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Avis de tempête

Jim BUTCHER

Titre original : Storm Front, 2000

Cycle : Les Dossiers Dresden  vol.

Traduction de Grégory BOUET
Illustration de Christian McGRATH

MILADY (Paris, France), coll. Imaginaire n° (90)
Dépôt légal : janvier 2010
384 pages, catégorie / prix : 7 €
ISBN : 978-2-8112-0269-9
Format : 11 x 17,8 cm  
Genre : Fantastique


Autres éditions
Sous le titre Dans l'Oeil du Cyclone   BRAGELONNE, 2007

    Quatrième de couverture    
ENQUÊTES PARANORMALES.
CONSULTATIONS & CONSEILS.
PRIX ATTRACTIFS.

     Tous les bons magiciens s'appellent Harry, et Harry Dresden est le meilleur. Techniquement, c'est même le seul dans sa « catégorie » : lorsque la police de Chicago est sur une affaire qui la dépasse, c'est vers lui qu'elle se tourne. Car notre monde regorge de choses étranges et magiques... et la plupart ne s'entendent pas très bien avec les humains.
     La magie, ça vous flingue un gars en moins de deux !

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Dresden Files (The) , 2007 (Série TV)
 
    Critiques    
     Dans un monde où l'on considère qu'un magicien ne peut être qu'un artiste de music-hall, le boulot d'Harry est de démêler les problèmes paranormaux de ses clients. Hélas, ce détective privé aux dons un peu spéciaux se révèle très doué pour générer spontanément des complications aux conséquences imprévisibles. Louvoyant entre un mari fugueur et un meurtre rituel, le jeune homme nous entraine dans une course folle à travers la ville de Chicago pour élucider ces deux enquêtes, au risque d'y laisser la vie à chaque coin de rue.

     Harry, de son nom complet Harry Blackstone Copperfield Dresden, figure l'anti-héros par excellence. La silhouette dégingandée, mal habillé, sans le sou, solitaire, doté d'un boulot en marge de la société que personne ne prend au sérieux, avec le chic pour se mettre dans des situations désespérées où chaque coup d'éclat l'emmène à un cheveu de la mort : en bref, l'existence de cet homme ne tient qu'à un fil entretenu savamment par son créateur...
     Comme tout mage qui se respecte, Harry possède des familiers : un chat obèse, Mister, et un esprit de l'air, Bob, très porté sur le sexe et les romans sentimentaux, vivant dans un crâne qui trône sur la paillasse du laboratoire. Voilà qui donne du relief à ce qui aurait pu n'être que de banals figurants. Pour couronner le tout, comme la magie de notre héros endommage ou détruit tout type de technologie un peu avancée, celui-ci roule en coccinelle, l'une des voitures les plus simples dans le domaine de la mécanique, une particularité qui le rend bien sympathique.
     Mais que serait un chevalier solitaire sans quelques compagnons d'infortune ? Il partage donc la vedette avec Karrin Murphy, chef du Bureau des Enquêtes Spéciales, et Suzan Rodriguez, journaliste d'un tabloïd spécialisé dans le paranormal. La première fait régulièrement appel à lui comme consultant et la seconde le harcèle pour lui soutirer des informations confidentielles sur ses enquêtes. Voici deux fortes femmes pour un seul homme et de jolis moments de réflexion en perspective !
     L'humour est bien présent, mais pas toujours très subtil. Il a tout de même le mérite de coller au genre du héros. Le style, dépouillé et nerveux, se montre très efficace et correspond parfaitement au rythme et à l'avalanche de problèmes se déversant sur ce pauvre homme. Attention à reprendre votre respiration quand vous sentez une pause dans l'intrigue, prenez garde car cela ne dure jamais bien longtemps.

     Vous l'aurez compris, ce récit se lit comme un roman policier de série B dont le scénario doit tenir sur moins d'une semaine chrono et où le paranormal se serait invité à la fête. N'en attendez pas autre chose ou vous seriez un brin déçu. Pas besoin d'un chef-d'œuvre pour passer un bon moment et dès le premier chapitre, nous sommes accrochés.
     En terminant ma lecture, un doute m'a vaguement traversé l'esprit... Dresden serait-il une héroïne de bit-lit qui s'ignore ? Car à n'en pas douter, tous les ingrédients sont là pour classer le roman dans ce sous-genre de la fantasy urbaine : de la crise existentielle, en passant par les histoires de cœur, jusqu'aux problèmes de garde-robe... L'homme n'est-il pas une femme comme les autres ?

     En tout cas, heureusement qu'une dizaine de titres est déjà parue en version originale. Avec un peu de chance nous pourrons lire tout le cycle. Sachez qu'il existe aussi une série dérivée datant de 2007 : « Dresden, enquêtes parallèles ». De quoi combler les plus enthousiastes...


Nathalie TELL
Première parution : 13/7/2010 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition BRAGELONNE, L'Ombre (2007)


     Après avoir donné ses lettres de noblesse à l'heroic-fantasy bas de plafond, ressuscité la science-fiction — le space opera, pour être précis — , s'être engagé de manière inouïe (ahah !) et forcément admirable (ahah !) pour une noble cause (Une Fille comme les autres de Jack Ketchum — cf. critique plus haut dans le présent Bifrost), les éditions Bragelonne ont décrété qu'il fallait redonner sa chance au fantastique, cette littérature mal aimée dans l'Hexagone, comme en témoigne la quasi-disparition de toutes les collections qui lui étaient dédiées. On attendait donc Jean Ray, Dennis Etchison, Lucius Shepard, Steve Rasnic Tem, K. W. Jeter ou, à la rigueur, leurs héritiers. C'est finalement Jim Butcher que l'on découvre. On espérait s'enivrer avec les effluves de quelques fleurs littéraires vénéneuses. On reste médusé devant un nain de jardin charriant sa brouette de clichés et autres blagues de potache. Ambiance : « Le facteur était en avance de trente minutes. C'était un remplaçant. Son pas plus lourd avait quelque chose de désinvolte et le type sifflait. Il sifflotait encore avant de s'arrêter brusquement devant ma porte. Il y eut quelques instants de silence, puis il éclata de rire. »

     A la lecture de Dans l'œil du cyclone, on n'est pas loin d'éclater de rire aussi au tour de passe-passe que l'on vient de nous jouer. En effet, Jim Butcher, c'est du lourd, voire du très lourd. Attention, pas de cette lourdeur qui découle de l'aura médiatique. Non, du lourd qui accable, pèse et, finalement, s'écrase comme une tarte à la crème en pleine face. Ahah ! Ils nous ont bien eu chez Bragelonne (et chez SciFi, partageons tout de même les responsabilités). Ils nous ont entarté bellement. On croyait lire un roman de littérature fantastique et c'est finalement une pochade puérile et mal écrite (la traduction n'y est sans doute pour rien, encore que...) que l'on achète (presque dix euros, quand même). Tout juste un scénario de série télé médiocre, à mi-chemin entre Buffy et Scoobidoo... Pardon... Ah oui ! « Les Dossiers Dresden » sont déjà une série télé aux Etats-Unis. Décidément, rien ne nous sera épargné. Mais j'entends déjà les esprits chagrins ronchonner. Et l'histoire ! Il serait peut-être temps d'en parler ! C'est bien là le problème : une histoire, un tant soit peu sérieuse, il n'y en a pas. Ce court (ouf !) roman est un texte nombriliste consacré quasi-exclusivement au personnage de Harry Blackstone Copperfield (si, c'est ça, son nom) Dresden, un jeune magicien qui a fait de l'élucidation des affaires paranormales sa raison sociale. On peut d'ailleurs résumer le propos par une énumération. Lorsque le roman commence, Harry est fauché. Heureusement, une cliente lui téléphone pour lui demander de retrouver son mari. Dans le même temps, l'inspectrice Karrin Murphy, du Bureau des enquêtes spéciales de Chicago, le contacte pour examiner deux victimes décédées dans des circonstances... acrobatiques : « Ils étaient morts dans leur lit, cette nuit. La rigidité cadavérique avait commencé son œuvre. La femme chevauchait le type, le corps tendu en arrière, le dos courbé comme une danseuse, l'arrondi de ses seins lui conférant une charmante silhouette. L'homme, grand et musclé, agrippait les draps de satin, les serrant dans ses poings. Un photographe érotique en aurait tiré un tableau magnifique. Dommage que les côtes gauches de nos amants aient décidé d'exploser, faisant jaillir des pointes osseuses qui avaient déchiré les chairs. Les artères avaient projeté du sang jusque sur le miroir du plafond, avec des morceaux de chair gélatineuse et probablement les restes de leurs cœurs. » En sortant de la scène du crime, Harry est prié par le patron du défunt — un gros bonnet de la pègre — de laisser tomber l'embryon d'enquête que son amie Karrin vient de lui confier. S'il cède, l'inspectrice ne sera plus sa copine... Vous pensez bien que Harry ne va pas se laisser impressionner. D'ailleurs, il est grand temps pour lui d'aller au pub McAnnaly, où il a ses habitudes, afin de déguster une ale — parce que, si vous ne le savez pas, Harry apprécie l'ale brassée par Mac, le patron peu loquace du McAnnaly. A peine accoudé au comptoir, il est accosté par Susan Rodriguez, provocante journaliste du tabloïd Les Arcanes de Chicago, qui, aussitôt, le drague outrageusement :
     « — Harry Dresden, vous êtes vraiment impossible. (Ses yeux cillèrent un peu plus.) Vous n'avez même pas regardé mon décolleté, je me trompe ?
     Je pris une lampée d'ale et fis signe à Mac de lui en servir une. Ce qu'il fit prestement.
     — Je plaide coupable, lâchai-je. La plupart des hommes seraient complètement dingos, à ce stade.
     — Il faut que je fasse quoi, avec vous, Dresden ?
     — Je suis pur de cœur et d'esprit, rien ne peut me corrompre.
     Ivre de frustration, elle me dévisagea pendant quelques instants avant d'éclater de rire. Même son rire était beau, chaud, intense. Je profitai de l'occasion pour regarder sa poitrine. Il y a des limites aux vertus de la pureté de l'esprit et du cœur. »


     Harry se fait finalement extorquer un rendez-vous. Mais en attendant, il a deux enquêtes urgentes sur le feu. Il invoque donc un (pas une) fey, répondant au surnom doux à l'oreille de Tut Tut, pour obtenir des réponses. Là-dessus débarque Morgan, un magicien chenu, pseudo clone de Sean Connery dans Highlander (ben si, c'est comme ça) qui le menace avec son épée maousse des foudres de la malédiction de Damoclès s'il est prouvé que Harry est Le coupable. De quoi ? Des deux meurtres, ci-dessus mentionnés, et de diverses entorses au code de la Blanche Confrérie. Eprouvé, Harry rentre chez lui et on découvre (enfin !) son intérieur cossu (éclairage à la bougie, chauffage et cuisine au bois car les bienfaits du confort moderne ne résistent pas à l'aura magique surpuissante de Harry). Il confectionne, aidé d'un esprit de l'air domestiqué qui loge dans un crâne (Bob, qui nourrit une obsession notoire pour la gent féminine), un philtre d'amour pour son rendez-vous avec Susan (vingt centilitres de tequila, cent grammes de chocolat, une goutte de parfum, trente grammes de soie déchirée, le dernier soupir recueilli au fond d'une bouteille, les cendres d'une lettre d'amour pleine de passion ou, à défaut, quelques pages de romans à l'eau de rose avec des couvertures regorgeant de chair sensuelle...). Ce n'est pas qu'il doute de son sex-appeal, mais Harry préfère être à la hauteur. Etc. Etc.

     Nul besoin d'en rajouter pour rendre compte de la substantifique matière (fécale ?) de cet ersatz de roman. Au passage, rendons hommage à Jim Butcher dont l'écriture est à la hauteur de l'inexistence de l'histoire. Malgré ce sérieux handicap, il réussit, haut la main, le tour de force de surécrire, comme un acteur cabotin surjoue. L'humour est au mieux puisé dans des résidus de fond de capote, au pire complètement crétin (mais il paraît que les adolescents aiment les crétineries). Les descriptions sont parfaitement alimentaires : « Elle ressemblait à une pizza. Le visage pâle par endroits et rouge ailleurs, elle était aussi molle qu'une frite McDonald's, sauf quand des spasmes tétanisaient ses muscles ». Sans oublier que Jim Butcher semble d'ailleurs vouer un culte aux majorettes dont les petits nez, voix rauque et jeter de bâton (non, là j'invente) agrémentent les descriptions féminines. Quant au style, c'est tout simple : il n'y en a pas. Ou alors il faut considérer qu'interpeller constamment le lecteur — genre voix off — est un procédé littéraire hautement soutenu. Bref, on savait le fantastique moribond en France. Avec Jim Butcher et par l'intermédiaire des éditions Bragelonne, c'est certain, il n'est plus que l'ombre de lui-même.

Laurent LELEU
Première parution : 1/7/2007
dans Bifrost 47
Mise en ligne le : 10/11/2008




 

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