du non-espace » et de l'insaisissable docteur Trey Fidorous, spécialiste du réseau aquatique de la pensée et de la cryptozoologie océanologique...

     Si le titre de ce roman vous évoque quelque chose, rien d'étonnant. Le choix d'un vers de Baudelaire, tiré du poème « Le Mort joyeux », trahit sans doute le titre original – The Raw Shark Texts – mais il rend superbement hommage à la nature de cet époustouflant récit. En fait, on n'aurait pu rêver un titre plus juste.
     Car Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde est avant tout un jeu savoureux sur le texte lui-même, avec des combinaisons typographiques formant des dessins, des codes improbables à plusieurs niveaux, des photos, des mots qui acquièrent substance dès lors qu'ils sont écrits, une « plante » qui prend d'assaut L'origine des espèces de Charles Darwin... On trouve dans cette fantaisie inventive une sorte de poésie ludique, tel un calligramme, mêlée à une logique de l'absurde toute « lewiscarrollienne ».

     Mais le jeu n'empêche pas une subtile réflexion sur la mémoire, sur le langage, sur la communication, sur la pensée, sur la folie, sur la réalité et la représentation des choses. Certains passages évoquent les Idées platoniciennes ou le concept de noosphère, tandis que Hall s'inspire aussi de certains mythes, à commencer par celui d'Orphée, dont le nom sera donné au navire qui partira affronter le requin fatal.
     L'aspect expérimental n'empêche pas non plus le récit de s'orienter bientôt vers un vrai roman d'aventures, quelque part entre Les dents de la mer et Moby Dick, oeuvres auxquelles Hall livre quelques clins d'oeil explicites.
     Enfin, la fantaisie n'empêche pas l'auteur d'introduire en parallèle d'autres éléments, à commencer par une histoire d'amour touchante, ainsi qu'une intrigue de SF avec l'immortalité pour thème et une façon assez originale de parvenir à ce but.

     L'ensemble forme un chef d'oeuvre où se combinent à merveille inventivité et références, humour et intelligence, poésie et aventure... Cette expérience inédite procure assurément un intense plaisir de lecture. Et si elle vous semble bien farfelue, vous pouvez choisir de n'y voir que la construction délirante d'un fou génial...


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 25/5/2009
nooSFere


     Eric Sanderson se réveille un matin sans le moindre souvenir de ce qu'a été sa vie auparavant. Devenu amnésique, il part à la recherche du moindre indice lui permettant de reconstituer son passé. Il découvre alors que son « premier moi », l'Eric Sanderson d'avant l'amnésie, avait anticipé cette situation, et qu'il avait réuni un certain nombre de documents — lettres, textes codés — afin de parer à cet effacement de sa mémoire. Tout en continuant à réunir des indices sur sa vie passée, Eric Sanderson prend conscience de l'existence d'un « requin conceptuel » qui nage dans ses pensées et dévore ses souvenirs. Il apprend également qu'une jeune femme nommée Clio Aames était sa petite amie, et qu'elle est apparemment décédée. Poursuivant son enquête, Eric Sanderson part à la rencontre du docteur Trey Fidorous, un universitaire qui semble détenir des informations sur ce « requin conceptuel ». Sanderson pénètre peu à peu dans une sorte de monde parallèle, à la recherche de son passé et de son amour perdu...

     C'est comme ça que débute le premier roman de Steven Hall : Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde. Et il est vrai que c'est plutôt intriguant. Pour compléter ce résumé, il faut aussi dire que Steven Hall utilise dans son livre toute une panoplie de procédés typographiques, et que le « requin conceptuel » qui hante les pensées d'Eric Sanderson apparaît dans certaines pages, sous la forme d'une silhouette composée de morceaux de mots. L'idée est ambitieuse, surtout pour un premier roman. On comprend d'ailleurs très vite la nature réelle du projet de Steven Hall : écrire un roman qu'on peut situer entre La Fin des temps d'Haruki Murakami et La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Et c'est là où tout se complique. Car Steven Hall n'a pas cette capacité qu'a Murakami de faire glisser son récit vers l'indicible ou le surnaturel tout en conservant une part de réalisme apparent. Il n'a pas non plus cette dimension visionnaire, quasiment lovecraftienne, qui faisait toute la force de La Maison des feuilles. Du coup, il est à la peine. Il a bien du mal a donner vie, corps et chair à sa fiction et à son narrateur. Le lecteur, quant à lui, passe d'une page à l'autre, d'un jeu typographique censé représenter visuellement le requin conceptuel à un morceau de fiction où le narrateur nous informe de l'état de ses recherches et des lieux qu'il visite. Mais la connexion, ou plutôt l'interaction entre ces deux niveaux du récit, ne se fait pas, ou trop peu. Le roman tout entier vire rapidement à l'exercice de style un peu vain. Là où Danielewski, en usant de procédés similaires, parvenait à capter et à maintenir l'attention de son lecteur, Steven Hall échoue. Il y a bien un léger sursaut d'intérêt lorsque Eric Sanderson rencontre une jeune femme nommée Scout dans le non-espace. Mais ça ne suffit pas. L'autre problème, c'est l'écriture de Steven Hall. Difficile de faire plus plat et plus banal. Bref, inutile d'en rajouter, car comme disait ma grand-mère : « quand ça veut pas, ça veut pas ! »

     Trop ambitieux, trop conceptuel et référentiel (Steven Hall émaille son récit d'hommages appuyés à José Luis Borges, Italo Calvino, Lovecraft...), manquant cruellement de véritable enjeu et de véritable sujet, Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde ne convainc pas. Reste qu'il s'agit d'un premier roman, aussi attendra-t-on la suite pour juger du talent réel de ce jeune écrivain qui a encore tout à prouver.

Xavier BRUCE
Première parution : 1/7/2009
dans Bifrost 55
Mise en ligne le : 28/10/2010


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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