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Les Démons de Paris

Jean-Philippe DEPOTTE

Fantastique  - Illustration de DAYLON
DENOËL, dépôt légal : janvier 2010
528 pages, catégorie / prix : 20,00 €, ISBN : 978-2-207-26189-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Au début du XXe siècle, dans un Paris frappé par des attentats anarchistes, un jeune prêtre se déclare capable de converser avec les défunts et ne tarde pas à affronter une célébrité qui le propulse en première page des journaux, affublé du titre de « Saint Joseph des Morts ». Une situation d'autant plus difficile qu'il cherche en secret à percer les mystères de l'après-vie, aidé dans cette tâche par un jeune garçon terrorisé par ses démons d'enfant... et par une sombre menace qui approche inexorablement de la capitale.

     À la veille d'une visite officielle du métropolitain de Fulgence Bienvenüe par le tsar Nicolas II, visite que la présence de Lénine à Paris ne peut que compliquer, Joseph va se lancer dans une dangereuse quête de la vérité qui lui fera approcher l'occultiste Gérard Encausse, dit Papus, ainsi que les services spéciaux du tsar et les terribles membres de la « pègre de Montreuil ».

Et si les maîtres de Paris n'étaient pas ceux que l'on croit ?

     Les Démons de Paris, qui évoque le cinéma sépia de Jean-Pierre Jeunet et les mystères praguois de Leo Perutz, est un thriller historique et surnaturel d'une rare ambition, un premier roman avec lequel Jean-Philippe Depotte trouve immédiatement sa place parmi les maîtres du genre.

     Scientifique de formation, mais passionné d'histoire et de littérature, Jean-Philippe Depotte est né à Lille en 1967. Il a été programmeur, inventeur « breveté », éditeur de méthodes de langues et directeur de production de jeux vidéo.

 
    Critiques    
     Joseph Sterling, jeune religieux capable de parler avec les morts depuis sa survie à une noyade qui a emporté sa mère, se retrouve malgré lui au cœur d’un ensemble de complots dépassant son entendement : s’y mêlent la présidente de la république, Lénine, Baphomet, le grand Kahn, chef de la plus grande bande de brigands parisienne, le tsar Nicolas II et quelques autres personnes aussi peu recommandables. Car dans ce Paris des années 1900, à la veille de la grande guerre, la fin justifie plus que jamais les moyens et le pacte faustien semble à la mode.

     Le début d’année 2010 est placé sous le signe du fantastique démoniaque chez Denoël. Après le Jakabok de Clive Barker nous livrant un récit de voyage humoristique et léger d’un démon pitoyable dans l’Allemagne moyenâgeuse, c’est une histoire bien plus sérieuse mêlant politique internationale, complots, occultisme et invocations démoniaques que nous narre Jean-Philippe Depotte dans son premier roman. Cette France alternative, dirigée par une femme dont l’accession a été aussi rapide qu’étrange, dispose d’un « ministère des affaires implexes », chargé de surveiller tous ces gens revenus miraculeusement de la mort et dotés de pouvoirs étonnants liés aux circonstances de leur (non-) décès. Le pauvre père Joseph, à peine sorti de l’adolescence, se retrouve propulsé au cœur d’une double lutte de pouvoir, entre humains d’un coté, anges et démons de l’autre, esquissant les deux conflits à venir : la révolution russe, au cœur de l’intrigue, et la guerre mondiale, abordée par quelques allusions.

     Sous cette avalanche de personnages réels et imaginaires, tous plus fêlés les uns que les autres (on croise notamment un homme-tronc dont la mémoire fonctionne à rebrousse-temps !), Jean-Philippe Depotte arrive à construire une histoire sans faille : un équilibre réussi entre action, suspense et pratiques occultes qui mène le lecteur jusqu’à une scène finale dans le métro parisien digne d’un film hollywoodien. La base fantastique du roman est tout aussi remarquable, en mêlant les classiques du genre (invocation, opposition entre anges et démons) à quelques trouvailles originales comme la séparation entre les Idées et les Âmes. On regrettera juste quelques longueurs dans le monde parallèle des morts qui nuisent au dynamisme global du récit, et une ou deux facilités scénaristiques, comme une rencontre fortuite permettant à Joseph de rentrer dans le métro à point nommé.

     Ces très légers défauts mis à part, ce livre constitue une excellente surprise, un roman fantastique français comme on en a peu vu ces dernières années, qui rappellera à beaucoup les aventures d’Adèle Blanc-Sec.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 24/2/2010
nooSFere


     Dans une France uchronique, où le président du Conseil est une présidente, le jeune séminariste Joseph se taille peu à peu une réputation flatteuse de par sa faculté à parler avec les morts. Cette capacité lui sera très utile lorsqu'un attentat survient dans un grand magasin. Cet acte préoccupe beaucoup les autorités, car le tsar Nicolas II est sur le point d'arriver à Paris pour visiter le métropolitain ; il importe pour les relations internationales qu'il ne lui arrive rien de fâcheux, d'autant plus que vit à Paris le révolutionnaire Lénine, qui commence à faire parler de lui... A priori, tout ceci ne concerne guère le futur père Joseph, mais ce dernier va néanmoins se voir projeté dans la grande Histoire à la faveur d'une séance de spiritisme qui lui réserve également une grande révélation : les démons sont entrés dans Paris !
     On voit dans le résumé qui précède ce qui pourrait plaire à un public davantage habitué à la littérature générale qu'au fantastique : une intrigue bien ficelée, énergique, mêlant action, suspense, scènes tragiques et coups de théâtre savamment orchestrés ; des personnages crédibles, qu'ils soient humains ou démons ; un style ample, généreux ; et un humour omniprésent et subtil. Bref, un roman que n'auraient pas désavoué nombre de feuilletonistes du passé, auxquels rend clairement hommage Depotte. Mission réussie : on ne s'ennuie pas un instant ici, hormis peut-être lors de quelques rares scènes se passant dans le monde de l'au-delà, où curieusement l'imagination de l'auteur semble un peu plus bridée que dans le monde « normal ». Au rang des petites déceptions, on aurait peut-être aussi aimé que Depotte donne un peu plus de profondeur à son ouvrage, compte tenu de la richesse de son matériel de base ; ici on n'est « que » dans le roman d'aventures, bien que l'écrivain s'acquitte avec brio de sa tâche, tel un vieux briscard de la littérature populaire. Sauf que...
     Sauf que Jean-Philippe Depotte, né en 1967, n'est pas un auteur confirmé, mais bien un débutant, et que Les démons de Paris est son premier roman publié. Du coup, ce qui a été dit précédemment prend une autre dimension, et que l'on ne peut être qu'enthousiasmé par la maîtrise de ce novice. De même, les quelques défauts signalés se doivent d'être minimisés, car on ne peut attendre d'un débutant qu'il écrive un chef-d'œuvre tout de go. En l'état, Les démons de Paris ne prétend pas à ce statut, mais à celui de lecture jouissive, qu'on ne peut lâcher une fois la première page lue. Une chose est sure : Jean-Philippe Depotte fait une entrée fracassante dans les littératures de l'imaginaire, et l'on suivra avec grand intérêt ses prochains livres.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 2/3/2010
nooSFere


     De temps à autre, il arrive qu'un nouvel auteur surgisse de nulle part et s'impose d'emblée parmi les auteurs à suivre de près. C'est sans conteste le cas de Jean-Philippe Depotte, issu du milieu du jeu vidéo, dont le premier roman est l'une des œuvres les plus réjouissantes que l'on puisse lire en ce début d'année.

     Avec Les Démons de Paris, l'auteur nous invite à un voyage vers le passé, au début du XXe siècle, dans le Paris de la Belle-Epoque. Pour nous guider dans cet univers, il invoque quelques figures plus ou moins familières de cette période : Fulgence Bienvenüe, le concepteur du métropolitain, Lénine, exilé en France en attendant de retourner en Russie prendre le pouvoir, ou encore Gérard Encausse, dit Papus, fameux occultiste de l'époque.

     Pourtant, il apparaît assez vite que ce monde n'est pas tout à fait le nôtre : le gouvernement y est dirigé par une femme, Victoire Desnoyelles, dont nul ne parvient vraiment à s'expliquer comment elle a réussi à s'imposer dans ce rôle ; les Parisiens tremblent à l'évocation du Grand Khan et de sa Horde d'Or, soupçonnés d'être à l'origine des attentats sanglants qui ont récemment endeuillé la ville ; et les journaux consacrent leur une à ce jeune prêtre dont on dit qu'il est capable de converser avec les morts.

     Le séminariste en question, Joseph Sterbing, possède effectivement un don unique lui permettant d'entrer en contact avec l'au-delà. A quelques jours de prononcer ses vœux, la théorie scientifique qu'il tente de bâtir au fil de ses expériences met de plus en plus à mal sa foi, et les sentiments qu'il éprouve pour Lucille, amie d'enfance et fille de Fulgence Bienvenüe, n'arrangent rien à l'affaire.

     A la recherche de certitudes sur cet autre monde dont il a perçu l'existence, Joseph va se trouver mêlé bien malgré lui à un complot visant à attenter à la vie de Nicolas II, tsar de Russie, et accessoirement à permettre aux démons de l'Enfer de pénétrer dans notre univers.

     Dès les premiers chapitres de son roman, Jean-Philippe Depotte tire merveilleusement profit des opportunités que lui offre la période qu'il décrit. Un moment charnière de l'histoire, durant lequel cohabitent les vestiges d'une époque bientôt révolue et les premières innovations du monde moderne, et qui se prête à merveille au mélange des genres que pratique l'auteur. A l'instar du dilemme auquel est confronté Joseph, tentant de concilier rationalisme et spiritualité, le fantastique dans lequel baigne Les Démons de Paris va de pair avec un imaginaire scientifique et un matérialisme qui lui donnent toute son originalité.

     Dans sa description du Paris de la Belle-Epoque, le romancier évoque tout autant les feuilletonistes du début du siècle (le personnage du Grand Khan en est l'exemple le plus flagrant) que les auteurs contemporains, Tardi en tête. Son intrigue, particulièrement touffue, se nourrit d'influences très diverses, du contexte politique de l'époque (les dernières années du règne de Nicolas II), de sa vie culturelle ou sociale, mais également de textes religieux ou ésotériques, de romans populaires, et même de l'univers des comics (Joseph n'est pas le seul personnage doué d'un talent particulier, et les autres personnages dotés de pouvoirs similaires, baptisés « implexes », jouent un rôle crucial dans l'histoire). Au terme d'un récit particulièrement riche en péripéties diverses, les nombreuses questions posées par l'auteur trouveront leur réponse lors d'une scène finale à rebondissements multiples.

     Publié en dehors des collections spécialisées, Les Démons de Paris a tout pour séduire un large public : un univers original sans être trop déroutant, une écriture sans fioritures qui n'est cependant pas dénuée d'une vraie élégance, et le souffle nécessaire pour tenir son lecteur en haleine durant cinq cent pages. Plus d'un auteur de best-sellers chevronnés serait bien inspiré de prendre modèle sur ce débutant.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/4/2010
dans Bifrost 58
Mise en ligne le : 17/7/2011


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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