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Encre

Hal DUNCAN

Titre original : Ink, 2007

Cycle : Le Livre de toutes les heures  vol. 2

Traduction de Florence DOLISI
Illustration de DAYLON

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (113)
Dépôt légal : septembre 2009
800 pages, catégorie / prix : 30 €
ISBN : 978-2-207-25881-1   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Depuis des temps immémoriaux, le siège de Dieu est vacant. Ses anges et tous ceux dont le sang se charge d’une parcelle de divin, les Amortels, se sont divisés en deux clans : les Souverains et l’Alliance. Leur guerre n’a pas lieu dans les cieux, mais sur le Vélum, ce tissu de mondes en comparaison duquel notre Terre n’est qu’une trace de crasse sous l’ongle d’un pouce. Pour Joey, le roi Finn, Puck, Jack Flash et Thomas Messenger, la fin du monde a déjà eu lieu, en 2017 ou peut-être à 20 h 40... peu importe, car le livre de toutes les heures peut être réécrit : il suffit de posséder la bonne encre et une vraie peau d'ange.

     Encre met un point final au Livre de toutes les heures. Souvent comparée à L'Échiquier du mal, cette fresque apocalyptique, cette fantasy cubiste d'une ambition rare, s'adresse tout autant aux lecteurs de Dan Simmons qu'à ceux du Festin nu de William S. Burroughs.

     Hal Duncan, Écossais, est l'auteur de trois romans : le diptyque Vélum/Encre, traduit dans de nombreux pays, et Escape from Hell !, à paraître dans la collection Folio-SF.
 
    Critiques    
     Après le très bon Vélum, beaucoup de lecteurs attendaient impatiemment sa suite, Encre. À la lecture de ce dernier, on peut dire qu'ils ne seront pas déçus. Hal Duncan prend la recette qu'il a utilisée dans le tome précédent, et qui a si bien fonctionnée, pour nous la resservir dans un livre de qualité encore supérieure.
     Encre reprend là où s'était arrêté Vélum : Gabriel vient de monter sur le trône de Dieu, Finnan a réussi à s'échapper et Phreedom a libéré les bitmites. Mais, bien sûr, on ne comprend tout ça que progressivement, au fil de l'histoire. L'auteur prend toujours autant son temps.

     Côté narration, l’écrivain écossais réutilise ici la même technique que dans le premier volume, à savoir que des fils narratifs s’alternent — un paragraphe sur deux ou trois — puis se coupent, se recoupent voire tournent en boucle. Cela donne toujours une impression de vertige, de complexité mais reste moins déstabilisant que pour Vélum, puisque justement le lecteur a passé le cap de la découverte du cycle.
     Whittemore disait dans Le Quatuor de Jérusalem, « le temps est ». Apparemment Hal Duncan ne tient pas cette expression pour une vérité. Dans le Livre de Toute les Heures, le temps n'est pas : il n'existe pas ou alors simultanément (mais ça revient au même non ?). Rappelez-vous, le vélum rassemble toutes les époques, tous les lieux qui ont existé, existent et existeront. D'ailleurs en parlant de Whittemore, la seconde partie du récit est une référence explicite aux romans de l'auteur américain. Certains passages en sont fortement inspiré, comme par exemple l'excellent commentaire sur « l'hérésie, le blasphème et la sodomie » (pages 531 et suivantes). En fait, on sent ici le même respect du Moyen-Orient qu'on l’a senti dans le Quatuor de Jérusalem : cet amour de la tranquillité et la tragédie des guerres interminables et fratricides.

     Côté personnages, il y a toujours une impression de profusion même si, en réalité, on peut ramener le nombre d'êtres à une douzaine. Mais ce sentiment vient encore du fait que chaque individu possède trois ou quatre avatars dispersés dans le récit dans des époques et des lieux différents. C'est d'ailleurs une des raisons pourquoi Vélum puis Encre sont des textes exigeants qui ne laissent pas le lecteur passif. Celui-ci doit toujours être attentif et chercher dans ses souvenirs pour comprendre une situation. Si cette exigence peut paraître un handicap, elle permet avant tout de valoriser l’œuvre et surtout sa lecture. Le lecteur s'immerge réellement dans le récit et prend plaisir à comprendre les sous-entendus de l'auteur.
     D'ailleurs, ici, le but de la multiplicité des facettes n'est plus tant la compréhension du vélum par le lecteur (qui normalement l'a appréhendé au moins en partie lors de sa lecture du livre éponyme) que de faire avancer l'histoire vers un objectif. C'est l'un des rôles de Jack Flash, protagoniste haut en couleur trop peu vu dans le premier tome (ce que j'avais d'ailleurs regretté dans ma chronique sur Vélum) et qui devient ici l'un des personnages centraux, sinon le principal. Il représente la figure d'Arlequin, lui-même avatar du combattant contestataire, emblématique de cette liberté qui constitue le cœur même de l’œuvre.

     Cette progression vers un réel dénouement est peut-être l'élément qui rend Encre plus intense que son prédécesseur. En effet dans ce dernier, le lecteur se perd quelque peu puisqu'il doit comprendre comment fonctionne le livre, qu'est-ce que le vélum, quelle est la base de l'histoire et enfin où souhaite aller l'auteur. Dans Encre les trois premières interrogations ont normalement disparu, ne reste donc plus que la dernière. Aussi Hal Duncan se concentre-t-il ici sur la progression de l'intrigue, sur le déplacement de ses héros et surtout sur le but final tout en gardant la nature atypique du volume précédent.

     En conclusion, le Livre de Toutes les Heures est un roman très documenté, intelligent, certes exigeant avec le lecteur mais prenant pour qui arrive à ne pas s'y noyer. C'est parfois long mais jamais ennuyeux. On ne voit pas toujours où veut en venir l'auteur mais la compréhension en devient d'autant plus agréable. Une très belle réussite donc pour Hal Duncan, qui devient par là même un auteur à suivre. On salive d'avance en attendant la sortie de son roman Escape from Hell ! (l'auteur a précisé dans une interview que ce titre se prononce Escape from HELL !) prévu en novembre 2010 chez Folio SF.
     N'hésitez pas ! Essayez Vélum, continuez par Encre si vous n'avez pas été perdu en route, vous ne le regretterez pas !


Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 4/11/2009 nooSFere


     Impossible d'entamer Encre sans hurler de rire devant la putasserie de la quatrième de couverture : « Souvent comparée à L'Echiquier du mal, cette fresque apocalyptique, cette fantasy cubiste d'une ambition rare, s'adresse tout autant aux lecteurs de Dan Simmons qu'à ceux du Festin nu de William S. Burroughs. » On croirait lire du Gérard Klein tentant désespérément de vendre le dernier tome du « Quatuor de Jérusalem » en « Ailleurs & demain ». Pas grave, car si l'emballage est ignoble (Whittemore et Duncan sont d'ailleurs traités de la même façon, comme quoi, les textes cultes, ça rapproche), Encre n'en reste pas moins une œuvre littéraire importante, l'une des rares à remettre en cause la façon dont on aborde la notion de roman. Suite du renversant Vélum, Encre clôt « Le Livre de toutes les heures » et met un point final à une histoire qui non seulement ne s'arrête jamais, mais se multiplie par essence. Car à l'image de la célèbre « Bibliothèque de Babel » et du « Livre de sable » d'un certain Borges, le diptyque Vélum/Encre raconte toujours la même chose, éternellement recommencée, mais décalée à chaque fois. Le livre contient toutes les heures, contient le monde, contient toutes les histoires. Ciment général du livre, cette réécriture permanente surfe sur la vieille idée du multivers tout en la réinventant magistralement. Au final, « Le Livre de toutes les heures » est un vaste conglomérat de fragments, un tout livresque bien supérieur à la somme de ses parties. Et à l'instar de La Maison des feuilles de Danielewski, l'ensemble réussit la prouesse de rester incroyablement lisible de bout en bout. Après avoir avalé Vélum et Encre, on reste impressionné par l'ambition et le talent de Hal Duncan, qui ne rate pas vraiment son entrée sur la scène littéraire. Car si son diptyque ne renie rien et assume complètement son côté fantasy, il n'en reste pas moins plus vaste qu'un simple texte facilement étiquetable. Convoquons les situationnistes et parlons alors de dépassement. Encre est une œuvre littéraire, mais Encre fait œuvre littéraire. Au final, il n'est pas exclu que le projet fou de Hal Duncan intègre le panthéon des livres indispensables et fasse partie de ceux qui restent. On n'aura évidemment pas l'outrecuidance de résumer Encre en quelques lignes, mais pourtant, l'exercice n'est pas si difficile. La guerre céleste est terminée. Le siège de Dieu est vacant (piqué par Gabriel, plus exactement). Le côté vertigineux et éclaté de Vélum laisse place à un resserrement de l'intrigue et des personnages (tous identiques, tous multiples, évidemment). Héros, voleurs, dictateurs et révolutionnaires peuvent se mettre en route et achever ici leur destinée. Dit comme ça, c'est vrai que ça laisse perplexe... A lire, c'est stupéfiant. Par quel tour de magie Hal Duncan réussit à donner vie à son immense chaudron bouillonnant ? Mystère. Mais il y arrive avec une telle facilité qu'on a du mal à lâcher le livre (pourtant épais, à l'excellent rapport poids/prix) avant la fin qui, on s'en doute, n'est qu'éternel recommencement. S'attaquer à Encre, c'est éprouver le même plaisir qu'avec Vélum. Celui d'être tombé sur un livre rare, un livre étonnant, un livre qui nous rappelle que la littérature (la vraie) est révolution, excès, politique et intraitable.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/1/2010 dans Bifrost 57
Mise en ligne le : 10/7/2011


 
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