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Au tréfonds du ciel

Vernor VINGE

Titre original : A deepness in the sky, 1999

Cycle : Zones of Thought  vol. 3

Traduction de Bernard SIGAUD
Illustration de Jürgen ZIEWE

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (175)
Dépôt légal : janvier 2002
816 pages, catégorie / prix : 179 FF
ISBN : 2-221-09029-2   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dans la Galaxie, l'étoile Marche-Arrêt représente une énigme : elle observe un cycle de deux cent cinquante ans, s'éteint pendant deux cent quinze puis se rallume pour trente-cinq ans. Son unique planète est habitée par des araignées intelligentes qui viennent d'inventer la radio.
     Le système de Marche-Arrêt n'a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s'y installent. L'une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l'espace en achetant et vendant des informations technologiques. L'autre par une civilisation violente et sadique, dite des Emergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d'abord détruire la flotte Qeng Ho ou s'en emparer.
     Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...

     Au tréfonds du ciel a reçu, en l'an 2000, le prix Hugo, tout comme le roman précédent de cet auteur, Un feu sur l'abîme, publié dans la même collection, l'avait obtenu en 1993. Vernor Vinge décrit avec sa verve habituelle trois civilisations entièrement différentes sur fond galactique.

    Prix obtenus    
John W. Campbell, Jr. Memorial, [sans catégorie], 2000
Hugo, roman, 2000
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (2000)


     Vernor Vinge écrit relativement peu de SF (il a une autre carrière comme professeur de mathématiques), mais quand cela arrive il mérite toute notre attention, car ses œuvres précédentes ont eu un impact profond sur la science-fiction contemporaine. Son dernier roman, Un feu sur l'abîme (1992), fut récompensé du prix Hugo. A Deepness in the Sky appartient au même univers fictif, mais l'action principale se passe trente mille ans auparavant, et le seul véritable lien entre les deux histoires est la présence de Pham Nuwen, dont la personnalité reconstituée jouera un rôle central dans Feu.
     L'étoile OnOff constitue l'un des grands mystères astrophysiques dans notre Galaxie. Suivant un cycle régulier de 250 ans, elle s'allume de soudain pour rester brillante pendant trente-cinq ans, puis se rendort à nouveau dans un état semblable à celui d'un nain brun. Huit mille ans d'observations à distance par des astronomes humains n'ont pas révèle son secret. Mais quand on commence à recevoir des signaux radio de source intelligente émanant d'une planète en orbite autour de l'étoile, ce sera la ruée. Car depuis les débuts de l'exploration spatiale, l'humanité n'avait rencontré que deux fois les traces des autres espèces intelligentes. Et l'une d'entre elles avait disparu il y a longtemps, tandis que l'autre n'était pas arrivée au stade technologique. L'existence d'une civilisation développée des extraterrestres vivants offrirait des richesses inouïes à ceux qui réussiraient à communiquer avec elle.
     Deux flottes rivales venant de l'Espace Humain convergent donc sur le système d'OnOff. Mais elles appartiennent à des cultures humaines très différentes. Les premiers à arriver sont des Qeng Ho, membres d'une association mercantile interstellaire. Motivés principalement par la recherche du profit, les Qeng Ho sont assez éclairés pour préserver et répandre les savoirs acquis par leurs clients, des civilisations planétaires humaines qui peuvent durer quelques siècles ou même quelques millénaires, mais dont la chute est inévitable. Ils sont suivis de près par des Emergents, originaires d'un empire jeune et tyrannique doté d'une technologie relativement avancée, mais chez qui la domination et l'exploitation sont la règle. Au début ils font mine de collaborer avec les Qeng Ho, proposant un partage des efforts et des fruits de leurs deux missions.
     En fait, ils préparent une attaque-surprise pour éliminer leurs concurrents. Les Qeng Ho s'y attendaient, mais sont toutefois pris au dépourvu par l'atout majeur des Emergents. Car ces derniers possède Focus, une méthode d'esclavage mental qui permet de concentrer entièrement le cerveau humain sur une tâche donnée. Mis en réseau avec des ordinateurs, les victimes de Focus fonctionnent comme un niveau de programmation supérieure, et fournissent à leurs maîtres une capacité d'analyse informatique bien au-delà de la technologie de leurs adversaires. Les Qeng Ho vont quand même infliger des gros dégâts, et si les Emergents sortent vainqueurs de la bataille, les deux flottes sont en ruine. La seule chance des survivants de s'en sortir sera de coopérer ensemble, sous les ordres des Émergents, en attendant que la civilisation technologique naissante des extraterrestres (surnommés les « Araignées », à cause de leur apparence physique) découverts par les humains sur la planète Arachna atteigne un niveau suffisamment développé pour les aider à réparer leurs vaisseaux. Les Émergents prennent quand même la précaution de décapiter le commandement des Qeng Ho, et appliquent Focus à la plupart de leurs techniciens et savants. Seul quelques Qeng Ho de bas rang auront l'esprit intact, et seront soumis à une surveillance étroite. Mais parmi eux, il y a Pham Nuwen, fondateur légendaire de la culture Qeng Ho moderne, qui faisait partie de l'équipage sous une fausse identité.
     En attendant, les humains établissent une base orbitale secrète afin d'espionner de près l'évolution des Araignées sur leur planète, et ainsi bien choisir le moment d'intervenir dans leurs affaires. Malgré les contraintes imposées par un cycle de vie bien particulier, car les Araignées entrent en état de réveil synchronisé avec l'activité de leur étoile et hivernent dans des cavernes profondes pendant des longues Nuits de deux siècles. Quand l'atmosphère de la planète se gèle, elles sont arrivées au bord d'une révolution technologique semblable à la nôtre, avec de l'informatique, l'énergie nucléaire, et les premières tentatives d'exploration de l'espace. En grande mesure, cette révolution est inspirée et guidée par les découvertes d'un savant Araignée de génie, Sherkander Underhill. Mais ces changements ne font pas l'unanimité chez les Araignées, car elles impliquent le bouleversement des traditions culturelles et même des impératifs biologiques profondément enracinés dans leur espèce, avec la fin de la nécessité de passer les Nuits en hivernage. Bientôt, un conflit thermonucléaire entre des États et des factions différents menace d'éclater. Les dirigeants émergents en orbite au-dessus de leurs têtes espèrent bien utiliser ces divisions pour prendre le contrôle de la situation. Mais est-ce que tous les calculs et analyses des Émergents, réalisés grâce à Focus, ont tenu compte de la facteur Pham Nuwen, ou de la facteur Sherkander Underhill ?
     C'est un roman très, très dense et bourré de subtilités, où Vinge prépare méticuleusement à l'avance les rebondissements et les révélations qui viendront plus tard. Il y a plusieurs grandes énigmes à résoudre : la nature astrophysique de l'étoile OnOff, les origines biologiques des Araignées, et puis des secrets du passé chez les Qeng Ho et les Émergents. L'intrigue est tordue et imprévisible à des niveaux multiples, avec le jeu du chat et du souris entre Émergents et Qeng Ho, entre les humains et les Araignées, et entre les Araignées elle-mêmes. Vinge maîtrise toute cette complexité de façon extrêmement astucieuse. Au contraire des autres œuvres récentes de space opera d'échelle comparable (celles de Dan Simmons ou de Peter F. Hamilton, par exemple), il a décidé dans ce roman de concentrer toute l'action autour d'une seule planète (même s'il y a des flashbacks concernant des événements sur d'autres mondes) avec une dramatis personae relativement réduite, chose qui donne encore plus d'intensité à son récit. Et sans vouloir révéler trop, car cela joue un rôle clé dans le dénouement du roman, il faut aussi citer un aspect qui va probablement dérouter pas mal de lecteurs. Par ses traditions, ses coutumes et jusqu'à ses unités de mesure, la civilisation des Araignées, malgré des différences biologiques énormes, semble beaucoup plus familier pour des gens de notre époque que les deux cultures humaines présents. Il y a une explication parfaitement logique à cela, qui est pourtant loin d'être évidente au début.
     Une dernière remarque : A Deepness in the Sky s'est placé comme finaliste en catégorie du meilleur roman SF de 1999 pour trois des prix les plus prestigieux du genre : le Clarke, le Nebula et le Hugo. Le Clarke a déjà été emporté par Bruce Sterling pour Disfraction, le Nebula par Octavia E. Butler avec Parable of the Talents, et Vinge aura du mal à avoir le Hugo contre un concurrent comme Cryptonomicon de Neal Stephenson. C'est à la fois décevant et encourageant. Décevant qu'une oeuvre de ce calibre ne va probablement pas accéder aux honneurs qu'elle mérite. Encourageant, car la raison est simple. En cette fin de siècle, la science-fiction continue à foisonner d'auteurs de talent, qui produisent chaque année des chef-d'oeuvres. En tout cas, Deepness restera comme l'un des romans le plus marquants de la hard SF des années 90, qui était pourtant riche en matière. C'est plutôt bon signe.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/9/2000
dans Galaxies 18
Mise en ligne le : 1/3/2002


 

Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (2001)


     Situé dans le même univers que Un feu sur l'Abîme, lauréat Hugo itou, lui aussi un space opera foisonnant par la longueur, ce livre parfois facile dans ses choix dramatiques est admirable de rigueur technique.
     Dans un espace qui ne se parcourt qu'à des vitesses subluminiques, interdisant toute velléité d'Empire Galactique, les Qeng Ho, commerçants nomades, donnent un point de référence culturel et technique aux civilisations planétaires. C'est une de leurs flottes qui aborde l'étoile Marche-Arrêt, curiosité astrophysique : sur une planète de son système, qui ne connaît que quelques décennies de chaleur tous les deux siècles, a évolué une espèce arachnoïde intelligente, sur le point d'arriver au stade industriel du développement. Mais en même temps que les Qeng Ho arrive une flotte des Émergents, nouveaux venus sans scrupules sur la scène galactique. Ce sont ces derniers qui ont le dessus dans un combat qui a suffisamment affaibli les rivaux humains pour qu'ils soient forcés d'attendre que les autochtones, les Faucheux, se développent jusqu'au point où ils puissent remettre leurs astronefs en état.
     Se poursuivent alors deux intrigues parallèles : l'histoire d'un inventeur et politicien génial du peuple Faucheux et de sa descendance, et celle des Qeng Ho réduits en servitude par les Émergents. L'intrigue n'est pas sans faiblesse ; chez les Faucheux pointe le côté “ roman pour adolescents ” d'Un feu sur l'Abîme, et comment croire à l'unanimité de la résistance (certes sournoise) des Qeng Ho ? Vinge se rachète par des trouvailles délicieuses. Par exemple, un livre situé dans le futur n'est jamais qu'une traduction dans notre langage des propos et des événements relatés. Les noms Faucheux sont donc rendus par des équivalents anglais, sans l'exotisme factice des X, K, Z et apostrophes typiques de la SF vite écrite. Jusqu'aux couleurs et aux proportions des bâtiments qui sont rectifiés pour la consommation humaine : s'il ne pratique pas la pyrotechnie du style, Vinge ne dédaigne pas la mise en abyme. Et il a une explication irréfutable pour son choix.
     Vinge a aussi entrepris un roman plus sombre que le précédent, récit de captivité plutôt que course-poursuite trépidante. Avec un arrière-plan politique plus présent. Les Émergents ont tout du totalitarisme, face à des Qeng Ho apôtres du capitalisme et du shareware (un passage du livre explique les avantages pour leurs auteurs à distribuer des logiciels gratuits... mathématicien de formation, Vinge est depuis longtemps informaticien). Cet antagonisme banal est brouillé par la méthode esclavagiste des Émergents, la Focalisation, qui fait tout négliger à un travailleur, sauf sa tâche, tout en lui conservant sa créativité. Les meneurs de ces machines humaines ont le titre de “ managers ”, ce qui ne peut que faire penser, en plus sinistre, aux procédés de certaines “ jeunes pousses ” de la haute technologie à l'égard de leurs cadres et ingénieurs... Ou serait-ce un clin d'œil de Vinge, qui n'a jamais voulu se focaliser sur sa carrière d'écrivain aux dépens de son poste universitaire ? Son public ne lui en voudra certes pas.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/9/2001
dans Galaxies 22
Mise en ligne le : 15/10/2002


 

Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (2002)


     L'Etoile Marche-Arrêt présente la particularité de ne briller que trente-cinq ans puis de s'éteindre pendant deux cent quinze ans. Pourtant, une vie intelligente, arachnide, s'est développée sur son unique planète. A l'époque où débute le roman, elle a inventé la radio. Sherkaner Underhill est le Thomas Edison de cette civilisation qui suit une évolution plus ou moins parallèle à la nôtre (transports aériens, télévision) : grâce à ses réalisations technologiques, il transforme en profondeur une société attachée à ses traditions. C'est ainsi qu'il se permet d'avoir des enfants en-dehors des périodes autorisées. Mais celles-ci étaient imposées par l'hibernation forcée des Faucheux, qui a cessé d'être nécessaire depuis que le génial touche-à-tout a trouvé le moyen de subsister pendant l'extinction du soleil, malgré le gel de l'air et la disparition des ressources vitales à la surface de la planète. Ces avancées ne sont pas au goût des pays rivaux, ni des pouvoirs religieux qui, voyant leur autorité s'effriter, complotent contre Underhill, son épouse la générale Victory Smith, et ses enfants.

     Parallèlement à cette intrigue déroulée sur l'espace d'une vie, deux autres civilisations sont explorées dans le détail : attirés par ses signaux radio, orbitent autour Marche-Arrêt le peuple Queng Ho, des marchands qui vendent des informations technologiques d'une planète à l'autre, et les Emergents, une société violente et sadique que seul le pouvoir motive. Thomas Nau, le chef des Emergents, a vite fait de se rendre maître de la flotte marchande qu'il convainc d'autant plus facilement de collaborer avec lui qu'une brève révolte a drastiquement réduit la flotte interstellaire au point de devoir attendre les progrès technologiques des Faucheux pour pouvoir réparer leurs vaisseaux et rentrer. Ezr Vinh, promu responsable à la tête des Queng Ho rescapés, fait figure de traître ; il complote pourtant avec un personnage légendaire vieux de mille ans, qu'on croyait disparu : Pham Nuwen, dissimulé à bord du vaisseau sous une fausse identité.

     Queng Ho et Emergents assistent, des années durant, à l'essor d'Arachnia. Ils ont réussi à traduire leur langue avec les moyens barbares des Emergents : une bonne partie des Queng Ho ont été transformés en Focalisés, capables de se concentrer sur une tâche unique au détriment de tout autre préoccupation, y compris leur hygiène et leur alimentation. Créativité que Thomas Nau détourne à ses propres fins.

     D'autres idées science-fictives sont exploitées avec un sens certain de la dramatisation ; ainsi, Trixia, jeune fille manipulée par Nau dont elle est la maîtresse, a le cerveau régulièrement purgé dès qu'elle perce le monstre à jour. Ailleurs, Vinge rend définitivement caduque toute unité de l'espèce compte tenu des distances interstellaires et de la précarité des civilisations. Grâce au projet de Pham Nuwen, les Queng Ho, éternels errants, deviennent du coup les garants d'une permanence ; en mettant leurs connaissances en réseau, autour de standards stables, ce qui n'était qu'un commerce devient une culture. Les civilisations naîtront et mourront, car il est impossible de les sauver toutes, mais ce qu'elles auront imaginé pour le progrès de tous sera préservé par les Queng Ho.

     Si certaines naïvetés ou quelques ficelles narratives apparaissent ça et là, le roman est suffisamment volumineux pour que chacun trouve un ou plusieurs passages à son goût. Vinge a l'art de retomber sur ses pieds, avec légèreté et humour, au point de vite faire oublier les incohérences de son récit. Ces huit cent pages sont un vrai régal.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2002
dans Bifrost 25
Mise en ligne le : 8/9/2003


 

Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2004)


     Je le dis sans aucun scrupule : d'un naturel méfiant à l'égard de tout roman de science-fiction dépassant les cinq cents pages, je n'aurais en temps normal jamais envisagé de me lancer dans la lecture de cet énorme pavé, qui pourtant valut en l'an 2000 son deuxième prix Hugo à Vernor Vinge. Mais le sacerdoce du chroniqueur requiert parfois ce genre d'entorse à ses préférences de lecteur échaudé par quelques expériences malheureuses...
     L'histoire : deux civilisations galactiques, les Qeng Ho (un peuple de commerçants) et les Émergents (dotés d'un puissant instinct de domination) sont attirées par des ondes radio émises par une espèce encore inconnue, vivant sur une étrange planète baptisée Arachnia. Cette dernière est l'unique satellite de MarcheArrêt, une étoile sur laquelle les astrophysiciens se perdent en conjectures. Comme son nom l'indique, cette étoile voit alterner, avec une régularité de métronome, les phases de 35 ans où elle brille de tous ses feux et celles de 215 ans où elle s'éteint complètement. La civilisation qui peuple Arachnia, les Faucheux (une race d'araignées intelligentes), s'est adaptée à ce cycle solaire hors du commun : pendant les périodes de nuit, la glaciation rend toute vie impossible et les force à hiberner jusqu'au prochain allumage de leur soleil ; en somme, leur société n'existe que par éclipses. La Galaxie s'apprête donc à vivre un moment majeur : tandis que Qeng Ho et Émergents s'opposent pour savoir lequel de leurs deux peuples débarquera sur Arachnia, les Faucheux, dont l'étoile vient de se rallumer, connaissent une période de grands bouleversements technologiques et sociaux, sous l'impulsion de Sherkaner Underhill, un savant révolutionnaire. Comment cela va-t-il finir ?

     Fait remarquable, l'impression que l'on a du livre avant de l'avoir commencé, et celle que l'on en conserve après l'avoir terminé se rejoignent : c'est une impression d'ampleur. Roman extrêmement long (près de mille pages, en corps minuscule), Au tréfonds du ciel est également un roman très dense. Bien sûr, ceci serait plutôt à mettre au crédit de Vernor Vinge, qui a semble-t-il compris, à la différence de nombre de ses collègues, que la quantité de mots ne pallie pas automatiquement un défaut de substance... On ne reprochera donc pas à l'histoire de manquer de solidité ou d'imagination, loin de là, mais peut-être à la narration de ne pas être aussi palpitante que le nécessiterait idéalement un roman de cette épaisseur.
     Car, chose intéressante, Vinge a choisi d'inscrire son intrigue dans la durée en l'étalant sur plusieurs décennies. Les protagonistes, qui font alterner phases d'activité et phases d'hibernation cryogénique, se retrouvent ainsi d'un bout du texte à l'autre, et leur destinée individuelle servira en définitive de fil conducteur à une partition d'autant plus ambitieuse qu'elle se joue, comme nous l'avons précisé, à un tournant majeur de l'histoire galactique (la confrontation entre trois civilisations dont les visions sociales, culturelles et politiques divergent complètement).
     Cependant, il en va de telles sommes romanesques comme des hauts sommets montagneux : seuls des alpinistes chevronnés peuvent s'y aventurer en relative confiance, et prendre un plaisir absolu à en apprécier chaque subtilité. Les autres se décourageront peut-être avant le sommet, ou devront poursuivre leur route avec courage, en pestant parfois contre les parties les plus monotones, et en s'autorisant de longues pauses au fil du voyage (comme ce fut mon cas). Mais ceux-là seront payés de leurs efforts par la satisfaction d'être arrivés tout en haut, d'où ils jouiront d'une vue d'ensemble qui, finalement, valait sans doute le déplacement.

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 1/12/2004
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